Étiquette : Mouvements paysans

Au-delà des frontières: la lutte pour la souveraineté alimentaire

Par Marie-Josée Massicotte, Claudia Beaudoin, Thomas Bernier-Villeneuve et Jessica Brousseau

Au-delà des frontières _ PDF

 

Depuis 2008, les crises alimentaire et économique ont ramené les questions agroalimentaires au cœur des débats, tant chez les politiciens qu’au sein d’organisations interétatiques telles l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), que chez les citoyens et acteurs de la société civile. Pourtant, il y a longtemps que les paysannes et les paysans du monde, en partenariat avec de nombreux réseaux de recherche, ont identifié les problèmes majeurs qui sous-tendent l’actuel modèle de production, de distribution et de consommation alimentaire. Cet article vise à distinguer ce que sont la sécurité alimentaire et la souveraineté alimentaire, mais surtout à présenter quelques cas de mouvements sociopolitiques qui militent pour la souveraineté alimentaire, tant au nord qu’au sud des Amériques, afin de contrer les problèmes actuels (Mexique, Brésil, Québec).

État, bien commun et souveraineté alimentaire

Par Frédéric Paré

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C’est incontestable, les agricultures et les systèmes alimentaires du monde opèrent à l’intérieur de contraintes climatiques, thermiques et agronomiques incontrôlables, les plaçant dans une situation commerciale très inégale, voir intrinsèquement inéquitable sur le plan économique. Ces systèmes sont également conditionnés par une foule de considérations nationales légitimes et choisies, qu’elles soient d’ordre culturel, politique, sanitaire ou social. De plus, il suffit d’un très faible déséquilibre entre l’offre et la demande pour que le prix des denrées alimentaires, ou même celui des ressources utiles à leur production comme les terres agricoles, varient substantiellement et menacent des centaines de millions de personnes de la faim. La spéculation sur les inventaires de denrées alimentaires ou sur les sols arables et les changements climatiques qui affligent régulièrement les territoires agricoles d’événements extrêmes exacerbent cette faible élasticité économique. De plus, les dimensions fondamentales liées à la production des aliments, dimensions assujetties aux droits de la personne, comme le droit à l’alimentation, renforcent le caractère d’exception des aliments. La marchandisation des aliments banalise leur caractère unique, nivelle leur rôle fondamental et nie les responsabilités nationales pour les faire reposer sur les seules épaules des individus ou de sociétés privées. La cause de la souveraineté alimentaire est donc très juste. Elle relève même du gros bon sens. Mais qu’en est-il plus exactement ?

Mouvements paysans et souveraineté alimentaire: L’exemple de la Via Campesina

MOUVEMENTS PAYSANS ET SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE : L’EXEMPLE DE VÍA CAMPESINA[i]*

Par Annette Aurélie Desmarais

L’exemple de la Via Campesina _ PDF

 

La crise alimentaire mondiale de 2007-2008, caractérisée par une montée des prix alimentaires, des manifestations urbaines et le déplacement constant des personnes pauvres des régions rurales, est un exemple clair de l’incapacité du modèle dominant de développement rural à éliminer la pauvreté. Ce modèle a failli à ses tâches principales : s’attaquer à la faim dans le monde et améliorer le sort de la majorité des paysans et des petits agriculteurs. La crise alimentaire mondiale récurrente est complexe et s’approfondit. Quelles sont les solutions envisagées pour y mettre fin?

DEUXIÈME DÉBAT: Qui sont les acteurs de la souveraineté alimentaire? Par qui passe le changement?

Par Roxane Ambourhouet-Bigmann

DEUXIÈME DÉBAT _ PDF

 

Le cycle de trois conférences qui s’est tenu à l’Université de Montréal au cours des premiers mois de 2010 est venu nous rappeler un enjeu qui a resurgi plus que jamais en 2008 avec la crise alimentaire suivie de la crise financière qui s’est répandue à l’ensemble des pays : l’importance de l’autosuffisance alimentaire des peuples. En effet, la question d’avoir accès à une alimentaire suffisante, nutritive et adaptée au milieu s’est avérée cruciale, voire même dramatique dans certains pays où une proportion considérable de la population est morte, faute d’avoir pu recevoir une alimentation leur permettant de satisfaire leurs besoins de base.

Pourtant, en nous référant à la FAO qui définit la sécurité alimentaire comme présente « lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active (FAO, 1996) », il serait bien mal venu de dire que la plupart de ces pays ne disposent pas de ressources agricoles leur permettant d’assurer le bien-être de la population. Ceci est d’autant plus vrai que souvent leurs dirigeants encouragent et supportent des cultures d’exportation.

La faim et le profit: crise du système alimentaire

Par Développement et Paix

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À travers le monde, de plus en plus de gens n’ont pas assez à manger pour eux-mêmes et leur famille. Huit ans après le Sommet du Millénaire, où les chefs d’État du monde entier avaient pris l’engagement d’éradiquer la faim et l’extrême pauvreté avant 2015, on estime que 100 millions de personnes sur tous les continents sont sur le point de s’ajouter aux 860 millions pour qui le manque de nourriture est déjà une réalité quotidienne, une crise chronique.[i] Trente-sept pays sont touchés.[ii] Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies qualifie la situation de « plus gros défi » qu’il ait eu relevé depuis sa création, il y a 45 ans.[iii] La crise alimentaire de 2008 a fait la manchette des journaux du monde entier et les gouvernements, tout comme les institutions multilatérales, ne savent plus où donner de la tête.

Déclaration de Nyélini pour la souveraineté alimentaire

Déclaration de Nyélini pour la souveraineté alimentaire _ PDF

 

Village de Nyéléni, Sélingué, Mali – 27 février 2007

« Nyéléni a donné son nom au Forum pour la souveraineté alimentaire qui s’est tenu à Sélingué au Mali. Nyéléni est une paysanne malienne devenue légendaire pour avoir été une grande agricultrice et avoir ainsi nourri les siens – elle incarne la souveraineté alimentaire de par son travail, sa capacité d’innovation et son attention aux autres. Les participants sont et représentent des paysans, pasteurs, pêcheurs, peuples indigènes, travailleurs migrants, femmes et jeunes, rassemblés à Nyéléni en 2007, producteurs et productrices d’aliments, prêts, capables et désireux de nourrir les peuples du monde. Ce document est la déclaration finale qui résulte du forum, après quatre jours de réflexions et de partages. »

Source : Forum for a New World Governance,

http://www.world-governance.org/spip.php?article73

Nous, plus de 500 représentants de plus de 80 pays, d’organisations de paysans, de pêcheurs traditionnels, de peuples autochtones, de peuples sans terre, de travailleurs ruraux, de migrants, d’éleveurs nomades, de communautés habitant les forêts, de femmes, de jeunes, de consommateurs, de mouvements écologistes et urbains, nous sommes réunis dans le village de Nyéléni à Sélingué, au Mali, afin de renforcer le mouvement mondial pour la souveraineté alimentaire. Nous le faisons brique par brique, en vivant dans des cases construites à la main dans le respect de la tradition locale et en consommant des aliments produits et préparés par la communauté de Sélingué…Nous avons baptisé notre démarche collective « Nyéléni », en hommage à une légendaire paysanne malienne qui nous a inspiré, une femme qui a remarquablement cultivé les terres et nourrit les siens. La plupart d’entre nous sommes producteurs et productrices alimentaires et sommes prêts, capables et désireux de nourrir les peuples du monde. Notre patrimoine en tant que producteurs alimentaires est crucial pour l’avenir de l’humanité. Cela vaut particulièrement pour les femmes et les peuples indigènes, créateurs historiques de savoirs alimentaires et agricoles, qui sont sous-estimés. Cependant, ce patrimoine et nos capacités à produire des aliments sains, de qualité et en abondance se voient menacés, sapés, par le néolibéralisme et le capitalisme mondial.

La lutte contre la contamination par les OGM dans le monde

Par GRAIN[i]

La lutte contre la contamination par les OGM dans le monde _ PDF

 

Dès la première introduction des OGM au milieu des années 1990, des groupes d’agriculteurs et des ONG avaient mis en garde contre les risques de contamination des autres cultures.  Et c’est ce qui s’est passé, exactement de la façon prédite. Nous nous intéressons dans cet article à la façon dont les communautés des différentes parties du monde qui ont été confrontées à une contamination ont élaboré des stratégies pour la combattre.

Lorsqu’on plante des cultures génétiquement modifiées (GM), elles contaminent les autres cultures avec leur matériel transgénique. Dans les endroits où des OGM sont cultivés à grande échelle, il est déjà devenu pratiquement impossible de trouver des cultures des mêmes espèces sans matériel GM.  La contamination s’étend même à des zones dans lesquelles les cultures GM ne sont pas officiellement autorisées.[ii] Le registre de contamination par les OGM, géré par GeneWatch UK et Greenpeace International, a documenté plus de 216 cas de contamination par les OGM dans 57 pays au cours des 10 dernières années, dont 39 cas en 2007.[iii]

Au delà de la crise alimentaire: La souveraineté alimentaire, repenser l’agriculture

Pourquoi réfléchir et débattre de la souveraineté alimentaire? La réponse est à la fois simple et complexe. Simple, parce que nous devons tous nous nourrir pour vivre et ce, de manière quotidienne. Complexe, parce que nos systèmes alimentaires et nos manières de produire sont de plus en plus intégrés mondialement et utilisent aussi des technologies et des intrants qui échappent aux premiers responsables de la production, les agriculteurs et les paysans.

L’alimentation, la faim et la souveraineté alimentaire sont également des questions d’actualité. En effet, l’année 2008 a été marquée par diverses crises internationales: énergétique, financière et alimentaire. Cette dernière a remis à l’avant-plan les enjeux de production et de politiques agricoles à l’origine de deux grands maux de l’humanité, soit la pauvreté et la faim. Face à cette crise, de nombreuses organisations d’agriculteurs et de citoyens ont vivement réagi en soulignant l’urgence de mettre de l’avant des politiques agricoles et de développement visant la souveraineté alimentaire.

L’idée d’une souveraineté alimentaire en tant que moyen de se sortir de la crise alimentaire et d’éviter à nouveau semblable tragédie est au cœur de ce numéro double de Possibles. Il se veut à la fois une introduction au concept de souveraineté alimentaire et une réflexion exhaustive et riche sur l’agroalimentaire, les communautés rurales du monde, mais aussi sur ce que mangeons (ou ne mangeons pas). Ainsi, nous souhaitons contribuer à soutenir le débat public sur l’avenir de l’agroalimentaire. Débat amorcé au Québec avec les différents rapports préparés pour la Commission Pronovost sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire et en cours actuellement dans le cadre du processus de consultation pancanadien, « Pour une politique alimentaire populaire ».

Bonne lecture!

Dominique Caouette

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Sécurité humaine et souveraineté alimentaire au Sud

Par Assétou Samaké

Sécurité humaine et souveraineté alimentaire au Sud _ PDF

 

Du point de vue de Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (COPAGEN), la souveraineté alimentaire est l’autonomie, pour toutes les nations, dans la production et la gestion de l’alimentation. La notion a théoriquement le même sens au Nord et au Sud. Cependant, dans la pratique, de nombreux pays du Sud sont dans une position de vulnérabilité structurelle qui les empêche de tendre vers cette autonomie, alors qu’elle est relativement plus accessible pour les pays du Nord. Tous les membres de COPAGEN s’entendent sur la définition de la souveraineté alimentaire; le réseau fut d’ailleurs très actif dans l’organisation du Forum de Nyéléni.

Enjeux de la souveraineté alimentaire en Afrique sub-saharienne

Par Marie Fall

Enjeux de la souveraineté alimentaire en Afrique sub-saharienne _ PDF

 

La souveraineté alimentaire implique que l’on puisse choisir ce qu’on mange, la manière dont on le produit et la manière dont on le consomme. Elle inclut la priorité donnée à la production agricole locale pour nourrir la population.

La souveraineté alimentaire a une signification ou des implications différentes selon qu’il s’agit des pays du Sud, des pays du Nord ou des pays émergents. En effet, les pays du Nord, dits développés, ont le choix de leurs politiques agricoles et aussi des produits de consommation. Leurs populations, par le biais des regroupements de consommateurs, participent à l’élaboration des politiques et pratiques agricoles. Par contre, dans la plupart des pays du Sud, dits en développement, les politiques et pratiques agricoles sont sujet à des normes importées, souvent inadaptées aux contextes locaux. Les cultures commerciales ou cultures de rentes (le coton, le cacao et l’arachide), destinées à l’exportation, sont privilégiées par rapport aux cultures vivrières (le riz, le mil, le maïs et les haricots), destinées à la consommation locale. En somme, les pays du Sud cultivent d’abord pour les marchés internationaux alors que les pays du Nord cultivent en premier lieu pour nourrir leurs populations.