Aung San Suu Kyi : la Birmanie de demain ?

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Elle a passé vingt ans de sa vie en résidence surveillé et est devenue un symbole de liberté, un espoir pour une Birmanie plus libre et plus démocratique. Elle porte sur ses épaules le rêve de toute une nation, celui d’être enfin libérée de la peur, libérée d’un demi siècle de dictature militaire. Sur les pas de son père Aung San, leader de l’indépendance du pays, elle a choisie une vie de combat contre la junte birmane, contre la torture et contre la persécution des minorités ethniques.

C’est en 1988 que son destin bascule. Aung San Suu Kyi qui vivait alors en Angleterre, revient au chevet de sa mère malade. A ce moment là, la Birmanie est en pleine tourmente politique. Les étudiants descendent dans les rues de Rangoun et réclament plus de libertés et un Etat plus démocratique. Ils incitent Aung San Suu Kyi à reprendre le combat laissé par son père. Le 26 août 1988 elle va prononcer un premier discours à la pagode Shwedagon devant des milliers de Birmans .

« Nous devons faire de la démocratie le credo populaire. La démocratie est la seule idéologie compatible avec la liberté. C’est aussi la seule qui puisse nous faire vivre durablement en paix »

Enfin, un vent de liberté semble souffler en Birmanie pour la première fois depuis des décennies.[1] Pour les Birmans, Aung San Suu Kyi incarne la résistance, celle d’un peuple face à l’oppression militaire. En 1990 lors des élections parlementaire, la Ligue National pour la Démocratie, le parti de Aung San Suu Kyi, remporte la majorité des sièges parlementaires. Cette élection a démontré a quel point Aung San était influente auprès de la population Birmane. Populaire, elle devient vite une menace pour le pouvoir militaire en place, qui annule officiellement les résultats de cette élections et assigne Aung San à résidence surveillée pour « atteinte à la sûreté de l’Etat » pendant plus de quinze ans.[2]

En septembre 2010, Aung San Suu Kyi est enfin libérée. On se reprend à rêver de démocratie. Le parlement vote plusieurs lois sur la législation des syndicats et la liberté de manifester.[3]Le 1er avril 2012, le parti politique d’Aung San Suu Kyi, la LND remporte 43 sièges sur 44 lors élections parlementaires partielles. Des élections qui cette fois ci sont reconnues.

« Ces élections sont un grand pas mais ne pensez pas que les difficultés soient derrières nous. Le plus dur reste à faire »

Après un demi-siècle de dictature militaire, de dérive bureaucratique et de corruption, la reconstruction de la Birmanie paraît insurmontable. Aung San Suu Kyi est un personnage politique clé dans la construction de la Birmanie de demain et c’est pourquoi il est intéressant de s’attarder sur son personnage. En effet, les attentes de sa part sont grandes, elle a sur ces épaules de nombreux défis et de nombreux espoirs, ceux d’un peuple Birman mais également de la communauté internationale.
Pour les Birmans, elle représente la figure politique qui permettra un processus de démocratisation, celle qui enfin pourra mettre fin a toute ces années d’autoritarisme. Elle représente aussi l’espoir d’instaurer un climat plus pacifique entre les différentes minorités ethniques.
Sur la scène internationale, Aung San Suu Kyi est soutenue par les Etats occidentaux et particulièrement les Etats-Unis. Ces nouvelles relations permettent de contrebalancer l’influence chinoise sur la Birmanie.[4]

Elle suscite beaucoup d’engouement, mais certains préfère aborder ce sujet avec prudence. Comment peut-elle y construire l’avenir démocratique de son pays avec seulement 43 députés sur 440, avec un parlement dont 25 % des sièges sont attribués aux militaires ? Un rêve qui se heurte à une réalité bien complexe. De plus, avec la constitution actuelle, Aung San Suu Kyi ne pourrait pas devenir chef d’Etat de la Birmanie. Il est, en effet, interdit à toute personne ayant été mariée avec un étranger et ayant eu des enfants de cette union, d’aspirer à la magistrature suprême. Elle se retrouve à l’étroit dans un système politique très fermé, quelles sont ces réelles possibilités d’entamer un renouveau en Birmanie ?

[1]Loviny, Christophe, Aung San Suu Kyi Un portrait en mots et en images, Ed Michel Lafon, Paris, 2013.
[2]Ibid.
[3]Ibid.
[4] Céline Coderey, « The Authority of Influence. Women and Power in Burmese History, Jessica Harriden », Moussons [En ligne], 21 | 2013, mis en ligne le 23 mai 2013, consulté le 30 novembre 2014. URL : http://moussons.revues.org/2151

Bibliographie :
Loviny, Christophe, Aung San Suu Kyi Un portrait en mots et en images, Ed Michel Lafon, Paris, 2013.
Céline Coderey, « The Authority of Influence. Women and Power in Burmese History, Jessica Harriden », Moussons [En ligne], 21 | 2013, mis en ligne le 23 mai 2013, consulté le 30 novembre 2014. URL : http://moussons.revues.org/2151

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