Exploitation sexuelle des enfants aux Philippines

Par Marc-André Bilodeau
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Depuis les années 1960, la pornographie et la prostitution infantile sont des problèmes connus des autorités, mais pourtant, la situation est toujours loin d’être réglée [1]. En effet, il est estimé qu’il y aurait encore entre 60 000 et 100 000 enfants qui feraient de la prostitution aux Philippines [2]. Les enfants sont aussi victimes du trafic d’êtres humains au sein du pays, alors qu’ils sont souvent déportés des campagnes vers les grandes villes, la plupart du temps, dans l’objectif de les exploiter sexuellement [3].
La principale raison derrière cette prostitution est la grande pauvreté présente autant dans les régions rurales que dans les grandes villes [4]. Les autres causes du trafic et de la prostitution sont le faible développement économique, les inégalités entre les sexes, le peu d’opportunité d’emploi, le fait qu’il y ait beaucoup de familles nombreuses et le tourisme sexuel [5]. En conséquence, les enfants se retrouvent dans le milieu de la prostitution, parfois à cause d’agences de recrutement qui leurs promettent un travail qui n’existe pas et les enfants ont ensuite une dette à rembourser à l’agence [6]. Dans d’autres cas, c’est les parents qui vendent leurs enfants directement à des groupes d’exploitants sexuels [7].
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Les enfants prostitués se tiennent surtout dans les centres d’achat pour se faire approcher par des clients, mais aussi pour de temps à autre faire de la pornographie [8]. Dans le cas de la pornographie, c’est surtout les proches qui viendraient influencer la décision d’en faire, par exemple par le biais d’une webcam connectée à Internet, car, contrairement à la prostitution, il n’y a pas de contact physique avec le consommateur, ce qui dérange moins les parents [9].
Par ailleurs, l’industrie de la pornographie infantile aux Philippines est l’une des plus grosses au monde, alors qu’elle produirait pour environ 1 milliard de dollars de revenu par année [10]. Contrairement à la prostitution où la majorité de clients sont Philippins, dans le cas de la pornographie, les consommateurs et exploitants proviennent essentiellement de l’étranger [11]. Cela est favorisé par l’intervention d’agents du gouvernement dans le réseau de production et de distribution de la pornographie, alors qu’ils vont aider les étrangers en fournissant les enfants, en échange d’une partie des bénéfices [12].
De plus, dans le domaine du tourisme sexuel, il y a aussi des agences de voyages occidentales qui se spécialisent à offrir des tours de quelques semaines ayant comme vocation d’assurer des relations sexuelles avec des personnes différentes chaque soir [13]. Ainsi, ces personnes sont parfois majeures, mais comme ce type de tourisme se développe rapidement, il y a un grand risque que les agences prennent des enfants [14]. Par ailleurs, de nombreux clients sont prêts à payer plus cher pour avoir des relations sexuelles avec des vierges, ce qui favorise l’exploitation [15]. L’exploitation sexuelle touche aussi le domaine de l’aide humanitaire. En effet, certains pédophiles mettent en place des organisations non gouvernementales pour aider les enfants sans-abris, mais qui en réalité ont pour but de faciliter l’accès aux enfants [16].
En conséquence de cette exploitation, beaucoup d’enfants ont un sentiment de culpabilité, alors qu’ils ont l’impression que ce qui leur est arrivé est de leur faute, puisqu’ils n’auraient pas dû se laisser faire par l’agresseur [17]. De plus, la virginité est très importante dans la culture philippine, les jeunes filles ont donc honte d’avoir eu des rapports sexuels, même sans pénétration, cela menant parfois à les empêcher d’avoir des enfants [18]. L’exploitation sexuelle a aussi des effets sur la psychologie des enfants, alors que certains vont avoir des réflexes auto-destructeurs, par exemple en buvant de grandes quantités d’alcools [19].
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Du côté du gouvernement, celui-ci à commencer à prendre des actions contre l’exploitation en mettant en place une loi en 2003 qui criminalise le trafic humain et l’esclavage [20]. Toutefois, comme mentionnée plus haut, la place importante de la corruption dans l’administration rend la tâche difficile, en plus du système judiciaire qui est inefficace, ainsi que la complicité entre les officiels et les trafiquants [21]. De plus, le manque de procureurs spécialisés dans les cas de trafic et d’esclavage vient aussi empêcher la bonne mise en place de la loi et il y a un manque d’institutions pour venir en aide convenablement aux victimes [22].
Par contre, depuis 2013, le gouvernement a pris de nouvelles mesures pour tenter d’améliorer la situation. Ainsi, la loi de 2003 a été modifiée pour inclure plus d’actes, telle que l’intention de faire du trafic, entre autre [23]. De plus, en février 2013, avec l’aide de l’ONU, l’État philippin a créé un manuel pour aider les policiers à mieux reconnaître les cas de trafic humains et d’esclavage [24]. Aussi, l’aide aux victimes s’est améliorée alors que le gouvernement procure des soins médicaux, de l’aide juridique et des logements aux victimes, même si cela reste, en somme, insuffisant [25]. Finalement, le gouvernement a signé plusieurs traités internationaux qui ont commencé à être effectifs à la fin de l’année 2013 [26].
Il est donc trop tôt pour juger la portée que vont avoir ces différentes actions, mais il semble que l’État philippin veut diminuer le trafic humain et l’esclavage, même si la route à faire est encore longue.

[1] Trinidad, Arnie C. 2005. Child Pornography in the Philippines. Manille : UNICEF.
[2] ECPAT. 2011. Global Monitoring : Status of Action Against Commercial Sexual Exploitation of Children – Philippines. Bangkok : ECPAT.
[3] Organisation des Nations Unies. Office des Nations Unies Contre la Drogue et le Crime. 2012. Global Report on Trafficking in Persons. Vienne : Office des Nations Unies Contre la Drogue et le Crime.
[4] ECPAT. 2011. Global Monitoring : Status of Action Against Commercial Sexual Exploitation of Children – Philippines. Bangkok : ECPAT.
[5] Ibid.
[6] Walk Free Foundation. 2013. Global Slavery Index : Philippines. En ligne. http://www.globalslaveryindex.org/country/philippines (page consultée le 9 novembre 2014).
[7] Ibid.
[8] Trinidad, Arnie C. 2005. Child Pornography in the Philippines. Manille : UNICEF.
[9] Ibid.
[10] ECPAT. 2011. Global Monitoring : Status of Action Against Commercial Sexual Exploitation of Children – Philippines. Bangkok : ECPAT.
[11] Trinidad, Arnie C. 2005. Child Pornography in the Philippines. Manille : UNICEF.
[12] Ibid.
[13] Ibid.
[14] Ibid.
[15] Ibid.
[16] Ibid.
[17] Ibid.
[18] Ibid.
[19] Ibid.
[20] Walk Free Foundation. 2013. Global Slavery Index : Philippines. En ligne. http://www.globalslaveryindex.org/country/philippines (page consultée le 9 novembre 2014).
[21] ECPAT. 2011. Global Monitoring : Status of Action Against Commercial Sexual Exploitation of Children – Philippines. Bangkok : ECPAT.
[22] États-Unis. Department of State. 2014. Trafficking in Persons Report 2014. Washington : Department of State.
[23] États-Unis. Department of State. 2014. Trafficking in Persons Report 2014. Washington : Department of State.
[24] États-Unis. Department of State. 2014. Trafficking in Persons Report 2014. Washington : Department of State.
[25] Walk Free Foundation. 2013. Global Slavery Index : Philippines. En ligne. http://www.globalslaveryindex.org/country/philippines (page consultée le 9 novembre 2014).
[26] Ibid.

Bibliographie:

ECPAT. 2011. Global Monitoring : Status of Action Against Commercial Sexual Exploitation of Children – Philippines. Bangkok : ECPAT.

États-Unis. Department of State. 2014. Trafficking in Persons Report 2014. Washington : Department of State.

Organisation des Nations Unies. Office des Nations Unies Contre la Drogue et le Crime. 2012. Global Report on Trafficking in Persons. Vienne : Office des Nations Unies Contre la Drogue et le Crime.

Trinidad, Arnie C. 2005. Child Pornography in the Philippines. Manille : UNICEF.

Walk Free Foundation. 2013. Global Slavery Index : Philippines. En ligne. http://www.globalslaveryindex.org/country/philippines (page consultée le 9 novembre 2014).

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