Le pacifisme régressant de la Malaisie

 

A- les revendications des eaux territoriales par les différents pays de la zone

Contrairement aux fortes résistances éprouvées par les autres pays de l’ASEAN face aux revendications de la Chine, la Malaisie se distingue historiquement par son pacifisme diplomatique, lui conférant une attitude passive vis-à-vis la Chine. La Malaisie a toujours été moins critique et plus encline à minimiser les réactions émotionnelles perçues face aux actions expansionnistes de la Chine [1].

Les dirigeants malaisiens sont conscients de la nécessité de maintenir une attitude pragmatique tout en restant prudent, quand il s’agit des avancements territoriaux chinois autour des îles Spratly. Ce complexe d’îlots, de hauts fonds et de récifs coralliens composants le « Swallow Reef » situé à 343 kilomètres au nord-ouest de Kota Kinabalu, ville capitale de l’état du Saba, représente l’unique revendication de la Malaisie.

En date de décembre 2015, 14 était le nombre d’îlots et de hauts fonds revendiqués par la Malaisie. [1] Sur ceux, nous nous demandons donc, si la diplomatie pacifiste de la Malaisie lui permettra d’aboutir à ses fins dans une région ou le risque d’un conflit armé s’accroît de jour en jour?

À l’opposé de Pékin, Kuala Lumpur n’adhère pas à des aspirations expansionnistes, ce qui pourrait servir d’explication a pourquoi et comment la Malaisie s’engage dans une diplomatie de « laisser-faire » par rapport à la Chine. Ce pacifisme est démontré à travers trois grands axes propres à la politique étrangère de la Malaisie.

Premièrement, la « Poursuite de solutions pacifiste et amicale » [1] : La Malaisie est un partisan avide des négociations diplomatiques. Pour elle, il n’existe pas de conflit nécessitant une intervention militaire. Ceci a était bel et bien démontré lors des nombreuses fois où la Chine avait des bâtiments de guerre, appartenant à la Marine chinoise, dans les eaux territoriales malaisiennes. En réponse à ces nombreuses intrusions, Kuala Lumpur se fie aux efforts diplomatiques pour la désescalade de la situation.

Deuxièmement, « Diminuer la position assertive de la Chine » [1] : Les pouvoirs publics malaisiens ont, historiquement et délibérément atténuer les propos concernant la Chine dans leurs discours publics. De plus, une certaine censure des condamnations publique de la Chine existe à travers le pays. En adoptant une telle politique, la Malaisie évite tout conflit ouvert avec Pékin. C’est ce qui distingue la Malaisie du reste des pays revendicateurs membres de l’ASEAN.

Finalement, le dernier axe employé par Kuala Lumpur est celui « D’adopter un processus légal comme dernière option pour le règlement des différends » [1] : comme son nom l’indique, ce troisième axe de la politique étrangère malaisienne se base entièrement sur les processus légaux, régis par les normes internationales, pour résoudre tout excès ou surpassement chinois en mer de Chine méridionale.

Cependant, la Malaisie préfère trouver des solutions en engageant, directement, avec le pays concerné. Faire appel à une arbitration de la part d’un tierce partie  n’est t’utiliser qu’en dernier ressort, lorsque toute éventuelle négociation a échoué.

Cette idéologie de pacifisme diplomatique s’inscrit dans la politique malaisienne pour favoriser avant tout des relations épanouies. En effet, cette approche idéaliste de la théorie des relations internationales trouve son fondement dans la théorie de « la paix perpétuelle » avancée par Emmanuel Kant et selon laquelle les démocraties ne se font pas la guerre et qu’ils ont davantage à gagner en échangeant et en commerçant avec les uns et les autres.

Bien que la Chine n’est pas une démocratie, le principe même réside néanmoins dans l’esprit des preneurs de décisions malaisiens. D’après eux, un conflit interétatique, armé ou pas, ne serait pas dans l’intérêt national. En d’autres mots, les gains tirés d’un éventuel conflit diplomatique avec la Chine sont considérablement inférieurs au gain perçu présentement grâce aux relations et aux échanges économiques existant entre les deux entités [2].

B- Le Premier ministre malaisien Najib Razak serre la main du président chinois Xi Jinping lors de l’ouverture du Belt and Road Forum sur le projet de « Nouvelles Routes de la Soie », à Pékin le 15 mai 2017.

Les échanges commerciaux entre Pékin et Kuala Lumpur se sont doublés entre 2004 et 2014 pour s’élever à 212 [3] Milliards de Ringgits malaisiens soit plus de 53 milliards de dollars américains sur un total de 206 milliards de dollars américains [4]. Avec près de 25% des totales des exportations malaisiennes était dirigés pour la Chine en 2014, il est d’autant plus clair pourquoi la Malaisie voudrait préserver ses relations économiques avec la Chine et pourquoi les relations sino-malaisiennes pourraient être qualifiés comme étant une relation entre « Frenemy » ou « frère ennemis ».

Malgré tout, récemment nous pouvons observer des réponses aux intrusions chinoises de plus en plus publiques et fermes de la part de la Malaisie.

Mise à part l’amplification des garnisons et des installations militaires tout au long du couloir est de l’état du Saba, Kuala Lumpur a également augmenté ses allocations pour son budget de défense [1]. Ceci représente un changement de sa position politique, mais pour l’instant, la Malaisie n’a toujours pas renoncé à sa vocation pacifiste.

Ce changement nous laisse à se questionner. Pouvons-nous dire que ces accroissements en matière de défense nationale pourraient être perçus comme étant un quatrième axe de sa politique étrangère ? Si c’est le cas, comment compte-t-elle entreprendre ce dragon ? sera-t-il fait de manière multilatérale ? Sinon, aurons-nous à faire à une situation de « David contre le Goliath » ?

Les réponses à ces questions sont réservées à notre imagination, une chose est sûre pour l’instant, nous témoignons une régression de la diplomatie malaisienne au profit d’une préparation militaire davantage présente.

 

 

BIBLIOGRAPHIE :

 

 

[1] AHMAD, MOHAMMAD ZAKI, and MOHD AZIZUDDIN MOHD SANI. 2017. « China’s Assertive Posture In Reinforcing Its Territorial And Sovereignty Claims In The South China Sea: An Insight Into Malaysia’s Stance. » Japanese Journal of Political Science18(01): 67-105.

 

[2] Md. Khalid, Khadijah. 2011. « Malaysia’s Foreign Policy Under Najib. »  Asian Survey 51 (3) : 429-452.

 

[3] D. Delfolie, Nathalie Fau, E Lafaye de Micheaux. Malaisie -Chine : une « précieuse » relation. 2016, 978-616-7571-30-0.

 

[4] Organisation Internationale du Commerce. 2014. « Statistiques Du Commerce International 2014. »

 

 

ICONOGRAPIE :

 

[A] ROSENBERG. D. Middlebury College. HarvardAsiaQuartely

 

[B] FUKUHARA. K. Agence France-Presse Photo.

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