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	<title>Possibles &#187; féminisme</title>
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		<title>Femmes, division sexuelle du travail et système alimentaire mondial</title>
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		<pubDate>Sat, 11 Sep 2010 07:33:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[II- Perspectives citoyennes et solidaires]]></category>
		<category><![CDATA[Souveraineté alimentaire (vol.34, no.1-2, Été 2010)]]></category>
		<category><![CDATA[agriculture]]></category>
		<category><![CDATA[alimentation]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[souveraineté alimentaire]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Elsa Beaulieu
La Marche mondiale des femmes (MMF) endosse la vision politique de la souveraineté alimentaire développée lors du Forum de Nyéléni. Selon cette perspective, la souveraineté alimentaire est un cadre politique qui vise à permettre des alliances et l’articulation cohérente des revendications de différents mouvements : paysans, pêcheurs, autochtones, femmes, écologistes, urbains, migrants, etc.  Ces [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Par Elsa Beaulieu</em></p>
<p>La Marche mondiale des femmes (MMF) endosse la vision politique de la souveraineté alimentaire développée lors du <em>Forum de Nyéléni</em>. Selon cette perspective, la souveraineté alimentaire est un cadre politique qui vise à permettre des alliances et l’articulation cohérente des revendications de différents mouvements : paysans, pêcheurs, autochtones, femmes, écologistes, urbains, migrants, etc.  Ces protagonistes ne vivent pas tous les mêmes problèmes en relation au système alimentaire mondial, mais gagnent à s’allier et à articuler leurs luttes respectives, et à construire une vision commune de la souveraineté alimentaire. Cette perspective part du constat que les mouvements paysans ne peuvent, à eux seuls, s’attaquer au système alimentaire mondial, et que l’ensemble de la société est concernée et doit se conscientiser et se mobiliser par rapport à ces enjeux.</p>
<p>La souveraineté alimentaire est un enjeu qui touche spécialement les femmes pour deux raisons principales. Tout d’abord, parce que celles-ci sont davantage touchées par la pauvreté, et donc plus vulnérables face à la détérioration des écosystèmes et à la fluctuation des prix des aliments. Ensuite, la souveraineté alimentaire touche particulièrement les femmes parce celles-ci jouent des rôles spécifiques dans le système alimentaire mondial, en fonction de la division sexuelle et internationale du travail. Par exemple, sur le plan de la production, les femmes jouent un rôle central dans les cultures vivrières (par opposition aux cultures d’exportations où les hommes sont largement majoritaires). Dans le domaine de la distribution, ce sont elles qui soutiennent la capacité de survie des localités vulnérables par leur rôle dans le petit commerce (par opposition à la distribution industrielle, contrôlée par les hommes), particulièrement dans les pays du Sud. Enfin, dans la préparation des aliments, les femmes jouent un rôle central en planifiant, achetant et préparant les aliments. Dans le système alimentaire mondial, la division sexuelle du travail est très marquée, ce qu’il faut impérativement questionner et prendre en considération dans la réflexion et l’éventuelle mise en application de la souveraineté alimentaire.</p>
<p>La division sexuelle du travail est un concept qui décrit l’organisation matérielle (économique) de la vie sociale sous l’angle de la division des tâches entre les hommes et les femmes ainsi que de la valeur différenciée accordée à certaines tâches en fonction du sexe des personnes qui les accomplissent. Ce concept permet de rendre visible le fait que les tâches accomplies par les femmes sont à la fois essentielles à tout l’édifice économique actuel et systématiquement dévaluées sur le plan économique, mais aussi social et politique, maintenant les femmes dans une situation d’exploitation et de subordination. Des trois domaines liés à l’alimentation et l’agriculture cités précédemment (production/distribution/préparation), on remarque que les tâches non rémunérées et peu valorisées sont majoritairement attribuées aux femmes. Ce sont généralement des tâches qui soutiennent l’ensemble de la reproduction sociale et rendent possible l’extraction de la plus-value, mais qui ne donnent accès ni à l’autonomie économique ni à une position sociale permettant l’autodétermination. La division sexuelle du travail, ainsi que d’autres dimensions des inégalités entre les sexes, comme le manque d’accès des femmes à la terre et aux moyens de production, se situent au fondement de tout le système alimentaire et économique mondial. Il est donc urgent <img class="alignright size-full wp-image-332" src="http://redtac.org/possibles/files/2010/09/Beaulieu-1.png" alt="Beaulieu (1)" width="327" height="294" />d’inclure la question des inégalités entre les sexes et de la division sexuelle du travail dans toute réflexion visant la remise en question de ce système et l’édification d’alternatives visant l’autodétermination et la souveraineté alimentaire des peuples. En effet, quelle légitimité et quelle pertinence pourrait avoir une souveraineté alimentaire qui continuerait, à l’image du système actuel, de prendre appui sur l’oppression et l’exploitation des femmes? Il n’y aura de souveraineté alimentaire réelle que dans le contexte de l’égalité entre les sexes, et cette égalité passe impérativement par une remise en question et une transformation fondamentale de la division sexuelle du travail.</p>
<p>Pour illustrer plus concrètement cette idée, prenons en exemple la répartition des tâches liées à la préparation des aliments dans les pays du Nord, où les femmes sont de plus en plus présentes sur le marché du travail depuis les 40 dernières années, majoritairement dans des ghettos d’emplois féminins moins bien payés, bien qu’il y ait aussi eu émergence d’une nouvelle classe de femmes professionnelles. Parallèlement, des technologies pour permettre de raccourcir le temps de travail domestique se sont développées. Dans le domaine de l’alimentation, on a vu se multiplier les produits qui permettent de gagner du temps lors de l’achat, la préparation et la consommation des aliments. On prend de plus en plus conscience aujourd’hui que ces aliments transformés nuisent à la santé et que leur production industrielle est un élément toujours plus important d’un système alimentaire monopolistique et écologiquement insoutenable. Or, si l’on se mettait plus massivement à acheter des aliments locaux, non transformés et issus de l’agriculture biologique, comme ce serait souhaitable dans le cadre de la souveraineté alimentaire, il faut se demander qui porterait concrètement ce virage sur ses épaules. Qui prendrait plus de son temps pour repenser et réorganiser la manière de vivre l’alimentation au quotidien? Si la division actuelle du travail et des tâches domestiques n’était pas remise en question, ce seraient les femmes qui absorberaient les coûts de cette réorganisation, en temps et en énergie. Quel impact cela aurait-il sur leur capacité de gagner leur vie sur le marché du travail, sur leur autonomie économique? Quel impact cette surcharge supplémentaire aurait-elle sur leur santé?  Pour le dire autrement, les femmes devraient-elles « retourner à leurs fourneaux » en plus, ou au lieu de, « travailler à l’extérieur »?</p>
<p>Une des solutions possibles serait d’inclure dans le programme devant mener à la souveraineté alimentaire une série de mesures systémiques pour modifier la division sexuelle du travail et favoriser un meilleur partage des tâches dites domestiques entre les femmes et les hommes. Ces mesures devraient prendre en compte une multiplicité de facteurs et la diversité des situations et des arrangements domestiques. Par exemple, dans le cas des ménages hétérosexuels où les hommes ont un salaire plus élevé que les femmes, comment faire en sorte qu’il y ait un avantage économique concret à ce que les hommes réduisent leur temps de travail rémunéré pour effectuer plus de tâches domestiques? Parallèlement, comment faire en sorte que le travail des femmes sur le marché du travail soit plus reconnu et mieux payé, afin que leur travail rémunéré soit moins systématiquement sacrifié, au sein des ménages, au profit de celui des hommes? Dans un autre ordre d’idées, comment penser une transformation globale de la division sexuelle du travail dans un contexte où un nombre toujours plus grand de familles sont monoparentales et dirigées par des femmes? Comment faire pour rendre une alimentation plus écologique et plus saine concrètement accessible aux familles monoparentales, dans lesquelles les tâches ne peuvent pas être directement partagées entre deux parents? Des mesures comme l’attribution aux hommes d’un congé parental non transférable, ainsi que l’existence d’un réseau public de services de garde à un coût accessible sont des pas dans la bonne direction, mais ces mesures doivent être diversifiées, augmentées et étendues, et surtout incluses dans une démarche systémique cohérente visant à la fois l’égalité des sexes et une transformation profonde de notre système alimentaire et économique. L’organisation du travail devra aussi se transformer, afin de rendre possible l’invention de nouvelles manières de partager le travail domestique et de soins entre les hommes et les femmes.</p>
<p>Évoquons un autre type de solution possible, tiré cette fois-ci du milieu rural brésilien. Dans les dernières années, le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre du Brésil (MST) a soutenu un petit nombre projets pilotes consistant à collectiviser, dans certains <em>assentamentos</em> (communautés rurales créées par la réforme agraire), des tâches traditionnellement effectuées par les femmes dans la « sphère privée ». Une sorte de centre communautaire prenait ainsi en charge la préparation des repas et les soins aux enfants, par exemple, et faisait en sorte que ces tâches soient réparties équitablement entre les hommes et les femmes, permettant ainsi à ces dernières d’avoir du temps pour se consacrer à d’autres formes de participation sociale, politique et économique. Ainsi, la création d’alternatives collectives à petite échelle, sans attendre l’intervention de politiques publiques, est possible là où il existe des formes d’organisation collective autogérée.</p>
<div id="attachment_333" class="wp-caption aligncenter" style="width: 563px"><img class="size-full wp-image-333" src="http://redtac.org/possibles/files/2010/09/Beaulieu-2.png" alt="Beaulieu (2)" width="553" height="415" /><p class="wp-caption-text">Manifestation de la Marche mondiale des femmes, à Mossoro, RN, Brésil, 17 octobre 2006 – Source : Elsa Beaulieu</p></div>
<p style="text-align: center">
<p>En somme, la dérive du système alimentaire industriel et l’exploitation des femmes, qui se fait à travers la division sexuelle du travail, sont intimement liées. C’est pourquoi on ne peut pas envisager de solution intelligente qui prenne en compte la nature systémique des problèmes si l’on n’accorde pas une attention particulière au phénomène de la division sexuelle du travail. Repenser le système alimentaire mondial, c’est donc aussi repenser la répartition actuelle des rôles, des tâches et des pouvoirs entre les hommes et les femmes, non seulement dans le domaine de l’agriculture et de l’alimentation, mais dans l’ensemble de la société.</p>
<p><strong>Elsa Beaulieu</strong> est une militante féministe au sein de la Marche mondiale des femmes (MMF) et de la Fédération des femmes du Québec depuis une dizaine d’années. Elle a également été déléguée de la MMF pour l’Amérique du Nord au Forum international de Nyéléni sur la souveraineté alimentaire qui s’est déroulé en février 2007. La MMF est un mouvement mondial initié par des Québécoises à la suite de la Marche du pain et des roses de 1995, dont le Secrétariat international rotatif est situé au Brésil depuis 2006. La Marche du pain et des roses participait aux luttes contre l’appauvrissement des femmes causé par les politiques néolibérales. La MMF a, par la suite, étendu la base des revendications pour articuler la lutte contre la pauvreté à celle contre la violence envers les femmes. Le texte ci-dessus, sans représenter une position officielle de la MMF ou de la FFQ, présente brièvement quelques-uns des éléments de réflexion qui ont cours dans les milieux féministes autour des enjeux de la souveraineté alimentaire et de l’autonomie économique des femmes.</p>
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		<title>Pas à pas, ensemble et différents, nous changeons le monde! &#8211; Entrevue avec Françoise David</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Aug 2009 03:04:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Altermondialisme (vol.32, no.3-4, Aut.2008)]]></category>
		<category><![CDATA[Rôle du politique]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[forums sociaux]]></category>
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		<category><![CDATA[politique québécoise]]></category>

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		<description><![CDATA[(Entrevue réalisée par Raphaël Canet à Montréal le 19 juillet 2008)

Raphaël Canet : Depuis 2001, avec la tenue du premier Forum social mondial à Porto Alegre (Brésil), la mouvance altermondialiste ne cesse de se propager aux quatre coins du globe. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
Françoise David : Ce phénomène a été rendu possible par l’action [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>(Entrevue réalisée par Raphaël Canet à Montréal le 19 juillet 2008)<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Raphaël Canet :</strong><em> Depuis 2001, avec la tenue du premier Forum social mondial à Porto Alegre (Brésil), la mouvance altermondialiste ne cesse de se propager aux quatre coins du globe. Comment expliquez-vous ce phénomène ?</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Françoise David :</strong> Ce phénomène a été rendu possible par l’action de groupes altermondialistes et de mouvements sociaux qui ont mis en évidence dès les années 90 le fait que nos gouvernements étaient en train de négocier, par-dessus nos têtes et en notre nom, des accords quasi-secrets qui pouvaient avoir des conséquences assez dramatiques sur nos vies quotidiennes.</p>
<p style="text-align: justify">Cette prise de conscience s’est véritablement propagée à partir des événements de Seattle, contre l’Organisation mondiale du commerce en 19992. Des groupes de jeunes ont ouvert les yeux à beaucoup d’organisations (populaires, syndicales et autres) sur ce qui se passait avec la conclusion d’accords commerciaux qui impliquaient une redéfinition du rôle des États. À l’époque j’étais à la Fédération des Femmes du Québec (FFQ), nous préparions la Marche mondiale des femmes, et nous considérions ces événements avec beaucoup d’intérêt. Nous étions en contact avec des femmes d’une centaine de pays et le partage d’expériences concrètes nous a amenées à comprendre que le néolibéralisme et le patriarcat se nourrissaient mutuellement. J’ai beaucoup appris à ce moment-là et beaucoup de femmes québécoises ont appris aussi. Au fond, ça a pris un certain temps, 15 à 20 ans après le début des premières politiques néolibérales, pour que les gens sur le terrain réalisent vraiment ce qui se passait. Ensuite, les choses ont évolué assez rapidement. Au Québec, depuis une dizaine d’années, il y a une effervescence militante en rapport avec tout ce qui touche à la mondialisation, aux accords de libre-échange, particulièrement dans les Amériques. On assiste à une prise de conscience de la nécessaire solidarité entre les peuples du monde.</p>
<p style="text-align: justify">Ce n’est pas étonnant que les mouvements sociaux en soient venus à se dire qu’on ne peut plus lutter seul, dans son pays, dans son quartier, qu’il faut désormais se parler à des échelles plus larges. C’est la réponse la plus efficace à un courant mondial qui est bien organisé. Les gouvernements de la planète ont leurs fronts communs, les grands de ce monde, au plan économique, ont leur Davos et toutes sortes d’autres lieux de rencontre. Il était temps que les mouvements sociaux en fassent autant. Les forums sociaux constituent donc une réplique adéquate, et c’est normal que la formule se soit ensuite disséminée partout à travers le monde. C’est la suite logique d’une prise de conscience qui  a commencé il y a à peine 10 ans. Au fond cela va assez vite, c’est réjouissant!</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>RC : </strong><em>L’attention particulière accordée à la nécessité de rassembler la plus grande diversité des mouvements, des formes de lutte et des aspirations au sein de cette mouvance altermondialiste, est-elle, selon vous, une opportunité ou un handicap dans cette entreprise de transformation sociale ?</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>FD :</strong> Pour moi, c’est surtout une opportunité. C’est même peut-être l’un des aspects les plus intéressants des forums. Je trouve que cette diversité a quelque chose de nourrissant. Cela permet à toutes sortes de monde, des militants « professionnels » aux simples curieux, de se rencontrer. Cela permet de sortir de son secteur, et au Québec comme ailleurs, c’est important. Une féministe ira écouter ce qu’à à dire un écologiste, et vice-versa. Chacun et chacune, dans son mouvement, n’a pas vraiment l’occasion de discuter avec l’autre et de comprendre que les analyses et les luttes des uns-es et des autres sont tout aussi  pertinentes. Cette diversité doit rester.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>RC : </strong><em>Un débat de fond anime la mouvance altermondialiste au sujet des Forums sociaux mondiaux. Certains considèrent qu’ils doivent demeurer un espace de rassemblement de la diversité des groupes en luttes afin qu’ils se rencontrent, échangent et poursuivent leur travail spécifique de transformation sociale. D’autres souhaitent qu’ils deviennent un acteur qui puisse définir un programme clair qui serve ainsi de socle commun de revendications pour l’ensemble des composantes de la mouvance altermondialiste.  Que pensez-vous de ce débat?</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>FD :</strong> J’ai participé à deux forums sociaux mondiaux (Mumbai &#8211; Inde en 2004 et Caracas-Venezuela en 2006) ainsi qu’au Forum social québécois (FSQ) de l’an passé. Les échanges et les discussions sont passionnants. Mais il est vrai que si nous n’arrivons pas à faire déboucher les forums sur un minimum d’actions concrètes et concertées, le danger c’est que les échanges deviennent un peu répétitifs, à la longue.</p>
<p style="text-align: justify">Prenons le cas du FSQ : il est dommage d’avoir eu 5000 personnes rassemblées en août, qui ont échangé, qui ont découvert d’autres perspectives, qui se sont aussi rendu compte qu’elles n’étaient pas toutes seules à se battre, etc… et que si peu de personnes se soient retrouvées le 26 janvier lors de la journée d’action mondiale. On a peut-être manqué là une occasion de mener une vaste action concertée entre les mouvements. Donc, au terme d’un Forum, pourquoi ne pas choisir un thème rassembleur, qui soit marquant dans une conjoncture particulière et qui parle à la population, pour agir ensemble?<br />
Cela dit, évoquer l’importance pour les forums de mener à des actions concrètes concertées, cela ne veut pas dire que ces lieux de parole doivent déboucher sur un seul programme et une seule vision. Si nous faisions cela, nous risquerions d’assister à la mise en place d’une mégastructure internationale où le pouvoir serait concentré entre les mains de quelques- uns. Je pense que l’on  perdrait beaucoup de monde. Ce ne serait plus un forum social, ce serait autre chose.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>RC</strong><em><strong> </strong></em><strong>:</strong><em> Vous êtes l’une des deux porte-parole d’un parti politique provincial, Québec Solidaire. Quel est, selon vous, la place et le rôle d’un parti politique dans la mouvance altermondialiste ?</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>FD :</strong> Je vais renverser la question : quel pourrait être le rôle de militants et militantes altermondialistes dans un parti politique? Les militants-es altermondialistes savent où ils s’en vont, ils publient des analyses, leurs stratégies  sont multiples. Un parti politique écologiste et de gauche n’a peut-être pas grand chose à apprendre aux militants altermondialistes, il doit surtout apprendre d’eux.</p>
<p style="text-align: justify">Si Québec Solidaire est aujourd’hui capable de faire le lien entre patriarcat et néolibéralisme, c’est parce que la Fédération des femmes du Québec avait  élaboré  cette analyse auparavant. Québec Solidaire est le produit des  luttes de femmes, de syndicalistes, d’écologistes, de gens pauvres…  La plupart de nos  militantes et militants les plus actifs viennent de tous ces milieux et apportent analyses et stratégies. Québec Solidaire n’est pas une avant-garde éclairée pour le mouvement altermondialiste, au contraire le parti se nourrit de cette mouvance, la plupart de ses membres en étant issus.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>RC :</strong> <em>En prônant plus de participation citoyenne et moins de représentation, la mouvance altermondialiste tente de pratiquer une nouvelle culture politique centrée sur le citoyen en propageant l’idée que tout le monde peut-être un acteur du changement social. En jouant le jeu électoral traditionnel du système représentatif, QS n’est-il pas en décalage par rapport à cette nouvelle culture politique ?</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>FD :</strong> Il est évident qu’en faisant le pari de changer les choses avec des outils politiques issus en partie d’une action électorale traditionnelle, Québec solidaire s’est lancé à lui-même tout un défi.</p>
<p style="text-align: justify">Le monde de la politique partisane est par définition un monde centré sur la compétition. C’est un monde qui a ses règles, médiatiques par exemple. La joute politique est aussi éminemment stratégique. Le risque de se couper de la base, de négliger la participation citoyenne, est bien réel.  Mais est-ce que c’est inévitable ? Voilà la vraie question.</p>
<p style="text-align: justify">Je pense que non. Ce n’est pas inévitable si on a un parti profondément démocratique et enraciné dans les communautés et les luttes des mouvements sociaux. Mais cela demande une vigilance de tous les instants. Je vais prendre un seul exemple. On entre actuellement, à Québec Solidaire, dans la phase d’élaboration de notre programme politique. Le défi c’est de ne pas se retrouver à 200 militantes et militants qui vont tout définir, parce qu’on sera les 200 les plus impliqués, ceux et celles qui auront le plus de vocabulaire, qui seront sortis des universités… alors qu’on a 5000 membres. Nous avons le devoir de nous assurer que la base du parti se sente vraiment interpellée à participer. Plus encore, nous avons décidé de faire appel aux forces vives des mouvements sociaux pour nous inspirer dans l’élaboration de ce programme politique. Nous sommes bien loin de nous refermer sur nous-mêmes. Mais pour arriver à cet objectif, il  faut  créer des conditions de participation populaire accessibles à toutes et à tous. Nous y travaillons! Là encore, nous pouvons nous inspirer des démarches de participation citoyenne au Québec et, pourquoi pas, en Amérique latine!<strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>RC :</strong> <em>Est-il possible de faire de la politique autrement ?</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong><strong>FD :</strong> Oui, mais au prix de grands efforts et en observant une vigilance de tous les instants. Le jeu politique actuel ne conduit pas à ça, mais il laisse suffisamment d’espace pour que des gens très décidés transforment progressivement les règles communément admises.  Nous y arriverons si nous sommes convaincus que nous devons consacrer du temps aux processus, et pas seulement aux résultats, comme le veut la règle politique traditionnelle. À mon avis, les féministes apportent beaucoup à Québec Solidaire lorsqu’il s’agit de réfléchir aux processus.</p>
<p><strong>RC :</strong> <em>Avant de faire le saut en politique, vous avez fait partie et même dirigé un mouvement social, la Fédération des Femmes du Québec, qui a connu de belles réalisations au Québec  ainsi qu’au niveau international avec la Marche mondiale des Femmes. Sur la base de votre expérience, quelle doit-être selon vous l’articulation entre les mouvements sociaux et les partis politiques ?</em></p>
<p style="text-align: justify"><em><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>FD :</strong> Au Québec, pour diverses raisons, les mouvements sociaux ressentent le besoin d’être non partisans. Aussi, je ne m’attends pas à ce que les directions nationales des grands mouvements sociaux québécois appuient ouvertement notre parti. Je considère parfaitement légitime que les mouvements sociaux soient désireux de conserver leur entière autonomie vis à vis quelque formation politique que ce soit.  Je souhaite cependant qu’ils nous voient comme des alliés.</p>
<p style="text-align: justify">Je remarque que les écologistes ou le mouvement anti-guerre ont moins de réticences que d’autres mouvements à inviter les représentants-es des partis politiques, à se joindre aux actions qu’ils organisent. Comme ils invitent tout le monde, ils ne peuvent pas être accusés d’être partisans. J’aimerais dire aux représentants-es des mouvements sociaux que nous pourrions nous asseoir à la même table de temps à temps, sans que quiconque tente de noyauter qui que ce soit,  et  débattre ensemble de l’organisation d’actions qui peuvent être importantes dans certaines conjonctures. C’est d’ailleurs arrivé dans les cas de la lutte contre la privatisation du mont Orford ou des protestations contre l’agression  israélienne au Liban. Nous pouvons ainsi dialoguer et travailler ensemble dans le respect de l’autonomie de chacun.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>RC :</strong> <em>Il y a quelques années, à partir de l’exemple du mouvement zapatiste au Mexique, John Holloway publiait un livre au titre provocateur : Changer le monde sans prendre le pouvoir. Pensez-vous que ce soit possible ?</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>FD :</strong> Changer le monde est un vaste programme! Comment y arriver ? Je  crois qu’il n’existe pas une seule et unique réponse. Pourquoi ne pas accepter que puissent coexister une diversité de stratégies possibles? C’est pas à pas, ensemble et différents que nous changerons le monde. Lutte par lutte, gain par gain, en faisant parfois des bonds de géants mais le plus souvent en avançant lentement.</p>
<p style="text-align: justify">Nous aurons besoin de mouvements sociaux forts, dynamiques, revendicateurs, démocratiques, où la participation citoyenne est à l’ordre du jour, qui peuvent s’unir autour de sujets communs dans des conjonctures particulières, qui se rassemblent au niveau international ; mais nous aurons aussi des partis politiques menant le même combat avec des moyens différents, en ouvrant des espaces publics de discussion, en faisant avancer des idées. Il arrivera que ces partis forment des gouvernements, comme c’est le cas dans certains pays d’Amérique latine. Ça ne change pas le monde au complet…mais pour les populations concernées, l’élection d’un gouvernement de gauche peut signifier une amélioration notable des conditions de vie de la majorité. Ce n’est pas rien!</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>RC :</strong><em> Le mouvement féministe n’est-il pas justement l’exemple de ce genre de mouvement qui a changé le monde sans prendre le pouvoir ?</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>FD</strong> : C’est vrai que les féministes ont réussi  dans certains pays à gagner des avancées extraordinaires. On s’entend, ce n’est vraiment pas le cas dans tous les pays du monde! Mais prenons le Québec. Au cours des vingt dernières années, les luttes féministes ont débouché sur des victoires intéressantes. Il a fallu pour cela, que des alliances se forgent entre le mouvement des femmes et certaines politiciennes à Québec et à Ottawa. Aujourd’hui, les féministes sont confrontées à des blocages économiques, par exemple, dans le cas de l’équité salariale. Celle-ci est accessible aux employées du secteur public ou des grandes entreprises syndiquées, soit une minorité de travailleuses. Toutes les autres attendent. Pourquoi ? Parce que leur rapport de force n’est pas suffisant, parce que les patrons ne veulent rien  savoir et que l’État ne les obligera à rien. Pour aller plus loin, il faudra une loi plus coercitive et pour cela, il faudra élire à Québec des féministes de gauche, décidées à remettre en question l’ordre économique défendu par le gouvernement et les dirigeants d’entreprise.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>RC : </strong><em>Quel est, selon vous, l’avenir de la mouvance altermondialiste ?</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>FD :</strong> Il me semble que l’un des défis de la mouvance altermondialiste est le pari de l’information et de l’éducation. Les gens ne peuvent pas se mobiliser s’ils n’ont pas une conscience claire de ce qui se passe. Ce n’est pas en écoutant seulement le Téléjournal qu’on va comprendre les effets des accords de libre-échange sur notre vie quotidienne! Un autre défi consiste à combattre le sentiment d’impuissance au sein de la population. Beaucoup de gens se sentent désarmés face au néolibéralisme et à ses effets. Pourtant la contrepartie aux effets du néolibéralisme existe, elle est dans les forums sociaux, dans les alliances entre les mouvements sociaux, dans les mobilisations, dans des partis de gauche et écologistes qui naissent et se développent.  Peut-être nous faudrait-il mieux nous concerter, mieux travailler ensemble loin des chicanes sectaires?</p>
<p><strong>Françoise David </strong>est porte-parole de Québec Solidaire.  <strong> </strong></p>
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