LE TOURISME, UN FACTEUR DE DÉVELOPPEMENT?

Par Laura Rakotobe

L’Afrique, continent encore mystérieux et envoûtant par ses paysages et cultures particuliers, fait rêver les touristes en mal d’exotisme. Avec la mondialisation croissante, l’information voyage  très rapidement et les frontières sont de moins en moins visibles entre les pays. On observe une croissance fulgurante du secteur du tourisme sur le continent. Parmi le « top des destinations », on retrouve le Kenya et son célèbre safari. Depuis les années 1980, les modes du safari et des vacances sous les tropiques ont hissé le Kenya au premier rang du tourisme africain, qui constitue encore le secteur-clé de l’économie du pays (12,7% du PIB en 2006). Mais certains affirment que secteur peut aussi être facteur de sous-développement. Nous allons dans un premier temps montrer que les retombées économiques du tourisme sont assez inégales, puis voir en quoi il crée une certaine forme de dépendance et enfin nous pencher sur le nouveau concept d’éco-tourisme communautaire en pleine expansion.

De plus en plus,  la vison du tourisme international comme principal facteur de développement semble nous montrer ses limites. On lui reproche de trop souvent mettre en opposition le Nord et le Sud à l’échelle mondiale, les citadins occidentaux (ou les classes sociales supérieures kenyanes, les entrepreneurs touristiques) et les communautés locales à l’échelle nationale [1]. Au Kenya, les activités touristiques sont concentrées sur de petites localisations et n’ont qu’un effet plutôt faible sur le développement de l’ensemble du pays sur le long terme. Alors que les dirigeants politiques se réjouissent des forts taux de croissance de ce tourisme rendu de plus en plus accessible, on ne peut nier le fait que cette croissance est à double tranchant : le tourisme peut aussi devenir un facteur de dépendance, voire de sous-développement sur le long terme. Les entrepreneurs locaux et étrangers y voient de grandes opportunités de création de richesse et ont tendance à se désintéresser des autres secteurs de l’économie, et l’on peut constater une détérioration des conditions de vies des populations locales qui ne bénéficient pas des retombées économiques du secteur. Par exemple, moins de 2 % de l’argent dépensé dans la Réserve faunique Maasai de Mara (réputée dans le monde entier) retournent à la population locale, selon le journaliste canadien Mike Crawley. Aussi, comme le dit Bernard Duterme, « ces dernières années indiquent que les retombées financières, sociales, culturelles et environnementales sont le plus souvent problématiques, voire dramatiques, pour les populations locales » [2]. Le tourisme peut entraîner certaines formes de dépendance économique vis à vis des pays riches, d’où proviennent les touristes. L’apport de devises n’est pas sans contrepartie, il oblige souvent à des investissements touristiques considérables, nécessitant des prêts publics ou privés étrangers qui alourdissent la dette. La construction et le fonctionnement des installations touristiques sont trop souvent l’occasion d’importations plutôt que l’utilisation de matériel produit sur place, car pour être compétitif, il faut faire l’usage de produits (équipements, alimentation, etc) correspondants aux standards internationaux. Ainsi, dans le cas du Kenya, certains auteurs comme Wanjohi Kibicho en viennent même à parler d’une « nouvelle forme de colonialisme ». Ce dernier point est appuyé par le fait que le tourisme en safari est souvent critiqué comme «exploitant » les ressources naturelles locales (paysage, faune et flore) et qu’il n’y a pas ou très peu d’interaction avec la société maasaï locale qui n’est pas assez mise en valeur, mais seulement la contemplation d’un « musée vivant » [3]. Cette approche nous permet de poser les bases d’une réflexion solide sur le développement durable du Kenya, de cerner ses enjeux contemporains, entre la nécessité de capter les flux et les ressources du tourisme international et le besoin d’associer au développement économique (et par là-même environnemental) les communautés locales.

C’est ainsi que l’on voit émerger une nouvelle branche de ce secteur : le tourisme écologique et communautaire. Cette démarche facilite ainsi la découverte d’un Kenya hors des sentiers battus et l’échange avec la population locale. Les voyageurs peuvent partager la vie quotidienne des habitants et se familiariser avec les traditions maasaï locales. Le but est de valoriser l’artisanat et de créer un échange « responsable » entre les populations locales et les touristes. On peut voir la prise de position positive prise par le gouvernement envers ce nouveau tourisme, ce qui est primordial pour assurer son efficacité. En effet, sans le soutien gouvernemental, il est difficile d’établir des projets de ce type à grande envergure, car ils se manifestent par des initiatives localisées mais peu connues. Ainsi, comme on peut le lire sur le site du ministère du tourisme, « Kenya’s dedication to eco-values sets it apart from many other African destinations » [4]. On constate que les populations locales qui ont participé à ce type de projet ont un accroissement de leur richesse et ont pu développer des fonds permettant la construction d’écoles et d’hôpitaux, entre autres. Le tourisme communautaire représente 5% du tourisme kenyan et croît entre 20 et 30% par année, ce qui est considérable. Tout ceci reflète la nouvelle vague de conscientisation qui s’opère dans les pays développés, concernant les enjeux environnementaux et éthique qui modifient peu à peu les habitudes de consommation, élargies au domaine du tourisme dans ce billet, additionnées d’une recherche d’authenticité.

Nous avons donc vu si le secteur du tourisme au Kenya participe grandement au développement du pays, il n’a pas que des côtés positifs et que de nouveaux enjeux et dynamiques se mettent en place ces dernières années. Ainsi donc, le Kenya dispose de plusieurs voies pour orienter son tourisme vers la durabilité, et la réussite de ce défi lui permettra de se positionner comme un chef de file parmi les pays d’Afrique.

Références

[1] Kibicho, Wanjohi. 2007. Tourisme en pays maasaï (Kenya) : de la destruction sociale au développement durable. Paris : l’Harmattan, coll. Tourismes et sociétés.

[2] Duterme, Bernard. 2009. « Tourisme international : à qui profite l’industrie du dépaysement? ». Le journal des alternatives (Montréal), 30 octobre 2009. En ligne. http://www.alternatives.ca/fra/journal-alternatives/blogues/bernard-duterme/article/tourisme-international-a-qui (page consultée le 20 février 2010).

[3] Op. cit., Kibicho, Wanjohi. 2007. Tourisme en pays maasaï (Kenya) : de la destruction sociale au développement durable. Paris : l’Harmattan, coll. Tourismes et sociétés.

[4] Kenya. Ministère des Finances. FMI. Banque mondiale. 2005. Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP). En ligne. http://planipolis.iiep.unesco.org/upload/Kenya/PRSP/Kenya%20PRSP.pdf (page consultée le 16 février 2010).

Kenya_safari_girafe

crédit photo : http://www.pays-monde.fr/photo/kenya-massai-mara-girafe.jpg

Kenya_tourists

crédit photo : http://www.testeur-voyage.com/wp-content/uploads/2009/02/safaris-au-kenya-1.jpg

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03 2010

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