2.2) Histoire: Rebellion de 1840, Le Rajah Blanc de Sarawak et la « British North Borneo Chartered Company of Sabah »

(1.2) Rebellion de 1840, Le Rajah Blanc de Sarawak et la « British North Borneo Chartered  Company of  Sabah »


En 1839, James Brooke, un explorateur et politicien britannique, entame une expédition vers l’Asie du Sud-Est visant à documenter et approfondir les connaissances du peuple britannique dans les matières ethnographiques et biologiques des peuples de la région (Knapman, 2017, 157). Son expédition atteint la rivière Sarawak en juillet de la même année, et il intègre vite l’entourage du Rajah de Sarawak, Pangeran Muda Hassim. Ce dernier était un émissaire du Sultan Omar Ali dans la région de Sarawak, taché de mettre fin à un rébellion des élites de la région. Cependant, Hassim reconnu qu’une entraide avec Brooke, qui était non seulement un homme très riche mais aussi également connecté à Singapour et Londres, pourrait bénéficier son propre pouvoir dans la région, au dépend du pouvoir du Sultan (Knapman, 2017, 157-159). Après un court entracte, Brooke retourne à Sarawak en 1840 mais cette fois, munis d’une garde armée, mis fin au conflit civile de la région en 1842 à la demande du Rajah. En échange, Brooke demande la permission d’échanger sur le territoire brunéien, notamment à Sarawak. Hassim accepta initialement, mais lorsque l’entente tomba à l’eau, Brooke rallia le support des élites locales (qu’il venait d’aider à supprimer) et d’un certain nombre de peuple aborigènes afin de déclencher de nouveau la révolte civile contre son partenaire maintenant contrarié (Knapman, 2017, 160-161). Face à cette nouvelle révolte et la menace du navire de guerre que possédait Brooke (le « Royalist »), Pangeran Muda Hassim offre le titre du royaume de Sarawak à Brooke. Il fut dès lors le Rajah Blanc de Sarawak (Knapman, 2017, 161)

Entre 1842 et 1845, James Brooke se servit de ses connections à Singapour et de la présence d’une flotte britannique dans la mer de Chine méridionale (sous la direction du Capitaine Henry Keppel) pour supprimer les autres pouvoir de Sarawak, notamment Sekrang et Saribas Ibans, qui contestait son trône nouvellement acquis (Knapman, 2017, 161). Il consolida ainsi son pouvoir, devenant le gouverneur de Labuan et le consulat officiel de la Grande-Bretagne au Brunei. (Knapman, 2017, 162)

Grâce en partie aux persuasions de Brooke, qui cherchait à bénéficier d’une présence plus importante de l’empire britannique dans la région, ces derniers prirent possession de l’île brunéienne de Labuan en 1847 et y établir une base navale afin de sauvegarder les importantes voix marchandes entre la Chine et Singapour de pirates (leurs deux colonies dans la région) (Galbraith, 1965, 103). L’empire britannique n’avait, jusqu’à là, aucun intérêt à coloniser l’île de Bornéo et, en conséquence, le Brunei. 

Il est important de comprendre l’importante présence coloniale dans l’Asie du Sud-Est lors du XIXème siècle. L’Espagne occupait les Philippines (et ce depuis le 15ème siècle), la Grande-Bretagne avait d’importantes colonies à Singapour, Hong Kong, Java et Sumatra, sans mentionner la présence hollandaise en Indonésie et en Malaisie. L’empire brunéien, bien que relativement important dans la région dans le passé, ne se mesurait pas contre ces géants militaires et économiques. Afin d’assurer la survie de son sultanat rapetissant, le Sultan Omar Ali céda plusieurs terres et titres à des entreprises marchandes. 

Cependant, ce sera une de ces ententes, cédé au American Trading Company, qui représente le maillon faible de la souveraineté brunéienne. En 1875, à la suite de la faillite de cette entreprise, le Baron Gustavus von Overbeck (Consulat Général Autrichien à Hong Kong) acheta les droits d’un grand morceau de terre sur le territoire brunéien (ainsi que le titre du Rajah d’Ambong et Maruduh) d’un explorateur et homme d’affaire, Joseph W. Torrey (Galbraith, 1965, 104-105). Reconnaissant la valeur que pourrait avoir ses droits de propriété aux yeux des multiples empires qui se faisaient compétition dans la région, Overbeck s’allia en 1877 avec un marchand et homme d’affaires britannique hautement placé, Alfred Dent (Galbraith, 1965, 105). Dent et Overbeck espèrent persuader la couronne britannique, plus particulièrement le Bureau des Affaires Étrangères, que l’incorporation d’une entreprise marchande lui serait profitable (Galbraith, 1965, 111-112). Avec une base navale sur Labuan, la Grande-Bretagne n’avait aucun intérêt personnel à accepter la responsabilité financière et militaire d’une entreprise marchande basée sur un île peut explorer et sans grande valeur économique (Galbraith, 1965, 107). Cependant, les désavantages stratégiques que pourrait entraîner la prise en main de l’île de Bornéo par une autre puissance européenne, (notamment la Hollande, à qui la Grande-Bretagne venait de céder l’île de Sumatra et Java) étaient considérables (Galbraith, 1965, 121). C’est alors en 1880 (le 24 juillet précisément) que la Grande-Bretagne approuva l’incorporation de la « British North Borneo Chartered Company of Sabah », assumant dans le processus la responsabilité pour la protection militaire qui y serait nécessairement associé ainsi que ces avantages stratégiques (Galbraith, 1965, 122). Le territoire brunéien rapetissa alors considérablement, et cette nouvelle présence britannique à proximité ainsi que le royaume du nouveau Rajah Blanc de Sarawack, Charles Brooke (neveux de James), annoncera sous peu la fin de l’indépendance du sultanat du Brunei. 

(Jones, 2001, xviii- xix)

Dès 1881, bien que la Grande-Bretagne n’eût pas techniquement un contrôle direct sur le territoire de Sabah (au nord-ouest du Brunei), sa permission d’incorporation du British North Borneo Chartered Company of Sabah faisait elle le pouvoir coloniale de facto à Sabah (renommé North Bornéo). Ce n’est qu’avec l’entente de 1888 entre la Grande-Bretagne et North Bornéo que ce deuxième devient officiellement un protecteur du premier. (Kahin, 1947, 46) Par cette entente, la Grande-Bretagne détenait techniquement un pouvoir quasi total sur les affaires internes du territoire, mais elle décide de ne pas intervenir et de permettre au British North Borneo Chartered Company of Sabah de gérer les affaires se rapportant à l’ile (Kahin, 1947, 47). 

Sources

Galbraith, John S. 1965. « The Chartering of the British North Borneo Company ».  Journal of British Studies 4 (2): 102–126. DOI: 10.1086/385502.

Jones, Matthew. 2001. Conflict and Confrontation in South East Asia, 1961–1965: Britain, the United States, Indonesia and the Creation of Malaysia. Cambridge: Cambridge University Press. doi:10.1017/CBO9780511497346.

Kahin, George McT. 1947. « The State of North Borneo 1881-1946 ». The Far Eastern Quarterly 7(1) : 43-65. https://www.jstor.org/stable/2049410.

Knapman, Gareth. 2017. Race and British Colonialism in South-East Asia, 1770–1870. New York: Routledge.