La prostitution et le tourisme sexuel aux Philippines: Quand le gouvernement n’agit pas

Introduction
Lorsqu’on entend parler de prostitution et de tourisme sexuel en Asie du Sud-Est, beaucoup d’entre nous pensons à la Thaïlande. Cependant, ce que beaucoup de personnes ignorent c’est que le tourisme sexuel et la prostitution affectent plusieurs pays de la région. C’est notamment le cas des Philippines, ce fameux archipel reconnu pour ses magnifiques paysages tropicaux et son héritage culturel passionnant, où la prostitution est pourtant interdite (Samarasinghe, 2008, p.122). Alors, comment expliquer la croissance de la prostitution et du tourisme sexuel sur le territoire? Pourquoi est-ce que dans un pays comme les Philippines, qui est, pourtant, encore très fortement influencé par le catholicisme dans ses normes et ses valeurs, l’industrie du sexe ne cesse de grandir et quelles sont les problématiques liées à celle-ci?

Les enjeux de l’industrie du sexe aux Philippines
Pour comprendre les problématiques qui sont issues de l’industrie du sexe aux Philippines, il faut d’abord souligner un aspect important : « In the Philippines, women face a Madonna–whore dichotomy, in line with strict observance of traditional Catholic teachings and a rigid patriarchal structure […] » (Taylor, 2013, p.7). Alors, pourquoi est-ce que, malgré ce discours sur l’image des femmes philippines, autant d’entre elles continuent d’exercer dans cette industrie? La réponse est pourtant simple : elles sont prises au sein d’un cercle vicieux duquel elles n’arrivent presque pas à sortir une fois qu’elles en font partie, parce qu’elles sont socialement aliénées et stigmatisées. Un nouveau discours dichotomique surgit alors, car la réalité est bien différente de l’image normative qu’encouragent les valeurs d’origines religieuses qui prédominent au sein de la société philippine. C’est ce même discours qui, dans le cas des Philippines, est au cœur des problématiques contemporaines de l’industrie du sexe.

Au début des années 1990, on compte un peu plus de 55 000 travailleuses du sexe officiellement, ou pas, reconnues (Santos, 1992, p.72) et ce nombre n’a fait qu’augmenter proportionnellement à celui de la demande depuis. Les Philippines représentent alors l’une des destinations principales au sein de l’industrie du sexe en Asie du Sud-Est dû aux fortes demandes locales et internationales de services de natures sexuelles ce qui, par conséquent, rapporte une somme importante de revenu annuel. Cela résulte en une implication directe du gouvernement dans cette industrie. En effet, le gouvernement met, d’une part, en place des politiques et des structures économiques et législatives nécessaires pour, à la fois interdire la prostitution et freiner les activités liées à l’industrie du sexe, alors que de l’autre, il fait aussi la promotion du tourisme au sein de l’archipel philippin. Par exemple, le gouvernement philippin exige la distribution de préservatifs parmi les travailleuses du sexe « reconnues » légalement ainsi que des preuves de tests de dépistages de maladies transmises sexuellement et par le sang, mais il met aussi en place des lois aux fondements religieux et moraux profondément catholique qui criminalisent la prostitution et, par conséquent, les méthodes de protection et de contraception puisque celles-ci sont étroitement liées à l’industrie du sexe. Le gouvernement est donc dans une position contradictoire. Ceci permet à l’industrie du tourisme sexuel de grandir davantage mais fait surgir de nouvelles problématiques tel que le trafic sexuel et la prostitution juvénile. En d’autres termes, ce sont les deux enjeux les plus importantes issues de l’industrie du sexe actuelle dans le cas des Philippines.

De nos jours, le tourisme sexuel et la prostitution de mineurs sur le territoire philippins est plus susceptible que jamais à la pédophilie car de nos jours l’Internet sert d’outil pour faciliter la communication entre les clients et proxénètes. La globalisation qui frappe les Philippines rend l’accessibilité à cet outil encore plus facile et cela résulte en la création de plusieurs réseaux internationaux très vastes de pédophiles qui exploitent autant des jeunes filles que des jeunes garçons aux Philippines. Malgré la présence de plusieurs ONG locaux et internationaux sur le territoire qui se battent contre le trafic sexuel et la prostitution de mineurs, il est difficile pour ces organismes de mettre la main sur ces réseaux en question, principalement à cause du manque d’action du gouvernement qui se contredit dans son discours législatif quant à la prostitution et le trafic sexuel. Il punit sévèrement les travailleuses du sexe alors qu’il punit à peine les recruteurs, trafiqueurs et pédophiles.

Le recrutement
L’un des problèmes majeurs de cette industrie réside dans les pratiques malhonnêtes de recrutement. Presque tous les recruteurs ont le même mode opératoire: ils approchent des jeunes filles vivant dans des situations socio-économiques précaires, en leur promettant un emploi bien rémunéré (souvent dans le domaine de l’hôtellerie ou bien de la restauration) qui pourrait leur permettre une meilleure stabilité financière (et sociale), après avoir obtenu leur confiance, les recruteurs les vendent aux clients, locaux ou internationaux, et les force à se prostituer (Samarasinghe, 2008, p.143). Elles deviennent alors victimes de trafic sexuel.

(source: photo d’archive de Newsbreak prise sur www.rappler.com/nation/182709-40-million-victims-modern-slavery-ilo-  auteur et date inconnu)

Pourtant, beaucoup de personnes ignorent que les femmes participant à l’industrie du sexe sont souvent forcées à faire partie de celle-ci. Les femmes participant à l’industrie du sexe sont victimes d’aliénation sociale car, selon les normes sociales philippines (fortement influencées par le catholicisme), leur métier n’est pas bien perçu. Elles sont donc contraintes à y rester (Samarasinghe, 2008, p.122). En effet, dans le cas de tourisme sexuel, c’est une industrie qui dépend fortement de deux choses, c’est-à-dire, des jeunes femmes philippines ainsi que des touristes. Le trafic sexuel devient donc une réalité autant locale qu’elle ne l’est internationale dans la mesure où il y a un trafic humain et sexuel sur le territoire de l’archipel philippin ainsi qu’à l’extérieur de celui-ci. Donc, le recrutement ne cesse réellement d’exister, il ne fait que changer de méthode.

De plus, cette industrie soulève aussi l’enjeu de la prostitution juvénile. Tel que mentionné, celle-ci représente une énorme partie du revenu de l’industrie du sexe à cause de la facilité pour les touristes d’accéder aux services sexuels. C’est d’ailleurs ce qui caractérise l’industrie du sexe philippine (Samarasinghe, 2008, p.153). Vers la fin des années 1990, le réseau d’associations non-gouvernementales (ONG) contre le trafic humain et sexuel GABRIELA estime alors que près de 500 000 femmes philippines et 10 000 enfants travaillent au sein de l’industrie du sexe alors que Santos (ONG) estime qu’il y a entre 300 000 et un million de femmes et de jeunes femmes impliquées dans la prostitution, sans compter que parmi elles, entre 75 000 et 100 000 sont encore mineures (Samarasinghe, 2008, p.123). Cela place donc les Philippines en quatrième position parmi les neuf pays avec le plus haut taux de prostitution de mineurs (Juvida, 1997 dans Samarasinghe, 2008, p.131).

Conclusion
Le cas des Philippines est intéressant autant qu’il est très complexe à comprendre. L’indifférence et l’hypocrisie du gouvernement philippin face à l’industrie du sexe au sein de son territoire est alarmante, car à cause des décisions et des lois mises en place pour faire la promotion du tourisme de l’archipel, l’exploitation de travailleuses du sexe au cœur de cette industrie grandit parallèlement. Ce qui distingue le cas des Philippines des autres pays de la région vivant la même problématique, c’est le fait que l’archipel tropical est la destination principale pour les trafiqueurs et les pédophiles. De plus, la prostitution de mineures semble être un problème qui prend de l’ampleur à une vitesse alarmante. À cause de la dichotomie du discours légal sur la prostitution, les lois philippines, malgré qu’elles interdissent et criminalisent celle-ci sur l’ensemble du territoire, ne sont pas du tout efficaces pour freiner les enjeux liés à l’industrie du sexe, notamment ceux du tourisme sexuel ainsi que de l’exploitation de femmes et de filles mineures à des fins sexuelles.

Rédigé par: Ariela Leonardo Vargas

Bibliographie
Najafizadeh, M. (Ed.), Lindsey, L. (Ed.). (2019). Women of Asia. Routledge. https://doi.org/10.4324/9781315458458
Samarasinghe, V. (2008). Female Sex Trafficking in Asia. Routledge, https://doi.org/10.4324/9780203485231
Taylor, S. (Ed.), Torpy, D. (Ed.), Das, D. (Ed.). (2013). Policing Global Movement. Routledge, https://doi.org/10.1201/b12892
Zheng, T. (Ed.). (2010). Sex Trafficking, Human Rights, and Social Justice. Routledge, https://doi.org/10.4324/9780203849064

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