Singapour, d’une île sous développée à un petit État milliardaire

Par Aurore Gilles

Depuis son indépendance en 1965, Singapour a su faire preuve d’un développement rapide et très efficace, et c’est en très peu de temps complètement transformé.

Faisant partie des Quatre Dragons asiatiques, Singapour a su se détacher du reste de l’Asie du Sud-Est pour devenir un pays développé des plus riches et des prospères au monde en seulement quelques années. Tant au niveau économique, industriel, et social, Singapour s’inscrit aujourd’hui comme une cité-État exemplaire, reconnue pour son extraordinaire réussite économique.

Malgré un territoire très petit, le manque quasi total de ressources naturelles, et sa population peu nombreuse au départ, nous allons voir comment Singapour a su devenir en si peu de temps un des états les plus riches au monde.

Détroit de Malacca
Source: EnergiMedia

Ce sont tout d’abord les anglais qui ont su voir en l’île de Singapour un très bon potentiel, principalement de par sa position stratégique, au cœur du détroit de Malacca, chaque navire de marchandises est obligé de passer par là pour tracer son chemin entre l’Asie du Sud-est, le Moyen-Orient, l’Afrique, l’Europe. Ils mettent en place ainsi les fondements de ce qui deviendra au fil des années une plaque tournante, un port important dont son rôle d’entrepôt deviendra de plus en plus important.

De nombreux migrants chinois et malais ne cessent de s’installer sur cette île au fil des années, ce qui causa une croissance démographique beaucoup trop importante pour ce petit territoire, on voit Singapour passer de 1000 habitants en 1818 à 425 000 en 1921. Dans les années 1950, 1 500 000 habitants habitaient dans le centre, sur une surface de 9km2.[1] Les gens étaient entassés dans des toutes petites maisons. On atteignit ainsi un seuil de pauvreté extrême. On commença ainsi à se rendre compte que le problème du logement devait devenir un objectif prioritaire à régler.

De plus, le territoire manque terriblement de ressources naturelles qui lui permettraient d’assouvir tous les besoins de base de sa population comme les besoins en eau ou en nourriture, Singapour ne produit rien d’elle-même et peut seulement compter sur l’importation. Il y a aussi un manque cruel de savoir-faire avec seulement des petits marchands, et aucune infrastructure pour assurer le « décollage industriel rapide ».[2]

Devenue indépendante un peu du jour au lendemain, Singapour n’était pas prête à faire face à cela, ce qui la place dans une situation délicate, où sa « survie nationale » devient un enjeu important. Ils comprennent de la nécessité urgente à se développer, sans lequel Singapour est vouée à sa perte.

Le président Lee Kuan Yew
Source: The New York Times

Le premier ministre Lee Kuan Yew qui se retrouve donc en 1965 à la tête de cet État met en place des plans de développement. Il y eut comme deux phases dans le développement de Singapour, une première de 1960 à 1980, puis une deuxième à partir des années 1980.

Ils prennent conscience qu’il faut profiter de la position géographique tout comme les Européens pour créer de la richesse, et s’affirment donc comme « entrepôt commercial » et plaque tournante grâce à sa base navale qui lui permet de faire du commerce, ce qui fut en fait plus ou moins la continuité de ses activités sous l’ère coloniale, mais cela ne suffisait pas. Ils comprirent que le seul moyen d’assurer sa prospérité était d’attirer les investissements étrangers, et de mettre en place des mesures économiques et politiques qui favoriseraient et attireraient ces investissements.

On utilisa ainsi l’Economic Developpement Board (EDB), établi en 1961 puis remodeler en 1967, avec de nouvelles mesures pour faciliter les investissements. L’EDB permettait pour les multinationales étrangères souhaitant investir à Singapour de nombreux avantages comme « maintien du statut du port libre, liberté de circulation des personnes et des biens, niveau faible des salaires et des prélèvements obligatoires, exemptions fiscales, soutiens aux exportations »[3] . Toutes ces mesures permettaient ainsi à Singapour de se développer grâce à l’investissement dans l’industrie lourde, en favorisant une main-d’œuvre bon marché qui attirerait les multinationales et ainsi favoriser l’exportation.

Singapour commença donc à s’enrichir et parallèlement put lancer la construction de nouvelles infrastructures, de logements pour subvenir aux besoins de sa population. On assiste ainsi au développement industriel et à l’urbanisation de Singapour.  Le taux de chômage baisse et passe sous la barre des 5%[4].

Dans les années 1980, le gouvernement met en place une deuxième stratégie, la reconversion industrielle. Singapour se tourne vers les hautes technologies et les services de pointe, comme le secteur pétrolier et le secteur électronique. Ainsi on ne se tourne plus vers Singapour pour trouver une main-d’œuvre industrielle bon marché (qui est désormais l’une des plus chères de la région) mais pour trouver des travailleurs performants et qualifiés[5].

On y a ainsi construit plusieurs parcs industriels sur tout son territoire, un territoire qui d’ailleurs est en perpétuel remaniement avec des bouts de territoire que les Singapouriens construisent sur la mer. Le plus important de ces parcs, parc du Jurong, qui couvraient en 1965 400 hectares et qui accueillait aux alentours de 150 entreprises manufacturières, et qui aujourd’hui fait 4300 hectares et accueille environ 2000 entreprises.[6]

Pour finir, Singapour s’inscrit aussi aujourd’hui comme le plus grand centre bancaire de l’Asie du Sud Est et est devenue le centre mondial des télécommunications.

Singapour est donc finalement une cité-État assez jeune qui, en l’espace de seulement quelques années et en partant de pas grand-chose, est passé d’un pays sous-développé faisant face à de nombreux problèmes socioéconomiques à un des pays les plus prospères au monde.

Bibliographie

[1] Singapour la cite-État ambitieuse. Rodolphe de Koninck. éditions Belin. 2006.

[2] La nouvelle Asie industrielle, enjeux, stratégies et perspectives. Jean-Luc MAURIER et Philippe REGNIER. 1989. Presses universitaires de France.

[3] La nouvelle Asie industrielle, enjeux, stratégies et perspectives. Jean-Luc MAURIER et Philippe REGNIER. 1989. Presses universitaires de France.

[4] Singapour la cité-État ambitieuse. Rodolphe DE KONINCK. Éditions Belin. 2006.

[5] Asie du Sud-Est La péninsule dorée. Alain GUILLOUËT. Centre français du commerce extérieur. 1990.

[6] Singapour la cité-État ambitieuse. Rodolphe DE KONINCK. Éditions Belin. 2006.

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