Le colonialisme espagnol aux Philippines.

Par Christelle Bitar,

VIVA LA REPUBLICA FILIPINA, VIVA

« C’est inquiétant que l’intervention militaire dans les conflits intérieurs des pays étrangers soit devenue une banalité pour les États-Unis » (1), déclare Vladimir Poutine, dans une lettre adressée aux Américains le 12 Septembre 2013.Quand bien même cette grande puissance intervient pour « protéger des civils » dans des États où elle a des intérêts géostratégiques, elle reste neutre dans d’autres qui ne lui sont pas d’utilité primordiale, comme au Congo, qui connaît un génocide « en silence » (2). Tous ces évènements nous mènent à nous poser une question : le colonialisme existe-t-il sous une forme nouvelle?

Le but de ce blogue n’est pas de répondre à cette question, mais de vous donner les éléments pour pouvoir y répondre. Pour ce faire, nous verrons le colonialisme sous différents aspects, à différentes époques et dans des États d’Asie du Sud Est (Philippines, Indochine, Indonésie, Vietnam, Singapour). En effet, ceci nous permettra de mieux cerner ce phénomène qui ne se présente pas nécessairement de la même manière.

Ce billet vous emmènera aux Philippines entre 1565 et 1898 pour observer le colonialisme par l’Espagne.

Le territoire de la colonie des Philippines, avait le statut de capitainerie, c’est pourquoi l’empire a développé le port et s’en ait servi pour le commerce. Jusqu’en 1778, les Castillans étaient les seuls à pouvoir exercer le commerce. L’administration des provinces se faisait par les intendants et l’administration des districts se faisait par les corrégidors. Ils étaient changés tous les trois ans et devaient rendre compte de leur gestion au Roi (3). Ainsi, ils ne développaient pas de sentiment de loyauté ou fidélité envers les locaux. La législation était unie autour du Nueva recopilacion de leyes de Indias dès 1680, et était complétée par les ordonnances royales. Nous pouvons voir que tout était sous le contrôle espagnol. Un conseil des Indes jouait le rôle de tribunal suprême, de comité législatif et de centre administratif. Les Philippines étaient sous l’autorité de la Cour suprême à Madrid. Il y avait également un découpage pyramidal de la population selon certains critères. Ainsi, il y avait les gachupinos (Espagnols nés en Espagne) qui avaient accès à tous les postes et honneurs. Ensuite il y avait les Criollos (Espagnols nés aux Indes), ils avaient accès à la richesse, mais était démunis de pouvoir. Les Philippins étaient considérés comme étant des sujets de seconds rangs et les metisos étaient privés d’un statut légal, ils étaient considérés comme étant « infâmes en droit et en fait » (4). Chaque village avait son curé et la population était redevable d’un à trois pesos au Roi. Les clergés avaient leur richesse sous forme de capitaux. (5). Ceci permettait certainement à l’empire de garder un contrôle sur eux.

Le colonialisme espagnol de l’époque se distingue principalement à travers la propagation du Christianisme. Hardacker identifie trois buts du colonisateur espagnol. Premièrement, il fallait propager le catholicisme. Ensuite, il fallait procéder à l’hispanisation de l’élite philippine, ce groupe pourrait par la suite aider à gérer l’administration. Enfin, il était nécessaire que les sujets soient loyaux à l’Espagne. (6).

Après l’arrivée des Espagnols aux Philippines et étant déçus par l’absence d’or, pour laquelle la région avait une forte réputation (7), les colonisateurs ont demandé aux missionnaires de s’occuper des Philippines. Ainsi, dès leur arrivée, les missionnaires ont construit des églises, et des écoles. D’ailleurs, la première école catholique fut créée en 1565, par les missionnaires et complètement gérée par ces derniers. (8). En un premier temps, les missionnaires ont appris les différents dialectes pour prêcher leur parole, car il était plus pratique d’apprendre à quelques hommes ce que l’on voulait apprendre à une génération : une nouvelle langue (9). Cependant les écoles étaient consacrées à l’élite et aux enfants espagnols, habitant aux Philippines, jusqu’en 1863. (10). En 1550, les Espagnols ont imposé leur langue, par laquelle se faisait l’apprentissage du christianisme (11). Hiérarchiser la colonie, mettre en valeur la langue espagnole, leur religion, permettait également aux espagnols de développer chez le peuple un complexe d’infériorité. Ce complexe justifiait la domination espagnole et ne le remettait pas en question.

La langue espagnole était un élément important de colonisation. En effet, les colonisateurs estimaient que pour conserver la pureté du christianisme, il devait être assimilé en espagnol (12). De plus, ils étaient convaincus qu’ils avaient une supériorité alphabétique qui représentait leur illumination. Mais ils considéraient aussi qu’ils avaient le droit d’écrire l’histoire des indigènes et de leur apprendre leur littérature. (13). L’éducation dans leur langue maternelle offrait un avantage aux frères espagnols : le contrôle des écrits (14). En effet, il existait des dialectes, mais pas de langue écrite aux Philippines, les écrivains et penseurs étaient donc contraints d’écrire en espagnol.

En 1863, un décret réformiste de l’éducation, vu le jour (15). Ce décret avait pour but d’offrir l’éducation à la masse. D’une part il a été rédigé grâce à l’influence des illustrados (les Philippins éduqués, tels qu’Antonio Luna). Ce décret aurait dû procurer plus de loyauté envers l’Espagne, faciliter l’administration, mais certains restèrent méfiants d’un retournement des Philippins contre l’Empire. Pour encourager l’apprentissage de l’Espagnol, des incitatifs positifs ont été mis en place. (16). Ce projet échoua, avec le temps une résistance se met en place, ce qui conduit à la fin du colonialisme espagnol aux Philippines.

Nous avons vu comment était organisée l’administration du territoire philippin par les Espagnols et comment les missionnaires ont mis en place un contrôle de la population à travers l’éducation et le catholicisme. Nous verrons dans le prochain billet le colonialisme hollandais en Indonésie et comment il se présente.

Bibliographie :

Encyclopedia britannica, « Philippine Revolution », (2013). En ligne. http://www.britannica.com/EBchecked/topic/456384/Philippine-Revolution (page consultée le 20 septembre 2013).

(1) : La Presse, « Lettre ouverte de Poutine dans le NYT », (2013). En ligne. http://www.lapresse.ca/international/dossiers/crise-dans-le-monde-arabe/syrie/201309/11/01-4688452-lettre-ouverte-de-poutine-dans-le-nyt.php (page consultée le 28 septembre 2013).

(2) : Afriquinfos, «Congo : Un génocide en silence », (2013). En ligne. http://www.direct.cd/2013/09/19/congo-genocide-en-silence-video.html (Page consultée le 28 septembre 2013).

(3) : Desdevises du Dezert G. 1924. « Les colonies espagnoles au XVIIIe siècle » dans Revue belge de philologie et d’histoire, 3 (2) : 289-298.

(4) : idem

(5) : idem

(6) : Hardacker, P. Erin. 2013. « The impact of Spain’s 1863 Educational Decree on the Spread of Philippine Public Schools and Language acquisition » dans European Education, 44 (4) : 8-30.

(7) : De Koninck, Rodolphe, « Les premiers sédiments de l’histoire » et « La formation

des domaines coloniaux », L’Asie du Sud-Est, 2e édition revue et corrigée, Paris: Armand Colin, 2005 : Chapitres 3 et 4 : pp. 39-75.

(8) : idem

(9) : Arthur L. Carson. 1961.  Higher education in the Philippines, Washington, DC: Government Printing Office.

(10) : Hardacker, P. Erin. 2013. « The impact of Spain’s 1863 Educational Decree on the Spread of Philippine Public Schools and Language acquisition » dans European Education, 44 (4) : 8-30.

(11): idem

(12) : Estioko R. Leonardo. 1994. History of education: A Filipino perspective, Manila: LOGOS.

(13) : Mignolo, D. Walter. 1992. « On the colonization of Amerindian Languages and Memories : Renaissance Theories of Writing and the discontinuity of Classical tradition » dans Cambridge University Press. 34 (2):301-330.

(14) : Hardacker, P. Erin. 2013. « The impact of Spain’s 1863 Educational Decree on the Spread of Philippine Public Schools and Language acquisition » dans European Education, 44 (4) : 8-30.

(15): idem

(16): idem

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