Écologie politique et altermondialisme – Par Michel Lambert

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Les réserves d’eau douce et potable et les dernières forêts disparaissent à des rythmes effrénés. Les déserts poursuivent leurs avancées. Des espèces s’éteignent quotidiennement. La survivance des populations les plus pauvres continue de faire pression sur les derniers écosystèmes. Sur un autre front, et malgré des pressions de plus ne plus importantes, le capitalisme demeure avide et destructeur. L’extraction du pétrole des sables bitumineux canadiens, la coupe du bois en Amazonie comme au Québec, l’or sud-américain, les diamants africains, etc… continuent d’alimenter un système insatiable en ressources naturelles et prêt à tous les excès polluants pour les extraire.

Alors que les processus liées aux changements climatiques s’accélèrent, alors qu’il est scientifiquement reconnu qu’il nous faudrait aujourd’hui 1,6 planète Terre pour supporter l’activité humaine, alors qu’il devient clair que notre impact sur la planète est plus grand que sa capacité de régénération, la question des droits environnementaux des générations futures est dorénavant posée. Prisme universel d’analyse du politique et du social, la compréhension des liens et surtout des limites entre la question environnementale et le système capitaliste industriel représente le défi majeur pour de l’avenir du mouvement altermondialiste.

De la sécurité alimentaire à la souveraineté alimentaire – Par Guy Paiement

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L’échec récent qu’a connu l’Organisation mondiale du commerce concernant  l’agroalimentaire constitue un événement incontournable. Les 153 pays représentés n’ont pu s’entendre, en effet, sur des normes concrètes susceptibles d’orienter les échanges internationaux. Si les raisons sont multiples, la principale d’entre elles tient au refus de plusieurs pays du sud d’avaliser l’ordre actuel des choses mis en place par les pays les plus riches de la planète. Quand le premier Forum social mondial, en 2001, a vu des représentants d’organisations paysannes remettre en cause le modèle de développement  alors en selle, on était loin de se douter que leurs analyses et leurs propositions seraient reprises, quelques années plus tard, au sein de l’OMC et changeraient la donne. C’est pourtant ce qui s’est passé. Des visions très différentes du développement sont ici en cause et il est stimulant de constater qu’elles traversent aussi notre propre pays.  Mieux comprendre les changements en cours devrait pouvoir nous aider à mieux cibler les enjeux qui nous attendent.

D’où vient la crise?

La plupart des analystes s’entendent pour situer l’origine récente de la crise actuelle dans ce que l’on appela « la révolution verte ». Initiée par les grands organismes internationaux et les multinationales de l’Agrobusiness, elle consista à encourager les États et leurs agriculteurs à passer à l’agriculture industrielle et à utiliser des semences issues de la haute technologie pour maximiser leurs résultats. Cette politique fut accompagnée d’une aide financière qui obligea les pays à accepter l’ouverture de leurs marchés et à suivre les conditions prescrites pour être à même de payer leurs dettes. Les pays qui entrèrent dans cette orientation virent rapidement les effets dévastateurs de celle-ci : disparition des petits producteurs, dépendance aux grandes compagnies pourvoyeuses de semences, conséquences fâcheuses de la monoculture et des produits chimiques sur l’environnement. En quelques années, plusieurs pays virent leur système alimentaire s’effondrer et durent affronter la colère de leurs populations en proie à la faim et à l’exode rural.

Altermondialisme et grandes institutions internationales – Par Claude Vaillancourt

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À près de dix ans d’existence, le mouvement altermondialiste se remet en cause. L’euphorie des premières années semble tombée. Selon plusieurs de leurs participants, les forums sociaux, lieux de rencontre catalyseurs de ce mouvement, se renouvellent avec certaines difficultés, reprennent les mêmes débats et mettent de l’avant le même défilé d’invités vedettes. Hors de l’Amérique du Sud, les tentatives d’incarnation du mouvement dans la politique active — telles Québec solidaire ou la candidature de José Bové aux présidentielles en France — donnent l’impression d’être vouées à l’échec. Les altermondialistes eux-mêmes font part de leurs doutes. Bernard Cassen, l’un des fondateurs du Forum Social Mondial, utilise désormais le terme «post-altermondialisme» [1]. Certains observateurs du mouvement, tels Eddy Fougier parle d’«essoufflement», mot qui revient le plus souvent selon lui, lorsqu’on évoque le mouvement [2].

Qu’on soit d’accord ou non avec cette remise en cause, il faut admettre qu’il existe bel et bien un malaise au sein de l’altermondialisme. Les raisons en sont forcément complexes et diverses. Et le malaise en question ne doit pas être vu comme un effet nécessairement négatif et dont les répercussions seront néfastes. Sans aucun doute, le monde a déjà beaucoup changé depuis la naissance du mouvement, et ces transformations nécessitent une inévitable adaptation. Ces changements ont d’ailleurs été anticipés avec une rare perspicacité par les penseurs de l’altermondialiste, quoique la justesse de leurs vues ne leur ait pas donné la recette miracle pour réagir aux crises annoncées.

Un autre monde est en marche! – Par Raphaël Canet

 

[caption id="attachment_8" align="alignright" width="238"]Couverture du numéro sur l'altermondialisme POSSIBLES, Vol.32, n°3-4, Automne 2008.[/caption]

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Un autre monde est Possible ! Au commencement était un slogan. Lancé contre l’idéologie néolibérale que les puissants de ce monde tentaient de nous imposer comme « la » pensée unique [1]. Désormais, nous n’aurions plus le choix que de vivre dans leur marché globalisé articulé autour des impératifs de privatisation, déréglementation et libéralisation de l’économie. There is no alternative!, la formule ne cesse d’être ressassée depuis presque 30 ans, de Margaret Thatcher à Jean Charest. Même de l’espoir ils ont cru pouvoir nous déposséder.

Pourtant, l’histoire ne s’est pas arrêtée avec la chute du mur de Berlin [2]. L’arrogance triomphante des élites en pèlerinage à Davos [3] fut même de courte durée. Depuis le milieu des années 1990, les peuples se font entendre aux quatre coins de la planète pour rejeter l’idéologie néolibérale et promouvoir des alternatives. Au Chiapas, à Paris, Seattle, Prague, Washington, Manille, Buenos Aires, Gênes, Québec, Cancún, Hyderabad, Bamako, Hong-Kong, Montréal… partout le même message d’espoir retentit. Réapproprions-nous le droit de choisir le monde dans lequel nous souhaitons vivre et que nous voulons transmettre à nos enfants! Une nouvelle narration du monde est aujourd’hui plus que nécessaire pour nous émanciper de la « théologie universelle capitaliste » qui colonise nos esprits et nos modes de vie [4].