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Une Patria Grande pour le continent sud-américain – Par Pierre Beaudet

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En Amérique du Sud, berceau des forums sociaux et de l’altermondialisme, se produit aujourd’hui sous nos yeux un intéressant processus de mobilisation sociale et d’innovation politique qui secoue la chape de plomb qui sévit sur ce continent depuis 500 ans sous la domination européenne et plus récemment sous la pesante influence des États-Unis. Parmi les chantiers en effervescence se trouve celui de l’intégration sud-américaine. En effet, le vieux rêve de Simon Bolívar de créer «une» Amérique du Sud unie et capable de prendre sa place dans le monde connaît une nouvelle vie. Les enjeux, les contradictions, les défis, sont multiples.

L’histoire bascule

Tout au long du vingtième siècle, le paysage politique, social, économique, culturel de l’Amérique latine, a été dominé par l’influence des États-Unis. Et pour cause, depuis la fameuse déclaration du Président James Monroe en 1823, Washington s’est arrogé le droit d’intervenir dans «son» continent. Ainsi jusque dans les années 1990, de terribles dictatures sont maintenues à bout de bras par les États-Unis au Chili, au Guatemala, en Argentine et plusieurs autres pays où des rébellions populaires sont mâtées par la violence extrême. Entre-temps, l’économie de ces pays est «adaptée» sur mesure pour fournir aux États-Unis des produits miniers et agricoles appropriés par de grandes entreprises multinationales états-uniennes. Plus tard dans le tournant de la mondialisation néolibérale, Washington entreprend d’institutionnaliser cette intégration/subordination dans le cadre de la Zone de libre-échange pour les Amériques (ZLÉA), un projet mis sur la table par le Président Clinton en 1994.

Altermondialisme et grandes institutions internationales – Par Claude Vaillancourt

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À près de dix ans d’existence, le mouvement altermondialiste se remet en cause. L’euphorie des premières années semble tombée. Selon plusieurs de leurs participants, les forums sociaux, lieux de rencontre catalyseurs de ce mouvement, se renouvellent avec certaines difficultés, reprennent les mêmes débats et mettent de l’avant le même défilé d’invités vedettes. Hors de l’Amérique du Sud, les tentatives d’incarnation du mouvement dans la politique active — telles Québec solidaire ou la candidature de José Bové aux présidentielles en France — donnent l’impression d’être vouées à l’échec. Les altermondialistes eux-mêmes font part de leurs doutes. Bernard Cassen, l’un des fondateurs du Forum Social Mondial, utilise désormais le terme «post-altermondialisme» [1]. Certains observateurs du mouvement, tels Eddy Fougier parle d’«essoufflement», mot qui revient le plus souvent selon lui, lorsqu’on évoque le mouvement [2].

Qu’on soit d’accord ou non avec cette remise en cause, il faut admettre qu’il existe bel et bien un malaise au sein de l’altermondialisme. Les raisons en sont forcément complexes et diverses. Et le malaise en question ne doit pas être vu comme un effet nécessairement négatif et dont les répercussions seront néfastes. Sans aucun doute, le monde a déjà beaucoup changé depuis la naissance du mouvement, et ces transformations nécessitent une inévitable adaptation. Ces changements ont d’ailleurs été anticipés avec une rare perspicacité par les penseurs de l’altermondialiste, quoique la justesse de leurs vues ne leur ait pas donné la recette miracle pour réagir aux crises annoncées.