<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Possibles &#187; poésie</title>
	<atom:link href="http://redtac.org/possibles/tag/poesie/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://redtac.org/possibles</link>
	<description></description>
	<lastBuildDate>Wed, 16 Nov 2011 23:26:33 +0000</lastBuildDate>
	<generator>http://wordpress.org/?v=2.8.1</generator>
	<language>en</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
			<item>
		<title>Les voleurs d&#8217;âmes</title>
		<link>http://redtac.org/possibles/2011/09/11/les-voleurs-dames/</link>
		<comments>http://redtac.org/possibles/2011/09/11/les-voleurs-dames/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 12 Sep 2011 00:51:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Poésie et fiction (vol. 35, no. 1)]]></category>
		<category><![CDATA[poésie]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://redtac.org/possibles/?p=551</guid>
		<description><![CDATA[Par Juba Masensen,
Version pdf.: Bloc 2 &#8211; Masensen, Juba
À quelques années de ma mort, je me souviendrai que je n’ai pas fait grande chose. J’ai été berger pendant un temps, mécanicien pendant l&#8217;autre temps, bûcheron encore un temps, coffreur et maçon durant quelques temps, éboueur sans temps, chômeur beaucoup de temps, et un vaurien pendant longtemps.
 [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><strong>Par </strong><strong>Juba Masensen,</strong></p>
<p style="text-align: justify"><span lang="FR-CA">Version pdf.: <a rel="attachment wp-att-572" href="http://redtac.org/possibles/2011/09/11/les-voleurs-dames/bloc-2-masensen-juba-2/">Bloc 2 &#8211; Masensen, Juba</a></span></p>
<p style="text-align: justify"><span lang="FR-CA"><a rel="attachment wp-att-572" href="http://redtac.org/possibles/2011/09/11/les-voleurs-dames/bloc-2-masensen-juba-2/"></a>À quelques années de ma mort, je me souviendrai que je n’ai pas fait grande chose. J’ai été berger pendant un temps, mécanicien pendant l&#8217;autre temps, bûcheron encore un temps, coffreur et maçon durant quelques temps, éboueur sans temps, chômeur beaucoup de temps, et un vaurien pendant longtemps.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span lang="FR-CA"> C’est vrai que je n’ai rien foutu durant ma vie. Je n’ai pas pu aimer, je ne faisais pas du mal mais je ne connaissais pas le bien, je déambulais comme un chien, j’errais comme un fou, je regardais les gens sans âme et je mangeais dans la poubelle.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span lang="FR-CA"> Tous les soirs dans ma poche de parka ANP une  bouteille de vin pleine, dans un sac quelques bières, un camembert puant, un paquet de cigarettes Afras et un bout de carton pour les ivresses.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span lang="FR-CA"> Pour les gens de bonne éducation je passerais pour un attardé mental, un clochard ou un ivrogne. Mais je vous dirai tous mes chagrins dans cette confession.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span lang="FR-CA"> Au début de mes jours sur cette terre, je croyais que chaque individu aurait sa destinée en main. Mais en réalité c’est le contraire qui se passe. On m’a volé mon âme.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span lang="FR-CA"> Que vous, chers lecteurs et chères lectrices, soyez mon seul et unique juge dont j’accepterai la sentence.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span lang="FR-CA"> J’ai été à l&#8217;école pendant mon enfance, en élève studieux qui voulait, avec sa curiosité, devenir médecin ou pilote. Je ne vous raconterai pas les supplices que j’ai subis, mais juste une goutte du sceau géant.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span lang="FR-CA"> Venant d&#8217;une montagne sacrée, respectant les gens et leurs pensées comme mes parents me l’avaient appris, je ne me doutais pas qu’au coin d’une salle pédagogique je serais jeté sans un regard de cet instituteur sans âme. Je m’en souviens comme si c&#8217;était cet instant. Il m’a demandé si Dieu existe et j’ai répondu que je ne sais pas. Il s’est mis en colère et a pris un bâton bien taillé dans un grenadier de la cour de l’école. Ensuite, il m’a ordonné de lui donner mes mains si frêles en cet hiver rude de l’année 78. Je ne pouvais pas dire non parce que c’était mon maître. Quarante cinq coups et je voyais mes mains ensanglantées sans les sentir.  Dans ma dignité de montagnard, j’ai résisté à la douleur extrême que même ce Dieu que je ne connaissais pas ne pouvait décrire dans ses livres sacrés. Mon corps a résisté mais mon âme s’est effritée en mille morceaux et s’est désintégrée et fluidifiée pour pouvoir passer en larmes à travers mes yeux. Ces larmes dont la supplication était si apparente, personne parmi les élèves ne voulait les voir.</span></p>
<p style="text-align: justify"><span lang="FR-CA"> Au bout de quelques minutes, le bourreau revint de sa colère et j’ai cru à la délivrance. Mais hélas, son côté diabolique reprenait ses forces sur mes fesses qui à ce jour en gardent encore les séquelles. J’ai résisté encore aux deux cents coups sans crier gare. Ma dignité était plus forte que la folie meurtrière de cet homme que tous les gens considéraient comme un érudit du savoir. Que pouvait faire un garçon de sept ans contre toute torture normalisée par la société ?</span></p>
<p style="text-align: justify"><span lang="FR-CA"> Le pire, après ces blessures profondes du corps et de l’âme, est que cet homme au savoir m’a lancé à la figure que je suis un chien. Un chien aurait-il donné ses pattes ou aurait-il gardé le silence et souffert ? Non, il aurait mordu aux couilles. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span lang="FR-CA">Cela dit en passant. J’ai repris les bancs d’école et les supplices quotidiens avec. J’ai réussi malgré tout à sauter en classe supérieure où la méthode pédagogique était inchangée. Je ne savais pas d’ailleurs comment j’ai pu le faire. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span lang="FR-CA"> Au bout de trois années de torture, j’avais enfin une institutrice très belle à regarder et à écouter. Elle avait su déceler en moi son génie de la classe. J’avais en cette année l’affection, la douceur et le respect. Cela n’a pas duré plus d’une année. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span lang="FR-CA"> De classe en classe je sautais et j’avais obtenu mon baccalauréat. Mon âme a été violentée et je ne savais pas quoi faire de ce corps. Des années à l&#8217;université, je n’ai retenu que les discours religieux dispensés dans des travaux dirigés pourtant par des sciences exactes. Je voyais des filles voilées, des hommes barbus et à quelques mètres, j’entendais des sons assourdissants de bombes et des armes automatiques. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span lang="FR-CA"> A la fin du cursus, je n’avais ni copine, ni amie sauf quelques fous comme moi. Le diplôme en poche, je déposais des demandes d’emploi là ou je passais. La réponse a été toujours la même que vous tous, chers lecteurs et chères lectrices, avez reçue un jour de votre vie. « Nous avons le regret de vous faire savoir » ou « de vous annoncer » (c&#8217;est selon le style) que le poste que vous avez demandé a été pourvu. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span lang="FR-CA"> Las de tout et sans désir de me voir pilote ou médecin, j’ai décidé de me donner un temps de repos en ne parlant qu’à moi-même. Mes amis, les anciens et mes parents ont cru à ma folie et ont fait savoir publiquement que je suis possédé. Un exorciste a été invité chez moi, dans ma chambre, pour me faire une thérapie religieuse. En le voyant, je l’ai assommé avec un coup de tête et je me suis enfui de chez moi pour ne plus revenir. </span></p>
<p style="text-align: justify"><span lang="FR-CA"> Un jour, j’ai essayé de rependre mes forces mais c’était déjà trop tard. Je n’avais plus de souffle car les voleurs d’âmes ont pris la mienne.</span></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://redtac.org/possibles/2011/09/11/les-voleurs-dames/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Lettre de Marguerite</title>
		<link>http://redtac.org/possibles/2010/09/18/lettre-de-marguerite/</link>
		<comments>http://redtac.org/possibles/2010/09/18/lettre-de-marguerite/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 18 Sep 2010 10:14:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[IV-Poésie et fiction]]></category>
		<category><![CDATA[Souveraineté alimentaire (vol.34, no.1-2, Été 2010)]]></category>
		<category><![CDATA[fiction]]></category>
		<category><![CDATA[poésie]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://redtac.org/possibles/?p=477</guid>
		<description><![CDATA[ par Yasmine Ousalem


Malgré tout mon amour, rien ne pouvait changer le cours de tes choix, cher Faust. Laisse-moi, pars loin, tu t’es déjà causé trop de tort.
Je ne te reproche guère l’innocence que tu m’as dérobée; dans ce geste je ne vois pas de malversation, mais plutôt la source de délices la plus désaltérante [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em> <em><strong><em>par Yasmine Ousalem</em></strong></em></em></p>
<p><em><em><strong><em><br />
</em></strong></em></em></p>
<p>Malgré tout mon amour, rien ne pouvait changer le cours de tes choix, cher Faust. Laisse-moi, pars loin, tu t’es déjà causé trop de tort.</p>
<p>Je ne te reproche guère l’innocence que tu m’as dérobée; dans ce geste je ne vois pas de malversation, mais plutôt la source de délices la plus désaltérante à laquelle il m’a été donné de m’abreuver.</p>
<p>Mais dans la fatalité tu t’es jeté, tête baissée, sans tête même dirais-je. C’est ta soif de savoir qui t’a poussé à te corrompre dans la satisfaction éphémère des plaisirs de la vie, et maintenant voilà, tu le sais: à trop vouloir en savoir sur ce monde, on en perd les véritables plaisirs.</p>
<p>À vouloir voler trop haut, plus haut que Dieu lui-même, tel un Icare des temps modernes, tu t’es brûlé les ailes. Et que reste-t-il de notre amour? Je me suis baignée dans ta folie et j’ai noyé le seul fruit de notre union. Il ne reste désormais presque rien. Pas de satisfaction, ni même d’espoir de retour vers une vie tranquille. Il ne reste que des souvenirs, gravés dans ta tête et sur mon cœur. Que ne puis-je m’abandonner à la folie qui s’empare de moi, et dans l’insouciance retrouver toutes mes aspirations de jadis, espoirs que seule l’expérience vierge connaît. Mais j’imagine qu’il y a une dîme à payer lorsque l’on a connu le bonheur que notre amour m’a octroyé.</p>
<p>Aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est à ton sort que je suis le plus sensible. Tu t’es laissé aveugler par les promesses d’un contrat scellé au prix de ton âme. Ton âme, mon cher Faust! Ton âme! Tu es désormais le plus pauvre des hommes. Tu t’es laissé berné par le Mal, et tu t’es attiré les foudres de Dieu. Je ne m’en fais pas pour ma destinée, la vie au-delà m’accueillera à bras ouverts, car ce n’est qu’au péché humain que je me suis pliée. L’homme est mauvais et, quelquefois, l’occasion de se corrompre vient nous séduire juste au bon moment. J’ai obtenu la rédemption pour mes faiblesses passées. Mais toi, mon pauvre Faust, tes choix t’ont mené bien au-delà de la bassesse permise à l’homme. Tu t’es cru supérieur à Dieu et n’as pas cru en la force de Méphistophélès. Mais tu aurais dû parce que lui croit en toi.</p>
<p>Je me retire désormais du souffle de cette voix qui t’empêche de te prosterner. Sous son joug je t’abandonne, mais sache que sur ton sort je me lamente et je prie. Car ne crois pas que rien ne reste de notre amour. J’aimerais y croire, mais si le mépris que tu m’inspires me fait ainsi parler, les cicatrices crient plus fort que toute ma fierté. Laisse-moi à présent faire croître les pétales de cet adonis blanc, à l’amère pluie de mes larmes.</p>
<p>Marguerite<br />
<strong>Lettre d&#8217;Ophélie</strong></p>
<p>Malgré tout l’amour que j’avais pour toi, rien ne pouvait rien contre toi, cher Hamlet. Adieu… Non! Reste.  Entretenons-nous de ce qui aurait pu être, de ce qui aurait dû être, mais qu’aujourd’hui tu avortes. Entretenons-nous de cet avenir qui fait désormais partie du passé, entretenons-nous de nos vieux jours morts trop jeunes.</p>
<p>Non! Cela ne nous accablera que davantage.  Mais parlons de ces démons qui te hantent, et qui t’arrachent à moi. Parlons de ce vide immense qui m’emplit. Assieds-toi, enfin.</p>
<p>Je ne saisis pas la métamorphose qui s’opère en toi, cher Hamlet, et qui te fait tourner le dos à l’amour que tu m’avais promis. Quels sont ces maux qui te torturent? Pourquoi puis-je les sentir me triturer le cœur, m’envahir les entrailles et assaillir mes pensées? Et pourquoi me sont-ils pourtant si étrangers? Ta douleur me fait mal, Hamlet, tellement mal que j’en oublie ma colère.</p>
<p>Non! Ma colère est bien vivante car, à tant t’aimer, Hamlet, je me hais. Je déteste ces pensées qui t’appellent et qui ne trouvent un écho qu’en tes promesses rompues. Je déteste aussi ce cœur qui ne suit plus la cadence de mes sentiments. En ce sein blessé, je tente d’étouffer les paroles que sans un remord tu me craches au visage. Je ne veux plus t’entendre Hamlet, car c’est ainsi que jadis je me brûlais à tes déclarations enflammées, et c’est ainsi qu’aujourd’hui je vois réduit en cendre tout espoir de félicité à tes côtés. Que dis-je? À tes côtés! Nulle part ailleurs je n’aurais trouvé un refuge si doux. Ne parle plus, car un mot de plus de toi m’imposera le silence à jamais. Vois, Hamlet, ce que mon amour pour toi me fait tant exécrer!</p>
<p>J’irai bercer notre douleur dans l’asile de mes souvenirs, à cette époque révolue où tu étais toi, où tu étais mien. Je ne t’en veux pas, car je sais que tu n’es plus toi-même. Hamlet, c’est ton nom que je prononce, mais en vain je t’appelle. Aussi vraie que soit ta chair ici dressée devant moi, ton corps et ton âme ne t’appartiennent plus. Odieux étranger, comment peux-tu ainsi te jouer de moi? Au couvent! Toi qui tiens le langage de Satan, c’est plutôt aux enfers que tu me jettes.</p>
<p>Non! Qui veux-je tromper ainsi? C’est bien toi, bien-aimé d’autrefois qui me cause tant de mal. Et si tu ne sais trouver la force de combattre tes idées noires en notre amour, alors notre attachement n’a jamais été.  Comme j’aurais voulu pouvoir, d’un souffle sur ton front tourmenté, chasser ces démons qui cernent ton esprit! Mais rien, cher Hamlet, non rien, ne peut plus rien contre toi. Adieu…</p>
<p>Ophélie</p>
<p align="right"><em>Yasmine Ousalem</em></p>
<p align="right"><em> </em></p>
<p align="right"><em> </em></p>
<p><em>Née en 1990 au Mans (France) et habitant le Québec depuis août 1996, Yasmine Ousalem poursuit actuellement des études en médecine à l&#8217;Université Laval. Étudiante d’origine algérienne, elle est passionnée de littérature, ce qui l’a amenée à écrire des textes qui lui permettent d’avoir le sentiment d’apporter sa contribution au monde des écrits et de rejoindre le monde imaginaire de ses lectures.</em></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://redtac.org/possibles/2010/09/18/lettre-de-marguerite/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Travailler la terre</title>
		<link>http://redtac.org/possibles/2010/09/18/travailler-la-terre/</link>
		<comments>http://redtac.org/possibles/2010/09/18/travailler-la-terre/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 18 Sep 2010 10:09:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[IV-Poésie et fiction]]></category>
		<category><![CDATA[Souveraineté alimentaire (vol.34, no.1-2, Été 2010)]]></category>
		<category><![CDATA[fiction]]></category>
		<category><![CDATA[poésie]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://redtac.org/possibles/?p=475</guid>
		<description><![CDATA[par André Beaudoin

Travailler la terre avec le doigté d’un sourd
Dessoucher, épierrer le tout et autour
Travailler avec la grandeur d’âme du troubadour
Étirant le pas jusqu’à l’infini du pourtour
Travailler la terre, nuit et jour
Ameublir le sol, caresser le labour
Travailler sans ménagement, sans détour
Jusqu’à ce que le pas devienne trop lourd
Travailler la terre, en faire le tour
La remuer [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em><strong>par André Beaudoin</strong></em><strong><br />
</strong></p>
<p>Travailler la terre avec le doigté d’un sourd</p>
<p>Dessoucher, épierrer le tout et autour</p>
<p>Travailler avec la grandeur d’âme du troubadour</p>
<p>Étirant le pas jusqu’à l’infini du pourtour</p>
<p>Travailler la terre, nuit et jour</p>
<p>Ameublir le sol, caresser le labour</p>
<p>Travailler sans ménagement, sans détour</p>
<p>Jusqu’à ce que le pas devienne trop lourd</p>
<p>Travailler la terre, en faire le tour</p>
<p>La remuer jusqu’à ce qu’elle soit de velours</p>
<p>Travailler, recommencer à l’aller comme au retour</p>
<p>Jusqu’à ce que le pas devienne trop court</p>
<p>Travailler la terre, dans tous ses contours</p>
<p>Voir poindre, à l’aube du petit jour</p>
<p>Aligné, tout en rang, autant d’amour</p>
<p>Marquant le pas de tout un parcours</p>
<p align="right">André D Beaudoin</p>
<p>André Beaudoin est Secrétaire général de l’Union des producteurs agricoles – Développement international (UPA DI). L’UPA DI est la branche internationale de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec. Depuis sa création en 1993, l’UPA-DI a comme mandat d’appuyer les organisations paysannes dans les pays en développement. UPA DI est présente principalement en Afrique de l’Ouest. L’organisation a deux axes d&#8217;intervention: appuyer des projets de développement agricole et soutenir la création de politiques agricoles.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://redtac.org/possibles/2010/09/18/travailler-la-terre/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Quand ma terre tremble, c’est mon âme qui s’effondre</title>
		<link>http://redtac.org/possibles/2010/09/18/quand-ma-terre-tremble-c%e2%80%99est-mon-ame-qui-s%e2%80%99effondre/</link>
		<comments>http://redtac.org/possibles/2010/09/18/quand-ma-terre-tremble-c%e2%80%99est-mon-ame-qui-s%e2%80%99effondre/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 18 Sep 2010 10:07:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[IV-Poésie et fiction]]></category>
		<category><![CDATA[Souveraineté alimentaire (vol.34, no.1-2, Été 2010)]]></category>
		<category><![CDATA[fiction]]></category>
		<category><![CDATA[poésie]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://redtac.org/possibles/?p=473</guid>
		<description><![CDATA[par Yves Patrick Augustin


Ma terre, serais-je devenu un chantre de malheur
Pour que j’aie dans la bouche un goût de sang,
Dans ma poésie les notes brisées du désespoir,
Et dans les yeux les images de la mort
Chaque fois que je parle de toi?
Ma terre livrée à la souffrance,
Champ de ruines peuplé de morts et de blessés,
Voici que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>par <em><em>Yves Patrick Augustin</em></em></strong></p>
<p><em><em><br />
</em></em></p>
<p>Ma terre, serais-je devenu un chantre de malheur</p>
<p>Pour que j’aie dans la bouche un goût de sang,</p>
<p>Dans ma poésie les notes brisées du désespoir,</p>
<p>Et dans les yeux les images de la mort</p>
<p>Chaque fois que je parle de toi?</p>
<p>Ma terre livrée à la souffrance,</p>
<p>Champ de ruines peuplé de morts et de blessés,</p>
<p>Voici que je t’évoque</p>
<p>Comme on dit l’inexprimable,</p>
<p>Comme on désarticule le rêve,</p>
<p>Comme on viole la lumière pour assombrir le jour.</p>
<p>Qui me donnera une étoile pour éclairer cette nuit tragique</p>
<p>Où les sanglots de tes enfants ont franchi les nuages?</p>
<p>Qui me prêtera ses mots pour donner à l’horreur</p>
<p>Les contours du réel?</p>
<p>Ma terre, alliage de rêves et de cauchemars,</p>
<p>Ma terre de ronces et de diamants,</p>
<p>Ma terre de larmes sans fin et de joies en cascade,</p>
<p>Ma terre est morte avec son chant,</p>
<p>Ma terre est morte une nouvelle fois.</p>
<p>Ma terre,</p>
<p>Qui dira ta blessure, ta croix et ton malheur?</p>
<p>Aujourd’hui, l’angoisse est une muraille</p>
<p>Où ricoche l’espérance de tout un peuple,</p>
<p>Le bonheur à peine naissant rebrousse chemin</p>
<p>Et  nos songes de clarté poursuivent leur solitude</p>
<p>Dans la cendre.</p>
<p>Ma terre n’est plus une terre :</p>
<p>C’est le visage pierreux des enfants qui hurlent dans la nuit,</p>
<p>La longue clameur des désespérés qui réveille les astres,</p>
<p>Le chant des hirondelles qui se dispersent dans le vent,</p>
<p>Les mains inertes, toujours tendues vers l’inconnu,</p>
<p>La douleur qui broie nos corps et nos cœurs,</p>
<p>La bouleversante errance des rescapés,</p>
<p>Le râle des mourants sous les gravats,</p>
<p>La fuite éperdue de l’innocence,</p>
<p>L’exil du rire sur les lèvres,</p>
<p>La morsure de l’incertitude,</p>
<p>Le lourd silence du néant,</p>
<p>La démesure de l’absence,</p>
<p>L’éclipse de l’avenir,</p>
<p>La finitude du poète</p>
<p>Frère d’exil comme tant d’autres qui pleurent</p>
<p>Dans le silence,</p>
<p>J’ai pourtant rêvé d’une terre promise où la saison</p>
<p>Des hommes est celle du bonheur,</p>
<p>J’ai rêvé de tant et tant de choses:</p>
<p>De la chanson des sources qui font jaillir la vie,</p>
<p>De la danse des lilas sur les joues des demoiselles,</p>
<p>De la semence des étoiles sur nos sentiers de solitude</p>
<p>Et de la résurrection des roses…</p>
<p>Mais la nuit s’est égarée une fois de plus dans mes mots,</p>
<p>L’angoisse du petit matin a étranglé ma prière</p>
<p>Et muselé ma langue,</p>
<p>La pluie a ignoré ma soif de vivre</p>
<p>Et j’ai emprunté la route interminable et coutumière de la douleur…</p>
<p>Port-au-Prince, ma plaie béante,</p>
<p>Corps fissuré jusqu’aux entrailles,</p>
<p>Lèvres ouvertes pour crier la souffrance,</p>
<p>Voix perdue qui bourdonne dans ma mémoire,</p>
<p>Métaphore de la douleur,</p>
<p>Berceau de cent mille orphelins,</p>
<p>Me voici avec le cri de tout un peuple</p>
<p>Qui lutte depuis l’aube des martyrs,</p>
<p>Qui ne désespère pas de la lumière;</p>
<p>Me voici avec ses rêves de poussière</p>
<p>Et sa poésie printanière.</p>
<p>Me voici, colporteur de cinq siècles de larmes</p>
<p>Et d’une éternité de promesses.</p>
<p>Ma terre, toi mon langage,</p>
<p>Tu ressusciteras:</p>
<p>Ton corps fragile porte une espérance</p>
<p>Plus grande que le monde</p>
<p>Et quand tu trembles,</p>
<p>C’est mon âme qui s’effondre.</p>
<p align="right"><em>Yves Patrick Augustin</em></p>
<p align="right"><em> </em></p>
<p align="right"><em> </em></p>
<p><em>Yves Patrick Augustin, né à Port-au-Prince, immigre au Canada en 2003. En 2006, il publie son premier recueil de poèmes, Mots intimes, chez les presses Agrumes. Montréal en poésie, son deuxième recueil, est paru à l’automne 2008. Son écriture est ancrée dans la mémoire et se conjugue entre silence et tendresse, nostalgie et déraison.  Il est le lauréat du concours « Grand Prix international de poésie Écritout 2008 ».</em></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://redtac.org/possibles/2010/09/18/quand-ma-terre-tremble-c%e2%80%99est-mon-ame-qui-s%e2%80%99effondre/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Lumière noire</title>
		<link>http://redtac.org/possibles/2010/09/18/lumiere-noire/</link>
		<comments>http://redtac.org/possibles/2010/09/18/lumiere-noire/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 18 Sep 2010 09:57:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[IV-Poésie et fiction]]></category>
		<category><![CDATA[Souveraineté alimentaire (vol.34, no.1-2, Été 2010)]]></category>
		<category><![CDATA[fiction]]></category>
		<category><![CDATA[poésie]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://redtac.org/possibles/?p=469</guid>
		<description><![CDATA[Extraits tirés de Lumière noire de Nora Atalla
Chapitre premier : Le lys dans la bauge
Éditions Cornac, Québec 2010


V
les hiers vomissent
des montagnes infranchissables
j’ai vu des corbeaux
engloutir des mots
et les langues d’étoupe s’étrangler
chaque rosier renvoie
aux rochers abrupts du néant
quand dans la prière
s’unissent les métacarpes jaunâtres
et se perd
sur des planètes austères
l’écho d’une voix éteinte
j’ai vu des volcans
cracher l’amertume
le silence [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Extraits tirés de</strong> <strong><em>Lumière noire</em></strong> <strong>de <em>Nora Atalla</em></strong></p>
<p>Chapitre premier : <em>Le lys dans la bauge</em></p>
<p>Éditions Cornac, Québec 2010</p>
<p><strong><br />
</strong></p>
<p><strong>V</strong></p>
<p>les hiers vomissent</p>
<p>des montagnes infranchissables</p>
<p>j’ai vu des corbeaux</p>
<p>engloutir des mots</p>
<p>et les langues d’étoupe s’étrangler</p>
<p>chaque rosier renvoie</p>
<p>aux rochers abrupts du néant</p>
<p>quand dans la prière</p>
<p>s’unissent les métacarpes jaunâtres</p>
<p>et se perd</p>
<p>sur des planètes austères</p>
<p>l’écho d’une voix éteinte</p>
<p>j’ai vu des volcans</p>
<p>cracher l’amertume</p>
<p>le silence n’a point su</p>
<p>étouffer la folie</p>
<p>ni les larves</p>
<p>jusqu’à l’immonde</p>
<p>les poignets s’ouvrent</p>
<p>pour que revienne le jour</p>
<p>et son espoir de soleil</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>VI</strong></p>
<p>je cherche une fiole</p>
<p>une relique de jours lointains</p>
<p>l’album de ce qui n’est plus</p>
<p>je cherche l’endroit</p>
<p>où reposent les phrases</p>
<p>celles que l’on souhaite</p>
<p>à jamais biffer</p>
<p>le ruban qu’on voudrait</p>
<p>à tout prix rembobiner</p>
<p>où vont se taire</p>
<p>les cadavres sous la guillotine</p>
<p>les murs n’interpellent que le silence</p>
<p>et les draps dehors</p>
<p>restent trempés de honte</p>
<p><strong>VIII</strong></p>
<p>nous ne voyons plus</p>
<p>les noms de l’innommable</p>
<p>nos revenants sillonnent le regard</p>
<p>chemins cahoteux                 chants funèbres</p>
<p>des enragés au fil des cailloux</p>
<p>ils passeront  sur les venins des vautours</p>
<p>nos revenants s’en retournent</p>
<p>cheveux crasseux</p>
<p>se coucher dans le palissandre</p>
<p>et nous irons sur des béquilles</p>
<p>à travers                     les hélices du malheur</p>
<p><strong>X</strong></p>
<p>il m’arrive     sur une corde de guitare</p>
<p>de suivre les notes échappées</p>
<p>le passé recomposé</p>
<p>alors que se posent</p>
<p>tes lèvres</p>
<p>au creux de mon enfance</p>
<p>dans mon cou</p>
<p>m’effleure ton élan</p>
<p>il m’arrive     sur une corde de guitare</p>
<p>d’allonger notre chair</p>
<p>d’écouter s’ébattre dans le champ</p>
<p>pêle-mêle nos crinières</p>
<p>hier     demain</p>
<p>qu’importe la froideur</p>
<p>au-dehors de l’igloo</p>
<p>il m’arrive     sur une corde de guitare</p>
<p>de câliner tes yeux</p>
<p>à l’éveil des présages</p>
<p><em> </em></p>
<p align="right">Nora Atalla</p>
<p align="right">
<p>Nora Atalla a les voyages et l’écriture dans le cœur et dans le sang. De Montréal au Honduras, du Congo à Kingsey Falls, elle a fini par accoster à Québec, échouant entre romans et poésie. Elle a été finaliste aux Prix littéraires de Radio-Canada 2008-2009, en poésie. Son dernier recueil, <em>Lumière noire</em>, vient de paraître aux Éditions Cornac.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://redtac.org/possibles/2010/09/18/lumiere-noire/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>J&#8217;embrasse</title>
		<link>http://redtac.org/possibles/2010/09/18/jembasse/</link>
		<comments>http://redtac.org/possibles/2010/09/18/jembasse/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 18 Sep 2010 09:53:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[IV-Poésie et fiction]]></category>
		<category><![CDATA[Souveraineté alimentaire (vol.34, no.1-2, Été 2010)]]></category>
		<category><![CDATA[fiction]]></category>
		<category><![CDATA[poésie]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://redtac.org/possibles/?p=466</guid>
		<description><![CDATA[par Jean Désy
Je t’embrasse chaque fois que survit en moi la folie de la vie qui m’embrasse elle-même.
Folie de me faire toucher pour mieux toucher à mon tour et en embrassant.
J’embrasse le monde et nos âmes amalgamées.
Je veux embrasser le cœur de ce Kosmos auquel j’aspire, moi qui songe à la bonne mort de l’autre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>par Jean Désy</strong></p>
<p>Je t’embrasse chaque fois que survit en moi la folie de la vie qui m’embrasse elle-même.</p>
<p>Folie de me faire toucher pour mieux toucher à mon tour et en embrassant.</p>
<p>J’embrasse le monde et nos âmes amalgamées.</p>
<p>Je veux embrasser le cœur de ce Kosmos auquel j’aspire, moi qui songe à la bonne mort de l’autre côté de l’insignifiance.</p>
<p>Car que je vis pour hurler ma joie en embrassant ma mie et la terre mon amie.</p>
<p>Je vis en embrassant tout en sachant que la mort trône, magnifique, et qu’elle nous attend avec ses bras d’argent seulement si nous avons accepté de plonger dans la vie qui est la mort, la mort étant la vie… vie et mort réunies, après cette vie, avant cette vie.</p>
<p>Je t’embrasse chaque fois que me prend l’envie de mordre délicatement dans la chair des jours qui passent, qui passent si vite, mais qui ne passent pas si vite dans la mesure où l’on apprend à vivre en aimant passionnément.</p>
<p>Je t’embrasse pour la poésie qui suinte de chacun de tes pas, de chacune de tes respirations, de chacun de tes gestes quand tu bouges les doigts, quand tu ouvres les lèvres pour recevoir mon embrassement à moi.</p>
<p align="right">Jean Désy</p>
<p>Jean Désy est né au Saguenay en 1954. Depuis, il vogue entre le Sud et le Nord, entre les mondes de l’autochtonie et de la grande ville, entre la haute montagne et la toundra, entre l’écriture et l’enseignement universitaire, entre la pratique de la médecine et la poésie, entre ses enfants et ses amours, tous éparpillés au gré de leur propre nomadisme. Il a publié vingt-cinq livres au cours des vingt dernières années, du théâtre, de la poésie, des essais, des romans, des récits et des nouvelles. Sa dernière parution: <em>L’esprit du Nord/Propos sur l’autochtonie québécoise, le nomadisme et la nordicité</em>, un essai, aux éditions XYZ.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://redtac.org/possibles/2010/09/18/jembasse/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>SECTION IV: Poésie et fiction</title>
		<link>http://redtac.org/possibles/2010/09/14/section-iv-poesie-et-fiction/</link>
		<comments>http://redtac.org/possibles/2010/09/14/section-iv-poesie-et-fiction/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 14 Sep 2010 08:51:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[IV-Poésie et fiction]]></category>
		<category><![CDATA[Souveraineté alimentaire (vol.34, no.1-2, Été 2010)]]></category>
		<category><![CDATA[fiction]]></category>
		<category><![CDATA[poésie]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://redtac.org/possibles/?p=445</guid>
		<description><![CDATA[J’embrasse
Je t’embrasse chaque fois que survit en moi la folie de la vie qui m’embrasse elle-même.
Folie de me faire toucher pour mieux toucher à mon tour et en embrassant.
J’embrasse le monde et nos âmes amalgamées.
Je veux embrasser le cœur de ce Kosmos auquel j’aspire, moi qui songe à la bonne mort de l’autre côté de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>J’embrasse</strong></p>
<p>Je t’embrasse chaque fois que survit en moi la folie de la vie qui m’embrasse elle-même.</p>
<p>Folie de me faire toucher pour mieux toucher à mon tour et en embrassant.</p>
<p>J’embrasse le monde et nos âmes amalgamées.</p>
<p>Je veux embrasser le cœur de ce Kosmos auquel j’aspire, moi qui songe à la bonne mort de l’autre côté de l’insignifiance.</p>
<p>Car que je vis pour hurler ma joie en embrassant ma mie et la terre mon amie.</p>
<p>Je vis en embrassant tout en sachant que la mort trône, magnifique, et qu’elle nous attend avec ses bras d’argent seulement si nous avons accepté de plonger dans la vie qui est la mort, la mort étant la vie… vie et mort réunies, après cette vie, avant cette vie.</p>
<p>Je t’embrasse chaque fois que me prend l’envie de mordre délicatement dans la chair des jours qui passent, qui passent si vite, mais qui ne passent pas si vite dans la mesure où l’on apprend à vivre en aimant passionnément.</p>
<p>Je t’embrasse pour la poésie qui suinte de chacun de tes pas, de chacune de tes respirations, de chacun de tes gestes quand tu bouges les doigts, quand tu ouvres les lèvres pour recevoir mon embrassement à moi.</p>
<p align="right"><strong>Jean Désy</strong></p>
<p>Jean Désy est né au Saguenay en 1954. Depuis, il vogue entre le Sud et le Nord, entre les mondes de l’autochtonie et de la grande ville, entre la haute montagne et la toundra, entre l’écriture et l’enseignement universitaire, entre la pratique de la médecine et la poésie, entre ses enfants et ses amours, tous éparpillés au gré de leur propre nomadisme. Il a publié vingt-cinq livres au cours des vingt dernières années, du théâtre, de la poésie, des essais, des romans, des récits et des nouvelles. Sa dernière parution: <em>L’esprit du Nord/Propos sur l’autochtonie québécoise, le nomadisme et la nordicité</em>, un essai, aux éditions XYZ.</p>
<p><strong>Extraits tirés de</strong> <strong><em>Lumière noire</em></strong> <strong>de Nora Atalla</strong></p>
<p>Chapitre premier : <em>Le lys dans la bauge</em></p>
<p>Éditions Cornac, Québec 2010</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>V</strong></p>
<p>les hiers vomissent</p>
<p>des montagnes infranchissables</p>
<p>j’ai vu des corbeaux</p>
<p>engloutir des mots</p>
<p>et les langues d’étoupe s’étrangler</p>
<p>chaque rosier renvoie</p>
<p>aux rochers abrupts du néant</p>
<p>quand dans la prière</p>
<p>s’unissent les métacarpes jaunâtres</p>
<p>et se perd</p>
<p>sur des planètes austères</p>
<p>l’écho d’une voix éteinte</p>
<p>j’ai vu des volcans</p>
<p>cracher l’amertume</p>
<p>le silence n’a point su</p>
<p>étouffer la folie</p>
<p>ni les larves</p>
<p>jusqu’à l’immonde</p>
<p>les poignets s’ouvrent</p>
<p>pour que revienne le jour</p>
<p>et son espoir de soleil</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>VI</strong></p>
<p>je cherche une fiole</p>
<p>une relique de jours lointains</p>
<p>l’album de ce qui n’est plus</p>
<p>je cherche l’endroit</p>
<p>où reposent les phrases</p>
<p>celles que l’on souhaite</p>
<p>à jamais biffer</p>
<p>le ruban qu’on voudrait</p>
<p>à tout prix rembobiner</p>
<p>où vont se taire</p>
<p>les cadavres sous la guillotine</p>
<p>les murs n’interpellent que le silence</p>
<p>et les draps dehors</p>
<p>restent trempés de honte</p>
<p><strong>VIII</strong></p>
<p>nous ne voyons plus</p>
<p>les noms de l’innommable</p>
<p>nos revenants sillonnent le regard</p>
<p>chemins cahoteux                 chants funèbres</p>
<p>des enragés au fil des cailloux</p>
<p>ils passeront  sur les venins des vautours</p>
<p>nos revenants s’en retournent</p>
<p>cheveux crasseux</p>
<p>se coucher dans le palissandre</p>
<p>et nous irons sur des béquilles</p>
<p>à travers                     les hélices du malheur</p>
<p><strong>X</strong></p>
<p>il m’arrive     sur une corde de guitare</p>
<p>de suivre les notes échappées</p>
<p>le passé recomposé</p>
<p>alors que se posent</p>
<p>tes lèvres</p>
<p>au creux de mon enfance</p>
<p>dans mon cou</p>
<p>m’effleure ton élan</p>
<p>il m’arrive     sur une corde de guitare</p>
<p>d’allonger notre chair</p>
<p>d’écouter s’ébattre dans le champ</p>
<p>pêle-mêle nos crinières</p>
<p>hier     demain</p>
<p>qu’importe la froideur</p>
<p>au-dehors de l’igloo</p>
<p>il m’arrive     sur une corde de guitare</p>
<p>de câliner tes yeux</p>
<p>à l’éveil des présages</p>
<p><em> </em></p>
<p align="right"><strong>Nora Atalla</strong></p>
<p align="right">
<p>Nora Atalla a les voyages et l’écriture dans le cœur et dans le sang. De Montréal au Honduras, du Congo à Kingsey Falls, elle a fini par accoster à Québec, échouant entre romans et poésie. Elle a été finaliste aux Prix littéraires de Radio-Canada 2008-2009, en poésie. Son dernier recueil, <em>Lumière noire</em>, vient de paraître aux Éditions Cornac.</p>
<p><strong>Quand ma terre tremble, c’est mon âme qui s’effondre</strong></p>
<p>Ma terre, serais-je devenu un chantre de malheur</p>
<p>Pour que j’aie dans la bouche un goût de sang,</p>
<p>Dans ma poésie les notes brisées du désespoir,</p>
<p>Et dans les yeux les images de la mort</p>
<p>Chaque fois que je parle de toi?</p>
<p>Ma terre livrée à la souffrance,</p>
<p>Champ de ruines peuplé de morts et de blessés,</p>
<p>Voici que je t’évoque</p>
<p>Comme on dit l’inexprimable,</p>
<p>Comme on désarticule le rêve,</p>
<p>Comme on viole la lumière pour assombrir le jour.</p>
<p>Qui me donnera une étoile pour éclairer cette nuit tragique</p>
<p>Où les sanglots de tes enfants ont franchi les nuages?</p>
<p>Qui me prêtera ses mots pour donner à l’horreur</p>
<p>Les contours du réel?</p>
<p>Ma terre, alliage de rêves et de cauchemars,</p>
<p>Ma terre de ronces et de diamants,</p>
<p>Ma terre de larmes sans fin et de joies en cascade,</p>
<p>Ma terre est morte avec son chant,</p>
<p>Ma terre est morte une nouvelle fois.</p>
<p>Ma terre,</p>
<p>Qui dira ta blessure, ta croix et ton malheur?</p>
<p>Aujourd’hui, l’angoisse est une muraille</p>
<p>Où ricoche l’espérance de tout un peuple,</p>
<p>Le bonheur à peine naissant rebrousse chemin</p>
<p>Et  nos songes de clarté poursuivent leur solitude</p>
<p>Dans la cendre.</p>
<p>Ma terre n’est plus une terre :</p>
<p>C’est le visage pierreux des enfants qui hurlent dans la nuit,</p>
<p>La longue clameur des désespérés qui réveille les astres,</p>
<p>Le chant des hirondelles qui se dispersent dans le vent,</p>
<p>Les mains inertes, toujours tendues vers l’inconnu,</p>
<p>La douleur qui broie nos corps et nos cœurs,</p>
<p>La bouleversante errance des rescapés,</p>
<p>Le râle des mourants sous les gravats,</p>
<p>La fuite éperdue de l’innocence,</p>
<p>L’exil du rire sur les lèvres,</p>
<p>La morsure de l’incertitude,</p>
<p>Le lourd silence du néant,</p>
<p>La démesure de l’absence,</p>
<p>L’éclipse de l’avenir,</p>
<p>La finitude du poète</p>
<p>Frère d’exil comme tant d’autres qui pleurent</p>
<p>Dans le silence,</p>
<p>J’ai pourtant rêvé d’une terre promise où la saison</p>
<p>Des hommes est celle du bonheur,</p>
<p>J’ai rêvé de tant et tant de choses:</p>
<p>De la chanson des sources qui font jaillir la vie,</p>
<p>De la danse des lilas sur les joues des demoiselles,</p>
<p>De la semence des étoiles sur nos sentiers de solitude</p>
<p>Et de la résurrection des roses…</p>
<p>Mais la nuit s’est égarée une fois de plus dans mes mots,</p>
<p>L’angoisse du petit matin a étranglé ma prière</p>
<p>Et muselé ma langue,</p>
<p>La pluie a ignoré ma soif de vivre</p>
<p>Et j’ai emprunté la route interminable et coutumière de la douleur…</p>
<p>Port-au-Prince, ma plaie béante,</p>
<p>Corps fissuré jusqu’aux entrailles,</p>
<p>Lèvres ouvertes pour crier la souffrance,</p>
<p>Voix perdue qui bourdonne dans ma mémoire,</p>
<p>Métaphore de la douleur,</p>
<p>Berceau de cent mille orphelins,</p>
<p>Me voici avec le cri de tout un peuple</p>
<p>Qui lutte depuis l’aube des martyrs,</p>
<p>Qui ne désespère pas de la lumière;</p>
<p>Me voici avec ses rêves de poussière</p>
<p>Et sa poésie printanière.</p>
<p>Me voici, colporteur de cinq siècles de larmes</p>
<p>Et d’une éternité de promesses.</p>
<p>Ma terre, toi mon langage,</p>
<p>Tu ressusciteras:</p>
<p>Ton corps fragile porte une espérance</p>
<p>Plus grande que le monde</p>
<p>Et quand tu trembles,</p>
<p>C’est mon âme qui s’effondre.</p>
<p align="right"><strong>Yves Patrick Augustin</strong></p>
<p align="right"><em> </em></p>
<p align="right"><em> </em></p>
<p><em>Yves Patrick Augustin, né à Port-au-Prince, immigre au Canada en 2003. En 2006, il publie son premier recueil de poèmes, Mots intimes, chez les presses Agrumes. Montréal en poésie, son deuxième recueil, est paru à l’automne 2008. Son écriture est ancrée dans la mémoire et se conjugue entre silence et tendresse, nostalgie et déraison.  Il est le lauréat du concours « Grand Prix international de poésie Écritout 2008 ».</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><strong>Travailler la terre</strong></p>
<p>Travailler la terre avec le doigté d’un sourd</p>
<p>Dessoucher, épierrer le tout et autour</p>
<p>Travailler avec la grandeur d’âme du troubadour</p>
<p>Étirant le pas jusqu’à l’infini du pourtour</p>
<p>Travailler la terre, nuit et jour</p>
<p>Ameublir le sol, caresser le labour</p>
<p>Travailler sans ménagement, sans détour</p>
<p>Jusqu’à ce que le pas devienne trop lourd</p>
<p>Travailler la terre, en faire le tour</p>
<p>La remuer jusqu’à ce qu’elle soit de velours</p>
<p>Travailler, recommencer à l’aller comme au retour</p>
<p>Jusqu’à ce que le pas devienne trop court</p>
<p>Travailler la terre, dans tous ses contours</p>
<p>Voir poindre, à l’aube du petit jour</p>
<p>Aligné, tout en rang, autant d’amour</p>
<p>Marquant le pas de tout un parcours</p>
<p align="right"><strong>André D Beaudoin</strong></p>
<p>André Beaudoin est Secrétaire général de l’Union des producteurs agricoles – Développement international (UPA DI). L’UPA DI est la branche internationale de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec. Depuis sa création en 1993, l’UPA-DI a comme mandat d’appuyer les organisations paysannes dans les pays en développement. UPA DI est présente principalement en Afrique de l’Ouest. L’organisation a deux axes d&#8217;intervention: appuyer des projets de développement agricole et soutenir la création de politiques agricoles.</p>
<p><strong>Lettre de Marguerite</strong></p>
<p>Malgré tout mon amour, rien ne pouvait changer le cours de tes choix, cher Faust. Laisse-moi, pars loin, tu t’es déjà causé trop de tort.</p>
<p>Je ne te reproche guère l’innocence que tu m’as dérobée; dans ce geste je ne vois pas de malversation, mais plutôt la source de délices la plus désaltérante à laquelle il m’a été donné de m’abreuver.</p>
<p>Mais dans la fatalité tu t’es jeté, tête baissée, sans tête même dirais-je. C’est ta soif de savoir qui t’a poussé à te corrompre dans la satisfaction éphémère des plaisirs de la vie, et maintenant voilà, tu le sais: à trop vouloir en savoir sur ce monde, on en perd les véritables plaisirs.</p>
<p>À vouloir voler trop haut, plus haut que Dieu lui-même, tel un Icare des temps modernes, tu t’es brûlé les ailes. Et que reste-t-il de notre amour? Je me suis baignée dans ta folie et j’ai noyé le seul fruit de notre union. Il ne reste désormais presque rien. Pas de satisfaction, ni même d’espoir de retour vers une vie tranquille. Il ne reste que des souvenirs, gravés dans ta tête et sur mon cœur. Que ne puis-je m’abandonner à la folie qui s’empare de moi, et dans l’insouciance retrouver toutes mes aspirations de jadis, espoirs que seule l’expérience vierge connaît. Mais j’imagine qu’il y a une dîme à payer lorsque l’on a connu le bonheur que notre amour m’a octroyé.</p>
<p>Aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est à ton sort que je suis le plus sensible. Tu t’es laissé aveugler par les promesses d’un contrat scellé au prix de ton âme. Ton âme, mon cher Faust! Ton âme! Tu es désormais le plus pauvre des hommes. Tu t’es laissé berné par le Mal, et tu t’es attiré les foudres de Dieu. Je ne m’en fais pas pour ma destinée, la vie au-delà m’accueillera à bras ouverts, car ce n’est qu’au péché humain que je me suis pliée. L’homme est mauvais et, quelquefois, l’occasion de se corrompre vient nous séduire juste au bon moment. J’ai obtenu la rédemption pour mes faiblesses passées. Mais toi, mon pauvre Faust, tes choix t’ont mené bien au-delà de la bassesse permise à l’homme. Tu t’es cru supérieur à Dieu et n’as pas cru en la force de Méphistophélès. Mais tu aurais dû parce que lui croit en toi.</p>
<p>Je me retire désormais du souffle de cette voix qui t’empêche de te prosterner. Sous son joug je t’abandonne, mais sache que sur ton sort je me lamente et je prie. Car ne crois pas que rien ne reste de notre amour. J’aimerais y croire, mais si le mépris que tu m’inspires me fait ainsi parler, les cicatrices crient plus fort que toute ma fierté. Laisse-moi à présent faire croître les pétales de cet adonis blanc, à l’amère pluie de mes larmes.</p>
<p>Marguerite<br />
<strong> </strong></p>
<p><strong>Lettre d&#8217;Ophélie</strong></p>
<p>Malgré tout l’amour que j’avais pour toi, rien ne pouvait rien contre toi, cher Hamlet. Adieu… Non! Reste.  Entretenons-nous de ce qui aurait pu être, de ce qui aurait dû être, mais qu’aujourd’hui tu avortes. Entretenons-nous de cet avenir qui fait désormais partie du passé, entretenons-nous de nos vieux jours morts trop jeunes.</p>
<p>Non! Cela ne nous accablera que davantage.  Mais parlons de ces démons qui te hantent, et qui t’arrachent à moi. Parlons de ce vide immense qui m’emplit. Assieds-toi, enfin.</p>
<p>Je ne saisis pas la métamorphose qui s’opère en toi, cher Hamlet, et qui te fait tourner le dos à l’amour que tu m’avais promis. Quels sont ces maux qui te torturent? Pourquoi puis-je les sentir me triturer le cœur, m’envahir les entrailles et assaillir mes pensées? Et pourquoi me sont-ils pourtant si étrangers? Ta douleur me fait mal, Hamlet, tellement mal que j’en oublie ma colère.</p>
<p>Non! Ma colère est bien vivante car, à tant t’aimer, Hamlet, je me hais. Je déteste ces pensées qui t’appellent et qui ne trouvent un écho qu’en tes promesses rompues. Je déteste aussi ce cœur qui ne suit plus la cadence de mes sentiments. En ce sein blessé, je tente d’étouffer les paroles que sans un remord tu me craches au visage. Je ne veux plus t’entendre Hamlet, car c’est ainsi que jadis je me brûlais à tes déclarations enflammées, et c’est ainsi qu’aujourd’hui je vois réduit en cendre tout espoir de félicité à tes côtés. Que dis-je? À tes côtés! Nulle part ailleurs je n’aurais trouvé un refuge si doux. Ne parle plus, car un mot de plus de toi m’imposera le silence à jamais. Vois, Hamlet, ce que mon amour pour toi me fait tant exécrer!</p>
<p>J’irai bercer notre douleur dans l’asile de mes souvenirs, à cette époque révolue où tu étais toi, où tu étais mien. Je ne t’en veux pas, car je sais que tu n’es plus toi-même. Hamlet, c’est ton nom que je prononce, mais en vain je t’appelle. Aussi vraie que soit ta chair ici dressée devant moi, ton corps et ton âme ne t’appartiennent plus. Odieux étranger, comment peux-tu ainsi te jouer de moi? Au couvent! Toi qui tiens le langage de Satan, c’est plutôt aux enfers que tu me jettes.</p>
<p>Non! Qui veux-je tromper ainsi? C’est bien toi, bien-aimé d’autrefois qui me cause tant de mal. Et si tu ne sais trouver la force de combattre tes idées noires en notre amour, alors notre attachement n’a jamais été.  Comme j’aurais voulu pouvoir, d’un souffle sur ton front tourmenté, chasser ces démons qui cernent ton esprit! Mais rien, cher Hamlet, non rien, ne peut plus rien contre toi. Adieu…</p>
<p>Ophélie</p>
<p align="right"><strong>Yasmine Ousalem</strong></p>
<p align="right"><em> </em></p>
<p align="right"><em> </em></p>
<p><em>Née en 1990 au Mans (France) et habitant le Québec depuis août 1996, Yasmine Ousalem poursuit actuellement des études en médecine à l&#8217;Université Laval. Étudiante d’origine algérienne, elle est passionnée de littérature, ce qui l’a amenée à écrire des textes qui lui permettent d’avoir le sentiment d’apporter sa contribution au monde des écrits et de rejoindre le monde imaginaire de ses lectures.</em></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://redtac.org/possibles/2010/09/14/section-iv-poesie-et-fiction/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Guantanamo &#8211; Par Christine Archambault</title>
		<link>http://redtac.org/possibles/2009/09/29/guantanamo/</link>
		<comments>http://redtac.org/possibles/2009/09/29/guantanamo/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 13:41:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>raphael canet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Changer le monde du local au global (vol.33, no.1-2, été 2009)]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie et fiction]]></category>
		<category><![CDATA[poésie]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://redtac.org/possibles/?p=77</guid>
		<description><![CDATA[À l’école de la haine
J’ai appris le désespoir
Je suis très bon élève
Je sais tout maintenant

Dans l’île du soleil fou
Ils ont brûlé mon cerveau
Et vendu ma jeunesse
Contre une âme corbeau

L&#8217;eau cristalline danse
Mais dans les latrines
La vue donne sur le Nord
Les corps des Antilles

On l’annonce pour bientôt
Guantanamo, Guantanamo
Ne sera plus qu&#8217;un mot
Sur les cartes jaunies

J&#8217;ai perdu mémoire
Des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center">À l’école de la haine</p>
<p align="center">J’ai appris le désespoir</p>
<p align="center">Je suis très bon élève</p>
<p align="center">Je sais tout maintenant<span id="more-77"></span></p>
<p align="center">
<p align="center">Dans l’île du soleil fou</p>
<p align="center">Ils ont brûlé mon cerveau</p>
<p align="center">Et vendu ma jeunesse</p>
<p align="center">Contre une âme corbeau</p>
<p align="center">
<p align="center">L&#8217;eau cristalline danse</p>
<p align="center">Mais dans les latrines</p>
<p align="center">La vue donne sur le Nord</p>
<p align="center">Les corps des Antilles</p>
<p align="center">
<p align="center">On l’annonce pour bientôt</p>
<p align="center">Guantanamo, Guantanamo</p>
<p align="center">Ne sera plus qu&#8217;un mot</p>
<p align="center">Sur les cartes jaunies</p>
<p align="center">
<p align="center">J&#8217;ai perdu mémoire</p>
<p align="center">Des sourates et des dates</p>
<p align="center">Où est la Mecque dans l’isoloir</p>
<p align="center">Où est la Kaaba ici bas</p>
<p align="center">
<p align="center">Je savoure la pluie</p>
<p align="center">Le vomi m&#8217;accompagne</p>
<p align="center">L&#8217;image du sang séché</p>
<p align="center">Est ma seule compagne</p>
<p align="center">
<p align="center">Le sommeil est trop rare</p>
<p align="center">Assommez-moi</p>
<p align="center">Entre deux cauchemars</p>
<p align="center">Mes viscères n&#8217;ont pas d&#8217;avenir</p>
<p align="center">
<p align="center">Tous les jours sont pareils</p>
<p align="center">Ils coulent en vermeil</p>
<p align="center">J&#8217;apprends des gros mots</p>
<p align="center">Je compte mes cicatrices</p>
<p align="center">
<p align="center">Mon sort fascine autant</p>
<p align="center">Que l’agonie d’un moustique</p>
<p align="center">Quand je rêve que j’ai des ailes</p>
<p align="center">C’est pour m’écraser contre une vitre</p>
<p align="center">
<p align="center">Guantanamo sera mon tombeau</p>
<p align="center">Mon exil prend fin</p>
<p align="center">Ce soir mon asile</p>
<p align="center">Ce soir mon repos</p>
<p align="center">
<p align="center">L’eau turquoise de la baie</p>
<p align="center">Que je n’ai jamais vue</p>
<p align="center">M’accueillera les yeux fermés</p>
<p align="center">Le cou brisé et la tête nue</p>
<p align="center">
<p style="text-align: left">
<p style="text-align: center">
<p style="text-align: left"><strong>Christine Archambault</strong> est scénariste et traductrice spécialisée en adaptation cinématographique. Ses nouvelles sont parues dans le journal <em>Cité-Nouvelles</em> et la revue <em>Biscuit chinois</em>. Elle écrit aussi des chansons et de la poésie.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://redtac.org/possibles/2009/09/29/guantanamo/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>La menue &#8211; Par Christine Archambault</title>
		<link>http://redtac.org/possibles/2009/09/18/la-menue/</link>
		<comments>http://redtac.org/possibles/2009/09/18/la-menue/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 18 Sep 2009 21:52:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>raphael canet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Changer le monde du local au global (vol.33, no.1-2, été 2009)]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie et fiction]]></category>
		<category><![CDATA[poésie]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://redtac.org/possibles/?p=69</guid>
		<description><![CDATA[Toute petite, elle faisait tout de même résonner la clochette furieusement en ouvrant la porte d’un geste décidé. Lorsqu’elle croisait les autres clients, elle affichait un air défiant qui révélait ses tracas de petite fille qui sait déjà que « tout le monde ne nous veut pas du bien ». À tous les deux jours, elle entrait et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Toute petite, elle faisait tout de même résonner la clochette furieusement en ouvrant la porte d’un geste décidé. Lorsqu’elle croisait les autres clients, elle affichait un air défiant qui révélait ses tracas de petite fille qui sait déjà que « tout le monde ne nous veut pas du bien ». À tous les deux jours, elle entrait et filait tout droit vers la troisième allée, tablette du bas, sans même jeter un regard aux bonbons. Elle inspectait les étiquettes et choisissait minutieusement sa boîte de conserve en évaluant le meilleur rapport qualité-prix pour la bonne santé du chiot en pleine croissance.</p>
<p>Il lui manquait toujours quelques sous, et il s’arrangeait pour ne faire semblant de rien. C’était peine perdue, la petite n’était pas dupe et ils jouaient le jeu à deux. Ses yeux combatifs vous pénétraient l’âme.</p>
<p>Il se réjouissait de ses irruptions dans ses après-midi blafards. Elle venait en fin de journée, après avoir déposé chez elle son lourd sac d’école en faux cuir élimé, comme on en voyait il y a vingt-cinq ans. Son « manteau » faisait peine à voir aussi. Même au plus fort de l’hiver, il la voyait arriver avec un coupe-vent trop mince et un pantalon trop court qui laissait le froid attaquer les chevilles comme un juron cinglant qu’on n’a pas demandé.</p>
<p>Elle achetait des conserves pour son chien qu&#8217;il n&#8217;avait jamais vu. Son mystérieux compagnon canin l’avait suivie dans une ruelle et elle l’avait recueilli chez elle. Il était petit et bouclé. Son manteau de laine moucheté de noir et de caramel était doux et non allergène – ses mots à elle – et il avait de petites oreilles triangulaires très rigolotes. Ce n’était qu’un bébé, et il aimait lui mordiller les doigts, pour jouer, disait-elle. Cela lui rappelait des scènes d’enfance bercées de douceur et d’insouciance, et il voyageait en pensée.</p>
<p>Au fil des ans, il s’était fait oublier du passé et avait tenté d’exiler son cœur aussi. C’est derrière sa caisse enregistreuse qu’il laissait le monde venir à lui. Il s’était modestement lancé en affaires en baragouinant à peine le français. L’inventaire parlait plus fort que tout. Il vendait des bières qu’il ne connaissait pas, des pâtes qui lui semblaient odieuses et des bonbons si peu ragoûtants qu’il s’attendait à voir débarquer des fiers-à-bras tempêtant que leur enfant était à l’article de la mort à cause de lui. Ah, le commerce obligeait parfois à se tordre les convictions, exception faite du riz américain. Il vendait de l’alcool à des alcooliques, des chips à des obèses et des cigarettes à de vieilles prostituées qui s’étouffaient de vivre. Mais comme son confrère était allé se faire hara-kiri à Cancún pour vomir à la face du monde que les  producteurs de riz coréen étaient en train de mourir de faim, il ne pouvait quand même pas laisser entrer du riz américain dans son dépanneur.</p>
<p>La petite était maigrichonne et si pâle que sa peau translucide lui donnait l’apparence d’un fantôme feu follet. Elle avait d’ailleurs le rire d’un lutin. Mais la plupart du temps, son air soucieux montrait combien elle portait le monde sur ses épaules. Il se disait qu’au lieu d’acheter de la nourriture pour son chien, elle devrait le manger. Dans son pays, on apportait à l’hôpital de la viande de chien aux malades pour leur redonner des forces. La petite aurait eu bien besoin d’un tel fortifiant, mais ce n’était pas dans les mœurs ici.</p>
<p>Un après-midi, elle acheta des croquettes sèches au lieu des sempiternelles boîtes de viande juteuse. Cela lui mit la puce à l’oreille. « Ton chien n’aime plus l’autre marque? », demanda-t-il. « Non, répondit-elle, l’air désinvolte, mais c’est bon de faire changement dans la vie. » Il s’étonna de tant d’orgueil chez un si petit être, mais les graines de l&#8217;arbre de soie suffisent à nourrir le bétail. Il alla chercher un ouvre-boîte dans l’arrière-boutique et le lui donna. Elle parut légèrement agacée d’avoir été découverte, cependant, il rit si malicieusement qu’elle planta son regard vif dans ses yeux bridés et se mit à rire elle aussi.</p>
<p>C’est ainsi que naquit leur complicité. Elle colorait désormais les murs tristes du dépanneur. Elle lui parlait de l’école d’une façon très sérieuse. L’école! Ses injustices et ses dons, quand on apprenait quelque chose dont on ne soupçonnait même pas l’existence. Il l’écoutait avec une attention d’une gentillesse déconcertante. Elle finit tout de même par y croire et le juger digne de confiance. Il se surprit à raconter les rizières et les juins humides de Corée et ils se perdaient tous deux dans une rêverie commune, voguant dans la nostalgie –  lui, du pays qu’il avait quitté et elle, de l’ailleurs qu’elle ne connaîtrait jamais. Parfois, aussi, ils n’échangeaient aucune parole. Il lui préparait de la soupe au ginseng et il la regardait boire sagement sa tasse comme une élève appliquée.</p>
<p>Elle n’achetait que de petites quantités, mais il avait pris l’habitude de rajouter des bananes, des oranges et des yogourts à ses achats (en prétextant qu’il allait les perdre), ce qui alourdissait son sac et semblait augmenter l’attraction terrestre à la puissance dix. Un jour, il lui fit cadeau d’un chariot à roulettes pour transporter ses provisions. Les yeux de la petite brillèrent d’un éclat joyeux. On aurait dit le festival des lucioles de Muju. D’un geste spontané, elle lui prit la main et colla son visage sur son bras. Lui qui s’était installé dans un pays nordique avec l’illusion de se rapprocher de ses frères retenus au nord du 38e parallèle, il sentit cette chaleur lui faire venir le printemps aux yeux.</p>
<p>Il y avait maintenant trois jours qu’il ne l’avait vue. Il soupçonna le pire. La nourriture pour chien Y-Puppy faisait l’objet d’un rappel, car elle contenait des traces d’arsenic. Il avait reçu l’avis par la poste. Il appela la police et on sauva la petite de justesse par un lavement d’estomac.</p>
<p>Mais il savait qu’on ne guérit pas de la pauvreté et que l’enfance volée ne revient jamais.<strong><br />
</strong></p>
<p><strong>Christine Archambault</strong> est scénariste et traductrice spécialisée en adaptation cinématographique. Ses nouvelles sont parues dans le journal <em>Cité-Nouvelles</em> et la revue <em>Biscuit chinois</em>. Elle écrit aussi des chansons et de la poésie.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://redtac.org/possibles/2009/09/18/la-menue/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Poèmes &#8211; Par Yves Patrick Augustin</title>
		<link>http://redtac.org/possibles/2009/09/18/poemes/</link>
		<comments>http://redtac.org/possibles/2009/09/18/poemes/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 18 Sep 2009 21:47:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>raphael canet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Changer le monde du local au global (vol.33, no.1-2, été 2009)]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie et fiction]]></category>
		<category><![CDATA[poésie]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://redtac.org/possibles/?p=88</guid>
		<description><![CDATA[LA NUIT
Voici que vient la nuit,
Cette heure propice à l’envol de nos oiseaux d’espoir.
Dans le ciel surpeuplé de songes lumineux,
S&#8217;ouvrent les portes de la tendresse sur la route
Interdite de nos amours,
S’ouvrent aussi les fleurs mortes
Pour la résurrection de nos joies d’outre-tombe.
Côte à côte, nous effleurons la tristesse
Des roses engourdies sur leurs tiges.
Dans tes cheveux, la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1>LA NUIT</h1>
<p>Voici que vient la nuit,</p>
<p>Cette heure propice à l’envol de nos oiseaux d’espoir.</p>
<p>Dans le ciel surpeuplé de songes lumineux,</p>
<p>S&#8217;ouvrent les portes de la tendresse sur la route</p>
<p>Interdite de nos amours,</p>
<p>S’ouvrent aussi les fleurs mortes</p>
<p>Pour la résurrection de nos joies d’outre-tombe.</p>
<p>Côte à côte, nous effleurons la tristesse</p>
<p>Des roses engourdies sur leurs tiges.</p>
<p>Dans tes cheveux, la grâce d’un clair de lune</p>
<p>Qui s’attarde et dans tes yeux la mer</p>
<p>Comme une mère qui pleure dans le noir…</p>
<p>Le grillon ne libère plus la dernière note de son chant</p>
<p>Et le vent étouffe sa complainte :</p>
<p>Il y a que la nuit nous attend en silence</p>
<p>Pour confirmer au rêve</p>
<p>Le sens profond de l’extase</p>
<p>Dans l’échancrure de tes lèvres, par où s’échappe</p>
<p>Le premier souffle de mon poème.</p>
<p>***</p>
<h1>PASSION</h1>
<p>Vainement, je te crée dans la danse astrale</p>
<p>D’une petite étoile</p>
<p>Qui n’est autre qu’un fragment de tes yeux,</p>
<p>Vainement, je cherche dans l’écriture de tes pas</p>
<p>Ton histoire effacée par les vagues de tes larmes.</p>
<p>Quand viendras-tu dans l’alphabet de mon errance,</p>
<p>Quand viendras-tu ressusciter en moi</p>
<p>Ce bonheur qui expire dans l’insouciance du temps?</p>
<p>Quand viendras-tu ?</p>
<p>Je t’aime dans le saignement de l’aube,</p>
<p>Je t’aime dans la tristesse du crépuscule,</p>
<p>Je t’aime dans la mort d’une fleur délaissée</p>
<p>Dans l’abandon de la solitude, ô terre sans écho,</p>
<p>Image de toutes mes déchirures.</p>
<p>Ce soir, j’hésite devant ton corps,</p>
<p>Et si je n’ose étreindre ton image,</p>
<p>C&#8217;est que ton haleine est une plainte</p>
<p>Et ton front, une sépulture</p>
<p>Pour mon poème.</p>
<p>Ta bouche, mes lèvres, nos cris…</p>
<p>Te souviens-tu de la semence de nos passions?</p>
<p>Ton sang, mon sang et ce trésor dans tes entrailles…</p>
<p>Te souviens-tu de l’enfantement de nos promesses?</p>
<p>Ton histoire a saccagé nos chimères</p>
<p>Et pourtant, nous nous sommes aimés</p>
<p>Jusque dans la poussière.</p>
<p>Je me suis traîné dans la boue</p>
<p>Pour déposer mille baisers sur tes seins…</p>
<p>Mais aujourd’hui j’hésite:</p>
<p>Ton corps d’argile, ton corps brisé s’effrite</p>
<p>Quand mon souffle l’effleure;</p>
<p>Comment puis-je t’étreindre</p>
<p>Lorsque tu n’es que cendre?</p>
<p>***</p>
<h1>JE T’AIME</h1>
<p>Une fille passe…  Son ombre balbutie</p>
<p>La première tendresse de l’aube.</p>
<p>Une fille passe dans le jardin de mes songes,</p>
<p>Son rire n’est pas rire, mais soleil</p>
<p>Et ses larmes sont rosée sur le feuillage.</p>
<p>Une fille passe dans mon poème</p>
<p>Et sa silhouette est une fontaine d’où jaillit</p>
<p>L’eau pure de ma folie.</p>
<p>Une fille passe dans l’espace avec une chevelure d’algue,</p>
<p>Un corps d&#8217;île oubliée, des seins de dune saccagés par le vent</p>
<p>Et la lune dans ses prunelles.</p>
<p>Le balancier de ses hanches poursuit sa danse dans ma mémoire,</p>
<p>Sonnant l’heure douce du désir</p>
<p>Couvé dans la discrétion de la solitude</p>
<p>Que tu es belle!</p>
<p>La nuit se disperse lentement, et le petit oiseau de nos amours</p>
<p>Se confond avec sa première chanson.</p>
<p>Ignorante du temps qui coule entre nos doigts,</p>
<p>La brise sublime un baiser sur tes lèvres</p>
<p>Et glisse dans ta voix dont la senteur de rose nue</p>
<p>M’enivre jusqu’à l’extase.</p>
<p>Ma parole s’effrite, mon souffle devient tangible,</p>
<p>À portée de ta main et mon rêve insomnie.</p>
<p>Je t’aime jusqu’au spectre de tes yeux qui poignardent</p>
<p>Mon sommeil avec l’éternité de leur souffrance…</p>
<p>Je suis la dernière feuille sur ta branche dénudée,</p>
<p>Le dernier cri blessé, la dernière caresse</p>
<p>Avant la hargne de l’hiver, colporteur de cet exil</p>
<p>Qui me ronge jusqu’à l’essence de mon être.</p>
<p>***</p>
<h1>RESTE</h1>
<p align="left">
<p>Ta main dans la mienne est un mystère</p>
<p>Et tes pas dans mes pas une ode à la tendresse.</p>
<p>Qu’ai-je à t’offrir, sinon cette semence d’étoiles</p>
<p>Dans la nuit qui est nôtre?</p>
<p>Je ne suis que poète et dans mon dénuement</p>
<p>Je ne puis donner à mes mots un atome de ta grâce,</p>
<p>Un fragment de ton charme…</p>
<p>Reste avec moi.  L’heure s’arrête</p>
<p>Pour que je t’éternise dans mon silence,</p>
<p>Que tu me divinises dans ton souffle…</p>
<p>Quand l’aube prendra naissance</p>
<p>A l’autre bout de l’infini,</p>
<p>Je dresserai pour ton cœur un obélisque</p>
<p>Avec des cristaux de poésie.</p>
<p>Reste.  Si tu pars, qui guérira ma blessure,</p>
<p>Accueillera ma peine ?</p>
<p>Tes yeux sont un élixir à ma détresse ;</p>
<p>Ton nom, un doux cantique que je psalmodie</p>
<p>À chaque saison de solitude</p>
<p>Et ton ombre, un mystère dont je porterai</p>
<p>Le sens dans l’autre temps,</p>
<p>Là où même les fleurs ont une âme…</p>
<p>Immortelle.</p>
<p>***</p>
<h1>SAISON DE MÉLANCOLIE</h1>
<p>Au seuil de la triste saison, la plainte du vent</p>
<p>Comme une égratignure…</p>
<p>La mer pleure et la terre est un cimetière</p>
<p>Où les feuilles mortes d’automne</p>
<p>Jouent à la marelle avec le rêve des demoiselles.</p>
<p>Dans les rues désertes, s’évapore l’espoir</p>
<p>Des veilleurs sans lendemain.</p>
<p>La danse muette des pas blasés d’un clochard,</p>
<p>Le ballet des pas perdus, la valse de tous les pas,</p>
<p>Pas des voyageurs tristes, pas des adolescents,</p>
<p>S’épuisent dans le vide.</p>
<p>Le temps décline doucement,</p>
<p>Se mue en cœur froissé de femme dans les mains</p>
<p>D’un ivrogne.</p>
<p>Comme une larme silencieuse, glisse dans la pierre</p>
<p>L’eau mystérieuse et tranquille d’une source</p>
<p>Qui chuchote l’exil dans mon poème.</p>
<p>Il fait un temps d’ennui, de peine et de chagrin :</p>
<p>C’est la saison de la mélancolie qui enfante l’angoisse</p>
<p>Jusque dans le silence des nuages qui larmoient…</p>
<p>***</p>
<h1>SOUVIENS-TOI</h1>
<p>Souviens-toi de nos ombres allongées face à la mer,</p>
<p>De la cavale du vent dans les arbres.</p>
<p>Le soleil en partance étirait nos gestes à l’horizon</p>
<p>Et nos rires enflammaient le rivage.</p>
<p>Nos yeux trahissaient l’ardeur de nos passions</p>
<p>Et nous cachions dans nos baisers</p>
<p>Des lambeaux de crépuscule.</p>
<p>Les vagues bruissaient, des étoiles de mer jonchaient</p>
<p>L’allée secrète de nos marches langoureuses</p>
<p>Et nos rêves nocturnes erraient dans la langueur</p>
<p>Des nuages roses.</p>
<p>Nous parlions à voix basse pour ne pas effrayer les oiseaux,</p>
<p>La musique de nos mots se mêlait à la cantate des vagues…</p>
<p>Souviens-toi…</p>
<p>Puis, nous nous sommes vêtus de la lumière</p>
<p>Qui embrase l’océan avant d’allumer les étoiles</p>
<p>Pour une nuit constellée de tendresse.</p>
<p>***</p>
<h2><strong>NE FERME PAS LES YEUX</strong></h2>
<p>Ne ferme pas les yeux, étoile parmi les étoiles</p>
<p>Ne ferme pas les yeux, les nuages s’attristent tant</p>
<p>Au départ de ton ombre!</p>
<p>Ton souffle est la clarté qui tire le jour</p>
<p>De sa léthargie</p>
<p>Et tes mains, pleines de désir</p>
<p>Inventent le rire des fleurs.</p>
<p>Ne ferme pas tes yeux qui jamais ne se lassent</p>
<p>De chercher le sourire d’un ange</p>
<p>Dans le miroir d’une fontaine…</p>
<p>Ne ferme pas les yeux, le monde de mes rêves</p>
<p>Disparaîtrait dans l’exode de la lumière</p>
<p>Et le tumulte de l’océan.</p>
<p>***</p>
<h1>UN HOMME DANS LA NUIT</h1>
<p>On assassine un homme dans la nuit…</p>
<p>Un oiseau pleure sur un arbre et la lune s’éloigne</p>
<p>Dans le mutisme des nuages.</p>
<p>La souffrance pioche dans ma poésie : un innocent muet</p>
<p>S’envole de ma mémoire comme une aile brisée.</p>
<p>Ma solitude a franchi le seuil du néant,</p>
<p>Arides sont mes mots; aveugles, mes soupirs;</p>
<p>Inertes, mes mains, pourtant qui édifient l’espoir</p>
<p>Dans l’image illusoire de mes mots.</p>
<p>Un fantôme s’évapore de mes songes</p>
<p>Comme le pollen dans l’espace,</p>
<p>Un homme qui n’est plus fut ce qu’il ne sera jamais</p>
<p>Dans cette infinitude qui échappe à ma raison.</p>
<p>On assassine un homme pour avorter le rêve,</p>
<p>Mais le rêve est ce monde qui se soustrait à la mort,</p>
<p>Et la liberté, cette fleur qui échappe à la blessure.</p>
<p>Un homme est mort dans la nuit</p>
<p>Et son rêve,</p>
<p>Citadelle de toutes mes aubes,</p>
<p>Aube de toutes mes certitudes</p>
<p>Habite mon poème.</p>
<p>***</p>
<h1>JE T’AI CHERCHÉE</h1>
<p>Je t’ai cherchée dans ce paysage d’échardes</p>
<p>Et de solitude pour combler le vide de mes joies,</p>
<p>Je t&#8217;ai cherchée dans les saisons de la tendresse</p>
<p>Pour effacer ma peine,</p>
<p>Je t’ai cherchée dans le miroir de l’aube</p>
<p>Pour te confier ma blessure…</p>
<p>Je n’ai trouvé qu’un fantôme qui pleure sur la margelle</p>
<p>D’un puits abandonné…</p>
<p>Je n’ai plus de berceau, mon île est un mirage…</p>
<p>***</p>
<h1>SEUL AVEC TOI</h1>
<p align="center">
<p>Sur un banc avec toi, je regarde la langueur</p>
<p>D’un vol d’hirondelles fatiguées</p>
<p>Dans la violence d’un soleil de fin de jour.</p>
<p>Au loin, bien loin, très loin, s’évaporent les toits</p>
<p>Dans le reflet liquide de la lumière.</p>
<p>La ville veille comme un rêveur sur ton souffle,</p>
<p>Puis effleure mon silence.</p>
<p>L’errance d’un regard sous une fenêtre déshabille</p>
<p>La solitude.  Une envolée d’abeilles</p>
<p>Jaillit de tes paupières en quête de pollen,</p>
<p>Tu les laisses frôler la lumière,</p>
<p>Et dans l’eau criblée d’étincelles,</p>
<p>Glisse ce qui reste de la clarté du crépuscule.</p>
<p>Je ne dis pas un mot.</p>
<p>Mes yeux sont une histoire vide,</p>
<p>Des souvenirs défunts gisent dans ma mémoire.</p>
<p>La fièvre de ta chanson atteint jusqu’à mon âme</p>
<p>Qui pleure à tes pieds, femme, floraison de mes chimères.</p>
<p>Sur un banc avec toi, j’évoque la tendresse,</p>
<p>Mes doigts incrustés dans les méandres de ta chair</p>
<p>Écrivent la nostalgie en pierre d’exil,</p>
<p>En lettres de tristesse.</p>
<p>Comment te dire que ma vie n’est vie</p>
<p>Que par ta vie ?</p>
<p>Avec quel langage t’expliquer que mon amour</p>
<p>Est déraison et mon espoir, folie ?</p>
<p>Le jour flétri s’épuise jusqu’à enterrer la virginité</p>
<p>Des roses…  je ne vois pas passer le temps.</p>
<p>Seule, tu existes, sur un banc avec moi,</p>
<p>Voix intérieure de mes errances,</p>
<p>Saison de mes aubes nouvelles</p>
<p>Qui ressuscite mes espérances en cendre</p>
<p>Et mes joies en guenilles.</p>
<p><strong>Yves Patrick Augustin</strong>, né à Port-au-Prince, immigre au Canada en 2003. En 2006, il publie son premier recueil de poèmes, Mots intimes, chez les presses Agrumes. Montréal en poésie, son deuxième recueil, est paru à l’automne 2008. Son écriture est ancrée dans la mémoire et se conjugue entre silence et tendresse, nostalgie et déraison.  Il est le lauréat du concours « Grand Prix international de poésie Écritout 2008 ».</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://redtac.org/possibles/2009/09/18/poemes/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>

