Par Juliette Klein
Depuis plusieurs années, le Canada et la Thaïlande entretiennent des relations bilatérales dynamiques. Cet article présentera les éléments favorisant la bonne entente des deux pays, ainsi que de l’impact des inondations thaïlandaises de 2011 sur leurs échanges.
Informations générales
Les relations entre le Canada et la Thaïlande sont assez solides. Selon le site du gouvernement canadien, le premier ambassadeur du Canada en Thaïlande a été nommé en 1961, et la première ambassade canadienne établie à Bangkok en 1967 (Gouvernement du Canada 2023). On peut aussi trouver un consulat canadien à Chiang Mai, ainsi qu’une ambassade royale thaïlandaise à Ottawa, et des consulats à Vancouver, Edmonton, Toronto et Montréal. En plus de ces représentants, les deux pays sont en partenariat avec plusieurs organisations. On compte notamment le Canada comme partenaire de dialogue de l’ASEAN depuis 1977, et de l’APEC (Coopération économique de la zone Asie‑Pacifique) dès sa création en 1989 (Gouvernement du Canada 2023). Malgré la différence entre le Canada et la Thaïlande, l’un étant un pays développé et l’autre une puissance encore émergente, les possibilités commerciales qu’ils offrent l’un à l’autre permettent une relation stable et fructueuse.
Principaux facteurs de la qualité des relations Canada-Thaïlande
Tout d’abord, le tourisme est un facteur clef dans le rapport Canada-Thaïlande. La Thaïlande, pays vu comme exotique par les Canadiens, arbore un paysage et une culture extrêmement différents du territoire nord-américain, ce qui attise la curiosité des voyageurs.
En 2016, l’importation et l’exportation des services de voyage, c’est-à-dire le tourisme, ont généré pas moins de 272 millions de dollars canadiens. Cependant, le Canada est en déficit sur la Thaïlande dans ce domaine : sur le résultat mentionné, 91 millions CAD sont en exportation de service de voyage contre 181 millions dans l’importation de services (Richards 2018, 5). Concrètement, cela signifie que le Canada envoie plus d’argent en Thaïlande qu’il n’en reçoit. Cela peut s’expliquer par des raisons de capacités économiques et d’attractivité touristique : en effet, le PIB par habitant en PPA du Canada en 2017 était d’environ 45 000 USD (Banque mondiale s.d.), contre 17 900 dollars américains pour les Thaïlandais la même année (Richards 2018, 1). Les Thaïlandais ont donc une possibilité financière plus faible quant aux voyages. De plus, la Malaisie, le Laos et le Japon sont les destinations préférées des touristes thaïlandais (Ambassade royale de Thaïlande). Le Canada, plus éloigné et onéreux, attire moins.
D’autre part, c’est la diversité de produits échangés entre les deux pays qui leur permet une telle dynamique relationnelle. En effet, l’exportation canadienne vers la Thaïlande concerne majoritairement la pâte de bois et l’engrais, ce qui représente 22,8 % de la valeur totale des exportations vers ce pays. La Thaïlande, elle, fournit surtout des téléphones et du matériel informatique, dont la proportion correspond à 12,7 % de la totalité des exportations en direction du Canada. (Richards 2018, 3 ; 4). Ainsi, chacun possède des ressources importantes pour l’autre. De plus, « la très faible corrélation entre les rendements des marchés émergents entre eux et avec les marchés développés montre que la diversification internationale de portefeuille reste bénéfique. » (Chau et Assoé 1996, 134). En d’autres termes, puisque les deux pays ont des marchés très différents, ils ne peuvent que bénéficier des apports de l’autre ; ils ont ainsi énormément de nouveaux domaines à exploiter. De plus, la participation du Canada à l’APEC, qui permet de faciliter la communication commerciale internationale et l’intégration économique régionale, favorise la synergie des deux marchés.
La conséquence des inondations thaïlandaises de 2011
En raison du climat tropical en Thaïlande, les inondations sont fréquentes. Pourtant, celles de 2011 sont particulièrement violentes. Les pertes humaines s’élèvent à 600 morts, et 10 millions d’habitants sont touchés par les intempéries. En termes de dégâts matériels, 1,2 millions d’hectares agricoles sont noyés, ainsi que 1500 sites industriels (Boulanger 2012).
Du côté de l’économie, les pertes et dommages atteignent les 9,8 milliards de dollars américains, ayant pour cause de baisser les prévisions de croissance économique pour l’année de 4,1 % à 2,6 %. S’y ajoutent près de 19 milliards de dollars en frais de soutien pour un plan d’aide industrielle et agricole, ainsi que la mobilisation de milliers de soldats pour aider les victimes (Boulanger 2012). Ces intempéries ont eu un impact fort au niveau économique et commercial ; le tourisme est quasiment arrêté, nombre d’usines sont inutilisables, laissant le peuple thaïlandais désemparé. Le Canada, lui, décide de baisser drastiquement son stock d’investissement direct étranger (IDE), descendant à 200 millions de dollars canadiens, contre presque 700 millions l’année précédente (Richards 2018, 6). On peut associer cette décision avec les conséquences directes de l’inondation, fermant non seulement des établissements manufacturiers dans lesquels le Canada avait investi, mais ralentissant aussi la production d’appareils électroniques qui, rappelons-le, sont les articles les plus importés de la Thaïlande vers le Canada. Cette catastrophe naturelle a donc mis l’économie thaïlandaise en difficulté, sans pour autant compromettre les relations Canada-Thaïlande, qui se sont stabilisées l’année suivante dès que la situation est revenue à la normale. Le stock d’IDE canadien n’est certes pas remonté depuis, mais la Thaïlande n’en tient pas rigueur et cela n’affecte pas les liens diplomatiques des deux pays (Richards 2018, 6).
Finalement, les relations du Canada et de la Thaïlande sont ancrées sur leur statut au sein de la communauté internationale. Elles peuvent être perturbées par des événements naturels comme les intempéries, mais l’impact n’entache pas la bonne entente politique des deux états. Il sera intéressant d’observer l’évolution de leurs rapports au fil des ans, selon la progression de la Thaïlande dans la sphère des puissances mondiales.
Bibliographie
Ambassade royale de Thaïlande. s.d. « Thais becoming outbound tourists in greater numbers ». Royal Thai Embassy, Washington D.C. https://thaiembdc.org/2019/04/15/thais-becoming-outbound-tourists-in-greater-numbers/
Banque mondiale. s.d. « PIB par habitant ($ US constants de 2015) – Canada. ». Groupe Banque mondiale. Consulté le 02 octobre 2023. https://donnees.banquemondiale.org/indicator/NY.GDP.PCAP.KD?locations=CA&most_recent_value_desc=true
Boulanger Lavoie, Charles. 2012. « Un été dévastateur en Thaïlande ». Perspective Monde. https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse/1009
Chau, Minh To, and Kodjovi G. Assoé. 1996. « Dynamique Des Relations Entre Les Marchés Boursiers Nord-Américains Et Les Marchés En Émergence.» Canadian Journal of Administrative Sciences / Revue Canadienne des sciences de l’administration 13 (2): 132–45. https://doi.org/10.1111/j.1936-4490.1996.tb00110.x.
Gouvernement du Canada. 2023. « Relations Canada-Thaïlande ». Gouvernement du Canada. https://www.international.gc.ca/country-pays/thailand-thailande/relations.aspx?lang=fra
Richards, Simon. Bibliothèque du Parlement. 2018. Canada-Thaïlande : Profil de la Thaïlande. Commerce Et Investissement, Publication No. 2017-584-F. Ottawa: Bibliothèque du Parlement. https://publications.gc.ca/collections/collection_2020/bdp-lop/ti/YM32-7-2018-596-fra.pdf


