La transition démocratique au Myanmar : vers une gouvernance environnementale

Le Myanmar est défini par sa multitude d’écosystèmes variant entre îles tropicales, mangroves, plantations de riz et chaines de montagnes aux sommets enneigés (Skidmore 2013, 192). Le pays s’inscrit dans la même lignée de trésor de biodiversité que le reste de la région (voir autres billets). Cependant, ce qui distingue le Myanmar est le fait qu’il est bon dernier en termes de développement (Sovacool 2013, 306). En effet, le pays demeure majoritairement agraire et rural. Avant que la junte militaire, au pouvoir de 1962 à 2011 (Sovacool 2013, 306), ne soit remplacée par un système quasi-démocratique (Sills 2012, 295), c’est l’exploitation sans limites des ressources naturelles qui était mise de l’avant afin de financer cette junte (Skidmore 2013, 189). Posons-nous la question suivante : dans le contexte actuel birman, comment expliquer que la gouvernance environnementale peut renforcer cette transition? La réponse sera articulée en deux axes : la question énergétique liée à la déforestation ainsi que l’éducation relative à l’environnement.

Une femme tient une théière qui lui sert de lampe avec le pétrole provenant d’Oil Mountain – Hereward Holland, National Geographic

La question énergétique : au centre des préoccupations

            D’abord, il faut comprendre qu’avec 65% de la population vivant dans des régions rurales (Sovacool 2013, 306), la question énergétique est essentielle. Brown (2009, 211) explique justement que l’accès à l’électricité influence le développement d’une société; une plus grande éducation à travers la lecture de nuit, la santé à travers la réfrigération et la communication à travers la radio et la télévision. De plus, moins de temps est passé par les habitants des régions rurales à la recherche de combustibles. En ce sens, une diminution des disparités de niveau de vie ne peut que renforcer cette transition démocratique, légitimant le gouvernement.

Énergie et déforestation : enjeux interdépendants au Myanmar

                La question énergétique est fortement liée à celle de la déforestation, puisque les millions de résidents des régions rurales dépendent du bois et du charbon pour se chauffer, cette dépendance faisant augmenter le prix pour les résidents des villes (Sovacool 2013, 308). Alors que le gouvernement cherche à étouffer le phénomène en proposant des briquettes et des bâtons combustibles, aucun impact sur la demande de bois n’a été ressenti jusqu’à présent. Ce sont des moyens bien plus drastiques qui seront nécessaires pour électrifier le pays dans une perspective durable. Par exemple, certains centres de santé dans les endroits les plus éloignés sont alimentés par des panneaux photovoltaïques selon Wint Wint Kyaw (2011, 352). En raison de la position géographique du Myanmar, c’est vers l’énergie solaire qu’il faudrait se tourner, car le soleil y est bel et bien abondant. L’auteur explique également que l’utilisation d’énergies renouvelables est le meilleur moyen de soutenir la demande énergétique en croissance ainsi que le développement économique et social du pays. En ce sens, il apparaît évident que cette quête d’industrialisation devra passer à travers une étape d’électrification du pays, celle-ci ayant avantage à provenir de sources durables. À l’heure où le gouvernement birman voit en ce phénomène rural un obstacle à l’industrialisation, il faut plutôt y voir une opportunité de développer un État dans lequel une plus grande qualité de vie et une plus grande éducation peuvent mieux cheminer vers le développement économique (Wint Wint Kyaw 2011, 352). Selon Sovacool (2013, 314), les enjeux environnementaux et ceux touchant la qualité de vie sont interdépendants et gagnent à être traités ensemble.

Une colline dans un village birman – Barbara Walton, The Guardian

Vers une consolidation démocratique : l’éducation relative à l’environnement

Par la suite, une transition démocratique peut être consolidée à travers l’éducation, notamment celle en lien avec l’environnement, et ce, au niveau local. Présentons le contexte actuel : l’assistance du gouvernement envers sa population demeure limitée. Effectivement, Transparency International place le Myanmar 180 sur 183 pays dans son classement des pays en fonction de la corruption (Sovacool 2013, 309). Skidmore (2013, 190) renchérit sur cette idée en proposant que «Burma lacks fundamental structures of a stable society—such as political accountability, good governance and effective and equitable enforcement of the rule of law—that are essential for the sustainable management of environmental and human resources». Cela fait en sorte que l’application des politiques environnementales doit provenir d’ONG, du secteur privé et de l’extérieur tant que le pays n’aura pas de fonds publics à disposition (Sovacool 2013, 309). Ensuite, la Thaïlande et la Chine, les deux plus grands investisseurs étrangers en Birmanie, voient une excellente opportunité d’exportation de leurs industries polluantes dans la récente libéralisation du pays (Webb 2014, 329). Celui-ci devient attractif puisque les zones protégées et les régulations environnementales demeurent limitées. On perçoit effectivement la protection environnementale comme un frein au développement (Webb 2014, 329).

C’est sur ce point qu’il faut s’attarder dans le cadre de l’éducation relative à l’environnement. Les foyers, les chefs de village et les entrepreneurs ne sont pas éduqués quant aux aspects techniques de l’énergie renouvelable ni quant aux opportunités d’affaires en étant issues (Sovacool 2013, 311). L’auteur propose les idées de campagne dans les médias, de conférences, de porte-à-porte, mais aussi la collecte de données par rapport aux besoins de la population rurale (Sovacool 2013, 311). Par contre, une conscience environnementale ne sera jamais développée si les citoyens n’ont pas les connaissances pour mener à bien des projets, puisque les actions issues du niveau local créent une pression sur leur gouvernement, permettant une décentralisation du pouvoir, l’émergence d’une société civile influente et, conséquemment, une consolidation démocratique.

En conclusion, suite à l’ouverture politique qui offre un véritable potentiel au Myanmar à travers la levée de sanctions et l’augmentation de l’aide étrangère notamment (Sills 2012, 295-296), des investissements massifs dans l’électrification durable du pays et dans l’éducation, plus spécifiquement celle relative à l’environnement, sont de mise pour une consolidation de la transition démocratique.

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Bibliographie

Brown, David S. et Ahmed Mushfiq Mobarak. 2009. «The Transforming Power of Democracy: Regime Type and the Distribution of Electricity». American Political Science Review 103.02. 193-213.

Sills, Jennifer. 2012. «Environment-Friendly Reform in Myanmar». Science Mag 36. 295-296.

Skidmore, Monique et Trevor Wilson. 2013. Myanmar: State, Community and the Environment. ANU Press.

Sovacool, Benjamin K. 2013. «Confronting Energy Poverty Behind the Bamboo Curtain: A Review of Challenges and Solutions for Myanmar (Burma)». Energy for Sustainable Development 17. 305-314.

Webb, Edward L. et al. 2014. «Deforestation in the Ayeyarwady Delta and the Conservation Implications of an Internationally-Engaged Myanmar». Global Environmental Change 24. 321-333.

Wint Wint Kyaw, Sukruedee Sukchai, Nipon Ketjvov et Sahataya Ladpala. 2011. «Energy Utilization and the Status of Sustainable Energy in Union of Myanmar». Energy Procedia 9. 351-358.

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