Étiquette : solidarité internationale

État, bien commun et souveraineté alimentaire

Par Frédéric Paré

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C’est incontestable, les agricultures et les systèmes alimentaires du monde opèrent à l’intérieur de contraintes climatiques, thermiques et agronomiques incontrôlables, les plaçant dans une situation commerciale très inégale, voir intrinsèquement inéquitable sur le plan économique. Ces systèmes sont également conditionnés par une foule de considérations nationales légitimes et choisies, qu’elles soient d’ordre culturel, politique, sanitaire ou social. De plus, il suffit d’un très faible déséquilibre entre l’offre et la demande pour que le prix des denrées alimentaires, ou même celui des ressources utiles à leur production comme les terres agricoles, varient substantiellement et menacent des centaines de millions de personnes de la faim. La spéculation sur les inventaires de denrées alimentaires ou sur les sols arables et les changements climatiques qui affligent régulièrement les territoires agricoles d’événements extrêmes exacerbent cette faible élasticité économique. De plus, les dimensions fondamentales liées à la production des aliments, dimensions assujetties aux droits de la personne, comme le droit à l’alimentation, renforcent le caractère d’exception des aliments. La marchandisation des aliments banalise leur caractère unique, nivelle leur rôle fondamental et nie les responsabilités nationales pour les faire reposer sur les seules épaules des individus ou de sociétés privées. La cause de la souveraineté alimentaire est donc très juste. Elle relève même du gros bon sens. Mais qu’en est-il plus exactement ?

La faim et le profit: crise du système alimentaire

Par Développement et Paix

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À travers le monde, de plus en plus de gens n’ont pas assez à manger pour eux-mêmes et leur famille. Huit ans après le Sommet du Millénaire, où les chefs d’État du monde entier avaient pris l’engagement d’éradiquer la faim et l’extrême pauvreté avant 2015, on estime que 100 millions de personnes sur tous les continents sont sur le point de s’ajouter aux 860 millions pour qui le manque de nourriture est déjà une réalité quotidienne, une crise chronique.[i] Trente-sept pays sont touchés.[ii] Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies qualifie la situation de « plus gros défi » qu’il ait eu relevé depuis sa création, il y a 45 ans.[iii] La crise alimentaire de 2008 a fait la manchette des journaux du monde entier et les gouvernements, tout comme les institutions multilatérales, ne savent plus où donner de la tête.

Développement des filières courtes de commercialisation: contribution à la souveraineté alimentaire

Par Martine François

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L’alimentation dans le monde

Dans les pays industrialisés et les pays émergents, on assiste au développement d’un système agroalimentaire basé sur un petit nombre de multinationales régissant l’agriculture, la transformation et la commercialisation des produits alimentaires. L’agriculture et l’alimentation fonctionnent sur un triptyque d’agriculture intensive alimentée par des multinationales semencières, fournisseuses d’intrants et de pesticides, de développement d’industries agroalimentaires elles aussi multinationales, et des multinationales de la distribution qui rendent les aliments disponibles aux consommateurs au travers des hypermarchés et supermarchés.

L’industrie alimentaire représente 600 000 entreprises dans le monde, les 100 premières réalisant le tiers du chiffre d’affaires total et les 15 leaders, 19%. En France, on peut citer Danone qui occupe le douzième rang mondial. Les firmes de distribution sont parmi les plus grandes firmes mondiales : Wal-Mart Store est la plus grande firme mondiale et, en France, on peut citer Carrefour, qui est la deuxième entreprise mondiale (Rastoin, 2008)[i].

Réfugiés karens de Birmanie, violence et alimentation

Par Alexandra Lemay

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La Birmanie est une dictature militaire et, depuis près de 60 ans, les Karens, comme plus d’une centaine d’autres groupes minoritaires du pays, sont violement opprimés par le gouvernement en place. On y recense jusqu’à ce jour près d’un million de morts en raison de conflits ethniques. Fort d’une armée de près 400 000 hommes, le gouvernement birman n’hésite pas à violer les droits fondamentaux des Karens, que ce soit par des expropriations, de la torture, des viols ou des meurtres.

Agir collectivement pour une agriculture paysanne écologique et durable

Par Lise Latrémouille

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La souveraineté alimentaire, telle que définie par la Via Campesina, est un concept qui concorde parfaitement avec les valeurs et les activités de USC Canada. Ce concept sous-tend les mêmes principes au Nord et au Sud, mais les stratégies pour l’atteindre sont différentes selon les contextes. Par exemple, au Nord, le modèle agroindustriel étant encore plus influent qu’au Sud, il y a donc moins d’adhérents à la notion, puisqu’elle vise à transformer le mode de production actuel. Au Sud, la majorité des agriculteurs pratique une agriculture de subsistance et travaille à petite échelle. Le concept de souveraineté alimentaire trouve donc plus facilement des adhérents dans un tel environnement. Les stratégies de mise en application de la souveraineté alimentaire ne sont donc pas les mêmes lorsque la majorité des agriculteurs produisent à petite échelle.

Le droit des peuples

Par Ryan Worms

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Développement et paix adhère à la définition de la souveraineté alimentaire telle qu’elle a été définie au Forum de Nyéléni en 2007. Globalement, celle-ci affirme que la souveraineté alimentaire est le droit des peuples à une alimentation saine, produite à l’aide de méthodes durables et dans le respect de l’environnement, ainsi que leur droit à définir leur système alimentaire et agricole. Elle place donc les producteurs, les distributeurs et les consommateurs au cœur du système politique alimentaire en lieu et place des exigences du marché alimentaire transnational. Donc, les principes qui sont défendus par cette définition de la souveraineté alimentaire rejoignent de nombreuses luttes et préoccupations des partenaires du Sud de Développement et paix, ce qui en fait un concept important pour l’organisme.

Pour DP, la souveraineté alimentaire n’a pas la même signification pour le Nord et le Sud, car la lutte pour se nourrir n’est pas la même. Bien que les pays industrialisés souffrent aussi d’un déficit de souveraineté alimentaire par un manque de production locale à destination locale, cette déficience ne menace pas directement leur capacité quotidienne à se nourrir, ce qui constitue une différence notable. En Occident, les ménages consacrent de 10% à 20% de leur budget à l’alimentation, alors que dans les pays du Sud, c’est entre 60% et 90%. La souveraineté alimentaire est donc une question de survie dans les pays du Sud.

La souveraineté alimentaire comme projet éthique

Par André Beaudoin

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Pour l’Union des producteurs agricoles – Développement international, la souveraineté alimentaire s’articule principalement en réaction à la perte de contrôle de l’État sur l’agriculture en faveur des traités supranationaux. Elle est donc un projet éthique qui vise à redonner le pouvoir à l’État en ce qui a trait aux politiques agroalimentaires. Même si les contextes du Nord et du Sud sont effectivement différents, la souveraineté alimentaire est fondée sur le même principe partout dans le monde, soit la capacité de maintenir une agriculture familiale basée sur les interventions souveraines de nos gouvernements.

Définir l’agriculture familiale n’est pas une tâche aisée. D’abord, il existe certains critères au plan de la gestion: l’essentiel du travail et la gestion de l’exploitation doivent être contrôlés par la famille et celle-ci doit également contrôler les leviers financiers de l’entreprise agricole. Il y a également la question de la grosseur de l’exploitation, car, comme on le sait, il existe aussi des méga-entreprises familiales. Dans ce cas, peut-on toujours parler d’agriculture familiale? Et où doit-on tracer la ligne quant à la grosseur des exploitations dans un contexte de souveraineté alimentaire? Selon moi, il y a deux critères que l’on doit prendre en compte pour répondre à ces questions: l’acceptation sociale et le contexte économique. D’abord, le contexte économique influence la grosseur relative d’une exploitation agricole: par exemple, 100 vaches au Québec et 100 vaches au Burkina Faso sont loin d’être des situations identiques. Il y a aussi la notion d’acceptation sociale. Chaque société doit se poser la question à cet égard: quand une ferme est-elle trop grosse pour être considérée comme familiale? Où tracer la ligne? C’est une réflexion commune que l’on se doit de faire en tant que société, mais il n’y a certainement pas de critère universel qui permette de répondre à cette problématique.