Violence sexuelle: à qui la faute?

Par Alex Chartrand 

Qu’il s’agisse de harcèlement sexuel, de viols, de torture ou de mariages forcés, la situation des femmes en Birmanie est plus que problématique [1]. En effet, malgré les allégations officielles du gouvernement au cours des dernières années, la majorité d’entre elles ont été touchées indirectement ou personnellement par ces actes de violence [2]. Malheureusement, il apparait que les recours disponibles pour les victimes soient toujours peu nombreux et bon nombre de responsables n’auront pas à assumer la responsabilité de leurs actions [3]. Ainsi, dans le cas précis de la Birmanie, il est pertinent de s’interroger sur le contexte particulier qui fait en sorte que le développement et la perpétration de ces crimes soient toujours possibles au sein de la société.

La réalité de la violence contre les femmes

 

Les crimes commis en Birmanie contre les femmes se présentent sous diverses formes et sont un phénomène communs pour plusieurs d’entre elles. Justement, les viols et autres formes d’agressions sexuelles, notamment commis par les membres de groupes armées, se produisent régulièrement contre elles [4]. De plus, le gouvernement, et ce malgré les réformes entreprises, n’a développé pratiquement aucune mesure pour remédier à cette situation et c’est pourquoi ce genre de crimes peut continuer à être perpétré sans conséquence pour les criminels [5]. Dans un tel climat, il n’est pas étonnant que la situation des femmes soit aujourd’hui aussi précaire.

En effet, il est alarmant de constater qu’un tiers des femmes est lié d’une manière ou d’une autre à un réseau de prostitution, tout cela sans intervention de l’État [6]. Debbie Stothard avance même que la violence supportée par l’État birman est la menace la plus sérieuse pour la sécurité des femmes [7].

Parallèlement, un autre aspect du problème est que les femmes, spécifiquement des minorités ethniques, se retrouvent dans de nombreuses situations difficiles, marquées par un climat violent. Effectivement, plusieurs d’entre elles sont obligées de participer aux travaux forcés, ce qui affectent aussi les hommes, mais dans ce milieu déjà difficile, il est plus propice que certaines d’entre elles soient abusées ou même tuées [8]. Également, il est tout aussi fréquent d’être la cible d’actes sexuels lorsque certaines d’entre elles sont retenues en détention arbitraire [9]. De même, leurs conditions économiques étant précaires, plusieurs femmes sont contraintes de s’engager dans des réseaux de prostitution, diminuant davantage leur qualité de vie [10].

En analysant ainsi la situation des femmes en Birmanie, il est possible de comprendre à quel point ces crimes sont importants et il est donc pertinent d’analyser dans quel contexte cette situation a pu évoluer.

Les perceptions du rôle des femmes

 

Pour bien saisir pourquoi ces crimes sont toujours perpétrés en Birmanie, il faut comprendre quelle place occupent les femmes et quelles sont les perceptions et préjugés qui y sont associé. En référence à l’étude réalisée par Norsworthy et Khuankaew, il semblerait que plusieurs institutions soient responsables de ce climat en Birmanie [11].

Tout d’abord, les valeurs sociales birmanes créent l’image de dépendance des femmes, en les percevant comme étant plus faibles et en besoin de support des hommes. Or, il est même considéré que naître en tant que femme est due à un mauvais Karma [12]. Outre les valeurs sociales, les femmes font face à de nombreuses limites en ce qui concerne l’accès à l’éducation,  réduisant ainsi leur possibilité d’action tout en renforçant leur position subordonnée. De plus, leurs représentations dans les médias et dans le domaine du marketing contribuent au maintien des préjugés auxquels elles sont confrontées [13]. Également, les limites du système judiciaire, notamment en interdisant aux femmes de divorcer sans permission, diminue sérieusement les recours que peuvent entreprendre ces victimes d’actes violents et sexuels [14].

Naturellement, d’autres aspects, tels l’attitude du gouvernement, la situation des réfugiés en Thaïlande et les conséquences du colonialisme, supportent ce climat et sont étudiés dans la recherche précédemment citée. Tout de même, avec les éléments mentionnés plus haut, il apparait clairement que le problème de la violence faite aux femmes fait partie d’un système complexe et qu’une simple recommandation de poursuivre les criminels en justice est tout à fait futile. La réalité est que des changements doivent être réalisés à maints niveaux, ce qui démontre le véritable enjeu auquel font face les femmes birmanes. Cet enjeu est qu’elles doivent modifier radicalement leur position au sein de la société, que ce soit au niveau économique, social et politique, afin d’obtenir un statut égalitaire avec les hommes. Ce but atteint, les possibilités de résoudre le problème de la violence sexuelle seraient augmentées et les changements apportés pourraient être permanents et durables.

Le chemin à suivre

Actuellement, la question de la situation des femmes est au centre des actions de plusieurs groupes actifs au pays, où de plus en plus d’acteurs tentent de s’attaquer à cette situation [15]. Toutefois, dans le contexte birman, il est difficile de déterminer la portée réelle des actions qui seront posées.

Malgré ces impressions, le développement de solution est une innovation majeure qui doit continuer d’évoluer afin d’améliorer la condition des femmes. Tout d’abord, il faut que des réformes soient créées au sein du système de justice afin d’assurer la poursuite des responsables de ces crimes. La Birmanie ne pourra pas préserver son indifférence face à ces enjeux sans nuire à sa réputation. De plus, l’oppression d’une partie de la population pourrait être un frein majeur à son développement en empêchant un nombre important d’acteurs de la société civile de s’impliquer. Pour ces raisons et bien d’autres, elle devra développer des mesures plus efficaces pour enrayer ce problème. Toutefois, cela n’est pas la seule source de changement nécessaire, bien au contraire.

À cet égard, un meilleur accès à l’éducation est primordial. En étant plus scolarisées, les femmes pourraient être plus encouragées à éliminer ces problèmes tout en apprenant réellement les conséquences néfastes qui peuvent découler de l’inaction. De plus, avec un meilleur accès à l’éducation, elles pourraient occuper des rôles plus importants au sein de la société et ainsi augmenter l’importance de leurs revendications.

Enfin, la mise en place de forums pour discuter de ces problèmes apparait aussi comme étant une action décisive, puisque cela fournit un espace de communication et de partage permettant de cibler l’origine et les causes des actes violents contre les femmes en plus de déterminer les sources de changement à cibler. Enfin, cela permet une prise de conscience nécessaire des victimes [16].

Finalement, bien que brièvement exprimées, ces solutions démontrent que malgré leur situation difficile, des pistes de solutions sont disponibles pour les femmes birmanes et laissent espérer que, dans un avenir proche, ces problèmes pourront être enrayés. Quant à la Birmanie et dans la foulée des changements auxquels elle a fait face ces dernières années, la résolution de ce problème pourrait devenir une étape importante témoignant d’une transition concrète et d’un renouveau politique sincère.

It\’s Your Fault (vidéo)

Cette vidéo, bien que réalisée dans le contexte de l’Inde, touche également à un autre aspect du problème qui n’a pu être traité en détail dans ce billet, soit l’accusation des victimes comme étant en partie responsables des agressions sexuelles subies. Bien qu’humoristique, ce message démontre un obstacle important entravant les efforts des acteurs cherchant à éliminer ce problème de leur société.

Références

[1]Sothard, 2000.

[2]Peletz, 2012 ; Saan, 2012

[3]Saan ; Stothard

[4]Norsworthy et Khuankaew, 2004; Peletz; Saan; Stothard

[5]Norsworthy et Khuankaew, p. 276

[6]Peletz, p. 900

[7]Stothard, p. 29

[8]id.

[9]ibid., p. 31

[10]ibid., p. 30

[10]Norsworthy et Khuankaew

[11]ibid., p. 273

[12]ibid., p. 275

[13]id.

[14]Peletz, p. 902

[15]Norsworthy et Khuankaew

[16]ib., p. 270

Norsworthy, Kathryn L. et Ouyporn Khuankaew. 2004. « Women of Burma Speak Out: Workshops to Deconstruct Gender-Based Violence and Build Systems of Peace and Justice ». The Journal for Specialists in Group Work, vol. 29, no 3, pp. 259-283.

Peletz, Michael G. 2012. « Gender, Sexuality, and the State in Southeast Asia ». The Journal of Asian Studies, vo. 71, no 4, pp. 895-917.

Sann, Phyu Phyu et Akila Radhakrishnan. 2012. «License to rape: How Burma’s military employs systematic sexualized violence ». Dans Women Under Siege. En ligne. http://www.womenundersiegeproject.org/blog/entry/license-to-rape-how-burmas-military-employs-systematic-sexualized-violence (page consultée le 23 septembre 2013).

Stothard, Debbie. 2000. « Atrocities against Indigenous Women in Burma ». Indigenous Affairs, no 3, pp. 28-33.

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