Étiquette : création

Texte littéraire autre que poétique, photo d’art, arts visuels, roman graphique, BD.

Nukaliak – le carnet

Par Murielle Jassinthe

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Baie de l’Arctique, 1er jour de l’expédition, ***1912

 

Je quitte la région du Nord de l’Île de Baffin et prends le large vers la Baie de l’Arctique. S’ouvrent devant moi les flots ; leurs lèvres ensorcelantes me grisent, attisent le désir d’aventure qui me possède. Cette année encore, je suis l’ingénieur civil responsable de la sphère scientifique de l’expédition. Je me nomme Émile Lavoie, emais les Inuit[1] m’appellent Nukaliak[2]. À bord du navire du Kapitai-Kallak[3] (le Capitaine J.-E. Bernier) se trouvent notamment le Dr Bolduc, Fabien Vanasse, Wilfrid Caron, Alfred Tremblay, Napoléon Chassé, Arthur English, Jules Morin ainsi que moi-même. Nous nous éloignons du rivage sous les acclamations du village. Leur chaleur nous met le vent dans les voiles. Wilfrid Caron fait gémir le gramophone qui entonne un air de chez nous : « Ohé, ohé Matelot…Matelot navigue sur les flots […] ». La coque s’engouffre au cœur de l’entendue argentée. Absorbé, je contemple les glaces de l’ukiuq[4] brillant tel diamants de lumière.

 

Pond Inlet, 3e jour de l’expédition, ***1912

Louis Riel

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À la fin du XIXesiècle, le territoire de la rivière Rouge est cédé au Canada, colonie de l’empire britannique. Cependant, les habitants catholiques, métis d’Indiens et de Français n’entendent pas à être gouvernés par la lointaine couronne d’Angleterre.

Louis Riel, chef charismatique et passionné, mène la Rébellion Métisse jusqu’à son terme, entre la folie et la mort. De la réconciliation à la lutte armée, cette aventure politique et humaine est une des pages les plus controversées de l’histoire canadienne.

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Par Camille Caron Belzile

Vendredi

Des crêpes aux pommes. Il a cette idée fixe dans la tête depuis qu’il a ouvert les yeux. Il ouvre le vieux livre de recettes de sa mère. Yann découpe des tranches de pommes, puis les découpe à nouveau en petits cubes. Il combine les ingrédients puis verse une grosse louchée de pâte dans la poêle. Il se laisse porter par l’arôme des pommes qui s’attendrissent, de la pâte à crêpe qui se fige et du beurre qui dore tout. Pendant que ça cuit, il écoute un vinyle de chants de baleine et fait brûler de l’encens. Il s’est créé un véritable cocon. En fait, c’était leur rituel du samedi matin à sa mère et lui. Pendant qu’elle cuisinait, lui il avait les yeux rivés au fleuve. C’est à cette époque où il laissait son regard se remplir de la couleur de l’eau et du mouvement des vagues qu’il s’est mis à imaginer l’apparition des monstres marins des histoires de sa mère. Un samedi, il lui avait hurlé que les monstres fonçaient tout droit sur eux, qu’il fallait tout abandonner et s’enfuir car ils allaient tout détruire. Sa mère l’avait rejoint dans une cascade de rires et de couleurs avec des pinceaux en lui proposant de transformer le mur du salon en fresque géante où il pourrait dessiner les monstres qu’il voyait. Il lui avait demandé ce qu’était une fresque. Elle lui avait expliqué que c’était un peu comme un totem, mais en deux dimensions. Yann adorait les totems même s’il ne pouvait plus en voir des vrais depuis qu’ils avaient déménagé de Kanesatake pendant la crise d’Oka. Sa mère avait décidé de suivre la route de Thoreau et d’aller vivre seule dans les bois avec son fils. À force de renoncement et de travail acharné comme serveuse, il lui avait suffi de trois ans pour être mesure de contracter l’emprunt nécessaire à l’achat d’une maison avec vue sur le fleuve. Elle l’avait achetée à un client régulier qui lui avait fait un prix d’ami pour lui exprimer sa reconnaissance suite à toutes ces soirées où elle avait eu assez de cœur pour l’écouter exprimer son spleen, lui qui avait pourtant eu tellement plus de chance qu’elle. Ce n’est que bien plus tard, alors que le mur du salon était déjà rempli des monstres imaginaires de son fils, qu’elle lui avait enseigné le secret de ses crêpes aux pommes dont il raffolait tant.