L’industrie du sexe en Thaïlande: l’épicentre de l’industrie du sexe en Asie du Sud-Est

Par Ariela Leonardo Vargas

L’industrie du sexe en Thaïlande est un phénomène connu internationalement depuis plusieurs décennies pour plusieurs raisons, notamment à cause de son accessibilité ainsi que pour les problématiques qu’elle cause telle que le trafic humain. Avec la mondialisation, de plus en plus de chercheurs et d’auteurs se sont questionnés sur cette industrie afin de décortiquer la complexité de sa structure et comprendre pourquoi et comment la commercialisation du sexe en Thaïlande a pu prendre une telle ampleur. Le texte suivant abordera brièvement le trafic humain qui a lieu au sein de cette industrie ainsi que l’intervention gouvernementale, c’est-à-dire deux aspects qui caractérisent l’industrie du sexe en Thaïlande aujourd’hui.

Le trafic humain en Thaïlande : un crime qui s’explique par la culture?

Tout comme les cas du Cambodge et du Vietnam, la Thaïlande a connu une émergence importante du tourisme sur son territoire au cours des dernières décennies et c’est ainsi que le pays a gagné sa réputation en tant que l’épicentre de la prostitution en Asie du Sud-Est (Samarasinghe, 2008, p.185). Dès les années 1980, la Thaïlande vit une émergence économique dans laquelle plusieurs industries se développent, l’industrie du sexe étant l’une d’entre elles, et la commercialisation du sexe grandit d’abord localement avant de grandir davantage et attirer une clientèle internationale (Truong, 1990, cité dans Samarasinghe, 2008, p.176).

Puisque depuis les années 1980 le nombre de cas de trafic sexuel augmente proportionnellement à celui de la demande, plusieurs chercheurs se sont interrogés pour savoir s’il existe un lien avec la culture thaïlandaise, c’est-à-dire une culture basée sur le bouddhisme (Whittaker, 2001, cité dans Bulbeck, 2009, p.17). En effet, Whittaker (2001) affirme que la Thaïlande est le pays où le bouddhisme Theravada est le plus pratiqué, soit une branche du bouddhisme qui a souvent été critiquée pour la façon dont les femmes sont traitées et perçues comme étant inférieures aux hommes au sein de celle-ci. La culture perçoit la sexualité féminine et masculine de différentes manières. Par exemple, en Thaïlande, la prostitution est souvent perçue comme un rite de passage pour les jeunes hommes qui passent à l’âge adulte (Samarasinghe, 2008, p.169).

De plus, le tourisme sexuel encourage l’idée selon laquelle les femmes sont des objets de plaisirs et non des personnes qui travaillent pour offrir un service (Samarasinghe, 2008, p.169). Samarasinghe cite Martilla (2003) dans son livre en expliquant que la sexualité masculine est inévitable et le besoin de s’engager dans celle-ci est naturel et normal. C’est d’ailleurs  pourquoi il y a toujours une demande pour ces types de services. Le lien entre la culture et les pratiques sexuelles devient alors plus clairs et précis alors que la construction sociale des rôles de genres quant à la sexualité continue d’être encouragée.

L’intervention gouvernementale thaïlandais

Figure 1 – Modèle du processus du trafic sexuel des femmes en Asie du Sud-Est. (Source: Samarasinghe, V. (2008). Female Sex Trafficking in Asia. New York: Routledge. p. 36)

Étant donné que la majorité des populations du Cambodge et Vietnam, soit les pays voisins de la Thaïlande, résident encore dans des régions rurales, le manque d’emploi dans ces régions fait que les enfants ainsi que les jeunes femmes soit plus susceptibles de commencer à travailler, de manière volontaire ou bien forcée, et de migrer dans les régions urbaines en Thaïlande (Kranrattanasuit, 2014, p.104). La migration et le trafic sexuel de migrants est donc rapidement devenu un enjeu au sein du territoire thaïlandais pour plusieurs raisons, notamment à cause la difficulté à gérer ce flux de migration. C’est pour cette raison que le gouvernement met en place un cadre de loi pour pouvoir combattre le trafic sexuel ainsi que la prostitution juvénile. Toutefois, malgré le cadre de lois mis en place, le gouvernement ne semble pas intervenir de manière régulière afin de contrôler le nombre de cas de trafic sexuel sur son territoire (Kranrattanasuit, 2014, p.99-105).

Le gouvernement thaïlandais a longtemps été pointé du doigt pour sa faible intervention dans l’industrie du sexe. En 1996, le gouvernement fait passer la « Loi de prévention et de suppression de la Prostitution » ce qui résulte en un débat au discours socio-culturel assez confus: est-ce que les femmes faisant partie de l’industrie du sexe y sont volontairement ou ont-elles été forcées d’y participer? En 1997, le gouvernement thaïlandais change et renomme cette loi « les mesures de prévention et de suppression de la traite de femmes et des enfants » dans laquelle l’accent est mis sur l’exploitation sexuelle des enfants et des femmes (Farrelly, 2012, p.139). Cependant, la communauté internationale combattant cet enjeu accuse le gouvernement pour son manque d’autorité face aux criminels responsables de la traite de femmes et d’enfants autant à l’intérieur du territoire thaï qu’à l’extérieur de celui-ci, et ce malgré la présence des deux lois.

En effet, les lois appliquées pour la prévention et la suppression du trafic sexuel de femmes et d’enfants n’est rien d’autre qu’une face pour calmer la communauté internationale, car même si les pénalités indiquées dans ces lois sont sévères, le gouvernement ne semble pas les appliquer puisque l’industrie du sexe ainsi que celui du tourisme, qui travaillent étroitement ensemble, continue d’amener un énorme revenu national. C’est le cas des pays avec des économies émergentes, comme la Thaïlande (Samarasinghe, 2008, p.176). D’ailleurs, à Bangkok, on retrouve plusieurs quartiers dédiés à la prostitution ainsi qu’à l’offre de services sexuels qui attirent une clientèle étrangère tels que la Nana Plaza, le Patpong et le Soi Cowboy qui sont les districts les plus visités.

Figure 2 – Le district de Soi Cowboy dédié au tourisme sexuel. (Source: Thailand Red Cat. 19 février 2020.)

De nos jours, le gouvernement thaïlandais, sous la pression de la communauté internationale, se concentre davantage sur la prévention de transmission de maladies (Basuki et al, 2002, p.3) transmises sexuellement ainsi que la suppression d’exploitation sexuelle de femmes et d’enfants (Kranrattanasuit, 2014, p.107).

Bibliographie

Bulbeck, C. (2009). Sex, Love and Feminism in the Asia Pacific. London: Routledge, https://doi.org/10.4324/9780203888810

Endang Basuki, Ivan Wolffers, Walter Devillé, Noni Erlaini, Dorang Luhpuri, Rachmat Hargono, Nuning Maskuri, Nyoman Suesen, Nel van Beelen (2002). Reasons For Not Using Condoms Among Female Sex Workers in Indonesia. AIDS Education and Prevention: Vol. 14 (N°. 2), pp. 102-116. https://doi.org/10.1521/aeap.14.2.102.23901

Farrelly, N. (2012). Exploitation and escape Journeys across the Burma–Thailand frontier. Dans Ford, M. (Ed.), Lyons, L. (Ed.), van Schendel, W. (Ed.). (2012). Labour Migration and Human Trafficking in Southeast Asia. London: Routledge, https://doi.org/10.4324/9780203121535

Kranrattanasuit, N. (2014). ASEAN and Human Trafficking. International Studies in Human Rights, Vol(19), p.97-150. doi: https://doi.org/10.1163/9789004265189

Samarasinghe, V. (2008). Female Sex Trafficking in Asia. New York: Routledge, https://doi.org/10.4324/9780203485231

Lien pour marque-pages : Permaliens.

Les commentaires sont fermés