Les effets du tourisme de masse sur l’écosystème thaïlandais

Par Perrine Legoube

Depuis les deux dernières décennies, la Thaïlande est devenue une destination majeure du tourisme international. A côté des sujets sulfureux comme le sont la drogue et la prostitution, la Thaïlande propose surtout un très large panel de paysages et d’attractions, passant de la jungle tropicale du nord aux plages paradisiaques du sud. Représentant 10% du PIB du pays, le tourisme attire chaque année entre 15 et 16 millions de personnes, atteignant même 24 millions en 2014. Or le tourisme, surtout dans les pays en développement, s’avère souvent un poids pour l’écosystème. Comment évaluer les effets néfastes du tourisme sur l’écosystème, et surtout comment les diminuer ? Est-il possible d’imaginer une alternative durable au tourisme de masse ? Ici nous étudierons deux situations diamétralement opposées, le trekking dans les forêts tropicales du nord du pays, dont le développement est récent, mais aussi les effets du tourisme de masse sur les plages du sud du pays.

Le nord du pays attire environ 10 000 touristes par an, non seulement pour ses monuments, pour la réputation d’authenticité de sa population mais aussi pour les activités sportives que les touristes affectionnent, notamment le trekking. Initialement, un guide trouvait un petit village où amener des touristes aventuriers, qui étaient reçus par le village sans qu’il soit nécessairement question d’argent. Mais rapidement d’autres guides ont apporté d’autres groupes, et cette pratique est devenue une ressource économique importante pour les villages. Au prix du logement, il faut ajouter la vente de produits artisanaux (relativement faibles car les trekkeurs ne veulent pas s’encombrer), et les ventes illicites autour la drogue et de la prostitution. A long terme, les touristes considèrent que le village perd en « authenticité », et les guides doivent toujours aller plus loin dans la jungle pour tenter de trouver des tribus pas encore trop touchées par le capitalisme touristique. 

Le risque environnemental est aussi extrêmement important. D’une part, le tourisme peut créer de nombreux déchets, mais aussi accélérer l’érosion des sols ou la déforestation. Pour pratiquer le rafting par exemple, des villages comme ceux du long du Mae Teng coupent des forêts entières de bambou pour abandonner les radeaux créés le soir même. Bien que poussant très rapidement, cette pratique perturbe complètement l’écosystème. Les animaux sont expulsés de leur milieu naturel, et doivent s’enfoncer plus loin dans la forêt. L’autre grande question environnementale posée par le trekking est comment se débarrasser des déchets produits par cette nouvelle population passagère. 

Les solutions apportées à ce problème restent mineures. Une entreprise de recyclage de rafts de bambou a été créée le long du Mae Teng, les guides conseillent aux touristes de transporter leurs déchets et de se soulager dans des zones prédisposées, mais globalement les attraits économiques prévalent sur la défense de l’environnement.(Dearden, 1991) 

Dans le sud du pays, épicentre du tourisme en Thaïlande, en dehors de la capitale, les effets néfastes du tourisme concernent surtout les récifs coralliens et la dégradation des ressources naturelles des territoires. A cela vient s’ajouter la question du traitement des déchets, le nettoyage des plages, le développement urbain incontrôlable, la pollution de l’eau, l’excavation de montagnes aux alentours pour obtenir du sable et des graviers, la dégradation des zones côtières et la compétition sur des ressources limitées.

La réponse apportée par le gouvernement peut être drastique: l’île de Koh Tachai vient d’être complètement fermée pour permettre à l’écosystème marin et terrestre de se rétablir. En 2008, le gouvernement annonce un grand projet de tourisme durable baptisé les « Sept Vertes » (Seven Greens). Cette initiative consiste à :

  • Green Heart – encourager les touristes à être socialement responsables et conscients de l’environnement
  • Green Logistics – encourager des modes de transport touristiques plus verts
  • Green Destination – promouvoir des sites touristiques responsables, respectueux de l’environnement
  • Green community- supporter un tourisme basé sur la communauté, à la fois en ville et en campagne, pour promouvoir la conservation de l’environnement, les traditions locales et les modes de vie.
  • Green activities: promouvoir des activités touristiques adaptées aux communautés locales
  • Green service: presser les services touristiques de gagner les cœurs et les esprits en montrant du respect et de l’attention pour l’environnement
  • Green service: encourager la CSR (corporate social responsibility) comme opérateur.

Bien qu’ayant reçu de nombreux prix en Asie, cet ensemble de politiques n’a pas eu le succès escompté. Peu d’acteurs ont réellement choisi de s’impliquer dans le projet. Beaucoup ont aussi reproché aux politiques de manquer d’objectifs clairs, d’engagement à long terme, car les projets en question pouvaient nuire aux politiciens, surtout au niveau local, qui n’étaient donc pas pressés de les mettre en place. Tout cela a conduit à un sentiment de « feel good – do little » (Muangasame et McKercher, 2015).

L’éco-tourisme est difficile à réaliser, surtout lorsqu’il s’agit de plusieurs milliers de touristes par an, mais aussi lorsque le secteur touristique constitue le deuxième secteur économique du pays. De nombreux auteurs reconnaissent que l’urgence se situe d’abord et avant tout dans les domaines de la prostitution et de la drogue, qui paralysent beaucoup le tourisme dans ces zones. Néanmoins, peut-être peut-on envisager un moyen pour que l’environnement et le social s’entraident mutuellement.

Sources:

Philip Dearden « Tourism and Sustainable Development in Northern Thailand »
Geographical Review, Vol. 81, No. 4 (Oct., 1991), pp. 400-413
Kaewta Muangasame & Bob McKercher. « The challenge of
implementing sustainable tourism policy: a 360-degree assessment of Thailand’s“7 Greens sustainable tourism policy”, Journal of Sustainable Tourism, Vol 23, No. 4, (2015) 497-516

http://www.courrierinternational.com/article/environnement-la-thailande-ferme-une-ile-pour-la-sauver-des-touristes

http://7greens.tourismthailand.org/en

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