Manille… 7 lettres symboles d‘inconnu et d’exotisme
(ou chronique d’une étudiante de l’Université de Montréal partie pour plus de 3 mois tourner un documentaire à Palawan.)
Cet article résume brièvement mes premières impressions de Manille, des impressions subjectives que je souhaite partager et qui éclaireront peut-être la découverte future d’un occidental.
Pour décrire le plus fidèlement possible ma découverte de Manille, j’utilise une catégorisation par les sens : quoi de mieux selon moi que les sens pour se rappeler la découverte d’un nouveau pays
Sortie de l’aéroport, souffle chaud, lourd : contraste avec l’air conditionné de l’aéroport
Poids de la chaleur et de l’humidité. Etourdissement des sens mêlé au jetlag (douze heures de décalage avec l’Amérique du Nord)
Dans l’air une odeur chaude, sucrée, mélangée à celle du gaz.
A l’oreille des bruits de klaxons : Manille est connue pour son trafic intense à toute heure (à ce sujet je renvoie le lecteur au documentaire Kadena[1] réalisé par la précédente équipe du projet documentaire.)
Une berceuse de mots que l’on ne comprend pas, le tagalog – ou philippino comme les philippins préfèrent l’appeler – se mélange souvent à l’anglais et donne le tagalish une version actualisée du philippino.
Le fameux « Bayad Po/Dao » que l’on utilise quand on prend un jeepney (moyen de transport en commun que nous aborderons un peu plus loin) Une convention que l’on doit vite adopter : j’y ai trouvé une certaine manière de créer ou de maintenir un lien social. La manière dont les passagers se transmettent l’argent de main en main jusqu’à ce qu’il arrive au conducteur est intéressante.
Une autre particularité de la culture philippine ?
La folie des karaoké, une légende urbaine typiquement philippine inventée en 1975 par Roberto del Rosario, un philippin alors président du Trebel Music Corporation.
Cependant l’invention du karaoké reste controversée : associée pour certains au musicien japonais Daisuke Inoue en 1971. Le karaoké, une tradition qui prend place dans le quotidien philippin à toute heure et en tout lieu (nous en avons fait l’expérience notamment lors d’un week-end à la plage), des personnes de tous âges chantent leur amour du karaoké (souvent avec plus ou moins de justesse.)
Le lieu et moment privilégié pour pratiquer ce sport national reste une soirée alcoolisée (j’insiste sur cet élément essentiel) dans un bar avec des amis.
Visuellement, Un nombre incroyable de produits pour blanchir la peau que l’on peut trouver dans les pharmacies : même Nivea à un lait hydratant blanchissant, stupeur occidentale alors que nos rayons en Europe et en Amérique du Nord à l’approche de l’été se remplissent de crèmes, de sprays et de pilules auto-bronzantes.
Des panneaux publicitaires colorés partout, chaque espace même le plus petit est mis à profit pour promouvoir un mode de vie à l’américaine. Si bien que lorsque l’on prend l’autoroute pour se rendre à l’aéroport
En traversant le quartier expatrié de Makati, nos yeux ne savent plus où donner de la tête tant la concurrence visuelle des panneaux publicitaires est forte
Un style publicitaire aussi à l’américaine : couleurs et slogans accrocheurs, simplistes, ridicules parfois. J’en ai noté un en particulier pour la marque agroalimentaire Sexy Chix « Chicken is also sexy » l’affiche entend appuyer le slogan, présentant une jeune femme européenne tout soutire mangeant délicatement dans une assiette qui doit contenir le fameux poulet.
Dans le prolongement de cette idée on peut noter aussi une sur-utilisation du corps féminin dans les publicités (surtout sur les grands panneaux publicitaires). Une attitude sociale qui ne doit pas faire l’unanimité auprès des féministes. Le thème de la publicité aux philippines sera aborde plus en détail dans un article futur.
Autre constat visuel frappant : des tricycles bleus, verts, jaunes un peu partout.
Le tricycle est le moyen le plus rapide de se rendre d’un point à un autre dans Manille. A éviter sur les longues distances, la solidité de l’engin risque d’être mis à rude épreuve. Celui-ci peut accueillir jusqu’à cinq passagers et se compose d’une moto sur lequel peuvent s’asseoir en plus du conducteur deux passagers, enfin le side car et son petit habitacle peut abriter 3 passagers (petits de préférences pour ne pas souffrir des à-coups de la route.)
Dans la continuité des tricycles comment ne pas s’arrêter sur Les Jeepneys en métal brillant, bariolés de couleurs ? Héritage américain (en plus des panneaux publicitaires et de la folie des centres d’achats), plus précisément de l’armée américaine après la seconde guerre mondiale.
A l’instar d’un bus, chaque jeepney à un tarif fixe (6,25 Pesos philippins soit moins de 50 cents canadien) et une direction associée, celles-ci sont inscrites en lettres colorées au dos ou à l’avant du jeepney. Chaque Jeepney à un nom inscrit en lettres capitales donné par son conducteur, façon de lui donner une identité (à ce sujet je renvoie le lecteur au court documentaire Bayad Po [2]réalisé par deux membres du projet documentaire de cette année).
Au goût, au bout de quelques temps, celui du thé glacé bien frais et la de la bière locale Red Horse à 9% qu’il faut boire vite avant qu’elle ne se réchauffe (à noter sur ce point que les glaçons sont indispensables pour peu de boire la bière déjà chaude.)
Goûts aussi plus épicés du chicken curry, du spicy garlic chicken, ou encore du chicken strogonoff.
Une adaptation progressive aussi du palet à la friture car dans la cuisine philippine chaque aliment est susceptible d’être frit, des légumes à la viande en passant par le riz ou les fruits.
Conclusion certaine sur la cuisine locale : difficile de poursuivre un régime végétarien aux Philippines, la viande et surtout le poulet frit sont présents dans quasiment tous les plats.
Conclusion certaine également sur les philippins : sourire aux lèvres à chaque instant, joie de vivre et rires communicatifs, une certaine timidité mêlée de curiosité envers les occidentaux aussi.
Des regards étonnés, intéressés, parfois insistants mais jamais malveillants et une question récurrente souvent quand nous marchons dans la rue « Hi ! Where are you from ? »
Découverte incertaine par contre : un amour insoupçonné pour l’air conditionné (notre salut et notre pire ennemi)
Je conclurais cette chronique par deux mots qui me semblent représenter assez fidèlement ma courte expérience de Manille jusqu’à aujourd’hui : contrastes permanents
Rosanna Tiranti
Université de Montréal
[1] KADENA : disponible sur YouTube à l’adresse suivante
https://www.youtube.com/watch?v=wTg5Inl_-o8
[2] Bayad Po : disponible sur YouTube à l’adesse suivante https://www.youtube.com/watch?v=ZzXgWzS5qMA&sns=fb