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La poésie amérindienne: un genre décomplexé pour se décolonise

 

Par Jonathan Lamy Beaupré 

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Être décolonisé, à mon sens, c’est être décomplexé. S’affranchir de la dynamique coloniale consiste à ne pas se laisser atteindre par elle, refuser de jouer le jeu. J’aime bien cette phrase de l’écrivain nigérien et prix Nobel Wole Soyinka, citée par Mauricio Gatti dans la préface de son anthologie Littérature amérindienne au Québec, et qui dit : « Le tigre ne proclame pas sa tigritude, il tue sa proie et la dévore. (Gatti, 2009 : 32) » Gatti poursuit : « Soyinka souligne par-là que lorsqu’on habite une peau, on n’y pense pas, on ne la proclame pas à tout bout de champ. C’est donc dans l’agir que les Amérindiens affirment leurs identités. (ibid.) »

Extraits

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« Niminunakuitishun
nuash nishkana tshetshi uapatakaniti tshetshi pishkapataniti
nin eka nita tshetipashimikauian.
(Je me suis faite belle
pour qu’on remarque
la moelle de mes os survivante d’un récit
qu’on ne raconte pas.)»

Joséphine Bacon – Bâtons à message Tshissinuashitakana

Vous avez oublié; Nikanis

Par Marco Boudreault 

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hey, t’es indien toé

tu peux m’avoir des cigarettes

on sait ben

vous payez rien vous autres

vous chassez quand ça vous tente

vous restez à plusieurs dans vos maisons

payées par les gouvernements

Plan Nord

 

Paroles : Samian

Musique : DJ Horg et Jonathan Tobin

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https://www.youtube.com/watch?v=PgKA7WcPZK0 

 

Le gouvernement a décidé de perdre le Nord
Pour des diamants, de l’argent et de l’or
Il prétend vivre dans un pays libre
Mais ils ignorent que la nature est notre parfait équilibre
Trop de consommation pour des biens matériels
On est en train de perdre le Nord et les enjeux sont réels
Vous profitez de la Terre pour vos propres envies
Sans même réaliser qu’elle nous maintient en vie
Vous voulez profiter pour une seule génération
Mais ces terres nourrissent toute une population
Vous voulez déraciner tout le Nord québécois
Mais un jour vous comprendrez que l’argent ne se mange pas…

À l’opposé de la Grande Ourse

par Sonia Alice Martin

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déverse           l’eau sur le bitume

ensemence     ta chaux de haine

arrache

fauchées devant tes voitures carcérales

sur le Highway of Tears

des filles Cassiopée poussent dans les fossés

têtes en bas   bouches ouvertes

sur des constellations en blancs artifices

des points à relier

***

 

Coûte chaire

Godin_Coute Chair PDF

Par Catrine Godin

de sang et de pétrole

les hommes ont soif, les hommes ont toujours soif

et plus ils ont soif, plus ils abreuvent la terre de sang

de sang et de pétrole

de l’or noir, comme ils disent, c’est la sauce de dinosaures décomposés…

« à quoi tu roules, toi ?

˗ moi, man, j’roule au «dead-body» et ça me coûte chair… »

j’en veux pas des sables bitumineux des Salopards

et j’en veux pas de leurs saloperies évidentes :

l’art de saloper l’environnement

l’art de saloper des territoires

l’art de saloper des provinces

l’art de saloper des présents et des futurs

l’art d’obliger les gens au sale pétrole

l’art de tromper les gens au sale pétrole

l’art de ralentir l’évolution au sale pétrole sale de chez sale

l’art de soumettre et

de nous faire passer un pipeline dans le cul

pour 2% du PIB ?

« ho oui vraiment ?»

détruire et gâcher, gâcher et détruire, détruire encore

du fédéral comme du provincial

JOUALVERT que ça m’écœure !

la Terre est une île dans la mer cosmique

une île que chaque être comme chaque instant abrège

Poète contemporaine de Montréal, Catrine Godin explore le lyrisme et la métaphysique de la nature/langage. Catrine a travaillé cinq ans sur son livre « les chairs étranges, suivi de Bleu Soudain » (éd. du Noroît, 2012) qui, après l’« opéra  » sombre et cathartique du premier recueil, « Les ailes closes » (éd. du Noroît, 2006), déploie une cosmogonie hymnique sondant la lumière qui, de tout temps, constitue en mondes les êtres de la terre.

LA SOUFFRANCE EST LÀ POUR ME DIRE QUE JE SUIS TOUJOURS VIVANT

Roger_La souffrance PDF

Par Éric Roger

La poésie ne se fait jamais d’amis

pour se distinguer

elle préfère faire la morte

pour montrer qu’elle est bien vivante

tout est poétique

même le doberman qui tente de me faire

des sourires à la Mike Tyson

tout est en lien avec la poésie

même le garagiste qui me montre comment

me rendre vers le chemin du non-retour

j’ai jamais compris l’intérêt que les gens ont

vis-à-vis la vie moderne

je préfère aller boire ma bière dans un coin perdu

et attendre de vomir sur la modernité

la plus belle mort est celle de mourir entre tes seins

Éric Roger est né à LaSalle en 1969. Il a publié neuf recueils de poésie, dont le plus récent est LE PASSÉ EN COULEURS. Il anime et dirige les soirées Solovox depuis plus de 14 ans; il y fait revivre les poètes québécois et fait découvrir celles et ceux de la relève.

À Cancun

Dionne_A Cancun PDF

Par Charles Dionne

à Cancun tu rêves encore de balayeuses centrales

et d’essence en spécial

tu en parles quand tu t’endors saoule

comme la chaleur qui reste autour des feux éteints

comme la mémoire du métal retentit jusqu’à toi

celle du béton s’émiette

et  t’arrive par les bourrasques

qui sentent le sable et le mojito

Charles Dionne est un poète montréalais d’aujourd’hui, enseignant du français et assistant de recherche à l’UQÀM. Il est également actif dans le domaine de la scénarisation. Le poème inédit publié ici est extrait du recueil intitulé « Impondérable jouissance ».

Énergie sombre

Mona_Energie Sombre PDF

Par Mona B.

L’expansion se précipite

Sur la Terre / proie

Propulse

L’énergie sombre

Ses tentacules

Son élixir de mort

Poursuit l’œuvre noire

Et calcine l’Univers

Les forêts sont derricks

Silhouettes métalliques

Geysers de brut embrasé

Poison ˗

Les champs pétrolifèrent.

C’est l’heure de la marée noire

De la fonte

De la transmutation

De l’or devenu noir ˗ mort lente.

Englués, hurlent

En silence les cormorans.

La panacée devint calamité

Mona B. est le pseudonyme de Monique Béziade, une femme dont la poésie distille sa longue expérience de vie, sa passion pour la justice et la liberté, ainsi qu’une quête toujours renouvelée de sagesse agissante.