Cambodge : Accaparement des terres, un danger causé par les entreprises étrangères

Par Rym Limam

Un investisseur étranger venant arracher à un paysan sa terre : un cas unique ? Eh bien non, car dans les pays de l’Asie du Sud-Est disposant de multiples terres cultivables, on parle, depuis plusieurs années d’une course acharnée d’achats massifs de terres par des investisseurs étrangers. Le Cambodge n’en est pas épargné. D’ailleurs, le gouvernement en place accorde plusieurs concessions aux compagnies étrangères, afin d’exploiter les ressources ou construire de nouvelles infrastructures, au détriment des occupants de ces lieux (habitants) et de leurs terrains agricoles.[1] L’accaparement des terres ne représente qu’un moyen de plus et efficace pour le Premier ministre, Hun Sen, de s’enrichir davantage. À cet effet, plusieurs pays, dont la Thaïlande, la Corée du Sud, la Chine et le Vietnam profitent des terres cambodgiennes mises à leurs dispositions pour exploiter et faire des plantations.[2]

 

Le phénomène d’accaparement des terres : origines et explications

Le phénomène de déforestation présente un sérieux problème d’industrialisation de la terre, ce qui entraîne des déplacements massifs des populations ayant perdu leurs terres et renforce au passage l’exode rural dans ce pays et à l’étendue de la région en Asie du Sud-Est.[3] Ces régions, bien souvent pauvres, abritent des paysans déchus qui finissent souvent dans des bidonvilles[4] et tout ceci est motivé par des objectifs purement lucratifs.

Le gouvernement cambodgien a cédé à l’entreprise sud-coréenne BNA (Cam) Corp, en 2009, un bail de 7 500 hectares sur 70 ans pour pouvoir développer la culture du caoutchouc et du manioc. Par contre, en 2011, cet accord provoque des contestations de la part des villageois habitant ces terres qui « [affirment] que l’entreprise essayait de défricher leurs anacardiers et leurs terres agricoles sans aucune compensation ».[5]

Ces dernières années, un nombre considérable d’hectares a passé d’une main à l’autre, finissant ainsi dans celle des investisseurs, qu’ils soient privés ou voire même des États étrangers. Ces acteurs engagés dans l’industrialisation de la terre ont jeté leur dévolu sur de nombreux pays, mais davantage sur le Cambodge.[6] Sur ces terres, les investisseurs cherchent des parcelles ayant un sol fertile et un accès privilégié à l’eau.[7] Cependant, ils privilégient d’autant plus la complicité du gouvernement les accueillant, ce que Hun Sen fait avec succès.

C’est ainsi que, comme l’on pouvait s’en douter, des paysans occupaient déjà ces terres et souvent sans posséder de titres de propriété. Ils y faisaient paître leur bétail et plantaient quelques denrées.[8] Or, le gouvernement en place ferme les yeux sur cet enjeu bien visible, sous prétexte que les investisseurs contribuent au développement du pays en vendant localement et en établissant des infrastructures de première nécessité. Mais ceux-ci ne sont que des propos mensongers qui camouflent le véritable intérêt du pouvoir ; accentuer sa richesse personnelle.

Par ailleurs, afin de favoriser cette culture de l’exploitation, on retrouve parmi les lois foncières, une des plus importantes, après plusieurs amendements, qui fut ratifiée en 2001.[9] Elle permet l’acquisition de titres de propriété collective, en plus de vouloir attirer, et faciliter, les investissements nationaux et étrangers. Cette loi met cartes sur table les priorités du gouvernement quant à promouvoir l’agro-industrie comme moteur du développent économique national.[10] Cette loi a aussi permis d’accorder le passage de 56 % des terres arables aux mains de sociétés privées et internationales.[11] Malheureusement, les minorités habitant ces lieux sont spoliées, ce qui a mené à leur mobilisation pour défendre leurs droits et leurs terres.

 

La réponse du gouvernement…

Malgré ces conséquences, le gouvernement continue à conclure plusieurs accords avec d’autres pays, dont la Chine. En effet, 11 entreprises chinoises de Zhangzhou, en 2011, signent pour investir dans un parc agricole de 3000 ha à Tbong Khmum, au Cambodge. Cet accord fut officialisé en 2015.[12]

Cet accord, a fait des ravages ; La situation est qualifiée de succès financier par le Premier ministre, mais de désastre par les occupants de ces terres puisqu’elle a été l’élément déclencheur du déplacement massif de ces villageois. En effet, on dénombre plus de 100 000 hectares de plantations créées dans le pays.[13] Il s’agit de la production de sucre, qui est par la suite exportée à 90 % vers l’Union européenne « +270 % entre 2009 et 2011 pour un total de 13 millions de dollars en 2011 ».[14]

Le gouvernement ouvre les portes du pays à des investisseurs étrangers, sans se préoccuper des conséquences majeures sur la population concernée. Effectivement, « Les populations les plus pauvres des pays en développement sont les premières à subir les conséquences de tractations commerciales entre des régimes corrompus et des multinationales »[15], sans omettre le fait que plusieurs terres sont vendues à des proches du pouvoir, qui sont à leur tour revendues à des compagnies étrangères en multipliant leur valeur. Un terrain près de Phnom Penh cédé à une compagnie chinoise pour 105 millions de dollars en est un bon exemple.[16] Ainsi, le gouvernement n’en est que plus gagnant.

Cette stratégie ne sera efficace qu’à court terme pour le Premier ministre, car à long terme, les conséquences diminueront les gains économiques, puisque « plus de 70 % des denrées alimentaires dans le monde sont produites par des petits paysans, c’est non seulement la sécurité alimentaire des ruraux qui est mise en péril, mais également celle de la population étrangère ».[17]

Ainsi, l’accaparement des terres dans le Royaume du Cambodge a des conséquences désastreuses sur les autochtones habitant ces lieux. Plusieurs concessions sont accordées à des compagnies privées et étrangères au bénéfice du gouvernement en place. Le Cambodge, de par ses terres, représente une véritable ressource pour les autres pays ayant épuisé les leurs, mais il est pertinent de se demander vers quoi se vont ils se tourner après avoir épuisé celles du Cambodge ? De plus en plus, on observe des manifestants qui militent pour leur bien. Verrons-nous un repli du gouvernement prochainement, ou continuera-t-il à ouvrir ses portes à la communauté internationale pour satisfaire ses besoins personnels ? S’enrichir ou laisser mourir son peuple …

BIBLIOGRAPHIE :

[1] Lescuyer, Thibault. 2014. « Accaparement des terres au Cambodge : l’Union Européenne face à/ses/responsabilités/»./En/ligne./https://www.novethic.fr/actualite/environnement/agriculture/isr-rse/accaparement-des-terres-au-cambodge-l-8217-union-europeenne-face-a-ses-responsabilites-142267.html (page consultée le 1 juin 2018)

[2] Vigil, Sara. 2015. « Une cause invisible de migrations : la tragédie de l’accaparement des terres». Cités 64, (no 4) : 111-124.

[3] Ibid

[4] Seiff, Abby. 2013. « Cambodge : des paysans forcés de quitter leurs terres ». Alternatives sud 20 : 163 — 169

[5] Grain.2016. « Accaparement mondial des terres agricoles en 2016 : ampleur et impact ». En ligne./https://www.grain.org/fr/article/entries/5508-accaparement-mondial-des-terres-agricoles-en-2016-ampleur-et-impact (page consultée le 1 juin 2018)

[6]Ibid

[7]Ibid

[8] Vigil, Sara. 2015. « Une cause invisible de migrations : la tragédie de l’accaparement des terres». Cités 64, (no 4) : 111-124.

[9] Farmlandgab.org. 2017. « Vis et vicissitudes d’un accaparement de terres au Cambodge : le cas de la compagnie vietnamienne Hoang Anh Gia Lai dans la province septentrionale de Ratanakiri ». En ligne. https://farmlandgrab.org/27275 (page consultée le 1 juin 2018)

[10]Ibid

[11]Revelli, Philippe. 2013. « Conflits fonciers en terres cambodgiennes ». Dans Le Monde diplomatique. En ligne. https://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2013-02-22-Cambodge (page consultée le 1 juin 2018)

[12]Grain.2016. « Accaparement mondial des terres agricoles en 2016 : ampleur et impact ». En ligne./https://www.grain.org/fr/article/entries/5508-accaparement-mondial-des-terres-agricoles-en-2016-ampleur-et-impact (page consultée le 1 juin 2018)

[13]Lescuyer, Thibault. 2014. « Accaparement des terres au Cambodge : l’Union Européenne face à/ses/responsabilités/»./En/ligne./https://www.novethic.fr/actualite/environnement/agriculture/isr-rse/accaparement-des-terres-au-cambodge-l-8217-union-europeenne-face-a-ses-responsabilites-142267.html (page consultée le 1 juin 2018)

[14] Ibid

[15] Seiff, Abby. 2013. « Cambodge : des paysans forcés de quitter leurs terres ». Alternatives sud 20 : 163 — 169

[16] Mermet, Lancelot. 2014. « Abus de pouvoir, violences politiques, corruption et pauvreté au Cambodge – Les saloperies ordinaires d’un des plus vieux gouvernements du monde ». En ligne, https://www.jetdencre.ch/abus-de-pouvoir-violences-politiques-corruption-et-pauvrete-au-cambodge-les-saloperies-ordinaires-dun-des-plus-vieux-gouvernements-du-monde-5909 (page consultée le 1 juin 2018)

[17] Cercle de Coopération des ONG de développement asbl. 2017. « Baromètre 2017 : Fair Politics – Pour une meilleure cohérence des politiques pour le développement ». En ligne. http://cercle.lu/wp-content/uploads/2017/11/Fair-Politics-2017.pdf (page consultée le 1er juin 2018).

 

 

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