Par Isabelle Gaudet-Labine
À la boutonnière une aube
comme une enfant la gueule ouverte
matin miracle de palmiers dans la tempête
où s’avancent en traînant
les affamés
Nous ferons notre temps et par chance
nous serons payés
Violence du pardon qu’exige
chaque
nouveau
jour
Celui-là l’autre visage
le plus acharné de tous
déglutit ses pommes quotidiennes
au poison des heures longues
de bureau
Veine qui ondule
à l’embrasure verdoyante
du paradis temps plein
Considère-toi heureuse il y a des gens qui
Vivant rappel : palpiter
Le front plissé
je tranche le pain
tu ouvres les secondes leur peau tambour
elle lèche le fruit
Nous nous préparons au pas
menant à la tour
Présent salarial
Sommes nombreux à marcher sans laisser de trace
***
Isabelle Gaudet-Labine est l’auteure de cinq livres de poésie, dont les plus récents sont Nous rêvions de robots (2017), Pangée (2014) et Mue (2009), parus aux Éditions La Peuplade. Ces dernières années, elle s’intéresse à la construction de l’identité dans un monde de plus en plus dématérialisé. Après avoir publié l’un des rares livres de poésie de science-fiction, elle explore, depuis 2017, le rôle du système du travail dans l’aliénation de l’être humain.