Fragments de miroirs

Par Jean Yves Métellus

Voir le PDF

 

Je succombe sans cesse à l’aventure du dire souhaitant épargner mes cils d’une carence de lumière, raviver mon souffle à l’incantation du silence. Mais toujours, un rêve aux éclats merveilleux me submerge. C’est sans doute l’impossible qui me ramène à toi via cette voie émiettée du langage, la seule perceptible à nos sens hérissés par la force du désir. J’étreins alors le mystère outre l’oraliture du terroir qui m’imprégna d’effluves dès les premiers matins. Et n’eut été ce lieu imaginaire, ce territoire muet où je te redécouvre, il n’y aurait de terme aux malaises de l’histoire, aux hallucinations morbides, aux tragédies forcées, que l’offrande inéluctable de la nuit. Je parcours à l’envers le fil des jours effilochés dans ma mémoire, remue le fouillis des algues où palpitent nos secrets telle une absolue certitude. J’atteste ainsi de ta présence à chaque hibernation, chaque indexation d’épaves, chaque rumeur d’éclipse. Tu es mille en moi, en vérité, éparpillée ça et là en fragments de lumière.

 

                                                          *

  

Je ne crée aucunement, sans quelque peu me confondre à l’objet de création, m’y voir tremblotant dans la quasi-totalité de mon être comme dans l’eau claire d’un ruisseau. Et cela, en quelque lieu d’ancrage où j’émerge, quelle que soit la latitude du geste esquissé, quels que soient les résidus de parole bloqués dans ma poitrine. Je nomme cela une tentation de l’immuable – sorte d’anarchie absolue faisant figure de cliché, si le mensonge en liesse ne se propage à l’infini. N’y a t-il en effet mon âme qui transparaît dans tout ce que je touche, crée, transforme ?

Quand je frôle la déchéance, c’est une odeur insupportable qui traverse de fond en comble l’univers auquel je donne mon souffle.  Et s’il n’est de parasites à mes racines, pétille alors un monde parallèle peuplé de lunes vierges et de clairs ruisseaux, d’astres constellés ou de lentes coulées de perles, vouées à l’éblouissement des miroirs, telle une ascendance de l’être sur le superflu. S’y infiltre parfois un paradigme universel pour muses folles insoumises qui ne se lassent jamais de frémir.

Point de doute dans mon esprit, je suis victime de moi-même. Et dans les vastes prairies de l’ennui, par-delà la magie du dédoublement, puis-je me permettre d’imaginer d’autres boutures que le métissage des cheveux ?

 

 

***

Jean Yves Métellus, né en Haïti en 1962, laissa son pays d’origine, traversa les mers pour se retrouver d’abord aux Etats-Unis (Miami, Hollywood, Fort-Lauderdale, Queens, Brooklyn, Boston), puis à Montréal, où il plante sa tente comme un vrai sédentaire. Toutefois, cet ancien professeur de littérature, artiste-peintre, pigiste, animateur de radio et poète mène toujours une même quête. Il ne rêve que de transcendance par le biais du langage, essentiellement littéraire et pictural. Pour lui, cela se présente comme une nécessité existentielle, un désir de rompre d’avec les affres d’une réalité chaotique pour jouir du mystère de l’inconnu.