L’ouverture économique en Birmanie

Par Joséphine Clerf,

Considérée dans les années 1950 comme l’un des pays les plus avancés de la région, la Birmanie est aujourd’hui classée comme étant l’un des territoires les moins performants du monde. Le secteur agricole est au cœur de son système économique, représentant 70% de la main-d’œuvre du pays. De plus, le PIB par habitant avoisine les 1200$ USD. Sur le plan politique, depuis des élections libres de 2011, 25% des sièges à l’Assemblée sont encore représentés par la junte militaire et occupe donc toujours une place importante dans les affaires publiques et l’économie du pays (Info Birmanie, 2014). Ainsi, l’instabilité persiste, des problèmes sociaux et de justice sont encore présents, ce qui freine la croissance économique du pays. Cependant, le Myanmar dispose de nombreux atouts capables de le propulser en tant que puissance économique sur la scène internationale. Mais alors comment la Birmanie peut-elle devenir un acteur économique important dans la région ?

La machine économique en marche

La Birmanie a été pendant longtemps sous influence indienne et chinoise. En effet les puissances voyaient en ce pays un avantage important pour l’expansion de leur commerce. Avec de nombreux avantages géographiques, la Birmanie est au centre des puissances asiatiques (pays frontaliers de la Thaïlande, l’Inde et la Chine), zone la plus dynamique de l’économie mondiale (Unäl, 2013). La Chine profite de la position de la Birmanie lors de ses échanges économiques avec l’international, évitant ainsi le détroit de Malacca connu pour un fort taux de piraterie. C’est pourquoi la puissance asiatique a beaucoup investi dans les infrastructures birmanes, notamment dans des ports, des oléoducs, des gazoducs … (Amnesty international, 2007). En d’autres termes, sous le régime de la junte, le pays possédait des partenaires économiques. Aujourd’hui, en contexte de gouvernement libre, élu par le peuple, la Birmanie est en capacité de développer son économie et se positionner comme puissance en Asie. Elle dispose de nombreuses ressources comme le gaz, le pétrole, le bois ainsi que des mines fortement convoitées par l’Occident. De plus, plusieurs mesures ont été prises pour passer à une économie de marché. Le système financier s’est modernisé avec l’unification du taux de change en 2012 ainsi que l’indépendance de la banque centrale (France Diplomatie, 2017).  Avant cette date, le marché birman était régi par trois taux de change, ce qui compliquait les échanges et favorisait l’instabilité économique du pays. La loi sur les investissements étrangers la même année a permis une forte croissance économique, notamment grâce aux télécoms et au commerce des services (43% du PIB). Également en 2012, les États-Unis et l’Union européenne ont levé l’embargo sur le pays, sauf pour le commerce des armes. Les sanctions internationales bloquaient donc l’ouverture économique du pays (France Diplomatie, 2017). Le pays était soumis à un embargo sur ses exportations ainsi les transferts de fonds étaient bloqués. Par ailleurs, les généraux de la junte avaient interdiction de rentrer en occident et ce dernier empêchaient les investisseurs étrangers. Actuellement, la communauté internationale commerce avec la Birmanie et les investissements proviennent principalement des puissances asiatiques. À cette même période, le Fonds Monétaire International a mis en place un plan de réformes macro-économiques renforçant la base de développement du pays (Unäl, 2013). La Chine étant le premier investisseur en stock d’investissements directs à l’étranger (18,5Mds USD) suivit par Singapour (16,9 Mds USD) pour l’année fiscale 2016-2017 (Camoin, 2017). Les investisseurs étrangers ont principalement investi dans la production d’énergie, à titre d’exemple, les investissements en hydrocarbure représentent 32% ou bien en électricité 29%.  De même, son entrée à l’ASEAN l’a fortement aidé pour exporter ses produits vers ses partenaires régionaux. Néanmoins, en raison des orientations économiques et politiques de la junte militaire, le pays est soumis aux chocs économiques internationaux. En ce sens, depuis la crise financière de 2007, la croissance du pays ralentit passant de plus de 12% entre 2000 et 2007 à 5 à 7% depuis (Unäl, 2013). De plus, il est interdit pour les étrangers de posséder des terres, ce qui empêche les investissements dans la construction et l’immobilier. Cette loi freine la croissance économique étant donnée la forte capacité touristique du pays.

En ce sens, la Birmanie dispose de nombreux atouts : une main-d’œuvre bon marché, une forte concentration en matière première, une capacité hydroélectrique importante, une proximité économique dynamique, un potentiel touristique, des liens avec l’Inde et la Chine ainsi qu’intégration régionale importante avec l’ASEAN (Coface, 2017).  Toutefois, de nombreux points sont à améliorer.

 

Les limites du système  

La transition politique du pays est encore difficile, ce qui explique notamment le ralentissement de mouvement d’IDE et de la croissance dans le pays. Les risques de tensions ethniques sont très présents. En effet, il existe 135 ethnies différentes qui ont du mal à cohabiter. Les grands projets industriels sont dans les zones ethniques (aux frontières) ce qui renforce les conflits. Des guerres sont encore présentes entre les militaires et les ethnies, par exemple entre les Karens au nord du pays. De plus, l’économie est peu diversifiée et le secteur de la finance est peu développé et instable depuis la mise en place du taux de change unique (Coface, 2017). En d’autres termes, l’instabilité du pays persiste,   ce qui freine l’expansion économique. Seulement 4% du budget est alloué à l’éducation et 3% à la santé, tandis que 20% du budget est alloué à l’armée (Info Birmanie, 2014). La main-d’œuvre est donc très peu qualifiée et la répartition sociale et territoriale est inéquitable. Il est donc nécessaire que la Birmanie se transforme, qu’elle instaure un État de droit et modernise son administration, qu’elle augmente son budget dans les infrastructures et quelleinvestisse dans l’amélioration du bien-être de sa population (Ministère de l’économie, 2017).

Pour conclure, la Birmanie a pris beaucoup de retard sous le régime de la junte militaire. Celle-ci, responsable du déclin, bloque encore les capacités économiques et politiques du pays. Il est indispensable pour la Birmanie de mettre en place une nouvelle administration saine et stable. Toutefois, l’investissement étranger engendre un effet positif ainsi que

les réformes que le gouvernement libre tente de mettre en place sont de bons augures pour la croissance économique du pays. De plus, les ressources qu’elle possède sont favorables pour sa croissance et son développement économique.

 

Bibliographie

Info Birmanie. (2014, janvier ). Birmanie : un nouvel eldorado ? Récupéré sur Info-birmanie: http://www.info-birmanie.org/wp-content/uploads/2007/03/La-Birmanie-un-nouvel-eldorado_-10-idées-reçues_Info-Birmanie_-Janvier-2014.pdf

Camoin, J. (2017). Les IDE en Birmanie au cours de l’année fiscale 2016-2017. Yangon : AMBASSADE DE FRANCE A RANGOUN SERVICE ECONOMIQUE .

Coface. (2017, janvier). Myanmar. Récupéré sur Coface: http://www.coface.com/fr/Etudes-economiques-et-risque-pays/Myanmar

France diplomatie. (2017). Présentation de la Birmanie . Paris : République française .

Ministère de l’économie (2017). Birmanie/Myanmar. Paris : République française .

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