Étiquette : forums sociaux

Chroniques du FSM 2009

Par Raphaël Canet

 

Belém – 27 janvier : La pluie… et l’espoir

LE FSM 2009 a débuté par une gigantesque marche d’ouverture, traversant Belém, d’ouest en est, depuis la Estação das Docas, ancien cœur marchand la ville où accostaient les bateaux, jusqu’à la Praça da Operário, à la périphérie de la ville, où de déploient les quartiers pauvres.

Plus de 100 000 personnes s’étalant en un long cortège de solidarité, de diversité, d’espoir. Beaucoup de couleurs, de slogans, de rires, de chants, malgré la pluie tropicale qui s’est abattu sur les participants durant la première heure de marche. Un véritable déluge qui n’a pourtant pas découragé les marcheurs qui, s’abritant sous une pancarte, une banderole, un drapeau ou encore sous l’épais programme du forum, ont poursuivi leur route, trempés, mais continuant à chanter et à appeler la pluie, chuva, chuva… Le tout sous les yeux médusés, le sourire aux coins des lèvres, de la population de la ville, massée le long des rues, bien abrités sous leurs parapluies.

FSM 2009 : La dynamique du Campement intercontinental de la Jeunesse

Par Thalie-Anne Provost

 

Lors de la tenue du premier Forum Social Mondial à Porto Alegre en 2001, a émergé en parallèle un espace de pratiques alternatives : le Campement Intercontinental de la Jeunesse (CIJ). Cette formation spontanée fut rendue possible grâce à la détermination de certains buts liés aux pratiques : l’autogestion, la coopération et la démocratie directe, le renversement des rapports de forces des pouvoirs traditionnels,  le respect de l’environnement, le travail solidaire, etc. Depuis 2001 avec ses 2000 participants, le CIJ s’est transformé, s’est adapté à la demande. Si bien qu’à Belém en janvier 2009, ce sont deux campements distincts qui se côtoyaient : le « traditionnel » Campement Intercontinental de la Jeunesse et l’Écovillage temporaire utopiste d’Aldea da Paz ou campement de la Paix. Quelles étaient les différences notables entre les deux campements et leur dynamique de fonctionnement?

En route pour un Forum social au Saguenay-Lac-Saint-Jean

Par Émilie Lachance

 

Des jeunes de la région du Saguenay-Lac-St-Jean se sont inspirés du Forum Social mondial qui a eu  lieu à Porto Alegre en 2005 afin de créer l’année suivante le Forum Social Régional 02. Les objectifs de ce nouveau Collectif de travail étaient de créer une synergie dans la communauté citoyenne pour mettre en valeur les initiatives locales, agir concrètement en faveur de l’établissement d’une vision sociale commune, encourager au Saguenay-Lac-St-Jean un débat de société constructif et mobilisateur, conscientiser la population et la responsabiliser face aux différents enjeux régionaux et, enfin, promouvoir un développement régional humain, durable et équitable. De nombreuses assemblées ont eu lieu pour déterminer les principes du Forum Social Régional 02 (FSR02) ainsi que pour choisir les coordonnateurs des différents comités.

Toute cette énergie a permis l’organisation dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean de deux forums sociaux régionaux ces dernières années. La première édition du FSR02 s’est déroulé les 22, 23 et 24 septembre 2006 au Séminaire Marie-Reine du Clergé situé à Métabetchouan-Lac-à-la-Croix et a attiré environ 1 350 participants. La seconde édition s’est tenue à Saguenay au cegep de Chicoutimi les 2, 3 et 4 mai 2008 et a rassemblé environ 1000 participants. La prochaine édition se tiendra en septembre 2010. La date exacte et le lieu restent encore à déterminer.

L’influence du processus sur les résultats des forums sociaux locaux : cas de Laval et Lanaudière

Par Émilie Goulet et Julie Robillard

 

À la suite de la première édition du Forum social québécois en 2007, plusieurs forums sociaux régionaux ont été organisés et d’autres sont à venir dans différentes régions du Québec[1]. Ces forums régionaux permettent d’aborder des enjeux locaux et de favoriser une conscientisation des enjeux sociaux à un niveau régional. Malgré des objectifs qui sont généralement similaires, il est possible de se demander s’il y a des différences dans les résultats (sociologie des participants, nombre d’ateliers et chiffre de la participations, implication citoyenne, initiatives et actions retenues…) entre les divers forums sociaux régionaux au Québec et, si oui, à quoi elles sont attribuables. Les cas étudiés dans ce texte sont les forums sociaux régionaux de Laval et de Lanaudière qui ont eu lieu simultanément du 24 au 26 avril 2009. Malgré le fait qu’ils ont eu lieu en même temps dans des régions assez rapprochées, il y a des différences assez importantes entre ceux-ci, notamment en ce qui concerne les initiatives ayant mené à ces forums sociaux, la démarche et les résultats. Nous soutenons que la démarche et le processus ayant mené à ces deux forums régionaux ont influencé les résultats et expliquent en partie les différences entre ceux-ci. Dans un premier temps, nous présentons et comparons les deux évènements. La seconde partie de l’article porte plus précisément sur les différences dans le processus et la démarche de ces deux forums sociaux régionaux. Finalement, la dernière partie traite des résultats  et du lien entre ceux-ci et le processus du forum social régional.

L’altermondialisme, contrepoint à la mondialisation : Nouveaux contours de l’analyse politique – Par Dominique Caouette

L’altermondialisme, contrepoint à la mondialisation : Nouveaux contours de l’analyse politique – PDF

Montréal, 26 janvier 2008[1]. Alors que l’élite politique et économique planétaire discute au Forum économique mondial à Davos en Suisse, des centaines d’altermondialistes marchent dans les rues de la métropole québécoise. En plein froid hivernal, ces militants participent, tout comme des milliers d’autres un peu partout dans le monde, à l’une des 600 activités organisées pour clamer bien haut que plusieurs mondialisations sont possibles, que le citoyen ordinaire doit lui aussi avoir voix au chapitre sur les enjeux de la planète et qu’une solidarité existe au-delà des frontières nationales.

Ce phénomène d’ordre politique a de quoi fasciner. Or, le chercheur en science politique ou en relations internationales se verra désarmer face à ce fait social contemporain majeur car, dans sa discipline, un biais méthodologique l’empêche de saisir toute l’ampleur de ces mobilisations sociales.  En effet, l’État-Nation agit tel un écran de fumée ou encore une diva analytique, occupant l’avant-scène et faisant oublier qu’au dessus et deçà de l’État national, une multitude d’échanges, de processus sociaux, culturels, économiques et politiques ont continué à se produire et à coexister. Pourtant, l’État national n’a jamais su et pu complètement contrôler les échanges transfrontaliers de toutes sortes que ce soit ceux dirigés par de grands conglomérats internationaux ou encore la panoplie d’activités illicites des organisations criminelles transnationales, du piratage maritime à celui des DVD, de la traite des personnes au trafic d’organes ou encore au lucratif marché de la drogue. De la même façon, de plus en plus d’individus se mobilisent de manière transnationale autour de valeurs et de normes partagées (paix, droits de la personne, développement durable, justice sociale, l’égalité des genres, etc.).

Pas à pas, ensemble et différents, nous changeons le monde! – Entrevue avec Françoise David

Pas à pas, ensemble et différents, nous changeons le monde! – PDF

 

(Entrevue réalisée par Raphaël Canet à Montréal le 19 juillet 2008)

Raphaël Canet : Depuis 2001, avec la tenue du premier Forum social mondial à Porto Alegre (Brésil), la mouvance altermondialiste ne cesse de se propager aux quatre coins du globe. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Françoise David : Ce phénomène a été rendu possible par l’action de groupes altermondialistes et de mouvements sociaux qui ont mis en évidence dès les années 90 le fait que nos gouvernements étaient en train de négocier, par-dessus nos têtes et en notre nom, des accords quasi-secrets qui pouvaient avoir des conséquences assez dramatiques sur nos vies quotidiennes.

Cette prise de conscience s’est véritablement propagée à partir des événements de Seattle, contre l’Organisation mondiale du commerce en 19992. Des groupes de jeunes ont ouvert les yeux à beaucoup d’organisations (populaires, syndicales et autres) sur ce qui se passait avec la conclusion d’accords commerciaux qui impliquaient une redéfinition du rôle des États. À l’époque j’étais à la Fédération des Femmes du Québec (FFQ), nous préparions la Marche mondiale des femmes, et nous considérions ces événements avec beaucoup d’intérêt. Nous étions en contact avec des femmes d’une centaine de pays et le partage d’expériences concrètes nous a amenées à comprendre que le néolibéralisme et le patriarcat se nourrissaient mutuellement. J’ai beaucoup appris à ce moment-là et beaucoup de femmes québécoises ont appris aussi. Au fond, ça a pris un certain temps, 15 à 20 ans après le début des premières politiques néolibérales, pour que les gens sur le terrain réalisent vraiment ce qui se passait. Ensuite, les choses ont évolué assez rapidement. Au Québec, depuis une dizaine d’années, il y a une effervescence militante en rapport avec tout ce qui touche à la mondialisation, aux accords de libre-échange, particulièrement dans les Amériques. On assiste à une prise de conscience de la nécessaire solidarité entre les peuples du monde.