La place des moines et la religion bouddhiste en Birmanie

Par Joséphine Clerf,

La religion bouddhiste est prédominante en Birmanie, représentant près de 90% de la population, le 10% de la population restante représente les minorités musulmanes, chrétienne et hindouiste. Néanmoins, le gouvernement et la religion bouddhiste sont deux instances importantes en Birmanie, mais distinctes par définition. Jouant un rôle important au sein de la société birmane, la religion bouddhisme n’incarne pas le culte d’un dieu, mais plutôt une doctrine qui pose des règles et des codes en société. En ce sens, depuis l’ère dynastique en Birmanie, le bouddhisme structure des pans de la société et représente certains caractères spécifiques au pays comme sa culture et son mode de vie. Lors de la colonisation des Britanniques, le régime de la junte militaire et aujourd’hui encore en période de transition démocratique, le bouddhisme tient une place importante (Ad’ha Aljunied, 2007). Mais quel est le rôle de la religion ainsi que la place des moines en Birmanie ?

L’importance de la religion et des moines dans l’enseignement

Les monastères sont présents sur l’ensemble du pays et incarnent le pivot de la société, c’est-à-dire, une structure, un ordre ou bien même un réseau organisé autour de codes. Le bouddhisme est imprégné dans la société. Dans de nombreuses régions reculées, le monastère fait office d’école, il est vrai que l’on compte plus d’étudiants dans des monastères qu’à l’université (Meiler, 2007). En plus de l’apprentissage des matières élémentaires comme l’écriture, la lecture, les mathématiques ou les langues étrangères (principalement l’anglais), on y enseigne les valeurs bouddhistes telles que l’amour, la compassion, la non-violence ainsi que la tolérance (Ad’ha Aljunied). De plus, pour les jeunes enfants, l’ordination bouddhiste leur permet de devenir des adultes après quelques semaines passées dans un monastère (de Vienne, 2012). En ce sens, le bouddhisme enseigne de façon sage et humble étant donné

que les religieux ne disposent ni d’argent ni de matériels non indispensables, des codes de conduites. Elle inculque des principes de respects et des codes pour vivre en sociétés. De plus, le premier rôle des moines est de permettre aux « laïcs » et aux non-pratiquants d’acquérir le mérite et la sagesse. C’est grâce aux dons et aux bonnes actions que cette idée de mérite peut être atteinte.

 

Le nationalisme birman                                                                                                      

 

De surcroît, la religion bouddhisme même étant séparée de l’État occupe une place prépondérante quant à l’élaboration des principes sociaux et des politiques publiques. Depuis la période dynastique, en passant par l’ère coloniale et la junte militaire, chaque puissance politique a tenté de se rapprocher de la religion pour renforcer leur légitimé auprès de la population. En effet, le bouddhisme theravada étant la branche de la religion la plus rependue en Birmanie est considéré comme précieuse (Tincq, 2007). Grâce à ce concept, les Birmans ont pour habitude d’améliorer leurs conditions spirituelles, notamment avec des offrandes aux moines, ainsi que les conditions politiques et sociales (Ad’ha Aljunied, 2007). L’implication sociale pour cette forme de bouddhisme encourage le changement social à travers la justice pour améliorer la vie humaine. En effet, dans cette branche, les droits et les règles sont clairement définis. En tant que mode de vie religieuse, il est formellement interdit aux moines de posséder de l’argent pour consacrer pleinement leur vie à Bouddha et à la recherche du Nirvana. Pour se nourrir, ils utilisent un bol et font l’aumône auprès des habitants de leur ville ou village. En ce sens, cette interaction avec la population renforce leurs liens et se positionne comme étant les gardiens de la population locale et construit une proximité émotionnelle et psychologique avec les gens. C’est cette proximité qui leur permet la mise en place de mobilisation de masse et la « conscience publique ». En d’autres termes, le bouddhisme permet de tisser un lien entre la population et renforce l’idée d’un « nous ». Dès lors que la religion est imprégnée dans une population et est en constante interaction, elle représente l’un des facteurs prédominant du nationalisme en Birmanie.

 

Démocratie et révolte sociale

Enfin, la proximité de la religion et des moines avec la masse populaire a permis un soulève contre le régime de la junte militaire à plusieurs reprises, notamment en 1988 et en 2007. En effet, la Birmanie contemporaine a été témoin de la montée du bouddhisme comme une puissante source d’inspiration en réponse aux excès et à la mauvaise gestion de la junte militaire (Ad’ha Aljunied, 2007). C’est à partir de la colonisation que les moines ont joué un rôle d’opposition face aux forces britanniques qui avaient appauvri la population et aboli la monarchie, qui celle-ci était source d’unité sociale. Le bouddhisme est alors associé à la nation et aux mouvements nationaliste, anticolonialiste. Ils symbolisent l’ordre moral et social, ceux pour quoi la junte a tenté de resté proche de la religion pour trouver sa légitimité (Ibid). De surcroît, les élites, les personnes ordinaires et toute catégorie sociale ont le même statut au sein des monastères, ainsi que les bureaucrates et militaires n’ont aucun avantage particulier. Cela favorise la démocra

tie, la cohésion sociale et l’égalité. Exposé précédemment, les moines bouddhistes ont fait partie de l’opposition contre la junte militaire et parmi les acteurs clés des révoltes sociopolitiques (Ibid). En effet, les moines habituellement apolitiques ont joué un rôle crucial contre les excès de la junte, se positionnant comme étant les intermédiaires entre les élites et la société civile. La dernière grosse manifestatio

n avant les élections libres de 2010, nommées la révolution safran en 2007 a été dirigée par des jeunes religieux. Suivi de près par de nombreuses personnes qui se sont mêlées au cortège. Présente dans les grandes villes du pays et plus particulièrement à Rangoun, les révoltes contre le régime militaire ont duré deux semaines où de nombreuses personnes y ont perdu la vie (Meiler, 2007).

Pour conclure, les moines et la religion bouddhiste en Birmanie détiennent une influence considérable sur la société. Elle permet dans un premier temps d’aider les plus démunis grâce à l’aumône et participe à l’éducation du pays. De plus, elle incarne le « nous » birman et renforce la cohésion sociale. Elle semble en ce sens représenter l’un des symboles nationalistes du pays. Enfin, la religion et les moines participent aux changements politiques, sociaux et culturels du pays. Dans un premier temps sous le régime colonial, les moines ont par la suite poussé la population à s’affirmer face à la junte militaire.  Nous pouvons donc affirmer que le bouddhisme et les religieux jouent un rôle prédominant au sein de la société birmane.

Bibliographie

Ad’ha Aljunied, Syed Mohammed. 2007. Politics and religion in contemporary Burma : Buddhist monks as opposition. Nanyang Technological University.

de Vienne, Marie-Sybille. 2012. «Birmanie : l’ouverture politique ne fait pas le printemps.» Revue Projet, mars : 90.

Meiler, Olivier. 2007. «Myanmar : La révolution safran vire au rouge sang.» magasine AMNESTY, novembre.

Tincq, Henri. 2007. «Bouddhisme : les trois grandes écoles .» Le Monde. 04 octobre. http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2007/10/04/bouddhisme-les-trois-grandes-ecoles_962978_3216.html.

 

 

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