La Thaïlande, une démocratie teintée d’autoritarisme?

Par Amélie Privé

La violence a depuis très longtemps et encore aujourd’hui, marquée les relations politiques et sociales. De nombreux coups d’États se sont succédés en Thaïlande depuis 1932, année qui a marqué la fin de la monarchie absolue. En effet, plus de 50 gouvernements se sont relayés en l’espace de 60 ans. Il est donc très difficile d’affirmer que la Thaïlande est aujourd’hui un pays où la démocratie s’est consolidée. Pour bien comprendre ce processus, il est important de voir d’abord comment la violence dans la politique est entrée dans les mœurs. Par la suite, nous verrons quelque facteur ayant favorisé ce développement, et finalement, les moyens pris aujourd’hui pour enrayer le militarisme et transformer le gouvernement et le pays en une véritable démocratie consolidée.

Tout d’abord, comme la majorité des pays en Asie, l’agriculture du riz ainsi que le commerce avec les pays limitrophes a caractérisé l’économie précapitaliste. À cette époque, autours du 19ième siècle, d’importantes différences marquaient les régions de la Thaïlande. En effet, l’absence de voie de communication effective rendait le pouvoir des souverains presque invisible. Dans les régions plus éloignées, se rendre à Bangkok, la capitale et résidence du roi pouvait prendre jusqu’à plusieurs mois. Ainsi, certaines régions procédaient leur propre dirigeant, qui lui-même faisait des ententes avec les pays ou régions voisines pour le commerce.

Lorsque les Européens arrivèrent en Asie du Sud-Est, le roi Mongkut (Rama 5) entrepris des négociations et des ententes avec les occidentaux dans le but d’éviter la colonisation. Quelques années plus tard, le prince Chulalongkorn alors devenu roi, poursuivit le rêve de son père; moderniser le Siam (ancien nom de la Thaïlande). Avec les changements qui se produisaient et surtout, une économie grandissante, le roi proposa et appliqua une série de réformes appelées « Chakkiri reformation (1872-1892)»[1]. Ces réformes avaient pour but de réorganiser l’État pour faire face à tous ces changements. Premièrement, des réseaux de communication furent construits, des voies ferrées, des systèmes de télégraphes et plus tard de téléphonie. De ce fait, cela eu pour résultat de resserrer le pouvoir de l’État sur les régions et de le centraliser d’avantage. Ensuite, les taxes durent désormais être payées en monnaie et non en corvées ou en biens comme il était courant de le faire à l’époque. En plus de cela, le salaire des fonctionnaires royaux était lui aussi donné en monnaie. Ces deux changements eurent pour effet d’augmenter la monnaie circulant dans le pays et par conséquent, d’augmenter le pouvoir de l’économie du pays. [2] Évidemment, en augmentant ce pouvoir, la formation de classes sociales devint inévitable car certain avait la possibilité d’augmenter les richesses des riches car ils accumulaient de l’argent et ainsi augmentaient leurs capacité d’achat au détriment des paysans ne possédant pas leur propre terre. Par la suite, des enfants de la royauté et haut placés purent étudier en France ou en Angleterre, au lieu de l’éducation dans les monastères. Finalement, la principale réforme qui à mon avis fut l’un des éléments déclencheurs du début du militarisme fut la création de 12 ministères. « The importance of this reorganization was that, in theory, each minister had equal status below the king. The new ministries were: Interior, Justice, Defence, Lands and Agriculture, Finance, Public Works, the Capital, the Privy Seal, Education, the Palace or Royal Household, Foreign Affairs, and the Department of Military Strategy.»[3]Tous ces ministères étaient contrôlés par des membres de la famille royale ou des proches, de sorte qu’un important clivage se creusait entre les membres de cette famille et les non-membres.

1932 a été l’année marquant la fin de la monarchie absolue. En effet, une révolution fut menée par des militaires et des citoyens provinciaux, ceux qui avant la période capitaliste, contrôlaient leurs parties de territoire. Suite à la victoire des révolutionnaires et de l’armée, le pouvoir de la monarchie fut considérablement réduit. Le triangle « politiciens », « Roi » et « armée » demeura encore instable et s’en suit une série de coups d’État militaires. Dans les années 1946-1976, le pays fut sous l’emprise d’une dictature extra conservatrice et autoritaire. Mais, en 1973, les étudiants se soulevèrent en réaction aux mouvements pacifistes américains contre la guerre du Vietnam permettant ainsi la tenue d’une première élection démocratique. Cela ne fut que de courte durée puisqu’en 1976, un contrecoup militaire modéré renverse le gouvernement.

Bien que le militarisme n’existe que depuis 1932, l’absolutisme et la domination ont longtemps été présent et continue de l’être aujourd’hui. En effet, le Roi Mongkut a, dans son empressement au développement, cru bon de moderniser l’État, avec une aristocratie et des fonctionnaires à l’image des pays occidentaux, sans pour autant aller au bout de cette modernité. Pour contrôler un État moderne, il faut également développer les effectifs afin de le maintenir productifs et efficace. C’est ce que la démocratie facilite en donnant des postes au peuple et aux fonctionnaires ayant la compétence de le faire. En effet, nommer des fonctionnaires issus de la famille royale sans qu’ils aient l’expertise, dans une bureaucratie de plus en plus compliquée et productive crée une barrière et une contre productivité. C’est pourquoi, cela affaiblie le gouvernement, le rendant plus susceptible aux coups d’États.

Après de nombreux coups militaires, il semblerait que les dirigeants aient compris ce phénomène de l’État moderne. Bien qu’il reste beaucoup de choses à changer, l’État thaïlandais signe de plus en plus de traités internationaux et son économie est en développement. En effet, la signature de ces traités et la volonté de diminuer le pouvoir des militaires sont quelques moyens pris pour enrayer le militarisme.  Cependant, l’instabilité politique est constante et les coups d’État, dont celui de 2006 qui a fait retomber la Thaïlande dans ses habitudes autoritaires, sont toujours présents. De plus, la violence occupe encore une importante place dans bon nombre d’aspects sociaux du pays, le gouvernement quant à lui est sur la voie de la démocratisation, mais il doit changer dans ses manières d’agir et cette idée de « Roi », « politiciens » et « militaires »  car ceux-ci sont trop présents dans le gouvernement.

Bibliographie

Hewison, Kevin. Political change in Thailand : democracy and participation. London; New-York:Routledge, 1997.

Withit Mantaphon. Les voies de la democratie : droits de la personne et développement démocratique en Thailande. Montreal. Centre international des droits de la personne et du développement démocratique. 1994.

Elliot, David. Thailand : origins of military rules. London. Zed Presse. 1978.

Lynch, Daniel. C. Rising China and Asian Democratization. Californie. Stanford University press. 2006.


[1] Elliot, David. Thailand : origins of military rules. London. Zed Presse. 1978.P.75

[2] Elliot, David. Thailand : origins of military rules. London. Zed Presse. 1978. P.76

[3] Elliot, David. Thailand : origins of military rules. London. Zed Presse. 1978. P.77

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