Quelques histoires et mots de base des langues autochtones

Par Jacques Laberge, Union des municipalités du Québec, tiré du « Guide terminologique autochtone » (extrait), 2006.

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Les langues autochtones dans l’histoire

À l’arrivée des Européens au début du XVIe siècle, les nations autochtones qui occupaient alors le territoire de ce qu’il allait devenir le Québec appartenaient à trois familles linguistiques dont les ramifications couvraient une bonne partie de l’Amérique du Nord[1] : esquimau-aléoute, iroquoienne et algonquienne. « Ces familles n’avaient aucune parenté les unes avec les autres. Qui plus est, on ne peut les rattacher que de façon lointaine à d’autres groupes de langues, que ce soit en Amérique, en Asie ou ailleurs.

L’iroquoien serait peut-être apparenté aux langues sioux de l’Ouest nord-américain, et l’esquimau-aléoute pourrait avoir certains liens avec les langues ouraliennes (finnois, hongrois, saami, etc.) et altaïque (turc, mongol, mandchou-toungouse, etc.), mais ce n’est là que pure hypothèse. Même s’ils sont tous venus d’Asie, les peuples autochtones d’Amérique ont quitté leur continent d’origine depuis si longtemps que leurs langues ont eu le temps d’acquérir une spécificité oblitérant toute ressemblance éventuelle. »[2]

À l’époque de Jacques Cartier, les langues parlées dans la péninsule du Québec-Labrador étaient les suivantes :

  • inuktitut de l’Est canadien (dialecte du Québec arctique);
  • iroquois laurentien;
  • cri (dialectes cri de l’Est, atikamekw, naskapi, montagnais);
  • ojibwa (dialecte algonquin);

L’installation progressive des Européens en Amérique du Nord à partir du XVIe siècle a bouleversé la répartition des langues et de la pratique linguistique sur le territoire du Québec actuel. Les langues autochtones ont été graduellement marginalisées par l’implantation des cultures et sociétés européennes de même que par le développement d’un système d’enseignement excluant les langues autochtones. De plus, l’implantation européenne s’accompagna de nombreux transferts de population. Enfin, les guerres et les épidémies souvent dévastatrices ont également eu pour effet de réduire des deux tiers, sinon des trois quarts, la population autochtone du Canada entre 1600 et 1850. « Entre 1534 (arrivée de Cartier) et 1608 (fondation de Québec), les Iroquoiens quittèrent la moyenne et basse vallée du Saint-Laurent pour se retirer en amont de Montréal. Leur retrait permit aux Micmacs et aux Malécites de remonter vers le nord et de s’installer sur la rive sud de l’estuaire laurentien, ainsi qu’en Gaspésie. »[3]

Les missionnaires français établirent à l’intention des Autochtones qu’ils voulaient christianiser des villages spéciaux, les «réductions», à proximité des établissements européens. Ainsi, au XVIIe siècle, les réfugiés Hurons furent installés dans la région de Québec, des familles chrétiennes mohawks furent installées dans la région de Montréal, et des Abénaquis de l’Est et des Abénaquis de l’Ouest, délogés par l’arrivée des colons britanniques, furent installés près de l’embouchure de la rivière Saint-François. Sur le plan linguistique, le choc européen entraîna au fil du temps la disparition de plusieurs langues et dialectes. Par exemple, l’iroquois laurentien s’est sans doute incorporé à différents dialectes cinq-nations/susquehannock, tandis que le wendat et l’abénaki de l’Est [avaient] totalement disparu[4]. Par contre, l’inuit [inuktitut] et les langues algonquiennes du Nord-Ouest, géographiquement éloignées de la présence européenne, ont mieux résisté au contact avec les Européens.

L’importance des langues autochtones

La langue n’est pas qu’un moyen de communication. Elle est un des symboles les plus tangibles de la culture et de l’identité d’un groupe. La disparition des langues nuit donc à la transmission de la culture et de l’identité d’un peuple de génération en génération. Elle emporte avec elle des façons uniques de percevoir le monde, d’expliquer l’inconnu et de donner un sens à la vie.

Les langues autochtones aujourd’hui

D’après l’UNESCO[5], une langue est considérée en péril si elle n’est pas apprise par au moins 30 % des enfants de la collectivité parlant cette langue. [Plusieurs langues ont disparu et la plupart des langues autochtones au Canada sont en voie de disparition, tandis que certaines, comme l’atikamekw, se portent bien].[6]

Quelques mots usuels en langues autochtones

LANGUE
bonjour
au revoir
merci
inuktitut (inuit)
ai
atsunai*
nakurmik
mohawk
shé: kon
ò: nen
nià: wen
cri de l’Est 
wachiya
wachiya
migwech
naskapi
waachiya
niaut
tshi nashkumitin
innu
kuei*
niaut
tshi nashkumitin
atikamekw
kuei*
mataci
mikwetc
algonquin
kwé
kwé
migwetc – mig8etc
micmac 
gwé
ap nemulté
welalin

* Note : La lettre «u» se prononce «ou»

Source : Secrétariat aux affaires autochtones, Canada

Notes de fin
[1] Seule la langue des Béothuks, peuple autochtone disparu au début du XIXe siècle et qui habitait Terre-Neuve, constituait une exception sur le territoire canadien, car elle n’était liée à aucune famille linguistique.
[2] DORAIS, Louis-Jacques, «Les langues autochtones d’hier à aujourd’hui», in MAURAIS, Jacques et coll., les langues autochtones du Québec, Québec, Conseil de la langue française – Dossier no 35, Les Publications du Québec, 1992.
[3] DORAIS, op. cit.
[4] Même si les derniers locuteurs du huron sont décédés au début du XXe siècle, des efforts sont déployés en vue de le raviver.
[5] UNESCO, Atlas of the World’s Languages in Danger of Disappearing, 1996.
[6] NDLR. Parmi les 50 langues autochtones encore parlées au Canada, seuls le cri, l’ojibwa, l’inuktitut et le mohawk ne sont pas menacés d’extinction. «De nos jours, toutes les communautés sont, au mieux, bilingues», explique Louis-Jacques Dorais, anthropologue de l’Université Laval spécialiste de l’inuktitut. Non seulement les langues autochtones ont de moins en moins de locuteurs, mais le discours est parsemé d’expressions ou de mots français ou anglais, qui finissent par supplanter le vocabulaire d’origine. «La langue devient une sorte de créole», explique la linguiste Anne-Marie Baraby, de l’Université du Québec à Montréal.» Fait intéressant : «les langues indiennes sont des langues polysynthétiques, radicalement différentes de toutes les autres langues: pendant la Deuxième Guerre mondiale, les Navajos et les Cris à qui les Alliés confiaient la transmission des messages dans leur langue n’ont jamais été pris en défaut.» Référence : Mitakuye Oyasin sur http://www.forum.autochtones.ca/viewtopic.php?f=11&t=2102 .
Même l’innu est menacé. Voir http://ici.radio-canada.ca/regions/est-quebec/2012/11/26/002-disparition-langue-innue.shtml#!. À Montréal, la poète Joséphine Bacon enseigne l’innu, voir http://www.nativemontreal.com/fr/education/cours-de-langues-autochtones.html
Lynn Drapeau, professeure associé à l’Université du Québec à Montréal, a publié la première « Grammaire de la langue innue » en 2014 (PUQ). Voir http://cursus.edu/institutions-formations-ressources/formation/25066/rencontre-avec-lynn-drapeau-langue-innu/

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