Les défis de la mondialisation thaïe: riziculture et déforestation

La Thaïlande est aujourd’hui un des pays qui accueille un grand nombre de touristes, le chiffre remontait à 32,3 millions en 2016 (Duhamel, 2016). Cette activité représente une des principales sources économiques pour le pays. Désormais, il est dit que la croissance vient toujours accompagnée d’une décroissance et c’est bien le cas puisque ce pays aux paysages exotiques et paradisiaques a réduit de presque la moitié sa couverture forestière à partir des années 1990 (WWF, 2013). Les superficies des terres agricoles ont été multipliées par cinq pour répondre aux besoins agricoles de sa population, à la demande externe ainsi que pour le développement de la riziculture. S’agit-il de la stratégie de mondialisation thaïe?

 

La mondialisation en Thaïlande: un processus d’ouverture qui coûte cher…

Pour comprendre comment ce pays consomme 5000 km de forêts annuellement, il est nécessaire de faire un retour dans le temps (Phumee, Pagdee, Kawasaki, 2017). La Thaïlande a toujours été un grand exportateur de produits agricoles pour lesquels la demande ne cesse d’augmenter. Sans doute, l’ouverture aux marchés mondiaux et les politiques axées sur l’économie de marché adopté par la Thaïlande permettent de comprendre comment la déforestation est devenue un enjeu de la mondialisation.

La première période de déforestation débute avec la signature du Traité de Bowring  par le Royaume du Siam en 1855. Ce traité officialise l’ouverture du royaume vers les pays occidentaux par l’exportation des produits agricoles, parmi les plus consommés, le riz. Plus précisément, il représente la volonté du Royaume du Siam d’accroître ses revenus et de s’ouvrir aux marchés internationaux (Déry, 1999). L’exportation de riz était devenue une des principales sources économiques pour le pays (Leblond, 2004).

Des terres agricoles en Thaïlande (© CNES, GCA Foundation,  2018) 

Dans les années 1850, la Thaïlande consacrait 960,000 ha de terres aux plantations de riz. En 1950, le nombre d’ha consacrés à la plantation de riz s’élève à 5,6 millions et le chiffre n’a pas cessé d’augmenter (Delang, 2002). Afin de répondre à la demande internationale, l’extension des terres s’est déroulée sur le territoire des forêts tropicales, caractérisées par des terres fertiles et “adéquates” pour favoriser l’agriculture. Or, la situation échappe au  contrôle dû à un surplus de la production.  Même si la population thaïlandaise a doublé entre 1855 et 1934, en passant de 6 à 12 millions d’habitants, les exportations de riz quant à elles ont été multipliées par 28! (Delang, 2002).  Néanmoins, la Thaïlande est passée d’être considéré un pays sous-développé à un pays mondialisé. Ce pays effectue un changement du type d’économie, en passant d’une économie d’autosubsistance   à une économie capitaliste (Déry, 1999).

À ce moment, la Thaïlande connaît un passage à la mondialisation de façon accélérée, par la mise en place des cycles de productions intenses et d’une diversification de son agriculture (Déry, 1999). Avec l’arrivée de la voie ferrée, les régions nord et nord-est de la Thaïlande connaissent une forte augmentation de la riziculture qui connaît un rythme de production jusqu’à 4 fois plus vite que les périphéries (Leblond, 2004). La construction d’un réseau routier rend les forêts accessibles à l’exploitation. Bref, il semble que la Thaïlande ne voit pas les limites quant à la production de riz.

 

Des intérêts économiques au-delà des forêts

La deuxième période de déforestation en Thaïlande se déroule à partir de la Deuxième Guerre mondiale. À cette époque, la Thaïlande va orienter ses politiques économiques (New Political-Economy) principalement marquée par une intensification des échanges commerciaux avec notamment les États-Unis (Delang, 2002). Néanmoins, cette politique axée sur la croissance économique n’est pas uniquement porteuse de bienfaits, puisque cela encourage une plus grande déforestation. Tout cela entraînera de nouvelles manières d’exploiter les forêts thaïes. L’État thaïlandais favorise la création de firmes d’agro business, appuyée par un fort niveau d’investissement international tax free, et avec des taux d’intérêt très bas (Delang, 2005). En plus, il va libéraliser les échanges et autoriser la libre exportation du riz. Si ce n’était pas suffisant, l’État a également mis en place un régime foncier encourageant ainsi la destruction des terres et espaces protégés (Leblond, 2004).

 

Le bouddhisme pour protéger les forêts?

Alors, le problème lié à la déforestation en Thaïlande concerne davantage les méthodes d’exploitation qui ont été employées, qui ne permettent pas à la forêt tropicale de se régénérer. Les forêts primaires tropicales prennent environ 40 ans pour se reconstituer (Blanadet, 1991). Les régions forestières de la Thaïlande n’ont cessé de diminuer considérablement pendant les 40 dernières années, et ce même si des politiques de reboisement ont été adoptées.

De ce fait, au cours des dernières années, le mouvement bouddhiste Phra Prachak est apparu pour la protection des forêts en Thaïlande. Les moines bouddhistes ont une forte influence sur le mode de vie des habitants. Donc, ce groupe travaille pour alerter la population sur les enjeux liés à la déforestation et pour créer une conscience des défis environnementaux à l’échelle planétaire (Chungprampree, 2015).

Ces activistes rendent les arbres “sacrés” en attachant des draps oranges sur ceux-ci, ce qui les rend intouchables. Le nom d’arbres moines leur a été attribué. Ainsi, ces moines effectuent diverses pérégrinations d’une forêt à une autre pour protéger le plus d’arbres possible de la déforestation (Chungprampree, 2015). Alors, il semble que le bouddhisme permette de remettre sur la table, les relations entre l’homme et la nature. C’est une option qu’il reste à explorer.

Les bonzes en Thaïlande rendant des arbres moines (Bangkok Post Photo, 2016)

Sources:

Blanadet, R.C. (1991). Aspects du monde tropical et asiatique: hommage à Jean Delvert. Paris: Presse de l’Université de Paris-Sorbonne.

Chungprampree, S. (2015). Des bouddhistes engagés pour l’environnement. Revue Projet, 347(4), 68-71. doi:10.3917/pro.347.0068.

Delang. C. (2005). The Political Ecology of Deforestation in Thailand. Geography, 90(3), 225-237. Retrieved March 10, 2020, from www.jstor.org/stable/40574092

Delang,C. (2002). Deforestation in Northern Thailand: The Result of Hmong Farming Practices or Thai Development Strategies?, Society & Natural Resources, 15:6,483-501, DOI: 10.1080/08941920290069137.

Déry, S. Évolution des territoires agricoles et forestiers en Thaïlande : une interprétation cartographique. In: Cahiers d’outre-mer. N° 205 – 52e année, Janvier-mars 1999. pp. 35-58; doi : https://doi.org/10.3406/caoum.1999.3712

Duhamel, P. (2016). « La troisième révolution touristique – Évolution des lieux et des territoires », Mondes du Tourisme [En ligne], Hors-série mis en ligne le 01 septembre 2016, consulté le 6 mars 2020. Repéré à http://journals.openedition.org/tourisme/1263

Leblond, J.P. (2004). Les causes proximales du ralentissement de la déforestation en Thaïlande. (Mémoire de Maîtrise) Université de Montréal, Montréal. Repéré à https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/bitstream/handle/1866/17596/Leblond_Jean-Philippe_2004_memoire.pdf?sequence=1

Phumee, P., Pagdee, A., Kawasaki, J. (2017). Energy crops, livelihoods, and legal deforestation: A case study at Phu Wiang National Park, Thailand. Journal of Sustainable Forestry, 37(2), p.120-138. doi: https://doi.org/10.1080/10549811.2017.1318292

WWF (2013). Living Forest Report. Repéré à https://wwf.panda.org/our_work/forests/forest_publications_news_and_reports/living_forests_report/

 

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