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	<title>Possibles</title>
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		<title>L’esprit du forum social mondial et ses défis : espace ou mouvement ? &#8211; Par Chico Whitaker</title>
		<link>http://redtac.org/possibles/2009/09/29/l%e2%80%99esprit-du-forum-social-mondial-et-ses-defis-espace-ou-mouvement-par-chico-whitaker/</link>
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		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 13:50:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>raphael canet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Défis dans la construction de l'autre monde]]></category>
		<category><![CDATA[altermondialisme]]></category>
		<category><![CDATA[forums sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[mondialisation]]></category>

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		<description><![CDATA[(Traduit du portugais par Celina Whitaker)
Dans la foulée du succès du Forum Mondial Social (FSM) de 2001 à Porto Alegre, puis de l’évolution du processus de mondialisation durant l&#8217;année 2002, beaucoup d’interrogations sur les suites à donner au FSM ont été soulevées[1]. Plusieurs évaluations ont été faites, qui dessinent différentes avenues pour l’avenir des forums [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>(Traduit du portugais par Celina Whitaker)</p>
<p>Dans la foulée du succès du Forum Mondial Social (FSM) de 2001 à Porto Alegre, puis de l’évolution du processus de mondialisation durant l&#8217;année 2002, beaucoup d’interrogations sur les suites à donner au FSM ont été soulevées<a href="#_ftn1">[1]</a>. Plusieurs évaluations ont été faites, qui dessinent différentes avenues pour l’avenir des forums sociaux, et de nouvelles propositions sont apparues pour l&#8217;organisation des rencontres de 2003, 2004 et 2005. Sans aucun doute, le Forum vit aujourd&#8217;hui une crise &#8211; positive, de croissance – qui exige l&#8217;approfondissement de certains points soulevés par sa Charte de Principes adoptée en 2001.</p>
<p>Or, pour ne pas prendre le risque de détruire les potentialités des forums sociaux, il devient nécessaire et urgent de dépasser certaines ambiguïtés, avant que l&#8217;avancée du processus ne se traduise par des orientations et des stratégies erronées,  sans retour en arrière possible.</p>
<p>Le présent texte veut contribuer à ce débat, en traitant de trois points qui sont devenus essentiels pour la continuité du processus des forums sociaux : 1) l&#8217;option entre le <em>Forum-Espace </em>et le <em>Forum-Mouvement</em> ; 2) l&#8217;importance relative, dans les rencontres<a href="#_ftn2">[2]</a> du Forum, des activités auto-organisées par les participants et des activités programmées par le Comité d&#8217;Organisation, et les caractères de ces deux types d&#8217;activités et 3) le rôle des Comités d&#8217;Organisation des rencontres du Forum.</p>
<p>Le premier de ces points est le plus décisif, car de l&#8217;option choisie découlent des réponses différentes aux deux autres. Un quatrième point aurait besoin d&#8217;être abordé, celui du rapport avec les partis politiques. Mais je ne me pencherai, dans la présente contribution, que sur les trois premiers points.</p>
<h2>Forum: espace ou mouvement?</h2>
<p>Considérer le Forum comme un espace ou le considérer comme un mouvement est devenu une option préliminaire de base à l&#8217;étape actuelle du processus dans laquelle nous nous engageons. Ne pas soulever cette question, ou ne pas la poser avec suffisamment de clarté, est la meilleure façon de créer des difficultés.</p>
<p>La Charte de Principes du FSM le définit clairement comme un espace. Mais tout le monde ne le considère pas comme tel et n&#8217;agit pas comme s&#8217;il n&#8217;était réellement qu&#8217;un espace, ou du moins comme s’il devait toujours demeurer un espace.</p>
<p>Pour plusieurs personnes, c&#8217;est un espace qui a quelque chose d&#8217;un mouvement social. Pour d&#8217;autres, il n&#8217;est &#8220;encore&#8221; qu&#8217;un espace. En d&#8217;autres termes, il peut et doit se transformer en un vaste mouvement, ou en un &#8220;mouvement des mouvements&#8221;, comme certains journalistes en viennent à l&#8217;appeler. L&#8217;énorme succès des manifestations mondiales du 15 février 2003 contre la guerre en Irak – qui pousse les plus enthousiastes à considérer que ce succès est aussi un résultat du Forum, quand ils ne disent pas que c&#8217;est le Forum qui l&#8217;a directement produit&#8230;- stimule encore plus le désir que le Forum assume le rôle fondamentalement mobilisateur qu&#8217;ont les mouvements sociaux.</p>
<p>Mais les mouvements et les espaces sont des choses complètement différentes. Sans manichéismes simplificateurs, on est soit l&#8217;un, soit l&#8217;autre. Ils ne s&#8217;excluent pas, c&#8217;est-à-dire qu&#8217;ils peuvent coexister. Ils ne sont pas non plus antagonistes, c&#8217;est-à-dire qu&#8217;ils ne se neutralisent pas mutuellement, et ils peuvent même s&#8217;additionner. Mais on ne peut être les deux choses en même temps, ni être un peu de chaque chose – ce qui finirait par porter préjudice à l&#8217;un comme à l&#8217;autre. Les mouvements et les espaces peuvent rechercher, chacun dans son rôle particulier, des objectifs communs plus généraux. Mais chacun travaille d&#8217;une façon qui lui est propre, répondant aussi à des objectifs spécifiques différents.</p>
<p>La question qui se pose alors est la suivante : transformer le Forum social mondial en un mouvement – maintenant ou plus tard selon l’état d’avancement du processus – est-ce la bonne stratégie pour atteindre l&#8217;objectif qui unit tous ceux qui y participent, c&#8217;est-à-dire le dépassement du néolibéralisme et la construction d&#8217;un &#8220;autre monde possible&#8221;? Ou, à l&#8217;inverse, est-ce utile, pour atteindre ce but, de pouvoir continuer à disposer maintenant et tout au long du développement du processus, d’espaces comme ceux qui sont ouverts par le FSM ?</p>
<p>Pour ma part, je n&#8217;ai pas de doute qu&#8217;il est fondamental d&#8217;assurer à tout prix la continuité du Forum en tant qu&#8217;espace et de ne céder à aucune tentation de le transformer maintenant, ou même plus tard, en un mouvement social. Si nous le maintenons comme un espace, il n&#8217;empêchera ni ne sera préjudiciable, bien au contraire, à la formation et au développement de plusieurs mouvements sociaux différents. Mais si nous choisissons de le transformer en mouvement social, alors il cessera nécessairement d&#8217;être un espace de discussions et de débat, et perdra toutes les potentialités qu&#8217;ont les espaces.</p>
<p>Plus encore, si nous faisions cela, nous serions nous-mêmes, sans avoir besoin pour cela de l&#8217;aide de ceux que nous combattons, en train de jeter à l&#8217;eau un puissant instrument de lutte que nous avons été capables de créer à partir de la découverte politique la plus précieuse de ces derniers temps : la force de la libre articulation horizontale des initiatives. C’est cette libre articulation horizontale d’une pluralité de mouvements qui explique aussi bien le succès des FSM de Porto Alegre, que celui des manifestations de Seattle contre l’OMC en 1999, ou encore des marches du 15 février 2003 contre la guerre. De plus, nous devons également considérer que si l&#8217;articulation sociale horizontale a encore beaucoup à apporter dans notre lutte actuelle, elle sera aussi nécessaire dans le processus même de construction du monde que nous voulons. Cette certitude est basée sur l&#8217;analyse des avantages de l&#8217;actuel caractère du Forum comme espace, au regard d&#8217;un éventuel format de Forum-Mouvement.</p>
<p><strong> </strong></p>
<h2><strong>Ce qui différencie les mouvements sociaux et les espaces </strong></h2>
<p>Un mouvement social rassemble des gens qui décident de s&#8217;organiser pour accomplir collectivement certains objectifs de transformation de la société. La formation du mouvement et son développement impliquent par conséquent la définition de stratégies pour atteindre ces objectifs. Elles impliquent aussi la formulation de programmes d&#8217;action et la distribution de diverses responsabilités entre ses membres, dont celle de la direction du mouvement. Celui ou celle qui assumera cette fonction dirigera les militants du mouvement, de façon autoritaire ou démocratique selon les cas, en les amenant à réaliser la partie qui revient à chacun dans cette action collective. La structure d’un mouvement social est donc nécessairement pyramidale, avec des degrés de démocratie différents, selon le processus de décision interne et selon les choix de chacun des leaders qui se situeront aux divers niveaux de direction de la pyramide. De plus, l’efficacité du mouvement dépendra de la clarté et de la précision de ses objectifs spécifiques, et de sa propre limitation, dans le temps et dans l&#8217;espace.</p>
<p>Un espace, pour sa part, n&#8217;a pas de leaders. C&#8217;est seulement un lieu fondamentalement horizontal, comme l&#8217;est la surface de la terre, même s’il peut y avoir des lieux plus élevés que d’autres. C&#8217;est comme une place publique : si elle a un propriétaire, qui n&#8217;est pas la collectivité elle-même, elle devient un terrain privé et elle n&#8217;est plus une place ou tout un chacun peut circuler librement. Les places publiques sont en général des espaces ouverts qui peuvent être utilisés par tous ceux que cela intéresse. Elles n&#8217;ont pas d&#8217;autre objectif que celui d&#8217;être une place, rendant les services qu&#8217;elles rendent à ceux qui l&#8217;utilisent. Plus elles durent comme place, mieux c&#8217;est pour ceux et celles qui profitent de ce qu&#8217;elles offrent pour la réalisation de leurs propres objectifs.</p>
<p>En revanche, même si une place contient des arbres et de petites collines en son sein, c&#8217;est toujours un espace socialement horizontal. Celui qui monte dans les arbres ou sur les collines ne peut prétendre, de là-haut, décider en tout, ou même en partie, de ce que font les autres qui se trouvent sur la place. S’ils le font, ils prennent le risque d&#8217;être ridiculisés par ceux qu&#8217;ils prétendent &#8220;mener&#8221;. Ou bien, s’ils insistent et incommodent trop, ils finiront par parler tous seuls et les autres occupants abandonneront la place. Éventuellement, ils pourront même revenir plus tard, accompagnés des &#8220;autorités publiques&#8221;, pour les faire descendre de leur perchoir et leur demander de cesser d&#8217;haranguer les gens et de ne plus perturber la tranquillité qui doit être celle des places publiques.</p>
<h2>Le Forum comme espace incubateur de mouvements</h2>
<p>La Charte de Principes du Forum va très loin dans l&#8217;opposition à l&#8217;établissement de tout type de direction ou de leadership en son sein. Premièrement, personne ne peut parler au nom du Forum : il n&#8217;y a pas lieu de parler au nom d&#8217;une place, ni au nom de ses occupants. Deuxièmement, tout le monde – individus et organisations – conserve le droit de s&#8217;exprimer et d&#8217;agir pendant et après le Forum selon ses convictions, en faisant siennes ou pas des positions et propositions présentées par d&#8217;autres participants, mais jamais au nom du Forum et de l&#8217;ensemble des ses participants. Troisièmement, le Forum est un espace ouvert.</p>
<p>Par ailleurs, un Forum n&#8217;est pas un espace neutre, comme les places publiques. C&#8217;est plutôt une place qui s&#8217;ouvre de temps en temps, dans différents lieux dans le monde, avec un objectif spécifique : permettre au plus grand nombre possible de personnes, d&#8217;organisations et de mouvements opposés au néolibéralisme de se rencontrer librement, de s&#8217;écouter les uns les autres et d’apprendre des expériences et luttes de chacun.</p>
<p>Un Forum permet également de discuter de propositions d&#8217;actions, de s&#8217;articuler en de nouveaux réseaux d’organisations qui cherchent à vaincre l&#8217;actuel processus de globalisation, dominé par les grandes corporations transnationales et par les intérêts financiers. C&#8217;est donc un espace, créé pour servir un objectif commun à tous ceux qui y viennent, qui fonctionne horizontalement, comme une place publique, sans leaders ni pyramides de pouvoir en son sein. Tous ceux qui viennent au Forum sont disposés à accepter cette perspective, et c&#8217;est pourquoi tous admettent que pour pénétrer dans cette place, il est nécessaire d&#8217;être en accord avec sa Charte de Principes.</p>
<p>De fait, le Forum travaille comme une &#8220;usine d&#8217;idées&#8221;, ou un incubateur, duquel on espère que surgisse le maximum possible de nouvelles initiatives pour la construction d&#8217;un autre monde que tous considèrent possible, nécessaire et urgent. En d&#8217;autres termes, on espère que de cet espace naissent plusieurs mouvements, grands et petits, plus ou moins combatifs, chacun avec ses objectifs spécifiques, pour jouer leurs rôles dans la lutte pour laquelle la place a été ouverte.</p>
<p>En réalité, la plus grande potentialité du Forum-espace est exactement celle là : faire naître des mouvements qui font croître la lutte. A contrario, lorsqu’un mouvement donne naissance à de nouveaux mouvements, c’est souvent le résultat de scissions internes. Et c&#8217;est ce qui se passerait si le Forum devenait mouvement.</p>
<p>D&#8217;autre part, il est accepté qu&#8217;au Forum chacun s&#8217;implique avec plus ou moins de ferveur dans la lutte commune, selon l&#8217;étape où il se situe dans son propre cheminement d&#8217;engagement dans le combat de l&#8217;humanité pour un autre monde. A l&#8217;inverse, dans un mouvement, il y a des exigences réciproques entre ses membres.</p>
<h2><strong>L&#8217;avantage de ne pas avoir de document final </strong></h2>
<p>La Charte de Principes du Forum renforce encore plus cette perspective quand elle traite d&#8217;éventuels &#8220;documents finaux&#8221;. Même si on aboutissait à des documents qui ne soient pas réducteurs et simplificateurs – comme ce qui arrive en général avec les &#8220;documents finaux&#8221; &#8211; le Forum n&#8217;en a pas, en tant que Forum. Il ne s&#8217;agit pas d&#8217;une option de non engagement dans la lutte et la mobilisation nécessaires pour confronter le néolibéralisme, comme peuvent l&#8217;interpréter ceux qui sont les plus attachés à transformer le Forum en mouvement. La question est qu&#8217;une &#8220;place&#8221; ne fait pas de &#8220;déclarations&#8221;. Cependant, il est évident que ceux qui s&#8217;y trouvent peuvent en faire. Les participants des forums sociaux peuvent faire toutes les déclarations finales qu&#8217;ils désirent – et il est bon qu&#8217;ils les fassent. Mais ce ne seront jamais des déclarations du Forum en tant que Forum. Comme espace commun à tous, il n&#8217;a aucune &#8220;parole.&#8221; Ou plutôt, il &#8220;parle&#8221;, et beaucoup, mais du fait de sa propre existence. En effet, que de plus en plus de personnes et organisations se rassemblent pour trouver des voies de dépassement du néolibéralisme, c’est un fait politique très éloquent en soi.</p>
<p>Tous les documents ou déclarations qui seront proposées en son sein n’engageront ainsi que ceux, et seulement ceux, qui les signent, librement, sans pressions ni contrôles de prise de position. C&#8217;est pour cette raison que la Charte du Forum établit qu&#8217;aucune déclaration ou proposition ne pourra être votée ou acclamée par les participants du Forum, comme expression de l’ensemble des occupants de cette &#8220;place&#8221;. En réalité, la conséquence serait que beaucoup de personnes s&#8217;éloigneraient de l&#8217;espace Forum, car ils ne seraient pas en accord avec des leaders prétendant les &#8220;conduire&#8221;, du haut de leurs arbres ou collines.</p>
<p>Cette option prise par le Forum a été d&#8217;ailleurs bien comprise par le grand nombre de participants qui ont ainsi pu apporter leur pierre, dès l’édition 2003 du Forum à Porto Alegre, à la &#8220;Murale des Propositions d&#8217;Action&#8221;. Au-delà de l&#8217;ouverture d&#8217;un espace où tout le monde peut s&#8217;exprimer, les propositions et déclarations finales apposées sur cette Murale reflètent précisément l&#8217;image de la richesse et de la diversité des engagements des participants. Ces propositions sont ensuite mises à la disposition de tous les intéressés sur le site du Forum. La divulgation par le biais d&#8217;Internet – avec les informations pour contacter directement les auteurs des propositions – ouvre de nouvelles perspectives. Elle permettra que les articulations qui se créent durant le Forum autour de ces propositions grandissent encore plus, à travers de nouveaux contacts et mises en rapports qui deviennent ainsi possibles. Comme si la &#8220;place&#8221; du Forum était ouverte en permanence, s&#8217;étendait dans le temps et dans l&#8217;espace, beaucoup plus largement que dans le lieu et au moment des quelques jours que dure l’événement. En s&#8217;appuyant maintenant sur les énormes possibilités ouvertes par Internet, elles peuvent se transformer en plus de contacts et d&#8217;actions concrètes. La même chose peut se passer avec les &#8220;Murales de propositions&#8221;  montées dans les autres rencontres.</p>
<p>Mais le Forum-Espace a encore d&#8217;autres avantages.</p>
<p><strong> </strong></p>
<h2>La diversité</h2>
<p>Comme espace ouvert, le Forum a la possibilité d&#8217;assurer le respect de la diversité, différemment de ce qui se passerait s&#8217;il était un mouvement. Le principe du respect de la diversité, adopté par la Charte de Principes, a en réalité une importance plus grande : il est fondé sur la certitude que l&#8217;une des caractéristiques fondamentales de l&#8217;autre monde que nous prétendons construire –ou, comme nous le disons déjà, des &#8220;autres mondes possibles&#8221; – doit être précisément le respect de la diversité.</p>
<p>Comme conséquence de ce principe, le Forum permet aussi &#8211; sans tomber dans la neutralité totale des places publiques -  à chacun de conserver la liberté de choisir le secteur ou le niveau où il agit pour transformer la réalité. Cette action peut tout aussi bien être ample et large que tout à fait restreinte ; elle peut prétendre s&#8217;attaquer aussi bien aux causes les plus profondes des problèmes que le monde affronte qu&#8217;à leurs effets les plus superficiels. La gamme de thèmes discutés pendant le Forum, et des objectifs poursuivis en son sein, peut ainsi être très large, tout comme la gamme de changements nécessaires pour la construction de mondes nouveaux. Personne, dans le Forum, n&#8217;a le droit de dire que telle proposition ou action est plus importante qu&#8217;une autre ou que toutes les autres, et, par conséquent, personne ne possède le pouvoir ou le droit de donner une plus grande visibilité à ses propres propositions, en &#8220;usurpant&#8221; pour ses propres objectifs un espace qui appartient à tous.</p>
<p>C&#8217;est en réalité un sujet sur lequel on devrait réfléchir avec soin, et notamment lorsque l’on planifie les &#8220;marches&#8221; et manifestations de rue par lesquelles les Forums ont tendance à se clôturer. Les drapeaux brandis à ces occasions devraient être les drapeaux de tout le monde, comme une expression finale de la diversité et de la variété des propositions qui se retrouvent au sein du Forum ou qui y sont nées. Privilégier tel ou tel drapeau, ou privilégier un mouvement en particulier comme porte-parole du forum, est contradictoire avec le principe du respect de la diversité et traduit une vision de Forum-Mouvement et pas de Forum-Espace.</p>
<p>En définitive, toutes ces caractéristiques du Forum expliquent certainement sa grande acceptation, son pouvoir d&#8217;attraction et le succès de ses rencontres. Les participants se sentent respectés dans leurs options, dans le rythme et dans le niveau de leurs engagements. Il y a ceux qui viennent au Forum comme militants, mais la plupart des participants ne viennent pas par obligation ou sous les ordres de leurs leaders. Ils viennent au Forum de par leur propre conviction, pour échanger des expériences, apprendre les uns des autres, tout en gardant la liberté qu&#8217;ils avaient avant et qu&#8217;ils continueront d’avoir pendant et après leur participation à la rencontre. Ils savent qu&#8217;ils n&#8217;y recevront pas d&#8217;ordres ni n&#8217;auront à suivre des mots d&#8217;ordre, qu&#8217;on ne leur demandera pas de rendre compte de ce qu&#8217;ils ont fait ou n&#8217;ont pas fait, qu&#8217;ils n&#8217;auront pas à démontrer fidélité ou discipline, et qu&#8217;ils ne seront pas expulsés s’ils ne le font pas &#8211; tout le contraire de ce qui se passerait s’ils avaient participé à une rencontre d&#8217;un collectif organisé.</p>
<h2>La joie et la coresponsabilité</h2>
<p>J&#8217;affirmerais aussi que c&#8217;est ce caractère du Forum qui explique le grand bonheur qui se manifeste sur cette &#8220;place&#8221;, comme dans une énorme foire (NT : au sens premier de grand marché public), où règne une réelle ambiance de fête avec toutes les activités culturelles (performances musicales et artistiques de toutes sortes) qui se déploient immanquablement dans les forums sociaux. Personne n&#8217;est angoissé parce que personne ne doit lutter pour que ses idées et propositions prédominent sur celles des autres. Personne n&#8217;est préoccupé de se défendre face à d&#8217;autres qui prétendent les contrôler, imposer des orientations ou des règles de comportement – et encore moins de comportement politique, comme dans des groupes ou délégations qui doivent se réunir pour évaluer, décider, assumer des tâches, ou bien comme dans des partis ou des mouvements bien disciplinés. De telles réunions sont cependant possibles, mais jamais obligatoires pour celui qui n&#8217;est pas militant de tel ou tel mouvement. Ceux qui veulent profiter de l&#8217;opportunité pour le faire ont cette liberté, dans la mesure où ils se limitent à réunir dans cet objectif leurs propres militants.</p>
<p>Ce serait réellement dommage si cette joie qui se manifeste sur cette &#8220;place&#8221; était perdue –comme ce serait inexorablement le cas si elle cessait d&#8217;être une &#8220;place&#8221;. C&#8217;est un bonheur &#8211; le même bonheur que nous aimerions voir toujours exister dans &#8220;l&#8217;autre monde possible&#8221; – qui devient contagieux et rempli d&#8217;énergie parce qu&#8217;il est nourri par une autre découverte que permet le Forum. En effet, dans l&#8217;espace ouvert à tous par le Forum, les militants de ces différents mouvements se rencontrent et se reconnaissent mutuellement. Il ya ceux qui luttent pour les droits des femmes, des travailleurs urbains et ruraux, de l&#8217;environnement, des enfants, ceux qui recherchent de nouveaux rapports économiques au niveau des pays ou des organisations internationales, ceux qui travaillent pour la participation démocratique dans les gouvernements ou pour la valorisation de la dimension spirituelle de l&#8217;être humain, etc. S’exprime ainsi dans les forums sociaux, le bonheur de la rencontre de la grande variété des&#8221; mouvements&#8221; qui construisent le monde de demain.</p>
<p>De tels &#8220;militants&#8221; de tant de luttes – dont beaucoup étaient séparés depuis longtemps par des options idéologiques, des horizons et des modes d’organisation différents &#8211; trouvent dans le Forum une occasion inédite de se connaître et, si possible, de s&#8217;arrimer les uns aux autres pour dépasser les divisions auxquelles ils ont été poussés par les dominants. Cette rencontre est souvent, pour beaucoup, source tout d&#8217;abord de surprise, puis de joie, lorsqu&#8217;ils remarquent qu&#8217;ils sont de fait semblables et solidaires dans des luttes communes avec une multiplicité de groupes à travers le monde, jusque-là inconnus.</p>
<p>Si le Forum se transformait en un &#8220;mouvement des mouvements&#8221;, aucun de ceux-ci n&#8217;aurait la possibilité d&#8217;ouvrir cet espace et ainsi réussir à ce que tous les autres acceptent leur invitation sans conditions. La rencontre serait restreinte par la nécessité d&#8217;appartenir à une structure qui se prétendrait unificatrice, avec toutes les règles établies et acceptées par tous&#8230; S&#8217;instaurerait alors à nouveau en son sein la compétition, et avec elle la division, comme résultat d’une lutte qui aurait éventuellement lieu pour la direction et la définition des objectifs du nouveau mouvement.</p>
<p>Une dernière conséquence du caractère du Forum-Espace est le sentiment de coresponsabilité qui émane de la réalisation de ses rencontres. Le fait d&#8217;être une place sans propriétaire facilite cela, plus qu’un mouvement en particulier qui essaierait de développer ce sentiment de propriété aux dépens des autres. Dans le Forum, personne ne peut se rebeller contre personne, ni demander des comptes. Même les erreurs des organisateurs &#8211; en général nombreuses du fait de la dimension prise par ces rencontres– sont acceptées et corrigées par l&#8217;initiative et la créativité même des participants. Dans l&#8217;édition 2003 de Porto Alegre, une erreur sérieuse – qui a obligé les organisateurs à se mettre en quatre pour atténuer ses effets – aurait pu faire totalement échouer la rencontre : les programmes des activités n&#8217;ont pu être publiés que le deuxième jour de la rencontre. Les &#8220;victimes&#8221; ont cependant trouvé des moyens pour compenser eux-mêmes cette erreur logistique, et il y a même eu des initiatives externes – comme la &#8220;publication sauvage&#8221; de la programmation à partir de ce qui avait été mis à la disposition de tous sur le site Internet dans la nuit précédant l’ouverture de la rencontre.</p>
<h2>Les risques que nous courrons actuellement</h2>
<p>Conserver le FSM comme un espace signifie alors, peut-être, garantir sa plus grande richesse. En ce sens, il ne serait pas exagéré de dire que ceux qui veulent le transformer en mouvement finiront, s’ils y arrivent, par rendre un très mauvais service à la cause qui nous unit. Ils seront de fait en train d&#8217;agir contre eux mêmes et contre nous tous. Ils seront en train d&#8217;étouffer leur propre source de vie ou tout le moins de détruire un formidable instrument à leur disposition pour étendre et approfondir leur présence dans la lutte dans laquelle nous sommes tous engagés.</p>
<p>Des initiatives prises par un certain nombre de mouvements, qui s&#8217;auto-définissent solennellement comme des &#8220;mouvements sociaux&#8221;, semblent malgré tout tendre vers cette direction. Au nom de la nécessaire mobilisation populaire pour lutter contre le néolibéralisme, ils cherchent à absorber le Forum dans leur dynamique mobilisatrice, et à le mettre au service des objectifs qu&#8217;ils poursuivent.</p>
<p>Des tels mouvements savent qu&#8217;ils ne rassemblent pas tous les participants de chaque événement, même s’ils rassemblent des organisations importantes. Mais ils considèrent néanmoins que leur propre document final pourrait être assimilé et présenté comme le &#8220;document final&#8221; du Forum – puisque celui-ci n&#8217;a pas de &#8220;document final&#8221;&#8230; Une initiative de ce type &#8211; née d&#8217;ailleurs dans la place et l&#8217;incubateur qu&#8217;a été le Forum de Porto Alegre de 2001- a déjà créé de grandes tensions et malentendus. Mais les pressions se sont poursuivies pour que cela se reproduise dans d&#8217;autres rencontres, quoique de façon moins désinvolte. Et c&#8217;est de peu que ces tentatives n&#8217;ont pas annulé les effets mobilisateurs et articulateurs que la &#8220;Murale des Propositions d&#8217;Action&#8221; prétend avoir.</p>
<p>Ces derniers temps, la &#8220;coordination&#8221; de ces mouvements va encore plus loin. En participant aux Comités d&#8217;Organisation des rencontres, ils nous poussent à inclure, le dernier jour de la programmation de ces rencontres, l&#8217;assemblée des mouvements sociaux qu&#8217;ils réalisent habituellement à la fin des Forums. Cette assemblée, nécessairement partielle, endosse cependant l&#8217;image – tout au moins dans les médias &#8211; d&#8217;une assemblée conclusive du Forum conçu comme un tout. Or, si cette formule est adoptée, elle créera en réalité une nouvelle tension : le fait que chacun devra amener ou faire parvenir à cette assemblée le résultat de l&#8217;activité à laquelle il a participé, pour s&#8217;assurer que ce résultat sera pris en compte par ceux qui, à partir de là, &#8220;coordonneront&#8221; leur réalisation, comme dans un bon mouvement bien organisé. En créant un effet d&#8217;entonnoir du Forum vers l&#8217;assemblée qu&#8217;ils organisent – et qui ne pourra jamais rassembler tous ceux qui viennent au Forum &#8211; cette assemblée sera amenée de fait à ignorer ou à ne pas respecter les autres propositions d&#8217;action formulées dans le cadre du forum mais qui n’auraient pas été acheminées jusqu’à cette assemblée. De plus, l’impérative présence à cette assemblée de clôture créera la nécessité de désigner des &#8220;représentants&#8221;, qui transformeront le Forum en cette éternelle pyramide, perdant par le fait même la joie de la &#8220;place&#8221; horizontale.</p>
<p>En réalité, de mon point de vue, le grand défi qui se pose pour la continuité du processus du Forum et pour qu&#8217;il réalise de plus en plus pleinement sa vocation d&#8217;incubateur de mouvements et initiatives, est de multiplier à travers le monde de tels &#8220;espaces&#8221; – réellement ouverts et libres, sans resserrements autour de propositions spécifiques. En espérant que personne, même par inadvertance, ne contribue à un processus de fermeture du Forum, qui peut aller jusqu&#8217;à sa disparition comme espace ouvert.</p>
<p>Tout ceci repose cependant sur un choix à faire. Les individus et organisations qui préparent les rencontres à venir, dans le processus du Forum Social Mondial, et les membres de son actuel Conseil International, peuvent décider d&#8217;adopter une orientation du type de celle préconisée par les nommés &#8220;mouvements sociaux.&#8221; Rien ne peut les en empêcher. C&#8217;est un choix. Chacun des participants du processus du Forum décidera alors de poursuivre ou non son implication, du fait même que le Forum n&#8217;est pas encore un mouvement et qu&#8217;il ne s’est pas doté de règles d&#8217;appartenance ou de respect des décisions majoritaires, même si celles-ci seraient prises de façon démocratique. Ce que nous ne pouvons pas faire, c’est de ne pas débattre clairement et franchement de cette question, pour prendre pleinement conscience des conséquences de nos décisions.</p>
<h2>Activités auto-organisées versus programme des organisateurs</h2>
<p>Cette discussion est d&#8217;autant plus nécessaire que, au-delà de la pression exercée par certains participants pour transformer le FSM en un mouvement, les organisateurs des rencontres eux-mêmes auront tendance à adopter cette dernière option s’ils maintiennent la forme d&#8217;organisation actuellement en vigueur.</p>
<p>Dans un Forum-Espace les activités auto-organisées par les participants devraient avoir la priorité effective, pour les organisateurs des rencontres, puisque c&#8217;est là que le FSM fonctionne clairement en tant qu&#8217;espace. Ce qui s&#8217;observe, cependant, c&#8217;est la survalorisation des activités programmées par les organisateurs (grandes conférences et tables-rondes de personnalités), au détriment des ateliers et séminaires programmés par les participants eux-mêmes<a href="#_ftn3">[3]</a>. Ces activités, qui constituent l&#8217;essentiel d&#8217;un Forum-Espace, sont traitées presque avec dédain. Elles paraissent plutôt secondaires, de moindre prestige et importance, comme si elles étaient un poids que les organisateurs étaient obligés de supporter du fait que cette façon d&#8217;organiser les rencontres a été inventée au Forum de Porto Alegre en 2001.</p>
<p>De fait, le choix des thèmes et des intervenants pour les conférences et les tables rondes ont toujours occupé l&#8217;essentiel du temps des organisateurs, dans tous les Forums qui se sont réalisés. Ceci s&#8217;est également passé avec le Conseil International : les réunions de Bangkok et de Florence ont consacré une grande partie de leur programme de travail à ce type de décision, pour préparer le Forum de Porto Alegre de 2003. Cela a même nécessité de longues réunions hors des horaires officiels du Conseil et il y a même eu une réunion spéciale, au Brésil, entre les rencontres de Bangkok et de Florence, du nouveau groupe de travail qui a été rendu nécessaire – celui des &#8220;coordinateurs des axes thématiques&#8221; &#8211; avec tous les frais de voyage que de telles réunions impliquent. En réalité, les thèmes et conférenciers finissent par avoir un rôle de &#8220;vitrine&#8221; du Forum, ou de démonstration publique et visible de ce qui s&#8217;y traite et s&#8217;y discute, et cela doit alors être organisé avec soin, pour que les positions et propositions soient le plus claires possibles. Comme cela se passe d&#8217;ailleurs avec le Forum économique mondial de Davos qui ne prévoit pas d&#8217;activités auto-organisées et qui doit choisir avec soin, à chaque conjoncture, le thème central de ses événements&#8230;</p>
<p>Pendant ce temps, la préparation de la partie des rencontres programmées par les participants – qui est une caractéristique essentielle qui donne toute leur originalité aux forums sociaux – suit une logique purement administrative, presque bureaucratique : on fixe une date limite pour l&#8217;inscription des ateliers et séminaires, on vérifie ensuite quels sont ceux qui ne peuvent être acceptés, sur la base de la Charte de Principes (selon une analyse qui finit par être insuffisante, du fait des courts délais, et qui se résume à refuser l&#8217;inscription d’activités émanant de partis politiques ou d’organisations armées qui se déclarent explicitement comme telles&#8230;). Cela conduit alors à un travail également administratif, de distribution des dates et des lieux pour ces activités, et d&#8217;impression d&#8217;un &#8220;catalogue&#8221; (le programme du forum) avec le nom des activités et de ses proposants, des dates et des lieux où elles se réaliseront &#8211; presque toujours accompagné, d&#8217;ailleurs, des naturelles errata auxquelles tous les participants n&#8217;ont pas toujours accès, à cause des inévitables changements de dernière minute.</p>
<p>Comme, en revanche, ces activités ont tendance à être de plus en plus nombreuses, seules les plus favorisées se réalisent dans les lieux centraux de la rencontre, et les autres sont distribuées de la meilleure manière possible, dans le reste de l&#8217;espace disponible &#8211; quelquefois en différents lieux des villes où se tiennent les forums, souvent d&#8217;accès difficile. Pour compléter ces conditions peu propices, le &#8220;catalogue&#8221; des ateliers et séminaires finit par être distribué lors de la première journée de la rencontre, &#8211; ou même plus tard, comme cela s&#8217;est malheureusement passé en 2003 à Porto Alegre. Le résultat de tout cela est que seuls les organisateurs et les participants qu&#8217;ils ont eux même invités, ainsi que les participants qui ont réussi à identifier à temps les activités qui les intéressaient, ont tendance à participer aux ateliers et séminaires auto-organisés.</p>
<p>Le tableau est encore plus sombre lorsque les organisateurs du forum réussissent à faire venir des personnalités de renom pour les grandes conférences et tables rondes qu’ils prennent en charge, et surtout quand ces activités sont prévues dans les mêmes plages horaires que les ateliers et séminaires auto-organisés, comme cela s&#8217;est passé à Porto Alegre en 2003. Les grandes conférences finissent par attirer la grande majorité des participants, laissant les activités auto-organisées à ceux qui tiennent vraiment à y participer. Dans cette perspective, la fonction même des grandes conférences et tables rondes au sein de l&#8217;événement devrait être réexaminée.</p>
<p>Plusieurs mesures pourraient être prises pour éviter que tout cela ne se passe. Par exemple, la date limite pour l&#8217;inscription des ateliers et séminaires pourrait être fixée à une date bien antérieure à celle du début de la rencontre – au moins deux mois pour les grands Forums. Cela permettrait de diffuser les propositions par Internet avec suffisamment de temps pour que des contacts s&#8217;établissent avant les ateliers, pour penser une organisation des lieux et de l&#8217;espace qui faciliterait ces contacts, et pour permettre une meilleure préparation par les participants eux-mêmes, qui viendraient au Forum en sachant déjà à quelles activités ils veulent participer.</p>
<p>Une deuxième &#8211; mais peut-être aussi importante &#8211; mesure à prendre concerne les lieux des activités auto-organisées. Celles-ci devraient se réaliser dans l&#8217;espace central de la rencontre, dans la &#8220;place&#8221; principale, avec la meilleure infrastructure possible, avec des accès faciles et bien diffusés. De plus, le temps qui leur serait réservé ne devrait pas enter en concurrence avec les évènements destinés au grand public – comme cela s&#8217;est passé à Porto Alegre 2003, et qui donne raison à ceux qui disent que les &#8220;grandes stars&#8221; ont usurpé le Forum.</p>
<p>Donner la priorité aux activités auto-organisées – qui traduit dans la pratique de l&#8217;organisation logistique de la rencontre l&#8217;option d’un Forum-Espace et non pas celle d’un Forum-Mouvement &#8211; serait sans doute beaucoup plus favorable à l&#8217;accomplissement des objectifs du Forum Social Mondial, tels que formulés dans sa Charte de Principes et rappelés au début de ce texte : permettre au plus grand nombre de personnes, organisations et mouvements qui s&#8217;opposent au néolibéralisme de se rencontrer librement, apprendre des expériences et des luttes de chacun, débattre de propositions d&#8217;action et, enfin, s&#8217;articuler en de nouveaux réseaux et organisations dans l&#8217;objectif de dépasser l&#8217;actuel processus de globalisation dominé par les grandes corporations multinationales et les intérêts financiers. Parce que c&#8217;est, de fait, dans les ateliers et séminaires auto-organisés par les participants que cela peut se passer, et non pas dans les grandes conférences où le public écoute passivement ce que de respectables orateurs ont à leur dire, ne pouvant au maximum, et dans le meilleur des cas, que leur poser quelques questions.</p>
<h2>Les Comités organisateurs : facilitateurs ou direction d&#8217;un mouvement?</h2>
<p>La discussion sur l&#8217;option espace ou mouvement est également importante parce que le fait de transformer le Forum en mouvement peut avoir des effets négatifs pour la continuité même du processus, en ouvrant la porte aux rivalités de pouvoir qui peuvent le fragiliser et même le détruire de l&#8217;intérieur. La Charte de Principes du FSM établit que celui ci n&#8217;est pas un espace de lutte de pouvoir, et son caractère d&#8217;espace horizontal et ouvert a &#8211; jusqu&#8217;à maintenant &#8211; permis que cela ne se soit effectivement pas passé au cours de ses différentes rencontres. Mais la préparation de ces rencontres n&#8217;est pas immunisée contre ce possible danger.</p>
<p>Dans la mesure où le Forum serait vu comme un mouvement &#8211; ce qui implique qu&#8217;il doit avoir une &#8220;direction politique&#8221; – la présence dans les Comités d&#8217;Organisation<a href="#_ftn4">[4]</a> deviendrait une nécessité stratégique pour les forces politiques qui y participent, dans la perspective d&#8217;exercer une influence sur le cours des décisions. Ainsi, se créent des tensions entre ceux qui, dans un certain sens, ont déjà pris &#8220;le pouvoir&#8221; et ceux qui se sentent &#8220;exclus&#8221; ou simplement qui tentent d’entrer dans ce cercle fermé pour participer à ce nouveau &#8220;directoire&#8221;.</p>
<p>Il y a même ceux qui considèrent qu&#8217;il est nécessaire d&#8217;avoir une telle lutte de pouvoir à l&#8217;intérieur du Comité brésilien d&#8217;Organisation lui-même – actuellement Secrétariat du processus du FSM<a href="#_ftn5">[5]</a> – et du Conseil International<a href="#_ftn6">[6]</a>. On commence même à dire que la composition du Comité brésilien ne lui confère aucune représentativité, parce qu’elle ne reflète pas une participation proportionnelle de toutes les forces ou courants politiques qui devraient être présents dans la direction du processus du Forum. Pareillement, il est suggéré que le Conseil International soit &#8220;dirigé&#8221; par quelques personnes et réduit à un noyau de &#8220;représentants&#8221; des autres.</p>
<p>Ces propositions auraient leur raison d&#8217;être si le Forum était un mouvement, mais elles ne sont pas appropriées à un Forum-Espace, à une &#8220;place&#8221; qui, comme nous l’avons déjà mentionné, n&#8217;a pas de &#8220;direction politique&#8221; représentative. Le Forum-Espace requiert avant tout des personnes et des entités disposées à rendre le service de créer cette &#8220;place publique&#8221;, sans interférence sur le contenu qui y sera discuté et encore moins sur la liberté qui doit être garantie aux activités des participants. En d&#8217;autres termes, le Comité d&#8217;organisation du Forum-Espace doit pouvoir compter sur des personnes et des organisations disposées à consacrer leur temps et leurs ressources pour permettre et faciliter la rencontre et l&#8217;articulation de tous ceux qui sont engagés dans la lutte pour &#8220;un autre monde.&#8221;<strong> </strong></p>
<p>Il paraît recommandable que la composition des Comités d&#8217;Organisation des Forum-Espaces comporte une pluralité qui assure le respect de la diversité dans les rencontres. Mais il n&#8217;est pas nécessaire d&#8217;avoir la diversité et le poids proportionnel des organisations et mouvements qui participeront à ces rencontres, parce que ces organisations et mouvements ne viendront pas au Forum pour recevoir des directives. Ainsi, plus que la diversité dans la composition du Comité d’Organisation, ce qui est important c’est la crédibilité des personnes et des organisations qui le composent. Ils doivent pouvoir inviter tous les autres sans qu&#8217;il n’y ait de doute sur le réel intérêt de cette invitation, ni que les &#8220;invités&#8221; puissent ressentir la peur d&#8217;être utilisés, par ceux qui les invitent, pour la réalisation de leurs propres objectifs – comme cela peut se passer lorsque des partis politiques décident d&#8217;assumer &#8220;généreusement&#8221; l&#8217;appui au processus.</p>
<p>Dans cette perspective du Forum-Espace, le concept qui s&#8217;appliquerait le mieux pour définir aussi bien les Comités d&#8217;Organisation des différentes forums sociaux que le Conseil International, serait celui de &#8220;groupe facilitateur&#8221;. Les facilitateurs ne dirigent pas. Ils ne font que fournir les conditions favorables pour que les mouvements qui existent ou viendraient à se former puissent avancer dans leurs luttes. Pour créer des incubateurs de mouvements et d&#8217;engagements, pour construire des &#8220;places publiques&#8221; et des &#8220;fabriques à idées&#8221;. Ils n&#8217;ont pas besoin de s&#8217;affronter dans la discussion sur les alternatives pour changer le monde, ni d&#8217;essayer d&#8217;imposer des idées et des propositions. Ce qu&#8217;ils doivent faire, c&#8217;est de veiller, dans la perspective commune qu&#8217;ils ont adoptée, à ce que chaque rencontre qu&#8217;ils organisent remplisse les objectifs pour lesquels le Forum a été créé. Ils doivent choisir et rendre opérationnelles, en fonction des conjonctures politiques de chaque moment, les meilleurs alternatives pour organiser le temps et l&#8217;espace qui sera mis à la disposition de ceux qui doivent et veulent venir sur la &#8220;place publique&#8221; pour débattre de ces alternatives, présenter des propositions d&#8217;action et s&#8217;associer pour les réaliser.</p>
<p>Naturellement, d&#8217;autres instances d&#8217;évaluation et de proposition sur le processus du Forum, au-delà des Comités d&#8217;Organisation des rencontres &#8211; comités élargis, conseils, assemblées &#8211; peuvent contribuer à augmenter l&#8217;effet du processus, s’ils arrivent à incorporer une variété et une représentativité toujours plus grande de mouvements et organisations engagées dans la construction d&#8217;un &#8220;autre monde.&#8221; Mais, dans une optique de Forum-Espace, de telles instances – tout comme les Comités d&#8217;Organisation – ne peuvent prétendre prendre la direction de tels mouvements et organisations, mais seulement endosser et appuyer la création d&#8217;encore plus d&#8217;espaces-forum.</p>
<p>Une telle perspective, dans le travail d&#8217;organisation, est plus difficilement adoptée parce qu&#8217;elle est bien moins &#8220;héroïque&#8221; que l&#8217;exercice de leaderships directement politiques, comme le permettrait l&#8217;option Forum-Mouvement. L&#8217;adoption de cette option de &#8220;facilitateur&#8221; amènerait peut-être même à une baisse d&#8217;intérêt dans la participation à l&#8217;organisation des rencontres. Il serait en effet dans ce cas plus important de réserver des forces et des ressources pour augmenter les adhésions et les articulations durant la rencontre&#8230;&#8230;</p>
<p>Mais si, à la période à laquelle nous vivons, il est utile et nécessaire de rompre les barrières entre différents types et secteurs d&#8217;engagement, de déployer dans le monde entier des articulations dans la lutte contre le néolibéralisme, de les amplifier et de les fortifier, d&#8217;aider à la naissance de plus en plus de mouvements, réseaux et initiatives de lutte, d&#8217;approfondir le débat sur les propositions et avenues pour vaincre la domination du capital, alors nous pouvons être certains que le service à rendre par la multiplication des espaces-forum est inestimable, irremplaçable et extrêmement méritoire, dans la lutte pour notre cause commune.</p>
<p><strong>Chico Whitaker</strong> est membre, depuis l’origine, du Comité d’organisation du Forum social mondial (devenu le Secrétariat international du FSM, basé à Sao Paulo – Brésil). Par ailleurs, en tant que représentant de la Commission brésilienne Justice et Paix (CBJP), organisme de la Conférence nationale des Évêques du Brésil, il siège au Conseil International du FSM. Militant de la première heure pour les droits humains et sociaux, il a vécu 15 années d’exil durant le régime de la dictature. Auteur de l’ouvrage <em>Changer le monde : nouveau mode d’emploi</em> (Paris, Éditions de l’Atelier, 2006), il n’a de cesse de promouvoir publiquement cette innovation sociale et politique que constitue le Forum social mondial. En 2006, Chico Whitaker a reçu le <em>Right Livelihood Award</em>, considéré comme le Prix Nobel Alternatif, remis par une fondation suédoise afin de soutenir des personnes de bonne foi qui poursuivent des activités dans le respect de leur prochain et de la nature.</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> Note de la rédaction (NDLR) : Ce texte a été rédigé en mars 2003, suite à la tenue des trois premiers Forums sociaux mondiaux au Brésil. Il a une valeur historique puisqu’il a lancé le débat sur l’option Espace ou Mouvement du FSM dans la mouvance altermondialiste.</p>
<p><a href="#_ftnref2">[2]</a> Note de la traduction (NT) : Ce texte distingue la notion de Forum en tant que processus, de la notion de Forum en tant que moments de rencontre privilégiés au cours de ce processus. Ces moments de rencontre (tel le FSM de janvier 2003 à Porto Alegre, ou encore celui de janvier 2007 à Nairobi) sont appelés en portugais &#8220;eventos do Forum&#8221;. Nous les avons traduits par le terme &#8220;rencontres du Forum&#8221;.</p>
<p><a href="#_ftnref3">[3]</a> (NDLR) : Le problème ici soulevé, très pertinent pour le FSM en 2003, a cependant été dépassé depuis. Les organisateurs des forums sociaux mondiaux ont opté pour l’option privilégiée ici par Chico Whitaker, puisque désormais les grandes conférences se sont pratiquement effacées du programme des FSM pour laisser une place plus centrale aux activités auto-organisées. Cette question demeure cependant d’une grande pertinence pour les comités d’organisations de forums sociaux  régionaux ou locaux, plus jeunes, qui devront faire face à cette question dans leur processus organisationnel.</p>
<p><a href="#_ftnref4">[4]</a> (NDLR) : Les Comités d’Organisation désigne les collectifs mis en place afin de prendre concrètement en charge localement l’organisation de chacune des éditions du Forum social mondial. Par exemple, lors de l’édition 2004 du FSM à Mumbai, un Comité d’organisation indien avait été mis sur pied. Même chose en 2007 lors du FSM de Nairobi, et ainsi de suite.</p>
<p><a href="#_ftnref5">[5]</a> (NDLR) : Le secrétariat international du FSM a pour principale tâche d’assurer une permanence du processus des forums sociaux et des réunions du Conseil International du FSM. Il a son bureau au Brésil, à Sao Paulo, et gère notamment le site Internet du FSM. Il est issu du premier Comité d’Organisation du FSM, collectif de huit organisations principalement brésiliennes, dont celle de Chico Whitaker, qui avaient organisées le premier Forum social mondial en 2001 à Porto Alegre.</p>
<p><a href="#_ftnref6">[6]</a> (NDLR) : Le Conseil International du FSM, qui regroupe actuellement près de 160 organisations de la société civile et des mouvements sociaux globaux, apparaît comme l’instance politique du processus des Forums. Composé de différentes commission et groupes de travail, c’est là que se décide où doivent avoir lieu les prochains FSM, mais aussi de l’avenir général du processus des Forums sociaux.</p>
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		<title>Altermondialisme, mouvements sociaux et Forum social mondial :  Défis, contradictions, perspectives &#8211; Par Pierre Beaudet</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 13:49:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>raphael canet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Défis dans la construction de l'autre monde]]></category>
		<category><![CDATA[altermondialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Amérique Latine]]></category>
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		<description><![CDATA[Le Forum social mondial (FSM) a été un processus ambitieux qui a réellement marqué l’évolution des mouvements populaires dans plusieurs régions du monde ces dernières années. Depuis 2001, des avancées spectaculaires ont permis au FSM de construire un réel espace de réflexion et de dialogue, impliquant des centaines de milliers d’organisations, en ouvrant toutes sortes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le Forum social mondial (FSM) a été un processus ambitieux qui a réellement marqué l’évolution des mouvements populaires dans plusieurs régions du monde ces dernières années. Depuis 2001, des avancées spectaculaires ont permis au FSM de construire un réel espace de réflexion et de dialogue, impliquant des centaines de milliers d’organisations, en ouvrant toutes sortes de perspectives. Parallèlement, le processus du FSM a facilité la mise en place de mécanismes de coordination entre plusieurs secteurs du mouvement populaire. Bref tout cela représente un indéniable succès. Pour autant il importe aujourd’hui de réévaluer la situation à la lumière non seulement des perspectives et des contraintes des mouvements populaires, mais aussi, dans le contexte de la crise actuelle du capitalisme ou, devrait-on dire, la «crise des crises» qui change les données d’une manière assez radicale.</p>
<p><strong>Quelques notes sur la «crise des crises»</strong></p>
<p>Plusieurs  travaux ont récemment abordé la «crise des crises», notamment ceux de Samir Amin, François Houtart, Walden Bello, Robert Brenner, Michel Husson et de plusieurs autres. Loin d’être une «simple» crise financière, la tempête actuelle est une  crise «d’accumulation», reflétant l’épuisement d’un «modèle» mis en place depuis trente ans (le néolibéralisme). La crise est également un reflet de la compétition en cours (contradictions inter-impérialistes), entre un empire déclinant (les États-Unis) et l’émergence de nouveaux pôles capitalistes, encore trop ambigus pour s’imposer (Union européenne, Chine, notamment). Face à cela, les dominants tentent de reprendre l’initiative contre les dominés, en leur faisant accepter (hégémonie), ou en leur imposant (coercition) une «sortie de crise» qui permettrait la relance de l’accumulation. De toute évidence, ce processus sera laborieux, difficile, complexe.</p>
<p><em>Quels modèles de «sortie de crise» ?</em></p>
<p>Le capitalisme sous sa forme néolibérale a permis une formidable relance de l’accumulation capitaliste depuis les années 1980. La financiarisation, le démantèlement partiel du filet de sécurité sociale, la délocalisation des segments à forte intensité de main d’œuvre vers les nouveaux «ateliers» du monde ont permis une formidable explosion de l’accumulation. Aussi devant la crise actuelle, le réflexe des dominants est de «réparer» ce mode en en éliminant les travers les plus criants. Dans leur optique (comme on l’a constaté au sommet du G-20 à Londres en avril dernier), il s’agit d’une nouvelle «régulation» qui devrait permettre de «nettoyer» les institutions financières (qui ont l’ascendant dans le modèle actuel). Bref, d’éliminer les actifs «toxiques» et les pratiques «prédatrices». Ce nettoyage devra être toutefois financé par les classes populaires, immédiatement (hausses de taxes et coupures de services) et à long terme (la dette), ce faisant, en érodant encore davantage ce qui reste du modèle keynésien. Le «laboratoire» de cette opération est évidemment dans l’épicentre du système, soit aux États-Unis, où le gouvernement fédéral vise à refinancer les banques tout en imposant aux classes moyennes et populaires de sombres coupures dans leurs conditions de vie et de travail, présentées comme le seul moyen de sauver leur emploi.</p>
<p><em>Rivalités inter-impérialistes</em></p>
<p>Les dominants en Chine, dans les pays émergents et dans plusieurs pays de l’Union européenne, ne sont pas tout à fait d’accord avec cette sortie de crise qui permettrait aux États-Unis de perpétuer leur domination (notamment via leurs institutions financières et le maintien du dollar américain comme monnaie de référence mondiale), et ce, sans procéder aux «réformes» qu’ils ont eux-mêmes imposées au reste du monde durant les années 1980-90 (l’ajustement structurel). Le non-consensus au sein des dominants porte donc sur la stratégie de sortie de crise, mais aussi sur le leadership et la cohérence de l’ensemble du système maintenue depuis 1945 sous l’égide des États-Unis. L’Union européenne voudrait imposer aux États-Unis de financer leur propre crise (via une dévaluation sans précédent de leurs actifs et des revenus), au lieu de la «déverser» sur les autres États à qui on demande de «faire leur part» en s’endettant et en participant au sauvetage de l’économie états-unienne. L’Europe et les pays émergents voudraient également établir une autre architecture mondiale (réforme du FMI et de la Banque mondiale), consolider de forts «blocs régionaux» semi-autonomes (en commençant par l’UE) et revitaliser l’ONU, notamment pour le maintien de la «paix» (c’est-à-dire la «pacification» des peuples récalcitrants). En bref, accentuer le virage néolibéral quitte à lui trouver des formes «accommodantes», social-libérales.</p>
<p><em>La guerre« sans fin» reconfigurée</em></p>
<p>Devant cette impasse, les dominants états-uniens disposent, avec leur indéniable supériorité militaire, d’une carte-maîtresse. C’est le résultat des énormes investissements consentis depuis la fin de la guerre froide, qui ont culminé avant même l’arrivée de George W. Bush au pouvoir (la stratégie dite du «full spectrum dominance»). En clair, il s’agit d’assurer, non seulement la domination états-unienne actuelle, mais l’écrasement des compétiteurs «potentiels». Sous la présidence Bush, cette guerre «sans fin», «préventive», «unilatérale» a été portée à son paroxysme, suscitant de graves errements tactiques et des échecs retentissants. Mais aujourd’hui avec Obama, on envisage («realpolitique»), de perpétuer la guerre sans fin sous d’autres formes. La «réorganisation» en cours de l’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak, l’encerclement progressif de la Russie (en évitant des confrontations inutiles comme en Géorgie l’été passé), la multilatéralisation de cette guerre (avec l’OTAN au centre), sont autant d’efforts consentis pour remettre l’Empire sur les rails et de facto, assurer l’hégémonie états-unienne sur la «triade» et sur une grande partie du reste du monde. Pour arriver jusque-là, les États-Unis misent sur le fait que les dominants européens  (et japonais) ont traditionnellement accepté, parfois avec réticence, cette subordination<a href="#_ftn1">[1]</a>. Ainsi pourrait se structurer la «nouvelle» guerre du vingtième-et-unième siècle, contre la Russie, éventuellement contre la Chine, en passant par des confrontations avec de nombreux États «récalcitrants» (le Venezuela, l’Iran, la Corée du nord, etc.). Cette relance de la guerre sans fin ne se fait pas sans la mise de l’avant de nouvelles tactiques et approches et n’exclut pas des négociations partielles, par à coup, comme on le voit avec Obama sur l’Iran par exemple. Mais la substance demeure la même : assurer la subordination des États, petits et grands, aux impératifs de l’Empire.</p>
<p><strong>Les mouvements populaires confrontés</strong></p>
<p>Regardons maintenant l’autre versant de la lutte. Depuis la moitié des années 1990, principalement en Europe et en Amérique du Sud, les dominants ont contesté le «modèle» néolibéral. Ils ont réussi à mener et même à gagner, jusqu’à un certain point, la «bataille des idées», sans toutefois réussir (à part quelques exceptions) à déraciner le néolibéralisme qui s’est redéployé sous de nouvelles formes, tout en poursuivant son labeur de déstructuration/restructuration du capitalisme et des luttes de classes.</p>
<p><em>Un autre monde possible et/ou nécessaire</em></p>
<p>Cette effervescence a pris la forme de nouvelles coalitions impliquant des mouvements sociaux «anciens» (syndicalisme) et «nouveaux» (paysans, écologistes, jeunes). Celles-ci se sont déployées comme autant de contre-pouvoirs, en capilarisant leurs structures (les réseaux). De tout cela ont émergé de vastes alliances ou «alliances d’alliances» qui ont alors débouché sur des «réseaux de réseaux» à l’échelle internationale, dont le plus important est le FSM. Ces nouvelles configurations sociales politisées se sont jetées dans un nombre incalculable de batailles, de manœuvres défensives, de blocages, en refusant souvent (mais pas toujours) de se subordonner à des agendas politiques. Par contre elles se sont déployées en force d’appui électoral aux projets de centre-gauche, dans le sillon d’une social-démocratie profondément transformée (le social-libéralisme).</p>
<p><em>L’irruption des subalternes</em></p>
<p>Contrairement aux expériences précédentes de coalitions «de gauche», les alliances des dernières années, agissant sous la forme de réseaux, ont permis de renforcer l’autonomie des mouvements, notamment de ceux qui ont été mis en place par les classes et groupes subalternes (piqueteros-chômeurs, autochtones, paysans sans-terre, dalits). L’horizontalité, l’action «positive» en faveur de ceux qui sont généralement marginalisés dans les mouvements (Femmes, jeunes, immigrants, autochtones, paysans), l’élaboration de nouveaux mécanismes de coordination et d’information ont été les outils de cette élaboration. Et ainsi, dans ce contexte, les réseaux ont acquis une importance inédite, non seulement comme vecteurs de la mobilisation populaire, mais également comme porteurs d’une autre utopie qu’ils n’ont pu cependant par encore réussi à définir clairement. Le résultat est un ensemble de contradictions de forte intensité où les classes populaires ne capitulent pas, continuent leurs mobilisations et leurs avancées, tout en étant confrontées au fait qu’elles n’ont pas la capacité de construire un projet contre-hégémonique.</p>
<p><em>Le «laboratoire» latino américain</em></p>
<p>Tout cela s’articule de manière profonde et spectaculaire en Amérique du Sud. De puissantes insurrections de masse ont renversé non seulement des régimes, mais des systèmes mis en place par le capitalisme mondialisé (Argentine, Bolivie, Équateur, Venezuela). Ailleurs, sans réussir à vaincre, ces insurrections se sont imposées sur des espaces transversaux (géographiquement et/ou socialement). Dans la majorité des cas, les mouvements ont imposé un déplacement du mode de gouvernance de façon à élargir leurs positions. Maintenant confrontés à ces partis dits de «centre-gauche» (social-libéralisme), ils réussissent à maintenir un niveau assez élevé de mobilisation, voire à disloquer les réseaux et les organisations des dominants (comme en Bolivie ou au Venezuela). Ils internationalisent ou au moins régionalisent leurs luttes. Par ailleurs, les mouvements subissent de fortes tensions qui traversent les classes populaires, et les ramènent devant leurs propres contradictions, hésitations et bifurcations.</p>
<p><em>La guerre de position</em></p>
<p>Gramsci nous disait que dans la crise, lorsque le vieux tarde à disparaître et que le nouveau hésite à venir, la société est atteinte de syndromes morbides. De très graves cassures apparaissent en laissant percevoir la capacité destructive des dominants. Ces capacités peuvent être «transférées», si on peut dire, chez les dominés. «Pauvres contre pauvres», «tout le monde contre tout le monde», et voilà le monde facilement replongé dans l’ethnicisme, la barbarie, le génocide. De la lutte de classes à la guerre raciale, le pas est vite franchi (dont les fondements sont posées dans la «guerre des civilisations»), comme on l’a vu en Europe durant une bonne partie du vingtième siècle. Pour le moment cependant, les dominés sont encore assez forts pour éviter cette dérive. Ils demeurent à la fois «retranchés» dans leurs espaces réels et virtuels. Ils hésitent entre la défensive (plus sécuritaire et plus avantageuse) et l’offensive (très risquée) et cette hésitation vient en bonne partie du fait qu’ils n’ont pas un projet contre-hégémonique.</p>
<p><strong>Le Forum social : espace dialectique et dynamique des mouvements</strong></p>
<p>Depuis 2001, un nouvel outil a été «inventé» comme passerelle et moyen d’interaction entre les mouvements populaires. Il est apparu au Brésil, non pas par hasard, mais parce qu’il est issu des avancées de longue durée marquées par les mouvements populaires de ce pays. Par la suite comme on le sait, l’initiative s’est internationalisée, tout en conservant une forte connotation brésilienne et latino-américaine.</p>
<p><em>Avancées et limites </em></p>
<p>Plusieurs travaux récents (Whitaker, Santos, Stampa, Negri) ont proposé des bilans détaillés du processus du Forum. Son élargissement (social et géographique), sa capacité d’adaptation (horizontalité, fluidité), son impact sur les mouvements sociaux et la société en général, se sont sans cesse accrus, de 2001 à 2009. Certes, les contradictions ont été et demeurent multiples : éparpillement, routinisation, bifurcations régionales menant à des impasses, etc. En gros et sur le fond, le FSM a été profondément modelé par les avancées et les limites des mouvements dans les espaces où il a été mis en place, tout en ayant sur ces mouvements une influence certaine. Cause et conséquence à la fois de processus plus larges, le FSM reflète bien la principale ligne de fracture du mouvement social, entre sa capacité de résistance d’une part, et ses limites à formuler un projet contre hégémonique global et cohérent, d’autre part.</p>
<p><em>La bataille des idées</em></p>
<p>En gros, le FSM a été assez efficace dans la grande bataille des idées, dans la délégitimation de la «pensée unique» exprimée par les secteurs les plus arrogants du néolibéralisme. Cette bataille s’est faite en faisant converger les perspectives radicales des luttes anticapitalistes et anti-impérialistes de mouvements de masse comme le MST, avec les projections néokeynésiennes de réseaux comme ATTAC. Elle s’est également déroulée en faisant appel à un vaste aréopage d’intellectuels plus ou moins «organiques», de Chomsky à Stedile en passant par Stiglitz et le <em>Monde diplomatique</em>. Elle s’est répercutée sur diverses sociétés, via non seulement les mobilisations, mais aussi par les médias «alternatifs» (notamment électroniques). Elle a pris la forme d’une critique sévère des diverses dimensions de la mondialisation néolibérale, critique aujourd’hui validée par la crise. Elle s’est également aventurée, quoique modestement, sur le terrain des alternatives économiques, sociales, écologiques, revitalisant et modernisant le concept du bien commun. Enfin cette bataille des idées a brisé un certain nombre de tabous plus ou moins paradigmatiques en facilitant une nouvelle «sociologie des émergences» (Santos) dans les territoires traditionnellement non explorés de l’identité, des «valeurs», de l’utopie.</p>
<p><em>Les défis </em></p>
<p>Huit ans plus tard, le FSM continue d’évoluer, d’autant plus que son horizontalité et son ancrage large lui permettent d’éviter la rigidification. Toutefois, on le constate depuis 2006 notamment, il rencontre de nouveaux défis. Le premier défi est sans doute la «banalisation» ou la ritualisation du FSM, comme un «évènement» qu’il «faut» organiser, et non comme un processus vivant et changeant. Cette routinisation guette toujours non seulement les mouvements sociaux, mais aussi les initiatives de réseautage (on pense aux Internationales du siècle précédent). Elle relève de plusieurs facteurs dont les limites des mouvements sociaux à continuer dans l’innovation et la résistance. Il y a également le poids des «appareils» et de leur sociologie bureaucratisante, normalisante, tendant à reproduire au lieu de créer, ce qu’on constate dans les grandes organisations syndicales et certains ONG notamment.</p>
<p><em>De nouveaux paradigmes organisationnels</em></p>
<p>Le FSM et les mouvements qui en sont à la base sont, à un autre niveau, confrontés à leurs propres limites, d’où la tendance (sociologique et idéologique) à penser ou à espérer des «raccourcis», qui sont mis à l’agenda par des organisations, des personnalités, des réseaux charismatiques, souvent populistes (mais pas toujours) et qui se proposent comme les «organisateurs» de la mobilisation populaire et de la transformation sociale. Le fait est que la question de l’organisation est posée, notamment face au pouvoir, qu’on veuille le transformer, le capturer ou le marginaliser. Mais jusqu’à un certain point, l’innovation sociale des dernières décennies, y compris celle du FSM, secondarise (sans l’éliminer totalement) le concept de l’organisation-miracle, du chef-miracle, du moment «cataclysmique» de la «prise du pouvoir». Restent à aller plus loin que ce qui a été réalisé ces dernières années et à imaginer (comme on le voit aujourd’hui en Bolivie) une nouvelle configuration des mouvements par rapport au politique. Ce qui passe par au moins deux contradictions. Celle de l’autonomie d’une part, moment incontournable de l’affirmation des classes subalternes. Celle de la convergence d’autre part, par laquelle ces classes et leurs mouvement identifient les points d’intersection stratégiquement indispensables et tactiquement réalisables.</p>
<p><strong>Les dix prochaines années</strong></p>
<p>Construire le mouvement populaire reste au centre de l’attention de tous ceux et celles qui luttent pour un autre monde, y compris et à commencer par le FSM. Il n’y a ni raccourci ni substitut. Et le travail est franchement à peine entamé, compte tenu de nombreux facteurs. Le fait est que dans notre monde néolibéralisé, la vaste majorité des couches populaires demeure inorganisée, dans la dislocation du monde du travail traditionnel, la bidonvillisation et la déstructuration du monde rural. Et à côté de cette masse, ici et là, des embryons de nouvelles formes organisationnelles surgissent : elles doivent être renforcées, protégées, appuyées.</p>
<p><em>Le projet contre hégémonique</em></p>
<p>C’est dans ce bouillonnement qu’apparait l’ébauche du projet contre-hégémonique. Il surgit dans les initiatives de résistance et de blocage, le refus (<em>Que se vayan todos</em>), la capacité de jeter de (gros) grains de sable dans l’engrenage des puissants. Des grèves surgissent des occupations d’entreprises et de ces occupations s’élaborent de nouvelles gouvernances, encore très locales, mais porteuses. Il surgit dans le laborieux travail des convergences, qu’on voit à l’œuvre en Bolivie ou au Népal, où les classes populaires dans toute leur diversité et leurs contradictions négocient entre elles l’étroit chemin entre la capitulation et l’aventure.</p>
<p><em>Échec à la guerre</em></p>
<p>Ce contre projet n’a pas d’avenir si il ne réussit pas à déjouer l’adversaire dont la stratégie est basée sur la militarisation du monde et l’enchaînement des classes populaires aux projets barbares (guerre de civilisation) à connotation ethnique et raciste. Ce n’est pas évident pour tout le monde, mais dans ce contexte, la bataille de Gaza, de Bagdad ou de Kaboul n’est pas un «évènement» lointain et malheureux où on se solidarise avec l’«autre», mais un terrain de confrontation immédiat et percutant pour tout le monde, y compris à Sao Paulo, Mumbai, Paris ou Los Angeles.</p>
<p><em>Écosocialisme</em></p>
<p>Le projet contre hégémonique du vingt-et-unième siècle est définitivement en rupture avec toutes les idéologies et utopies de la «modernité», de la «croissance économique», du «progrès technoscientifique». Pendant des décennies, les mouvements sociaux ont été aveuglés par une idéologie des «lumières» tamisée à gauche, sans trop écouter les avertissements critiques et prophétiques de plusieurs. Mais aujourd’hui, ce projet de la «modernité» est en phase terminale. Encore de manière ambigüe, le mouvement met alors de l’avant cette perspective écosocialiste où, parmi plusieurs traits marquants, figure cette notion que la protection de l’environnement naturel est organique à toute élaboration de développement social équitable.</p>
<p><em>Le retour des exclu-es</em></p>
<p>Les paysans, autochtones, dalits et autres exclus de ce monde sont bien sûr de retour et ils n’ont pas demandé la «permission» à personne. Mais ce retour reste encore un défi pour qu’il prenne toute sa force et sa signification. Il ne s’agit évidemment pas de dramatiser les contradictions au sein des classes populaires. Encore moins de diviser les mouvements populaires entre les «bons» (les nouveaux) et les «méchants» (les anciens). Néanmoins, l’équation est en train de changer, et pas seulement sur une base théorique. Dans la pratique des masses urbaines et rurales, cette nouvelle «multitude» reconfigure les lieux et les pratiques de la lutte pour l’émancipation.</p>
<p><em>De nouvelles «boîtes à outils»</em></p>
<p>Pour permettre et accentuer toutes ses avancées, les mouvements populaires, de même que le FSM, construisent de nouveaux «outils» qui sont à la fois conceptuels et pratiques. L’épistémologie même, -les concepts- est en transformation (Santos), ce qui ne veut certes pas dire une «tabula rasa», mais de nouveaux développements permettant de comprendre la substance des choses dans leur élaboration contemporaine, complexe, dialectique. Parallèlement, le mouvement populaire produit de nouvelles tactiques, de nouvelles «mécaniques», visant toujours et davantage le renforcement des résistances <span style="text-decoration: underline">par</span> leur démocratisation (une «leçon» durement apprise depuis l’implosion du socialisme «réellement existant» du passé). Les «outils» pratiques dont le mouvement a besoin impliquent de nouvelles «technicités» dans toutes sortes de domaines (gestion, communication, gouvernance, etc.). C’est aussi une bifurcation vers le «glocal», c’est-à-dire la capacité d’ancrer les résistances dans un espace dense et structuré tout en les projetant et en les faisant converger à une échelle plus vaste.</p>
<p><em>Du et de la politique</em></p>
<p>Pour terminer, le mouvement populaire et ses expressions et espaces comme le FSM fait bien évidemment de la «politique» au sens de la «polis» et de l’action citoyenne sur les structures du pouvoir. Mais plus concrètement, le défi actuel est double. À une première échelle, il faut construire (c’est une métaphore) un nouveau «front uni antijaponais», pour vaincre, ou au moins faire reculer, l’Empire. Pour cela il faut sortir des sentiers balisés, ce qui veut dire en clair constituer, et donc même animer, les plus grandes coalitions sociales, y compris avec les expressions multiples du projet social-libéral, comme le font nos camarades latino-américains pour bloquer la droite et ses supporteurs états-uniens. Chercher également à utiliser, sans se subordonner, les contradictions inter-impérialistes, toujours pour affaiblir l’Empire, sans servir de marche pied aux compétiteurs de cet Empire. Simultanément, encore là dans le cadre de la métaphore du Front uni antijaponais, il faut bâtir sa propre force, marginaliser, au sein de l’alliance, le social-libéralisme, voire, renverser l’équation au profit des mouvements populaires. C’est une opération certes très risquée !</p>
<p><em>Un, cent, mille FSM</em></p>
<p>Dans tout cela, le rôle du FSM est incontournable. Un FSM créatif, innovateur, audacieux, inclusif, un espace (en fait un espace d’espaces) où se dévoilent, se discutent, s’élaborent les pluralités du mouvement populaire, dans son volet de résistance comme dans son volet de construction des alternatives. Bien sûr, ce développement implique une capilarisation, le développement d’embranchements vers des pays, régions, sous-régions, territoires locaux et nationaux. Également, vers toutes les avenues que prennent les mouvements populaires, dans le syndicalisme, l’altermondialisme, l’écologie, le féminisme. Et enfin, sur tous les terrains principaux de la grande confrontation et de la bataille des idées. Au-delà de la prolifération, le FSM des dix prochaines années doit se densifier, animer des processus de réflexion et d’articulation prolongés et d’envergure. Nous avons besoin de créer, en même temps, toutes sortes de nouveaux projets, des «universités populaires» (Santos) à la télévision altermondialiste du monde (c’est maintenant possible sur la toile) en passant par des formes inédites de débats, de dramatisations, de mobilisations.</p>
<p><strong>Pierre Beaudet &#8211; </strong>Professeur à l’École de développement international et mondialisation de l’Université d’Ottawa.</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> Ce capitulannionisme des élites européennes ne date pas d’hier. On se souvient de ce qu’elles disaient dans les années 1930 : «mieux vaut Hitler que le Front populaire». La priorité était (et demeure) de mâter les classes populaires, quitte à se subordonner à un adversaire capitaliste plus puissant.</p>
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		<title>Forum social mondial 2009 :  Il est temps de tenir le FSM aux États-Unis !  &#8211; Par Thomas Ponniah</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 13:47:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>raphael canet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Défis dans la construction de l'autre monde]]></category>
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		<description><![CDATA[Au mois de janvier 2009, j&#8217;ai eu l&#8217;occasion d&#8217;assister à l&#8217;investiture du 44e président des États-Unis et de participer au Forum social mondial se déroulant à Belém, au Brésil[1]. L&#8217;inauguration a attiré 1,8 million de citoyens, dont un fort pourcentage d&#8217;Africains-Américains provenant des quatre coins du pays. Le Forum social mondial a réuni plus de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Au mois de janvier 2009, j&#8217;ai eu l&#8217;occasion d&#8217;assister à l&#8217;investiture du 44<sup>e</sup> président des États-Unis et de participer au Forum social mondial se déroulant à Belém, au Brésil<a href="#_ftn1">[1]</a>. L&#8217;inauguration a attiré 1,8 million de citoyens, dont un fort pourcentage d&#8217;Africains-Américains provenant des quatre coins du pays. Le Forum social mondial a réuni plus de 133 000 participants de partout dans le monde et un nombre considérable de mouvements sociaux panamazoniens. Dans les deux cas, j&#8217;ai été témoin d&#8217;une société civile mobilisée et dynamique, aspirant à une nouvelle société. Pour réaliser un autre monde, il nous faut assembler ces différentes sphères.</p>
<p><strong>L&#8217;investiture</strong></p>
<p>J&#8217;ai atterri à l&#8217;aéroport Thurgood Marshall de Baltimore le 19 janvier, le jour de la fête de Martin Luther King, un congé férié célébré presque partout aux États-Unis. Étonnamment, le ministère de la Sécurité des transports des États-Unis avait monté une petite exposition sur le mouvement des droits civiques à l&#8217;aéroport. J&#8217;ai regardé des vidéos racontant l&#8217;histoire d&#8217;une des mobilisations sociales américaines les plus inspirantes. Il était passionnant de revoir les différents épisodes du mouvement : le boycott des autobus à Montgomery, la campagne des indigents et, bien sûr, le discours éblouissant et intemporel au <em>Lincoln Memorial</em> à Washington. Le message de Martin Luther King était éternel puisqu&#8217;il réaffirmait, dans de nouveaux mots, comme le fait chaque génération, l&#8217;essence d&#8217;une vision progressiste.</p>
<p>La veille de l&#8217;investiture, on m&#8217;a demandé de prononcer un discours à une soirée présentée par Andrew Miller, un écologiste qui se rendait aussi en Amazonie pour le FSM 2009. J&#8217;abordais le sujet d&#8217;une mondialisation au nouveau visage proposée au Forum. Néanmoins, je ne pouvais passer sous silence l&#8217;anniversaire de Martin Luther King et le lien avec l&#8217;événement historique du lendemain. Dès mon jeune âge, mon père, James Ponniah, qui vivait aux États-Unis lorsque King a été assassiné, m&#8217;a raconté toutes sortes d&#8217;histoires sur les années 1960 : King, Malcolm X, Robert Kennedy et Angela Davis sont des noms que j&#8217;ai souvent entendus. Mon père, comme de nombreux partisans d&#8217;Obama, a interprété la récente élection américaine comme l’apogée politique (bien que non économique) du mouvement des droits civiques.</p>
<p>Le jour de l&#8217;inauguration, les rues étaient envahies de personnes et &#8211; États-Unis oblige &#8211; de produits. On trouvait des affiches de Martin Luther King et d&#8217;Obama, des t-shirts, des casquettes, des épinglettes, des figurines («le héros à qui vous pouvez faire confiance») et même des désodorisants pour la maison. On pouvait critiquer l&#8217;incitation à la consommation, mais on était tout de même emporté par l&#8217;effervescence collective. La personne qui comprenait le mieux l&#8217;emballement était naturellement l&#8217;étoile elle-même. L&#8217;allocution d&#8217;Obama, quoique non comparable à ses discours de campagne innovateurs sur la religion et la race, a mis l&#8217;accent sur l&#8217;imputabilité : la population étatsunienne devait assumer la responsabilité pour les échecs du passé et les promesses de l&#8217;avenir. Ce fut un discours qui rejoignait l&#8217;aspect le plus héroïque de la tradition du pays, appelant une transformation sociale puisant à même les idéaux décrits par Alexis de Tocqueville. L&#8217;auteur français avait souligné que ce qui distinguait la démocratie américaine était la participation publique<a href="#_ftn2">[2]</a>. Le discours d&#8217;Obama était un appel à l&#8217;engagement public, à la responsabilisation et à la vision.</p>
<p>Les événements marquants aux États-Unis ne sont pas seulement incarnés par un excès d&#8217;articles de consommation, mais aussi par l&#8217;approbation de l&#8217;aristocratie du pays. Contrairement à la plupart des pays et à la tradition historique, la noblesse américaine est constituée des élites économiques, mais aussi des personnalités de la culture populaire. Ce soir-là, le couple Obama a assisté à dix bals inauguraux. Le premier, le Neighbourhood Ball (bal des Voisins), a attiré des acteurs de Hollywood et des vedettes de la musique pop comme Shakira, Jay-Z, Faith Hill et Beyoncé. Cette dernière a chanté le classique d&#8217;Etta James At Last (Enfin), une chanson populaire qu&#8217;on fait tourner habituellement dans les mariages. La chanson a donné la chance aux Obama d&#8217;exécuter leur « première danse » en tant que couple présidentiel. À la fin de sa prestation, un journaliste d&#8217;ABC a demandé à la chanteuse quelle était la signification de l&#8217;événement pour elle. Elle a répondu : « C&#8217;est probablement le jour le plus important de ma vie… Il m&#8217;incite à cultiver mon intelligence et il me pousse à vouloir m&#8217;engager ». Sa réponse faisait écho aux sentiments que j&#8217;avais perçus et aux propos entendus toute la journée à Washington, quand je discutais avec des progressistes lors du souper, dans le métro, ou au Monument à Washington. L&#8217;inauguration d&#8217;Obama représentait la possibilité d&#8217;un vaste renouveau de la sphère publique américaine.</p>
<p><strong>Le FSM 2009</strong></p>
<p>Une semaine plus tard, je m&#8217;envolais pour le Brésil afin de participer au Forum social mondial (FSM) 2009. Le Forum est né en 2001 d&#8217;un cycle de manifestations orientées contre la dernière mouture de la mondialisation, et surtout les importantes manifestations de Seattle contre l&#8217;Organisation du commerce mondial. Le premier Forum s&#8217;est tenu en parallèle avec le Forum économique mondial qui a lieu tous les ans à Davos, en Suisse. Le FSM avait pour but de créer un espace de rencontre où les militants de partout sur la planète pourraient proposer d&#8217;autres solutions à la mondialisation « néolibérale » ou de libre marché. Les Forums ont eu lieu dans diverses parties du monde, en Inde, au Venezuela, au Mali, au Pakistan et au Kenya, mais surtout au Brésil, le berceau de ses mouvements fondateurs. Depuis lors, les Forums ont accueilli des dizaines de milliers de participants à des ateliers, des séminaires, des tables rondes et des événements artistiques. Le slogan populaire du Forum « Un autre monde est possible » est devenu pour notre génération, la façon de dire « I Have a Dream ».</p>
<p>Organiser le Forum en Amazonie tenait de la stratégie politique. À aucun autre moment de l&#8217;Histoire la population mondiale n&#8217;a été plus consciente des dangers environnementaux du rationalisme soutenant le système moderne. Le premier jour des ateliers a été consacré aux mouvements panamazoniens, mouvements sociaux et autochtones de tout acabit qui ont convergé à cette occasion avec une idée clef commune: le modèle de civilisation est en crise parce qu&#8217;il s&#8217;est coupé de la vie elle-même<a href="#_ftn3">[3]</a>. Le fait d&#8217;avoir choisi de tenir le Forum en Amazonie venait appuyer ce que de nombreux mouvements indigènes disaient depuis des années : nos actes portent atteinte à la Terre, aux relations entre la nature et la société et à l&#8217;humanité. L&#8217;avenir de l&#8217;humanité, ont-ils fait valoir, dépend dorénavant d&#8217;un lien conceptuel, pratique et expressif entièrement nouveau avec la  Nature mais aussi entre les uns les autres. Le meilleur symbole de cet état d&#8217;esprit était sans doute le magnifique drapeau arc-en-ciel à damier, le Wiphala, en vedette dans la tente indigène.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Étonnamment, un groupe tout aussi important de joueurs politiques, porteurs d&#8217;un début de solution à ce qu&#8217;on a énoncé plus haut, côtoyait le Forum. Le 29 janvier, les dirigeants de l&#8217;Équateur, du Paraguay, de la Bolivie et du Venezuela ont entamé un « dialogue » avec les mouvements sociaux et plus tard, ce soir-là, les présidents Morales, Chavez, Correa, Lugo et Lula, ont pris la parole lors d&#8217;un événement exaltant organisé par le parti des Travailleurs brésiliens au Hangar, un ancien hangar d&#8217;aéronefs converti en auditorium à la fine pointe de la technologie. Ces deux événements ont été des rassemblements électrisants où les foules ravies scandaient des slogans. Bien que les politiciens ne soient pas invités au Forum, le FSM demande souvent aux politiciens, habituellement Hugo Chavez, de s&#8217;adresser aux participants à l&#8217;extérieur de l&#8217;enceinte du Forum, soulignant leur adhésion aux principes (mais pas toujours au processus) du Forum. La première soirée s&#8217;est terminée par l&#8217;obsédante <em>Hasta siempre</em> entonnée par les présidents. La chanson est devenue encore plus poignante quand Aleida Guevara, la fille du plus connu des révolutionnaires du vingtième siècle, est montée sur scène et a chanté avec les dirigeants politiques.</p>
<p>L&#8217;accueil enthousiaste des dirigeants, et le fait que l&#8217;un des groupes principaux qui les a invités, l&#8217;IBASE (Instituto Brasileiro de Análises Sociais e Econômicas), est l’un des membres d&#8217;origine du comité brésilien organisateur du FSM, illustrent la prise de conscience grandissante que les mouvements sociaux doivent travailler de pair avec les instances étatiques.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Les mouvements sociaux et l&#8217;État</strong></p>
<p>Le FSM a vu le jour en 2001 dans un contexte où les mouvements sociaux étaient forts, mais les États progressistes, faibles. Immanuel Wallerstein a noté que les années 1990 ont été marquées par l&#8217;effondrement de trois projets de gauche importants : dans le premier monde, l&#8217;État providence a été considérablement miné ; dans le second, le communisme soviétique s&#8217;est éclipsé ; et dans le Tiers monde, les projets d&#8217;émancipation nationale se sont heurtés à une désillusion grandissante<a href="#_ftn4">[4]</a>. Parallèlement à la mort de ces projets étatiques, on a assisté à la multiplication des mouvements voués à diverses causes tournant souvent autour des politiques de l&#8217;identité, comme le genre, la race et la sexualité. Le Forum a émergé dans ce contexte avec un concept d&#8217;espace ouvert, soit un mécanisme qui permet à de nombreuses organisations de faire connaître leurs intérêts convergents sans nécessairement s&#8217;entendre sur un seul programme collectif. Depuis lors, on a vu l&#8217;émergence d&#8217;un dialogue « inter-mouvements » touchant divers ensembles de la société. L&#8217;espace ouvert s&#8217;est avéré une infrastructure de communication mondiale ouvrant la voie à ce que Samir Amin a appelé « la convergence de la différence » orientée autour de coalitions pour la justice mondiale, comme la Marche mondiale des femmes, qui dépassent les idéologies, les régions et les classes sociales. En plus de la déclaration d&#8217;une identité commune de différences et la création de nouveaux réseaux, l&#8217;autre grande réalisation du Forum a été de donner aux mouvements sociaux mondiaux l&#8217;occasion de débattre sans entrave des solutions de rechange démocratiques au système moderne<a href="#_ftn5">[5]</a>.</p>
<p>Le contexte actuel, néanmoins, est très différent de celui qui a vu la naissance du Forum en 2001. Aujourd&#8217;hui, les États progressistes ne sont plus faibles. La montée de la gauche en Amérique latine et l&#8217;élection du président potentiellement le plus progressiste depuis trente ans aux États-Unis, laissent entrevoir l&#8217;adoption de politiques plus humaines. De surcroît, les différences entre les mouvements sociaux semblent beaucoup moins prononcées. Des années de dialogue, de partage d&#8217;informations et la mobilisation collective par le processus du Forum social ont produit de nouveaux mouvements hybrides qui contrastent avec les luttes pour des causes uniques des trente dernières années. Dans le contexte de nouvelles formations politiques innovatrices, il n&#8217;est pas étonnant que les militants du Forum social mondial échangent avec les partis politiques en dehors du périmètre du Forum.</p>
<p>Les mouvements sociaux ont la capacité de mobiliser les protestataires, comme l’a démontré la mobilisation internationale contre la guerre en Irak le 15 février 2003 qui a rassemblé des millions de personnes à travers le monde (la première manifestation globale), beaucoup plus que les partis politiques. Par contre, les instances politiques (comme le gouvernement socialiste espagnol) ont le pouvoir d&#8217;annuler leur engagement dans la guerre, comme il l&#8217;a fait suite à son élection en 2004. Les mouvements sociaux de gauche ne doivent pas abandonner le pouvoir gouvernemental. L&#8217;État est un instrument crucial permettant de travailler à la réalisation des buts des progressistes. Les mouvements sociaux conservateurs, même les libertaires, ont toujours compris que le gouvernement est un outil puissant au service de leurs objectifs. Ils n&#8217;ont jamais sous-estimé l&#8217;importance d&#8217;utiliser tous les moyens à leur disposition pour faire avancer leur projet social. Les progressistes devraient en prendre de la graine. Il ne faut pas compter indûment sur le gouvernement, mais comme Martin Luther King et Che Guevara l&#8217;ont compris, tirer parti des ressources qu&#8217;il offre.</p>
<p><strong>Le FSM et les États-Unis</strong></p>
<p>On reproche souvent au Forum d&#8217;être un espace qui ne permet pas la naissance d’un projet social commun. Même parmi ses partisans, plusieurs qualifient le Forum d&#8217;espace ouvert inefficace. Ils soutiennent que la pluralité des propositions qui en émane, si elle ne converge pas vers un programme unifié, mène à une ambiance carnavalesque qui ressemble davantage à une expérience culturelle, à un Woodstock mondial, qu&#8217;à un événement politique<a href="#_ftn6">[6]</a>. Le débat sur le FSM prend souvent la forme d&#8217;un débat « espace contre acteur », la première position est défendue avec le plus d&#8217;ardeur par l&#8217;un des fondateurs du Forum, Chico Whitaker ; la seconde est mise publiquement de l&#8217;avant par un autre membre du Conseil international, Walden Bello<a href="#_ftn7">[7]</a>. Néanmoins, il existe peut-être une troisième façon d&#8217;envisager ce débat. Plutôt que de juger qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un conflit entre « l&#8217;espace » et « l’acteur », il serait plus productif de voir le Forum comme une arène où <em>l&#8217;espace est l’acteur politique</em>.</p>
<p>Le choix du lieu où se déroule le FSM (Porto Alegre, Mumbai, Caracas, Bamako, Karachi, Nairobi ou l&#8217;Amazonie) a toujours été un choix politique. Ces villes ont été choisies à titre d&#8217;arènes stratégiques qui apporteraient des effets bénéfiques sur les mouvements sociaux locaux et mondiaux. À présent, le Conseil international doit s&#8217;entendre sur le lieu du prochain Forum social mondial. Traditionnellement, le Conseil choisi un endroit situé au Sud. C&#8217;est une astuce politique : les événements qui se déroulent au Nord incluent rarement les visions de la majorité des habitants de la planète. Le Forum en Afrique, en Asie et en Amérique latine a permis, comme Boaventura de Sousa Santos l&#8217;a fait remarquer, l&#8217;émergence d&#8217;une diversité de mouvements, de pratiques et d&#8217;épistémologies du Sud<a href="#_ftn8">[8]</a>. Il reste que le contexte historique a changé. Il est temps que les mouvements sociaux dialoguent avec les gouvernements et surtout, d&#8217;interpeller la sphère publique de l&#8217;État le plus puissant du globe. Il est temps que les mouvements qui veulent changer le monde viennent aux États-Unis.</p>
<p>L&#8217;élection d&#8217;Obama ouvre la voie à un renouveau démocratique aux États-Unis. Les mouvements sociaux (surtout les anciennes organisations militant pour les droits civiques ainsi que les nouvelles qui luttes actuellement contre la guerre) qui ont donné naissance à Obama, veulent un pays plus juste, diversifié et durable. Ces mouvements représentent la plus belle facette des États-Unis. Ce serait une bénédiction pour ces gens mobilisés, mais aussi pour tous les mouvements de la planète, si le Forum social mondial venait aux États-Unis en 2011.</p>
<p>Il existe, naturellement, de nombreux obstacles à cette proposition. Le Forum s&#8217;est dédié à renforcer les mobilisations collectives dans le Sud, et il faut donc continuer à le déployer en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Également, se poseront des difficultés politiques et logistiques, particulièrement en ce qui concerne l&#8217;obtention de visas pour tous ceux qui voudront participer au Forum. Néanmoins, ceux d&#8217;entre nous qui soulignent les objections et les obstacles variés que rencontre cette proposition, ne doivent pas oublier la principale raison qui a conduit à la création du FSM : créer un monde meilleur. Compte tenu de la résurgence d&#8217;un mouvement progressiste mondial, et d&#8217;une population américaine assoiffée d&#8217;avenues nouvelles, il est grand temps de tenir le Forum social mondial aux États-Unis<a href="#_ftn9">[9]</a>.</p>
<p><strong>Thomas Ponniah</strong> est coéditeur du premier livre détaillant les solutions émanant du Forum social mondial : <em>Un autre monde est possible</em> (New York, Zed Book, 2003). Il est aussi membre du <em>Network Institute for Global Democratization</em>, l&#8217;un des organismes fondateurs du Conseil international du Forum social mondial, et il est assistant-professeur en études sociales à l&#8217;université Harvard.</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> Ce texte est dédicacé à James Ponniah 1935-2009.</p>
<p><a href="#_ftnref2">[2]</a> Alexis de Tocqueville, <em>De la démocratie en Amérique</em>, (1835-1840).</p>
<p><a href="#_ftnref3">[3]</a> L&#8217;idée a été avancée lors d&#8217;une table ronde dans la « tente indigène » le 31 janvier 2009.</p>
<p><a href="#_ftnref4">[4]</a> Immanuel Wallerstein, <em>The Decline of American Power</em>, New York, The New Press, 2003.</p>
<p><a href="#_ftnref5">[5]</a> Voir <em>Parecon</em> de Michael Albert pour un parfait exemple de certaines des solutions proposées.</p>
<p><a href="#_ftnref6">[6]</a> Walden Bello, “The Forum at the Crossroads”, 2007 : <a href="http://www.fpif.org/fpiftxt/4196">http://www.fpif.org/fpiftxt/4196</a></p>
<p><a href="#_ftnref7">[7]</a> Chico Whitaker, “Crossroads do not always close roads (Reflection in continuity to Walden Bello)”, 2007 : <a href="http://www.wsflibrary.org/index.php/Crossroads_do_not_always_close_roads" target="_blank">http://www.FSMlibrary.org/index.php/Crossroads_do_not_always_close_roads</a>.</p>
<p>Voir aussi ma réponse à Bello et à Whitaker : Thomas Ponniah, “The Meaning of the U.S. Social Forum: a reply to Chico Whitaker and Walden Bello’s debate on the Open Space”,  2007 :  http://FSMic-strategies.blogspot.com/2007/08/thomas-ponniah-contribution-of-us.html</p>
<p><a href="#_ftnref8">[8]</a> Boaventura de Sousa Santos, <em>The Rise of the Global Left: The World Social Forum and Beyond</em>, Londres, Zed Books, 2006.</p>
<p><a href="#_ftnref9">[9]</a> Lors de la dernière réunion du Conseil international du FSM, au Maroc en mai 2009, il a été décidé de tenir le prochain FSM en janvier 2011 à Dakar, au Sénégal (NDLR).</p>
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		<title>Du global au local : un autre Québec est possible ! – Par Raphaël Canet</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 13:46:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>raphael canet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Défis dans la construction de l'autre monde]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Une fois de plus cette année, Montréal fut l’hôte du Forum économique international des Amériques (FEIA), aussi appelé la Conférence de Montréal<a href="#_ftn1">[1]</a>. Encore une fois, cela est passé passablement inaperçu. Pourtant, cet événement d’envergure, parrainé notamment par Power Corporation, Rio Tinto Alcan, l’Autorité des marché financiers et une série de banques régionales de développement, rassemblait un nombre impressionnant de personnalités, près de 3200 participants, dont les secrétaires généraux de l’OCDE, de l’OEA, le directeur général du FMI, les présidents de la Banque mondiale ainsi que des banques interaméricaine, caribéenne et asiatique de développement, les gouverneurs des banques centrales du Canada, du Mexique, du Liban, des ministres et parlementaires de nombreux pays et quelques personnalités politiques de renom (dont l’ancienne secrétaire d’État américaine Madeleine Albright et le président colombien Álvaro Uribe). On pouvait même y croiser, à côté de notre ministre fédéral Stockwell Day, plusieurs de nos ministres provinciaux (Pierre Arcand, Raymond Bachand, Claude Béchard, Sam Hamad, Yolande James) et, bien sûr, les patrons de nombreuses entreprises multinationales (Power Corporation, Rio Tinto Alcan, GDF-Suez, EDF, Ford, General Electric, SNC-Lavalin, Groupe RBC, PNB Paribas, Goldman Sachs, Fujitsu, Ericsson, Cisco Systems…). Cet événement discret en était cette année à sa quinzième édition et, à l’évidence, s’il n’a pas fait la une des journaux, il semble avoir malgré tout capter l’attention des décideurs de ce monde.</p>
<p>Tel que mentionné sur son site Internet, le FEIA est une initiative de l’Institut international d’études administratives de Montréal, un organisme sans but lucratif fondé à la suite de quatre événements marquants des années 1990 : la chute du Mur de Berlin (1989), la création de l’OMC (1994), l’entrée en vigueur de l’ALENA (1994) et la signature du traité européen de Maastricht (1992). En somme, cette initiative émerge au moment où s’impose la thèse de la <em>fin de l’Histoire</em> de F. Fukuyama symbolisée, sur le plan idéologique, par le  naufrage du socialisme et le triomphe de la démocratie libérale de marché et, sur le plan géostratégique, par le dépassement de l’antagonisme Est-Ouest et la recomposition du monde en blocs économiques régionaux. Le but du FEIA est de permettre aux «principaux intervenants de cette mondialisation des économies et ceux qui doivent composer avec ses conséquences puissent se rencontrer pour discuter librement». Un aréopage de gens importants donc.</p>
<p>Et de quoi ont-ils discuté cette année à Montréal ? Essentiellement de crise économique et financière et de l’ordre mondial qui va émerger de cette nouvelle donne. Concrètement, on s’est demandé à quoi ressemblera la <em>planète finance</em> au lendemain de la tempête actuelle, jusqu’où aller dans l’encadrement réglementaire des marchés financiers. Il était d’ailleurs intéressant de voir le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, et le patron de Power Corporation, Paul Desmarais, assis à la même table, nous expliquer comment mettre en place une gouvernance économique internationale plus équitable.</p>
<p>On s’est aussi demandé comment développer des stratégies d’innovation gagnantes dans le marché mondialisé ; on s’est intéressé aux opportunités d’affaires dans le secteur de l’énergie en Afrique ; aux règles à respecter pour promouvoir la production agricole sans pour autant affecter la sécurité alimentaire (entendre par là des mesures d’hygiène et de précaution pour rassurer les consommateurs du Nord, et non pas des solutions pour régler la question du milliard de personnes souffrant de la faim sur la planète) ; en quoi les exigences en matière environnementale (développement durable) pèsent sur notre modèle de développement économique… Somme toute, une foule de sujets tout à fait pertinent aux yeux de nos élites politico-économiques qui s’affairent depuis quelques mois pour élaborer une stratégie de sortie de crise économique qui leur permettrait de sauver le modèle néolibéral et son discours légitimant.</p>
<h2><strong>L’imposition tranquille de la société néolibérale </strong></h2>
<p>Ce discours n’est pas nouveau. Depuis le colloque Lippman (1938) et la première réunion de la Société du Mont-Pèlerin en Suisse (1947), les partisans du libéralisme à outrance se sont organisés pour fustiger l’État interventionniste qui s’affirmait pourtant comme un outil de développement collectif mettant en place toute une série de politiques (aide sociale, assurance-chômage, législation du travail) visant à garantir une plus grande justice sociale et à lutter contre les inégalités, sources de conflits, le tout en prenant soin de stimuler la croissance économique. À leurs yeux, la privatisation, la libéralisation et la déréglementation devaient devenir les mots d’ordre de tout bon gouvernement et les <em>think tank</em>s néolibéraux allaient se charger de porter la bonne parole. On les retrouve à l’origine de la création du Forum économique mondial de Davos (1971), en Suisse, sorte de grand frère du FEIA. Ils sont aussi, par la voix des <em>Chicago Boys</em> (anciens étudiants de Milton Friedman à l’université de Chicago), les conseillers économiques du général Pinochet dans le Chili post-1973.</p>
<p>Patiemment, ils diffuseront l’idéologie néolibérale, poursuivant minutieusement le travail de dénigrement du providentialisme et de l’interventionnisme étatique pour finalement en venir à marquer des points au tournant des années 1980. Après sa période d’incubation dans le laboratoire chilien, les élections de Margaret Thatcher en Grande Bretagne (1979) et de Ronald Reagan aux États-Unis (1980) vont symboliser le triomphe du néolibéralisme dans le monde occidental. <em>There is no alternative</em> comme se plaisait à le marteler la Dame de Fer.</p>
<p>Le Québec ne fut pas à l’abri de ce virage néolibéral. Dès 1979, le ministre d&#8217;État au développement économique du Québec, le péquiste Bernard Landry, reconnaissait le rôle du secteur privé, la pression de la concurrence internationale et la crise budgétaire. René Lévesque, à partir de son second mandat en 1981, avançait aussi l’argument de l’assainissement nécessaire des dépenses publiques, affirmait que le développement économique est avant tout l’affaire des entreprises, que les programmes sociaux devaient favoriser la formation de la main-d’œuvre et la réinsertion sur le marché du travail. Mais le discours néolibéral a pris véritablement racine au Québec avec les deux mandats libéraux du gouvernement Bourassa. On se souvient des trois rapports des sages (Gobeil, Scowen et Beaulieu) de 1986 qui énonçaient clairement les politiques de privatisation, déréglementation… première tentative de réingénierie de l’État québécois qui ne fut cependant pas mise en oeuvre. Puis, plus concrètement, le Québec fut plongé dans la spirale des accords de libéralisation des échanges avec la signature de l’ALE (1988), puis de l’ALENA (1992). L’alternance de 1994, marquée par le retour du Parti québécois au pouvoir, aurait pu laissé présager une certaine inflexion de cette dynamique néolibérale. Et pourtant, passé le référendum de 1995 où il y eut une certaine accalmie sur ce front, vint Lucien Bouchard avec sa lutte contre le déficit zéro (1996) qui allait conduire à des coupes drastiques dans les secteurs de la santé, de l&#8217;éducation et de la sécurité du revenu. Et, finalement, Jean Charest qui fait son entrée sur la scène provinciale en 2003 en permettant au Parti libéral de s’installer de nouveau au pouvoir. La suite nous la connaissons : réingénierie de l’État, législations favorables aux PPP, sous-traitance, manifeste pour un Québec lucide, Mont Orford, bâillons, conflit d’intérêt… En somme, et en toute lucidité, ce que nous impose ce recul sur vingt-cinq années de vie politique québécoise, c’est le constat d’une certaine continuité dans la mise en place d’une société néolibérale au Québec, peu importe le parti politique au pouvoir. Suite à la nouvelle victoire électorale du gouvernement Charest et la volonté du Parti québécois, redevenu parti d’opposition officielle, de «moderniser la social-démocratie» en s’inspirant du modèle britannique, la débâcle de l’ADQ et l’élection providentielle du premier (et unique) député de Québec Solidaire, Amir Khadir, ne sont que de maigres consolations.</p>
<p><em>There is no alternative</em>, nous y revenons. Que ce soit à cause de la crise des années 1970 ou encore de la mondialisation des années 1990, ce discours est toujours le même : nous n’avons pas d’autre choix que d’avaler la pilule néolibérale. C’est cela l’approche stratégique de la <em>pensée unique</em> : un modèle qui s’impose comme une évidence, un peu comme un phénomène naturel. Mais ce pouvoir idéologique n’est pas apparu soudainement au tournant des années 1980, il s’est construit patiemment et méthodiquement depuis les années 1930, saisissant toutes les occasions de l’histoire pour avancer un peu plus chaque fois. Il n’y a rien de naturel dans le néolibéralisme, rien de naturel la conception et les orientations de la mondialisation que ce courant politique véhicule. Le tout est pensé et mis en place par des êtres humains, résulte d’une volonté politique dans plusieurs pays et gouvernements, en somme d’un choix fait par quelques-uns et imposé à d’autres. Et, dans ce travail d’imposition tranquille de la société néolibérale à toutes les échelles, les 39 Forums économiques mondiaux qui se sont tenus à Davos depuis 1971, de même que les 15 Forums économiques internationaux des Amériques de Montréal, ont joué plus qu’un rôle de façade.</p>
<h2><strong>Résistance des peuples et altermondialisme </strong></h2>
<p>Au cours des années 1980, l’idéologie néolibérale pénétrait les arcanes du pouvoir des pays les plus puissants du monde occidental pour s’y installer durablement. Mais cela ne suffisait pas, il fallait qu’elle étende son empire sur le monde entier, ce qu’elle fera par le biais des organisations internationales à vocation économique (OMC, Banque mondiale, FMI, OCDE) et de leurs fameux <em>plans d’ajustement structurel</em> et autres incitatifs pour une <em>bonne gouvernance</em>. Elle su aussi tirer profit d’un événement historique survenu à point pour renforcer son discours dérivant en délire eschatologique. La Chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, et l’effondrement de l’Union soviétique qui s’ensuivit, devait permettre l’essor planétaire du capitalisme mondialisé et le triomphe de la démocratie de marché. Selon Fukuyama, l’Histoire de l’humanité arrivait enfin à son point final… rien de moins.</p>
<p>La chouette de Minerve prend son envol au crépuscule nous rappelait Hegel. Ainsi, ce n’est pas à la fin de l’histoire que nous avons assistée au début des années 1990, mais bien à son recommencement. Dès le milieu des années 1990, la mondialisation néolibérale à son apogée commence à montrer des signes de faiblesse. Les peuples commencent s’insurger. Les premiers signaux de la réaction populaire apparaissent là où on s’y attendait le moins : au fond de la forêt Lacandone. Le 1<sup>er</sup> janvier 1994, jour de l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange nord américain (ALENA), les indiens du Chiapas prennent les armes. L’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) et son leader charismatique, le sous-commandant Marcos, déclenchent une offensive militaro-médiatique afin de protester contre les effets sociaux pervers du libre-échange débridé.</p>
<p>La mondialisation économique était en train de tuer les cultures ancestrales du fait de la paupérisation extrêmes des populations marginalisées qu’elle entraîne. L’uniformisation du monde en un immense marché de consommateurs nuit à la diversité des cultures, des traditions, des aspirations. Le néolibéralisme approfondie les inégalités sociales, permet de faramineux profits pour la haute finance (il n’y a jamais eu autant de patrons milliardaires que ces dernières années) tout en abandonnant à leur triste sort les plus pauvres (la moitié de la population mondiale, 3,2 milliards de gens, vivent avec moins de 2$ par jour), et demain la classe moyenne (nombre record de près de 250 millions de chômeurs à travers le monde cette année selon l’OIT)…</p>
<p>Progressivement, les peuples prennent conscience du coût social de la mondialisation néolibérale et de la concurrence, du coût environnemental de la quête effrénée de productivité et de consommation, des conséquences économiques de la financiarisation du capitalisme, des incidences politiques du fait de gérer l’État comme une entreprise et de confier le pouvoir à des hommes d’affaire.</p>
<p>Le mouvement social de novembre-décembre 1995 en France pour la défense du service public, la lutte transnationale de 1998 contre l’Accord multilatéral sur les investissements (AMI) consacrant la puissance de la haute finance et, surtout, les manifestations de Seattle contre l’OMC et ses cycles de libéralisation du commerce mondial, en 1999, témoignent de ce mouvement pluriel de contestation du modèle néolibéral. Lorsque les institutions politiques et les mécanismes de la démocratie représentative, que ce soit au niveau national ou international, sont monopolisés par quelques-uns et mis au service de leurs intérêts spécifiques, surtout lorsque ceux-ci sont destructeurs pour la solidarité sociale, c’est dans la rue que vont se manifester le mécontentement et les protestations. Lorsque l’État entre en crise en oubliant qu’il est au service du bien commun, c’est en investissant l’espace public qui lui reste, la rue, que la société réagit, pour renouer avec l’esprit premier de la démocratie : le pouvoir du peuple, et non celui de quelques marchands ou financiers. À ce titre, selon un sondage de l’institut chilien <em>Latinobarómetro</em>, 14% de la population d’Amérique latine et des Caraïbes (soit près de 80 millions de personnes) est prêt à descendre dans la rue pour manifester son opposition à des politiques gouvernementales jugées illégitimes. Des chiffres qui font rêver les mouvements sociaux nord-américains.</p>
<p>C’est ainsi qu’a émergé le <em>mouvement antimondialisation</em>, en réaction à l’idéologie néolibérale qui impose ses politiques de privatisation, de déréglementation et de libéralisation, sans considérations aucunes pour leurs graves conséquences sociales, culturelles, environnementales, économiques et politiques, en somme, toutes ces <em>externalités</em>, sorte de <em>dommages collatéraux</em> qu’il faudrait accepter puisque nous n’avons pas le choix. <em>There is no alternative</em>. Et pourtant, derrière ce discours sur le caractère inexorable des réformes, sur notre présumée impuissance collective et notre nécessaire résignation polie, il y a tout un processus politique de négociations, de tractations et de jeux d’influence entre les membres d’une certaine élite politico-économique qui a très bien conscience de ses intérêts et qui sait les défendre, notamment dans l’espace médiatique.</p>
<p>Les quelques milliers de participants triés sur le volet du Forum économique mondial de Davos, qui se réunissent chaque année depuis près de quarante ans, ceux du Forum économique des Amériques qui vient de tenir sa 15<sup>ème</sup> édition à Montréal, ou encore les membres du G8 ou de l’OCDE qui se rassemblent aussi annuellement, tous adoptent une approche très proactive suite à leurs rencontres. La création de l’Organisation mondiale du commerce en 1994 ne visait pas simplement à encadrer un processus de libéralisation qui allait de soi. Croyez-vous réellement que la Banque mondiale lutte contre la pauvreté et que le Fonds monétaire international ne vise que la stabilité financière ? Toutes ces institutions et lieux de rencontre ne sont que des rouages, des relais, qui permettent à la machine néolibérale de s’imposer et de fonctionner, avec tout le pouvoir de coercition dont elle a besoin : négociation sous pression, chantage, recours aux tribunaux, aux sanctions économiques, réformes imposées et conditionnalités.</p>
<p>Ainsi, à la mondialisation du capital a répondu une mondialisation de la rébellion. Il fallait démystifier le discours néolibéral, combattre la pensée unique, manifester son opposition aux négociations derrières des portes closes, ramener le débat dans la rue, défendre la démocratie. Suite aux manifestations de Seattle (novembre 1999), les mobilisations antimondialisation se sont multipliées sous la forme de contre-sommets. À chaque rencontre officielle des chefs d’États, les groupes citoyens allaient investir les rues pour manifester leur opposition à la tournure prise par les négociations en cours, pour faire entendre leur voix. Après les 40 000 manifestants de Seattle, 15 000 personnes ont investi les rues de Washington contre la  Banque mondiale en avril 2000 ; 20 000 à Prague (République Tchèque) contre le FMI en septembre 2000 ; 50 000 à Québec en avril 2001 contre la ZLEA ; 20 000 à Göteborg (Suède) contre l’Union européenne en juin 2001 ; plus de 200 000 à Gênes (Italie) contre le G8 en juillet 2001… Le mouvement antimondialisation s’est répandu comme une traînée de poudre. Il incarnait la manifestation soudaine d’un cri trop longtemps retenu. Mais ce front du refus ne pouvait suffire. Certes il constituait une première étape, indispensable, dans la construction d’une alternative. L’antimondialisation contestataire a permis de remettre en question le dogme néolibéral. Il manifestait en soi l’expression d’un choix : celui de refuser le modèle unique. S’opposer, c’est la forme première d’affirmation de soi. Mais le mouvement ne pouvait demeurer dans cette position négative de contre-sommet, de contre-discours, de contestation qui l’entraînerait inexorablement dans un cycle destructeur de violence, comme le laissait présager la mort du premier manifestant antimondialisation, Carlo Giuliani, lors des événements de Gênes. Le mouvement devait donc évoluer du stade de l’opposition à celui de la proposition. C’est cette prise de conscience qui a conduit à l’organisation du premier Forum social mondial à Porto Alegre (Brésil) en janvier 2001.</p>
<h2><strong>Les forums sociaux : berceau de l’autre monde possible</strong></h2>
<p>2001 constitue une date charnière dans l’histoire récente de la revanche des sociétés contre l’imposition du modèle néolibéral. En janvier de cette année, le premier Forum social mondial (FSM) rassemblait près de 20 000 personnes dans une ville du sud du Brésil, Porto Alegre. L’organisation de cet événement a permis de passer de l’<em>antimondialisation contestataire</em> à l’<em>altermondialisme créatif</em>. Il ne s’agissait plus de prendre la rue pour exprimer son opposition à des négociations menées par d’autres derrière des portes closes, il convenait plutôt de se rassembler pour élaborer une alternative à la mondialisation mercantile et au néolibéralisme. À la mondialisation du capital et du profit, il est aujourd’hui nécessaire de substituer la mondialisation des peuples et des solidarités.</p>
<p>C’est dans cet esprit que s’est structurée la mouvance altermondialiste, fruit de la convergence d’une multitude d’organisations de la société civile mondiale, ensemble hétérogène de groupes divers (syndicalistes, féministes, environnementalistes, étudiants, artistes, intellectuels, citoyens…) se ralliant derrière le rejet du néolibéralisme, puis de l’impérialisme, et souhaitant travailler à la création d’un monde plus juste, solidaire et durable. Il est d’ailleurs ironique de constater que c’est au moment même où le mouvement de contestation s’est fait moins violent en passant au stade de la proposition et de la réflexion collective, que les forces néolibérales se sont lancées dans une guerre contre le terrorisme qui n’en finit plus.</p>
<p>Lieu de rassemblement de la mouvance altermondialiste, les forums sociaux visent plusieurs finalités. Il s’agit, tout d’abord, de créer un espace public critique, participatif et inclusif qui permette à tous les citoyens, mouvements sociaux et organismes de prendre la parole, débattre, s’exprimer et échanger sur les enjeux sociaux auxquels nous sommes tous confrontés. Sur cette base, les forums sociaux entendent favoriser l’émergence d’une nouvelle culture politique de participation citoyenne qui suscite l’engagement et l’implication de toutes et tous à la vie publique. Dans cette perspective, les forums sociaux ne sont pas simplement des lieux de prise de parole et d’échange, ils se veulent aussi des lieux d’éducation populaire qui permettent de sensibiliser les populations aux multiples enjeux qui les confrontent dans le contexte néolibéral actuel. Finalement, les forums sociaux visent à stimuler la convergence des luttes sociales, à susciter la formation de coalitions entre les divers mouvements et organismes de la société civile oeuvrant dans une démarche de transformation sociale. À lier art engagé et réflexion politique pour remettre les artistes au cœur de la cité et rappeler que leurs performances sont aussi des formes d’expression qui permettent de diffuser des messages émotifs. Cet autre monde possible, nous ne le construirons que dans une lutte solidaire.</p>
<p>Depuis 2001, le Forum social mondial s’est diffusé à travers le monde (Brésil, Inde, Mali, Venezuela, Pakistan, Kenya) permettant chaque année à la mouvance altermondialiste de se renforcer (20 000 participants en 2001, 50 000 en 2002, 100 000 en 2003, 110 000 en 2004, 150 000 en 2005 et sensiblement le même nombre en 2006 et 2009). Puis, dans le but de permettre au plus grand nombre de participer à ces événements, d’expérimenter cette nouvelle culture politique de participation citoyenne, de susciter le débat politique et des actions collectives à tous les niveaux, les forums sociaux se sont propagés à différentes échelles, du global vers le local. C’est ainsi que sont apparus les forums régionaux, comme les forums sociaux européen, asiatique, africain ou des Amériques, puis les forums nationaux (les États-Unis ont organisé leur premier forum social USA en juin 2007 à Atlanta et préparent leur second pour juin 2010 à Detroit), et encore plus près des gens, les forums sociaux locaux (près de 350 FSL se sont déroulés en France au cours de la seule année 2005).</p>
<h2><strong>Le Forum social québécois</strong></h2>
<p>Le premier Forum social québécois (FSQ) a eu lieu du 23 au 26 août 2007 à Montréal. Il entendait se placer dans la continuité des forums sociaux qui se tiennent un peu partout dans le monde et à différentes échelles depuis 2001. Le FSQ se veut un espace de prise de parole, d’échange, de dialogue, d’éducation populaire, de pratique citoyenne, de réseautage et d’élaboration de programmes d’action concertés dans le but de stimuler le dynamisme des mobilisations sociales et de la vie démocratique afin de construire, ensemble, une société solidaire, démocratique, juste et durable au Québec. Notons au passage que cette initiative de participation populaire et de débat ouvert intervenait dans un contexte estival nord-américain tout a fait pertinent. En effet, le premier FSQ a eu lieu seulement quelques jours après la tenue, à Montebello, d’une réunion au sommet, et sous haute sécurité, des présidents Bush, Harper et Calderón au sujet du Partenariat pour la Sécurité et la Prospérité (PSP). Le forum ouvert et participatif <em>versus </em>le sommet barricadé et élitiste, le clivage symbolique n’en était que plus efficace.</p>
<p>Le FSQ découle ainsi d’une logique mondiale de recherche d’alternatives. Mais il se teinte aussi d’une couleur qui lui est propre et qui tient au contexte de restructuration des rapports sociaux, culturels, économiques et politiques dans un Québec qui subit les assauts répétés du néolibéralisme servant les intérêts des plus privilégiés. Depuis quelques décennies, nous l’avons vu, les impératifs de croissance, de compétitivité et de réduction de la dette alimentent une pensée unique et un discours hégémonique qui cherchent à justifier les mesures imposées pour soumettre chaque jour davantage la société au diktat du marché. Ceci s’opère au détriment des travailleurs et des travailleuses, des femmes, de l’environnement, des étudiants, des communautés autochtones, des marginalisés de toutes sortes, des organisations de la société civile et des générations futures.</p>
<p>Confrontés à cette détérioration de nos conditions de vie et à ce discours néolibéral omniprésent, seules notre solidarité, notre détermination et notre créativité permettront d’opposer une multitude de solutions capables de redonner un sens à notre volonté de vivre ensemble et de progresser vers un modèle de société apte à reconnaître la dignité de chaque être humain, et à respecter la vie en général. C’est pour cette raison fondamentale qu’il est primordiale de se doter d’un espace collectif de réflexion stratégique et de construction de la société québécoise de demain : le Forum social québécois. Le Québec avait emboîté le pas du mouvement antimondialisation en avril 2001, en se mobilisant lors du Sommet des peuples des Amériques dans une capitale nationale transformée en camp retranché. Le Québec doit aujourd’hui confirmer sa participation à la mouvance altermondialiste et tenir, lui aussi, des forums sociaux.</p>
<p>Le premier FSQ fut un franc succès, tant en termes de contenu que de participation. Environ 5000 personnes ont participé à une multitude d’activités : 320 ateliers de discussion, 100 activités de création culturelle, 4 grandes conférences, un concert d’ouverture, une assemblée des mouvements sociaux, un espace de pratiques alternatives sur la Place Émilie-Gamelin où 3 000 repas gratuits furent distribués, une marche de clôture qui a rassemblé plus de 2 000 personnes. De manière générale, les ateliers ont été participatifs – leurs organisateurs et organisatrices ont tenu compte de cet aspect fondamental d’un forum social, et les participants y ont joué un rôle actif. Près de 200 organisations de la société civile québécoise ont inscrit des activités dans la vaste programmation du FSQ 2007.</p>
<p>Selon les données de l’inscription, les participants étaient assez diversifiés. Si la majorité était constituée de Montréalais, 36% provenaient tout de même de l’extérieur de Montréal, 2% de l’extérieur du Québec et 5% de l’extérieur du Canada. Par ailleurs, 29% des participants provenaient des mouvements communautaires,  20% des ONG,  20% des partis politiques et 1 % des Nations autochtones. Près du tiers  des participants sont venus de façon individuelle sans être affiliés à aucune organisation. Enfin, jeunes et moins jeunes se côtoyaient, puisque la moyenne d’âge était de 43 ans.</p>
<p>Sur le plan logistique, le FSQ 2007 fut réalisé en partenariat avec l’Université du Québec à Montréal (qui a fournit généreusement 75 salles de classe et ses grands amphithéâtres) et la Ville de Montréal (Place Émilie-Gamelin). En ce qui concerne la couverture médias, des partenariats avaient été conclus avec le journal Le Devoir et la radio CHOQ-FM. Notons par ailleurs que durant la période intense de promotion du FSQ 2007, soit du 15 mai 2007 au 11 octobre 2007, le site Web du FSQ a reçu 48 625 visites.</p>
<p>Il est difficile d’évaluer toute la richesse du processus organisationnel, mais il se situe au cœur de la réussite du FSQ. Il fut source d’une profonde motivation de la part des personnes impliquées et a permis de réaliser un événement de grande envergure avec des moyens forts modestes. Le tout avec une équipe de plus de 300 bénévoles pour un budget de 295 000$, cela constitue en soit une performance remarquable.</p>
<h2><strong>Les forums régionaux… et la suite</strong></h2>
<p>Avant la tenu du premier FSQ, d’autres forums sociaux avaient déjà eu lieu au Québec, mais à une échelle régionale (Québec Chaudière-Appalaches en 2002 et Saguenay-Lac-St-Jean en 2006). Mais le succès du FSQ de 2007 a permis d’enraciner davantage la mouvance altermondialiste au Québec. En effet, à l’automne 2007, l’assemblée générale du FSQ a décidé de lancer un appel à l’organisation de forums sociaux régionaux au Québec et de les appuyer financièrement. Ainsi plusieurs collectifs régionaux se sont lancés dans l’aventure et des forums sociaux régionaux ont été organisés à Chicoutimi pour la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean (mai 2008), à Shawinigan pour la Mauricie (octobre 2008), à Gatineau pour l’Outaouais (novembre 2008), à Laval (avril 2009), à L’Assomption pour la région de Lanaudière (avril 2009), à Montréal (juin 2009) et dans le quartier de Montréal-Nord (août 2009). Chacun de ces forums avait sa particularité, reflétant ainsi la diversité des aspirations et des initiatives pour construire collectivement un autre Québec.<a href="http://www.fsq2009.org"><img class="alignright size-full wp-image-169" src="http://redtac.org/possibles/files/2009/09/affiche-FSQ-Fr.jpg" alt="Affiche du FSQ 2009" width="383" height="517" /></a></p>
<p>Finalement, le processus d’organisation du second FSQ a été relancé à l’automne 2008. Ce second événement se tiendra à Montréal, au CEGEP du Vieux Montréal, à l’UQAM et sur la place Émilie-Gamelin du 8 au 12 octobre 2009. Encore une fois, plusieurs milliers de personnes sont attendus pour cet événement qui dispose d’ores et déjà d’une programmation de plus de 350 ateliers, en plus d’une centaine d’activités à caractère culturel. La tenue de ce second FSQ, dans un contexte mondial et régional de crises (écologique, économique, sociale, sécuritaire) apparaît comme une réelle opportunité.</p>
<p>Le modèle néolibéral tant dénoncé depuis plus de quinze ans est en train de s’effondrer, poussant ses idéologues à se contredire sans vergogne en poussant les États à la fois à se ré-endetter (exit le crédo mille fois ressasser de la nécessaire réduction de la dette publique au nom de la solidarité entre les générations) et à investir massivement dans la finance et l’économie (qu’il fallait à tout prix privatiser et libéraliser). 6 000 milliards de dollars, c’est la somme ahurissante que les gouvernements des pays riches de la planète ont débloqué, en à peine quelques mois à l’automne 2008, pour sauver la finance internationale et relancer l’économie. Il est difficile d’évaluer ce que signifie véritablement ce chiffre. Pour mieux comprendre, rappelons que la réalisation des huit objectifs de développement du Millénaire<a href="#_ftn2">[2]</a>, fixés par les Nations Unies lors du Sommet de 2000 et dont pratiquement aucun ne sera atteint au terme fixé en 2015, a été chiffrée à moins de 200 milliards de dollars, une somme qui était alors jugée exorbitante par les pays développés. La juxtaposition de ces deux chiffres témoigne des priorités de nos dirigeants. On vient d’investir en quelques mois dans la finance et l’économie des pays riches 30 fois la somme que nous n’avons pas été capables d’amasser en 15 ans pour améliorer la santé, l’éducation et l’environnement de plus de 3 milliards de gens sur la planète. Le constat est désolant, révoltant. Mais au moins il a l’avantage de démontrer deux choses : tout d’abord, il révèle où sont les priorités des gouvernants actuels des pays les plus riches de la planète ; ensuite, il nous rappelle que tout est possible lorsque la volonté politique est présente. Le Canada vient de consacrer 40 milliards à son plan de relance, le Québec 15 milliards, principalement en investissant dans les infrastructures et l’aide aux entreprises. Imaginez ce que nous aurions pu faire avec cette manne dans les domaines de la santé, de l’éducation, des services publics, de l’énergie verte, des transports en communs, de la coopération internationale…</p>
<p>Il importe aujourd’hui de saisir l’opportunité qui s’offre à nous pour rassembler les mouvements sociaux, les organisations de la société civile et la grande majorité des citoyens afin de construire une société qui soit conforme à nos aspirations, à nos idéaux de solidarité, de partage, de justice et de respect mutuel. Un autre Québec est non seulement possible, mais déjà en construction. Participer au FSQ, c’est aussi contribuer à cette formidable entreprise collective.</p>
<p><strong>Raphaël Canet </strong>et professeur à la faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa. Il est membre du secrétariat du Forum social québécois.</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> Ce texte est une version remaniée et actualisée d’une série d’articles publiés dans la page Idée du journal <em>Le Devoir</em>, les 17, 18 et 19 juillet 2007.</p>
<p><a href="#_ftnref2">[2]</a> Ces huit objectifs fixés lors du sommet du millénaire en 2000 sont les suivants : réduire l’extrême pauvreté et la faim ; assurer l’éducation primaire pour tous ; promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ; réduire la mortalité infantile ; améliorer la santé maternelle ; combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies ; préserver l’environnement ; mettre en place un partenariat mondial pour le développement.</p>
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		<title>Le Forum social mondial tout près de chez vous! L’exemple de l’Outaouais – Par Nadia Faucher et Guy Laflamme</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 13:45:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>raphael canet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bilan des Forums régionaux au Québec]]></category>
		<category><![CDATA[forums sociaux]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Par une froide journée de janvier 2008, une centaine de personnes ont répondu à l’appel du Collectif de l’Outaouais et participé à une journée d’éducation populaire pour célébrer la Journée mondiale d’action et de mobilisation du Forum social mondial. Il s’agissait d’une première incarnation du processus des forums sociaux dans la région. Quelques sceptiques, qui s’étaient déplacés malgré tout, ont mis en doute la pertinence d’un tel processus, alléguant qu’il existait déjà de nombreux mouvements sociaux très actifs dans la région. Mais plus tard, face au succès de l’initiative et à la réponse enthousiaste de la communauté, ces sceptiques du début ont été parmi les premiers à louanger l’événement et à suggérer la tenue d’un premier véritable forum social dans la région.</p>
<h2><strong>Un développement graduel</strong></h2>
<p>Le projet du Forum social de l’Outaouais (FSO) a pris forme de manière graduelle. Il y a tout d’abord eu la création du Collectif de l’Outaouais, en avril 2007. Quatre personnes de la région ont ainsi décidé de joindre leurs efforts dans le but d’inciter le plus grand nombre de gens de l’Outaouais à participer au premier Forum social québécois (FSQ). Après la tenue d’une première grande assemblée publique, plusieurs autres personnes se sont jointes au petit groupe de départ. Le Collectif a ainsi été en mesure d’organiser de nombreuses activités pour faire connaître le processus du Forum social mondial (FSM) en général, et le FSQ en particulier. C’est à la suite du FSQ, d’août 2007, que le Collectif de l’Outaouais a décidé d’organiser des activités dans le cadre de la Journée mondiale d&#8217;action et de mobilisation du Forum social mondial, le 26 janvier 2008.</p>
<p>Des quatre personnes qui ont initialement formé le Collectif, trois avaient déjà participé à des forums sociaux mondiaux. Toutes les quatre étaient cependant animées du profond désir de faire connaître l’expérience des forums sociaux aux gens de leur collectivité. Parmi les autres personnes qui se sont jointes au groupe par la suite, on retrouve surtout des gens qui possédaient déjà une bonne connaissance du processus du FSM, mais qui n’avaient encore jamais eu la chance de participer à un forum social. Pour plusieurs, le FSQ a constitué une première expérience des forums sociaux, et c’est leur désir de partager cette expérience avec les gens de leur région qui les a ensuite motivé à participer au projet du Forum social de l’Outaouais (FSO).</p>
<h2><strong>Une implication citoyenne et une organisation profondément démocratique</strong></h2>
<p>L’organisation du FSO a regroupé des personnes provenant de divers horizons, notamment des milieux syndical et universitaire, des mouvements pour la paix et la justice sociale, de groupes de femmes et d’organisations environnementales, ainsi que des personnes n’appartenant à aucun groupe en particulier. Malgré leurs affiliations respectives, les personnes participant aux réunions d’organisation, sauf dans de rares circonstances, ont toujours été présentes avant tout en tant que simples citoyennes et citoyens, et non pas comme représentants de telle ou telle organisation. Tout le monde se trouvait donc sur un pied d’égalité autour de la table, et ce, malgré les écarts considérables quant aux ressources humaines et financières des groupes représentés.</p>
<p>Le comité organisateur du FSO s’est rapidement doté d’une charte de principes, inspirée en grande partie des chartes constitutives du Forum social mondial et du FSQ. Ainsi le FSO adhère entièrement aux principes fondamentaux du FSM en se définissant notamment comme un espace ouvert et inclusif. Il respecte aussi le principe d’autogestion et d’auto-programmation.</p>
<p>Sur le plan du fonctionnement interne, le FSO s’est efforcé d’adopter une structure non hiérarchique et un processus décisionnel aussi démocratique que possible. Le comité organisateur s’est refusé dès le départ à créer des postes d’autorité ou d’accorder un statut privilégié à telle ou telle personne. Il n’y avait donc pas de présidente et de secrétaire ou quoi que ce soit de la sorte (la seule exception concerne les trois personnes désignées comme signataires du compte bancaire ouvert au nom du FSO). De plus, dans la très grande majorité de cas, les décisions étaient prises par consensus. Lorsqu’un consensus paraissait improbable, la décision était alors prise au moyen d’un vote (50% + 1).</p>
<p>Ces choix sur le plan du fonctionnement interne ont créé des défis additionnels, mais ils ont aussi permis d’établir une dynamique beaucoup plus enrichissante que cela n’aurait été le cas autrement. Ce mode de fonctionnement non hiérarchique a parfois été une source de frustration pour certaines personnes, mais il aura à tout le moins permis aux membres du comité organisateur de se familiariser concrètement avec la mise en pratique des principes des forums sociaux.</p>
<p>Pour mener à bien les différents aspects de l’organisation du Forum, divers comités de travail ont été formés : communication et mobilisation, financement, logistique et programmation. Le travail des différents comités était chapeauté par un comité de coordination. La participation à tous les comités, y compris au comité de coordination, était ouverte à tous ceux et celles qui étaient prêts à y investir le temps et les énergies nécessaires. En fait, toutes les responsabilités relatives à l’organisation du FSO ont toujours été assumées sur une base volontaire et par consensus du groupe, qu’il s’agisse d’animer les réunions, de donner des entrevues aux médias ou de toute autre tâche.</p>
<p>Le Forum a obtenu l’appui financier de sources diverses (syndicats, FSQ, communautés religieuses, organismes sociaux, etc.) Dans la très grande majorité des cas, les organismes donateurs ont témoigné d’un vif intérêt à l’égard du processus des forums sociaux et la plupart ont participé au FSO. Des démarches ont été effectuées auprès de différents paliers gouvernementaux, mais les montants ainsi recueillis n’ont pas été très importants et ont parfois occasionné des complications qui ont mené à une certaine remise en question de la pertinence de cette source de financement. Le secteur privé n’a été que marginalement sollicité.</p>
<p>D’emblée, il avait été convenu que le premier Forum social de l’Outaouais serait un événement gratuit. Cette décision visait à permettre la participation du plus grand nombre de personnes possible, y compris les plus démunis, mais elle était aussi motivée par le souci de simplifier le processus d’inscription. Toutefois, parce qu’aucun frais n’était exigé, les gens n’ont pas été incités à s’inscrire à l’avance, ce qui a compliqué l’organisation de l’événement, car il était alors impossible de prévoir le nombre de participants. Bien entendu, la décision de ne pas exiger de frais d’entrée a aussi privé le comité organisateur d’une source de fonds non négligeable. Malgré tout, l’équipe du FSO est parvenue à offrir à la population de l’Outaouais une fin de semaine inoubliable, y compris un spectacle de calibre professionnel, des conférencières et conférenciers de qualité et un buffet-santé à volonté le samedi midi, le tout entièrement gratuitement et au moyen d’un budget d’une frugalité remarquable (environ 10 000$).</p>
<h2><strong>Un Forum à l’image de sa région</strong></h2>
<p>Tout au long de la planification du FSO, les membres du comité organisateur ont cherché à tenir compte des caractéristiques de la région de l’Outaouais, notamment sa diversité linguistique et géographique. La proximité de la ville d’Ottawa contribue à donner une teinte urbaine aux mouvements sociaux de la région et donne lieu à la présence de nombreuses organisations s’intéressant à des problématiques nationales et internationales. Les membres du comité organisateur ont veillé à assurer une représentation non seulement des mouvements sociaux urbains de l’Outaouais, mais aussi de la réalité rurale de la Haute-Gatineau, du Pontiac et de la Petite-Nation. Les efforts pour mobiliser les mouvements sociaux à l’extérieur des grands centres urbains ont permis au minimum de rejoindre des groupes de la Haute-Gatineau et la communauté autochtone du Lac Barrière.</p>
<p>Le rôle fondamental joué par l’ensemble des personnes ayant participé à l’organisation du FSO a été de mobiliser les gens de leurs réseaux respectifs. En fait, c’est en grande partie de cette manière, par le biais des réseaux qui existaient déjà dans la région, que la majorité des participantes et participants au FSO a été mobilisée, comme en témoigne d’ailleurs l’appui officiel accordé par une cinquantaine d’organisations de la société civile en Outaouais. Des efforts non négligeables ont été déployés pour essayer de mobiliser les gens à l’extérieur de ces réseaux, mais ces efforts n’ont porté que très peu de fruits. Ce constat soulève des questions auxquelles il serait bon de trouver réponse avant l’organisation d’une nouvelle édition du FSO.</p>
<p>Un autre échec sur le plan de la mobilisation concerne la faible participation de la population d’Ottawa et des anglophones en général, et ce, en dépit des efforts importants déployés à cette fin et malgré le fait que plusieurs personnes participant activement à l’organisation du FSO faisaient également partie de réseaux du côté d’Ottawa. Il semble que le Forum, parce qu’il avait lieu à Gatineau, a été perçu comme un événement strictement francophone, bien qu’une grande partie des documents d’information, ainsi que les formulaires d’inscription, aient été traduits en anglais. Une partie des documents ont aussi été traduits en espagnol, ce que la communauté hispanophone a semblé apprécier si on en juge par sa participation importante au forum.</p>
<p>Les efforts de mobilisation et de planification, prenant appui sur les affiliations des membres du comité organisateur, ont donné lieu à une brochette d’activités autoprogrammées diversifiées et représentatives des problématiques actuelles de la région de l’Outaouais.</p>
<h2><strong>Une fin de semaine riche en activités</strong></h2>
<p>Le forum a débuté le vendredi soir par un spectacle musical mettant en vedette des talents locaux, y compris une poète-slameuse, des musiques du monde et un groupe ayant composé une chanson tout spécialement pour l’événement. Durant la journée du samedi et le dimanche matin, les gens ont pu participer à une quarantaine d’ateliers portant sur une grande variété de sujets tels que l’homosexualité, l’exploitation sexuelle, les droits humains au Salvador, le mouvement syndical, la santé et l’environnement. Ils ont aussi eu l’occasion de discuter avec la cinquantaine d’organisations représentées à la foire d’information. Pour la grande conférence, le thème de la marchandisation a donné lieu à une discussion sur la privatisation de l’éducation, les enjeux du système de santé en Outaouais, l’exploitation du corps des femmes, les industries minières et les OGM en Afrique.</p>
<p>Près de 500 personnes ont participé aux diverses activités du FSO au cours de la fin de semaine des 7, 8 et 9 novembre 2008. Des contacts ont été créés, des organisations se sont fait connaître et bien des idées ont été partagées. Le Forum s’est clôturé par une assemblée des mouvements sociaux qui a donné lieu à la mise sur pied de trois groupes de travail responsables d’assurer un suivi sur trois questions en particulier. Le premier groupe devait travailler sur les activités des compagnies minières canadiennes à l’étranger ; le deuxième sur la question de la marchandisation et le dernier visait la constitution d’une assemblée citoyenne devant mobiliser la population en vue des élections provinciales. Chacun des groupes a tenu un certain nombre de rencontres, mais ils n’ont pas été en mesure de conserver leur élan initial et leurs activités ont depuis pris fin.</p>
<h2><strong>Et maintenant? </strong></h2>
<p>L’organisation d’un forum social régional au moyen d’un comité strictement bénévole, formé de personnes souvent déjà actives au sein d’autres mouvements sociaux, comporte d’importants défis ainsi qu’un risque d’épuisement pour les personnes impliquées dans l’organisation. À la suite du Forum, l’équipe du FSO a pris une pause bien méritée de plusieurs mois, limitant ses activités à la tenue d’un processus d’auto-évaluation et à l’envoi de remerciements à toutes les organisations et personnes ayant contribué au succès du Forum.</p>
<p>L’idée de tenir un autre forum social en Outaouais a été soulevée à diverses reprises, mais un tel projet ne verra le jour que dans la mesure où un nombre important de personnes se diront prêtes à mettre la main à la pâte. La tenue de la 2<sup>e</sup> édition du FSQ a toutefois amené la région de l’Outaouais à s’activer de nouveau pour mobiliser la population dans le but d’assurer une forte présence de l’Outaouais au FSQ. L’équipe du FSO commence aussi à discuter de l’organisation possible d’une nouvelle journée d’action et de mobilisation en janvier 2010, pour souligner le 10<sup>e</sup> anniversaire du processus du Forum social mondial. L’élan se poursuit…</p>
<p><strong>Nadia Faucher</strong> et <strong>Guy Laflamme</strong> travaillent respectivement pour l’ONG Inter Pares et le Syndicat des Travailleurs et Travailleuses des Postes (STTP). Ils sont tous les deux membres du Collectif de l’Outaouais, qui a organisé le premier Forum social de l’Outaouais. Pour plus d’informations sur ce forum : <a href="http://forumsocialoutaouais.blogspot.com/">http://forumsocialoutaouais.blogspot.com</a></p>
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		<title>Le Forum social de Laval : Une démarche citoyenne de transformation sociale &#8211; Par Mathieu Leclerc</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 13:44:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>raphael canet</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Laval. Qui n’a jamais entendu tous les clichés attribués à cette ville de la couronne nord de Montréal? On dit d’elle qu’elle est construite pour les automobiles, qu’elle est le royaume du centre d’achat, que son maire est un roi réélu à vie, que ses citoyens-nes ne pensent qu’à avoir la plus belle pelouse et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Laval. Qui n’a jamais entendu tous les clichés attribués à cette ville de la couronne nord de Montréal? On dit d’elle qu’elle est construite pour les automobiles, qu’elle est le royaume du centre d’achat, que son maire est un roi réélu à vie, que ses citoyens-nes ne pensent qu’à avoir la plus belle pelouse et la plus belle entrée de garage du quartier, que c’est le paradis des « tempos », qu’il n’y a pas de pauvreté, etc. Mais au-delà des idées reçues et des légendes urbaines, une toute autre réalité est observable. Il y a de la pauvreté à Laval et elle est notable! Et un des principaux obstacles pour contrer cette pauvreté, c’est que Laval n’a pas une culture de mobilisation. Malheureusement, comme dans d’autres villes de banlieue, la mobilisation citoyenne et l’implication sociale ne sont plus nécessairement ancrées dans les mœurs et valeurs de la grande majorité des citoyens-nes. On constate, de plus, qu’en dehors des organismes communautaires par exemple, il y a de moins en moins de lieux pour que le pouvoir citoyen puisse s’exprimer et avoir un réel impact sur les milieux de vie. Possiblement par manque de lieux de réelle concertation et d’action citoyenne, nous avons comme d’autres constaté que la plupart des gens ont perdu cette habitude de s’impliquer au sein de la collectivité. L’organisation d’un forum social à Laval constituait donc tout un défi!</p>
<h2><strong>Un ancrage communautaire</strong></h2>
<p>Ce constat de la difficulté de mobiliser les citoyens-nes, n’est pas propre qu’à la région de Laval. On constate aussi que dans plusieurs régions du Québec ce défi est omniprésent. Les groupes communautaires quant à eux, ont à répondre à des demandes croissantes de « services » de la part des populations les plus vulnérables. Ces demandes croissantes ont un effet direct sur l’affectation des ressources et sur certaines orientations de ces groupes, notamment au niveau du développement communautaire et d’actions qui visent la transformation sociale. De plus, comme leur financement stagne plus souvent qu’autrement, voir est en baisse par rapport au coût de la vie, ils doivent donc répondre aux besoins de la population sans ajout significatif au financement de la mission. En se concentrant sur la prestation de services à leurs membres qui requiert toutes leurs énergies et toutes leurs ressources, les groupes communautaires n’ont malheureusement plus le temps d’agir sur deux des éléments importants qui définissent l’action communautaire autonome (ACA) : Le développement communautaire et la transformation sociale. C’est face à ce constat dressé au cours des dernières années, que les groupes communautaires de Laval ont décidé de retourner à la base de leur « mission sociale », en initiant une grande démarche de développement social : Celle du Forum social de Laval. Cette démarche a été bâtie selon des valeurs propres au communautaire, soit le renforcement des capacités (<em>empowerment</em>), la transformation sociale, l’éducation populaire autonome, les pratiques alternatives, l’amélioration des milieux de vies, etc, mais aussi selon celles véhiculées par les forums sociaux mondiaux, soit la justice sociale, le développement durable, la solidarité et la démocratie participative, puisqu’il s’inscrit dans leur foulée.</p>
<p>Face à cet ambitieux projet, le défi des groupes communautaires était de parvenir à rejoindre les citoyens-nes non-réseautés, ceux et celles qui ne sont jamais entendus ou écoutés. Il importait donc que cette démarche s’adresse à l’ensemble de la société civile lavalloise. Pour y parvenir, les groupes communautaires ont invité toutes les organisations de la région à se joindre à eux dans cette démarche. Ainsi, non seulement le communautaire, mais aussi les organisations du milieu de l’éducation, de la santé, syndicales, sociales, environnementales, gouvernementales, municipales, etc, se sont joints à eux dans l’organisation et la mobilisation des citoyens-nes de Laval. En tout, c’est plus d’une trentaine d’organisations qui se sont jointes aux organismes communautaires dans ce projet d’envergure. Plusieurs partenaires et citoyens-nes ont siégé chacun-ne sur au moins un des sept comités organisateurs de la démarche, leur permettant ainsi de jouer un rôle actif dans son organisation et sa mobilisation.</p>
<h2><strong>Une démarche en deux temps</strong></h2>
<p>Cette démarche s’est décliné en deux temps : Les forums locaux et le Forum social régional. Dans les deux cas, l’objectif était de permettre aux citoyens-nes de discuter des enjeux qui les touchent, d’identifier les lacunes à dépasser, trouver des solutions et voir comment ils pouvaient s’impliquer activement pour mettre ces solutions en pratique. Ainsi, l’objectif ultime de la démarche était la réappropriation du pouvoir politique par les citoyens-nes, la transformation sociale POUR les citoyens-nes, PAR les citoyens-nes. L’avantage certain de cette démarche était de re-familiariser les citoyens-nes à la concertation en tenant des forums locaux dans leurs quartiers où ils pourraient discuter des enjeux qui les touchent directement dans leur milieu de vie, leur permettant ainsi d’être outillés pour discuter ensuite des enjeux régionaux lorsqu’ils se présenteraient au Forum social de Laval. Cette logique constituait une belle démonstration de ce que sont le renforcement des capacités et l’éducation populaire. De plus, cela démarrait résolument la mobilisation des collectivités pour le Forum social de Laval.</p>
<p>De novembre à décembre 2008, les organismes communautaires de Laval ont tenu neuf forums locaux dans les quartiers de Laval, qu’ils ont organisés grâce au soutien de leurs partenaires, réunissant ainsi près de six-cent personnes au total. Les débats auxquels étaient conviés les citoyens-nes lors des forums locaux portaient sur tous les thèmes reliés aux différents aspects de la vie des citoyens-nes. Ainsi, l’environnement, l’écologie, le logement, l’aménagement urbain, les services publics et para-publics, l’emploi, la pauvreté, le développement économique, les problèmes de la rue, la sécurité, la démocratie, le pouvoir populaire, l’art, les communications, le milieu culturel, l’identité culturelle, l’appartenance à la communauté et le soutien aux initiatives citoyennes sont tous des thèmes qui ont été proposés aux citoyens-nes et soumis aux débats. Pour chacun de ces thèmes, ils ont ainsi pu exprimer leurs doléances, leurs craintes, leurs espoirs, leurs idées, leur volonté d’agir, etc… Ces forums locaux ont permis aux citoyens-nes d’identifier des améliorations à apporter dans leur quartier pour les thèmes qui les préoccupaient le plus et de cibler des pistes de solutions auxquelles ils pourraient prendre directement part. Ces pistes de solutions ont mené à des projets citoyens que nous avons appelés « initiatives locales ». De ces initiatives locales qui ont émergé lors des forums locaux, plusieurs ont été réalisées et plus d’une dizaine sont en cours de réalisation, animées par des comités de citoyens-nes. Par exemple, notons des projets tels que : l’intégration des immigrants-es (fêtes de quartier et jumelage), l’amélioration du transport en commun (rencontre avec les dirigeants de la STL), l’accessibilité aux commerces pour les aînés (service de livraison), l’écoresponsabilité (création d’éco-quartiers et plantation d’arbres), etc. Chacun de ces projets a été conçu à l’initiative de citoyens-nes et par des citoyens-nes, avec le soutien des organismes communautaires de Laval.</p>
<p>Second moment, du 24 au 26 avril 2009 au Collège Montmorency, a eu lieu le Forum social de Laval qui a réunis plus de cinq-cents personnes, dont près de cent-vingt bénévoles et cent-cinquante organisations. Il avait pour objectifs de permettre aux citoyens-nes d’échanger et de débattre sur les enjeux de leur région en prenant part à une multitude d’activités (trente-neuf ateliers, vingt-quatre kiosques, six spectacles et deux conférences/plénières), mais aussi de permettre aux citoyens-nes de se mettre collectivement en action pour les améliorer. Ces actions régionales, nous les avons appelés les « Chantiers régionaux ». En tout, c’est cinq chantiers régionaux qui ont été ainsi créés lors du Forum social de Laval. Leurs thèmes ont été directement inspirés des principales préoccupations exprimées par les citoyens-nes ayant participé aux forums locaux. Chacun de ces chantiers a mené à la réalisation d’un projet concret pour améliorer la région sur un aspect précis choisi par les citoyens-nes. Ces chantiers régionaux sont : L’accueil et l’intégration des néo-québécois (1), le transport en commun (2), les quartiers écoresponsables (3), l’agriculture locale (4) et l’aménagement piétonnier et cycliste (5). Des comités de citoyens-nes, épaulés par les groupes communautaires, travaillent sur chacun de ces projets jusqu’à sa réalisation.</p>
<p>La Corporation de développement communautaire regroupant quatre-vingt-seize organismes communautaires de Laval étant l’instigatrice de cette démarche, elle se fait un devoir de soutenir et d’outiller les leaders de ces comités dans leurs travaux. Ainsi, les projets initiés par les citoyens-nes ne risqueront pas d’être tablettés.</p>
<h2><strong>Un succès en écoresponsabilité</strong></h2>
<p>L’ensemble de la démarche ayant mené au Forum social de Laval était une démarche écoresponsable. Depuis le tout début des travaux dans le cadre de ce projet, tous les efforts ont été déployés afin d&#8217;en minimiser les impacts néfastes sur l&#8217;environnement. Ainsi, autant dans l&#8217;impression de documents, le choix des fournisseurs, l&#8217;économie d&#8217;énergie, la gestion des matières résiduelles, qu&#8217;au niveau de la sensibilisation de la population aux pratiques écoresponsables, la préoccupation environnementale était omniprésente. Sur le plan des résultats, 75% des matières résiduelles engendrées par le Forum social de Laval ont été détournées des sites d’enfouissement et ont pu être réutilisées ou recyclées, et 73% des personnes ayant participé au Forum social de Laval ont utilisé un moyen de transport vert (covoiturage, marche, bicyclette, transport en commun, etc…) pour s’y rendre. De même, l’organisation des forums locaux a aussi été réalisée localement afin de minimiser l’impact de chaque forum sur l’environnement, et ce, avec succès. Nous sommes donc particulièrement fiers de notre bilan écoresponsable!</p>
<h2><strong>Un défi exigeant, mais bénéfique</strong></h2>
<p>Une démarche comme celle que nous avons réalisée à Laval a été particulièrement exigeante, puisqu’en plus d’organiser un forum social, ce qui en soit représente énormément de travail et de mobilisation, nous avons organisé neuf autres événements similaires pour tous les quartiers de Laval. Cela a représenté une somme d’heures  de travail considérable que se sont partagées les groupes communautaires et partenaires ayant mis la main à la pâte. Chacune des personnes y ayant travaillé activement en est ressortie épuisée, mais avec le sentiment profond qu’ils avaient accompli là une grande chose. Non seulement les citoyens-nes de Laval ont-ils répondu à l’appel en grand nombre, mais en plus, leur participation et leur appropriation de la démarche a dépassé nos attentes. En effet, la réponse citoyenne face à l’invitation à devenir eux-mêmes des « agents de transformation sociale », a été particulièrement impressionnante. On a pu le constater par le taux d’implication élevé des citoyens-nes dans les projets qui ont été mis en branle. De même, tous les commentaires recueillis à la sortie du forum tant auprès des participants-es que des partenaires, en venaient à la même conclusion, soit que cela avait été un exercice particulièrement bénéfique et stimulant. Tous et toutes sont unanimes pour affirmer haut et fort que pareille démarche était nécessaire à Laval et que la tenue d’un deuxième forum social lavallois d’ici quelques années serait un incontournable. Le développement d’une culture de mobilisation des collectivités est bel et bien amorcé à Laval et cela ne peut que croître si elle est alimentée régulièrement. Un forum social permet aux citoyens-nes de se réapproprier l’agenda politique, de prendre en charge eux-mêmes le développement de leur région. Cela peut faire peur à certains détenteurs du pouvoir, mais après tout, peut-être que cette peur pourrait permettre de relier à nouveau la réalité quotidienne des citoyens-nes à l’agenda politique des politiciens-nes. Dans tous les cas, la table est mise! Et nous le savons, lors de notre prochain rendez-vous, les lavallois-es répondront à l’appel!!!</p>
<p><strong>Mathieu Leclerc</strong> est agent de recherche et développement à la Corporation de développement communautaire (CDC TROC) de Laval. Il était membre du Comité d’organisation du Forum social régional de Laval. Pour plus d’information sur ce forum : <a href="http://www.forumsocialdelaval.org/">www.forumsocialdelaval.org</a></p>
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		<title>le Forum social lanaudois – Par Daniel Tessier</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 13:43:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>raphael canet</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le Forum social lanaudois (FSL) s&#8217;inscrit parfaitement dans la mouvance des forums sociaux mondiaux et locaux qui se tiennent déjà depuis plusieurs années. Espace public, critique, participatif et inclusif, le FSL veut permettre à tous les citoyens, mouvements sociaux et organismes de la région de prendre la parole, débattre, s&#8217;exprimer et échanger sur les réalités [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le Forum social lanaudois (FSL) s&#8217;inscrit parfaitement dans la mouvance des forums sociaux mondiaux et locaux qui se tiennent déjà depuis plusieurs années. Espace public, critique, participatif et inclusif, le FSL veut permettre à tous les citoyens, mouvements sociaux et organismes de la région de prendre la parole, débattre, s&#8217;exprimer et échanger sur les réalités et les enjeux lanaudois dans un contexte de mondialisation et de néolibéralisme.</p>
<p>L&#8217;idée même de créer un Forum social dans Lanaudière  a été rendue possible par une culture de solidarité constamment renouvelée dans la région. Lanaudière est une région neuve au Québec. On se rappelle la division qui a perduré plusieurs années entre le Nord et le Sud de la région. Les groupes sociaux, les solidarités n&#8217;ont pas été épargnées par de telles divisions. Mais la nécessité de s&#8217;unir pour mener des luttes communes, comme pour réclamer un investissement équitable en santé du gouvernement par rapport aux autres régions, a brisé cette division. Une grande coalition d&#8217;organismes fut ainsi créée dans les années 1990. Puis, à l&#8217;occasion du Sommet des peuples de Québec en 2001, un petit groupe d&#8217;organismes syndicaux et communautaires s’est réuni pour organiser ce qui allait devenir la plus grande mobilisation dans la région de tous temps. Cette coalition, la coalition lanaudoise sur la mondialisation, fière de ce succès devint permanente et continua de faire de l&#8217;éducation populaire particulièrement sur les enjeux de la mondialisation. C’est cette même coalition devenue entre temps Solidarité Lanaudière qui a pris sur elle d’organiser un atelier au premier Forum social québécois de 2007. Cet atelier avait comme thème : est-ce que nous organisons un forum social dans Lanaudière ? Nous connaissons la réponse…..</p>
<p>Ce que vous ignorez peut-être c’est que les membres de Solidarité Lanaudière n’avait pas la moindre idée du défi que cela représentait !</p>
<h2><strong>L’organisation </strong></h2>
<p><strong> </strong>Nous avons structuré l’organisation du forum social selon la même formule que les autres  forums. Les rencontres se faisaient d’abord aux mois puis au deux semaines. Au fur et à mesure les rangs du comité organisateur se sont élargis accueillant à chaque fois de nouvelles forces, de nouvelles idées. Généralement tous les organismes étaient présents à chaque rencontre. Ce fonctionnement tenait lieu et place d’assemblée générale. Il y a eu la formation des comités de programmation, de logistique, de communication, de finances, etc.. Les bénévoles ont bénéficié d’un soutien tout à fait particulier.</p>
<p>La première tâche à laquelle s’est attelée l’organisation  fut la rédaction d’une charte. Bien au-delà du copier-coller, ce texte a suscité de très nombreux débats. Mais nous y sommes arrivés. C’est dans le cadre de ces réflexions, et avec la ferme volonté d’élargir nos rangs que nous avons décidé d’unir nos forces avec la Conférence régionale des élus qui voulaient également de leur côté organiser un forum social la même année.</p>
<p>Il est cependant vite apparu des divergences idéologiques notables qui nous entravaient dans l’élaboration même de la charte et des axes de notre forum. Le résultat : les gens en économie sociale de la CRE décidèrent de couper les liens organisationnels mais de s’inscrire dans les activités du FSL.<br />
La deuxième tâche fut de localiser notre forum. Comme les maisons d’enseignement paraissaient à l’évidence comme des lieux idéaux pour tenir le FSL nous avons contacté les deux plus gros Cegep de la région soit Joliette et L’Assomption et comme ce dernier nous a ouvert les portes et cela tout à fait gratuitement il s’est imposé comme le seul choix logique.</p>
<h2><strong>Organiser un forum social fut l’occasion de faire les choses autrement </strong></h2>
<h3><strong><em>D’abord sur l’accès</em></strong></h3>
<p>Encore là, après d’intenses discussions nous avons décidé que le FSL serait accessible à tous et à toutes moyennant une somme  de 10 dollars. Cette somme donnait accès à toutes les activités du forum, y compris les deux repas du samedi, les spectacles du vendredi et du samedi, aux kiosques, aux expositions, au programme officiel et bien sûr aux ateliers. De plus il fut entendu qu’une série de billets seraient disponibles pour ceux et celles qui n’auraient pas les moyens de défrayer les coûts d’admission et que ces billets seraient discrètement distribués par les organismes communautaires, sans autre forme de contrôle. Concernant les inscriptions, nous avons privilégié Internet, malgré quelques doutes et  le stress de voir ces inscriptions arriver à la dernière minute, ce qui a donné des sueurs froides au comité de logistique.</p>
<h3><strong><em>La question de la nourriture</em></strong></h3>
<p>Dans l’esprit du comité organisateur, pour garder le monde sur le site du FSL il fallait offrir de la nourriture à l’ensemble des participants sur les lieux mêmes. Par un curieux concours de circonstance, alors que nous sollicitions les SADC ( Société d’aide au développement des collectivités), pour le financement du FSL, ceux-ci se sont montrés intéressés à s’investir dans la livraison de la nourriture puisqu’ils sont déjà impliqués activement dans la promotion des produits agricoles de la région. Nous avons donc conçu un plan où la totalité de la nourriture  serait fournie par les producteurs de la région et préparée par deux organismes d’insertion des jeunes en milieu de travail qui délivreraient cette nourriture pour chacun des repas. On parle de 500 personnes à nourrir à deux reprises ! Le vin provenait également de producteurs de la région. Et cela a fonctionné ! Pas sans difficultés, mais avec un grand succès, les participants ont pu apprécier une nourriture de très haute qualité, et produite localement !</p>
<h3><strong><em>L’environnement</em></strong></h3>
<p>Nous avons voulu faire de ce forum une activité éco-responsable. Dans la mesure où nous avons minimisé les impacts négatifs et maximisé les retombées positives engendrées par le FSL nous croyons y être arrivé. Ainsi nous avons utilisé de la vaisselle durable pour les deux repas et des tasses pour le café, le papier a été utilisé au minimum, les inscriptions se faisaient par Internet, l’utilisation de contenants recyclables lors des deux soirées, le compostage des matières résiduelles, la mise en place d’un système de covoiturage, un kiosque sur les gaz à effet de serre, la  plantation de 1000 arbres, l’utilisation à plus de 80 % de produits locaux pour la nourriture, la vente de bière et vin uniquement locaux, la mise à la disposition de transport adapté pour les personnes handicapées, la distribution de café et thé biologique et équitable, le don de la nourriture restante à des banques alimentaires.</p>
<h3><strong><em>La création </em></strong></h3>
<p>Plusieurs prestations artistiques ont été présentées lors du FSL. Mentionnons par exemple, la production d’un toile collective, de la musique Attikamek offerte par Saquay Ottawa, le lancement d’un livre sur la préservation des archives régionales, la présentation d’un vidéo sur le patrimoine vivant, le spectacle du premier soir animé par Sainte-Cécile Bleus band, un orchestre de la région et le samedi une animation des Zapartistes, la présence d&#8217;une écrivaine en résidence et d&#8217; un slammeur-observateur  nous offrant des reflets de nos délibérations.  De plus, plusieurs moments du forum, de ses ateliers, et de ses prestations artistiques ont été gravés en mode numérique par une télévision communautaire de la région.</p>
<h3><strong><em>Les finances </em></strong></h3>
<p>Le FSL a coûté près de 100 000 $. De ce montant plusieurs contributions natures comme le prêt des locaux gratuitement par le CEGEP de L’Assomption, la réduction des coûts par notre serveur Internet, la gratuité des travaux exécuté par notre graphiste, des cachets réduits offerts par les artistes, etc… Une très grande variété de contributions, principalement des organismes organisateurs ont permis des rentrées d’argent significatives. D’autres sommes sont provenues de plusieurs organismes. Finalement tous les députés, tant au niveau national que provincial ont contribué. Nous avons pu ainsi terminer le Forum social lanaudois avec un surplus budgétaire qui va servir à assumer certains suivis du FSL, de faire la promotion du 2e FSQ, et d’assurer un budget de départ à un éventuel 2e FSL.<br />
Seule ombre au tableau, la contribution pratiquement inexistante de la Conférence régionale des élus. En effet hormis la participation à la programmation, et une contribution de la Ville de L’Assomption, aucune somme n’est venue du monde municipal lanaudois. À la lumière de ce qui s’est passée dans d’autres régions, cette attitude est pour le moins surprenante.</p>
<p>Globalement l’organisation du FSL fut un défi extraordinaire. Une immense œuvre de création collective, c’est ce que les organisateurs comme les participants et participantes retiennent..<br />
La plus grande difficulté fut sans conteste le fait d’organiser une telle activité sans savoir combien de participants nous aurions…Tant au plan de la logistique que des finances il a fallu jouer aux équilibristes pour planifier ainsi dans l’incertitude totale. D’autant plus que les inscriptions rentraient au compte-goutte au début.. et que nous n’avons su que deux semaines avant quelle tournure le FSL prendrait en terme de participation….</p>
<p>Nous avons été confrontés à d’autres difficultés évidemment. L’invitation faite à un député de la région de présenter un discours à l’ouverture fut lourdement questionnée. Autre situation très difficile à vivre fut l’accident malheureux de monsieur Aimé Despatie : après avoir fait une chute sur les lieux même du FSL, ce vieux monsieur, bâtisseur de la région, est décédé quelques heures plus tard, jetant l’ensemble des participants dans la consternation.</p>
<p><strong> </strong></p>
<h2><strong>La participation </strong></h2>
<p>D’une manière tout à fait arbitraire, comme c’était la première fois que nous organisions un tel forum, nous avions fixé un  objectif de participation de 500 personnes. Bien que le 25 avril dernier la température frôle les 27°C, soit la plus belle journée depuis l’été précédent, nous avons atteint cet objectif ! Des gens de tous les coins de la région, beaucoup de jeunes, plusieurs Attikameks, dont le grand chef de Manouane lui-même, plusieurs élus ont assisté au forum. Nous avons eu droit à la tenue de 70 ateliers, soit un immense succès si on considère qu’il s’agit de notre premier forum social.</p>
<h2><strong>La concertation </strong></h2>
<p>Un autre des grands succès du FSL fut l’extraordinaire concertation du milieu. À partir du noyau des organismes membres de Solidarité Lanaudière, plusieurs autres organismes régionaux ont joint les rangs du FSL. Pendant plus d’un an, avec un rythme de rencontres de plus en plus soutenus ils se sont impliqués de façon exemplaire et avec une discipline magnifique. Juste pour ces liens créés, pour ces solidarités établies, l’organisation du FSL fut une expérience riche, porteuse d’avenir et structurante pour la région.</p>
<h2><strong>Les résolutions </strong></h2>
<p>Le fonctionnement du forum prévoyait que chaque atelier pouvait ramener en plénière du dimanche une ou plusieurs résolutions. C’est à cette plénière que furent ainsi débattues puis finalement adoptées 48 résolutions. En voici quelques exemples.</p>
<p>-Développer la démocratie participative dans nos municipalités et tous lieux décisionnels pour favoriser un meilleur développement</p>
<p>-Le Forum social lanaudois se prononce contre toute forme de privatisation des services publics</p>
<p>-Appuyer et publiciser le projet de la déclaration de revenus simplifiée pour les aînées et les aînés</p>
<p>-Faire pression auprès des élues et élus lanaudois pour obtenir des programmes d’aide pour les<br />
ménages à faibles revenus afin d’atténuer les impacts des hausses des prix de certains services<br />
publics de base (électricité, télécommunications, etc.)</p>
<p>-Qu’une campagne de sensibilisation soit faite au sein de la population lanaudoise sur les impacts négatifs de la Fondation Chagnon</p>
<p>-Favoriser l’identification et l’accessibilité des produits alimentaires locaux pour les consommatrices et les consommateurs lanaudois</p>
<p>-Que l’ensemble des acteurs socio-économiques lanaudois (CEGEPS, UPA,&#8230;) reconnaissent l’importance du développement de la filière plantes à fibres de l’agriculture au marché</p>
<p>-D’ici 2 ans, éliminer complètement le suremballage, les sacs de plastique et les contenants de polystyrène  de la région de Lanaudière</p>
<p>-Améliorer la qualité de l’eau et promouvoir des bonnes pratiques d’utilisation et de gestion de<br />
l’eau, notamment, en diminuant et en contrôlant la propagation des algues bleues dans Lanaudière</p>
<p>-Appuyer les agricultrices et les agriculteurs dans leurs démarches visant une saine gestion de l’environnement</p>
<p>-Créer une carte municipale d’accès culturel à prix abordable pour les citoyennes et les citoyens de tous âges dans Lanaudière</p>
<p>-Contrer le décrochage scolaire par l’intégration d’activités artistiques et culturelles pour les étudiantes et les étudiants en augmentant le temps d’enseignement des arts et de la culture</p>
<p>-Fournir de l’information et des moyens pour aider les familles en difficulté et favoriser une meilleure présence des parents auprès des enfants,  les procédures pour la réunification familiale de ces personnes</p>
<p>-Que le FSL soutienne les revendications et actions de la Marche mondiale des femmes</p>
<h2><strong>Les suites </strong></h2>
<p>Il est évident que la mise en œuvre de ces résolutions relèvent maintenant des organismes qui les ont proposées. Mais de plus, Solidarité Lanaudière va, dès cet automne regarder les possibilités d’élaborer  des solidarités pour faire en sorte que ces résolutions prennent vie.</p>
<p>Autre suivi important : la mobilisation pour le 2e Forum social québécois. En effet les organisateurs du FSL se sont engagés à travailler à la mobilisation du FSQ pour faire en sorte que les organismes de la région mais aussi les citoyens et citoyennes de Lanaudière participent massivement au FSQ !</p>
<p><strong>Daniel Tessier</strong> est président du Conseil central de Lanaudière<em> (</em><em>CSN</em><em>)</em>, et membre du comité d’organisation du Forum social lanaudois. Pour plus d’informations sur ce forum : <a href="http://www.forumsociallanaudois.org">http://www.forumsociallanaudois.org</a></p>
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		<item>
		<title>Au-delà des crises : Le Forum social mondial et la construction d’un autre monde – Par Raphaël Canet, Dominique Caouette, Pascale Dufour, Marie-Josée Massicotte, Caterina Milani et Caroline Patsias</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 13:42:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>raphael canet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Témoignages du FSM 2009]]></category>
		<category><![CDATA[altermondialisme]]></category>
		<category><![CDATA[forums sociaux]]></category>

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		<description><![CDATA[Même pour ceux et celles qui tentaient encore de se convaincre, le mythe de la mondialisation heureuse et du marché global pacificateur et prospère n’est plus[1]. Crises économique, écologique, alimentaire, énergétique, guerres et conflits multiples ont confondu les ultimes sceptiques. Dans un tel contexte, la question des alternatives se pose avec acuité.
La mouvance altermondialiste, comme [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Même pour ceux et celles qui tentaient encore de se convaincre, le mythe de la mondialisation heureuse et du marché global pacificateur et prospère n’est plus<a href="#_ftn1">[1]</a>. Crises économique, écologique, alimentaire, énergétique, guerres et conflits multiples ont confondu les ultimes sceptiques. Dans un tel contexte, la question des alternatives se pose avec acuité.</p>
<p>La mouvance <em>alter</em>mondialiste, comme son nom l’indique, cherche des solutions et le 8<sup>ème</sup> Forum social mondial (FSM) de Belém (Brésil), que s’est tenu du 27 janvier au 1<sup>er</sup> février 2009 s’insère dans cette quête. Nous y avons participé au sein de la délégation UNI-Alter qui a rassemblé plus de 75 étudiant(e)s (UQAM, Université de Montréal, Université de Sherbrooke et Université d’Ottawa) ainsi que des membres de la société civile.</p>
<p>Au programme du FSM 2009, plus de 2000 activités (ateliers, rencontres, conférences, performances artistiques…), rassemblant quelque 100 000 participants originaires de près de 140 pays. Un bel exemple de la diversité du monde, de ses luttes et de ses espoirs. Un moment idéal pour s’interroger sur notre rôle de privilégié(e) canadien/québécois dans la marche actuelle du monde.</p>
<h2><strong>Se rassembler, partager et construire </strong></h2>
<p>Depuis la tenue du premier Forum social mondial, à Porto Alegre au Brésil en janvier 2001, les altermondialistes imaginent, proposent et construisent des alternatives et de nouvelles manières d’agir. Ces forums sont devenus des points de convergence d’une multitude de mouvements sociaux et de groupes citoyens qui s’organisent à toutes les échelles, du local au global, pour bâtir des solutions durables et solidaires aux multiples crises et défis qui nous confrontent. En quelques années, des centaines de forums sociaux ont été organisés à travers la planète. Le FSM est le plus connu, mais il existe également des forums continentaux (Afrique, Europe, Asie, Amériques), nationaux (le premier Forum social États-Unis a eu lieu en juillet 2007 à Atlanta et le premier Forum social québécois a rassemblé 5000 personnes à Montréal en août 2007), mais aussi locaux, de villes ou de quartiers.<strong> </strong></p>
<p>L’ambition clairement affichée par les forums sociaux est de profiter de ces moments privilégiés de rassemblement pour renforcer les alliances entre groupes et mouvements (marches pour la paix, campagnes pour les droits des femmes, des autochtones et des travailleurs migrants, ou pour la responsabilité sociale des entreprises…), partager les expériences novatrices (économie sociale, coopérativisme, commerce équitable…), favoriser l’éducation populaire et la participation citoyenne, mais aussi mettre en pratique des alternatives de consommation et de vie. Les forums sociaux se présentent aujourd’hui comme le lieu d’éclosion d’une culture politique renouvelée, plurielle, participative et inclusive.<strong> </strong></p>
<h2><strong>Changer les mentalités</strong></h2>
<p>La mouvance altermondialiste et les forums sociaux se sont initialement construits contre une pensée unique et réductrice articulée autour du Consensus de Washington. Le libre-échange : pas le choix. La privatisation : pas le choix. La réduction de la dette : pas le choix. Les programmes d’ajustement structurel : pas le choix. Beaucoup en sont venus d’ailleurs à se demander à quoi cela pouvait bien servir de voter si de toutes manières nous n’avions aucun choix. Le slogan du FSM : <em>Un autre monde est possible</em>, est venu briser ce consensus, espérant libérer de nouveau l’esprit et l’initiative et permettre la créativité au-delà des schémas de l’économie politique néoclassique.</p>
<p>Puis les faits sont venus renforcer les idées. Les crises sociales, économiques et financières à répétitions, qui frappaient au Sud depuis les années 1980 ont commencé à affecter l’hémisphère Nord depuis les années 1990  avec l’éclatement successif de bulles spéculatives (Internet, énergie, immobilier…). La suite, nous la vivons aujourd’hui avec les faillites magistrales des géants de l’automobile, des technologies de la communication (Nortel), des banques, des fonds de pension… L’horizon s’ouvre sur la récession et plusieurs années de crise économique. Doit-on poursuivre dans notre vision individualiste et consumériste ? Doit-on chercher sans cesse la maximisation des profits ? Ces réflexes sont-ils compatibles avec un développement durable et une réelle solidarité entre les générations mais aussi entre les régions ? Comment favoriser l’économie locale, la solidarité internationale des peuples et un commerce équitable ? Autant de questionnements qui ont traversé le FSM de Belém.</p>
<p><strong> </strong></p>
<h2><strong>Ça peut commencer par nous</strong></h2>
<p>Les forums sociaux veulent donner la parole à tous ces groupes et mouvements qui luttent pour leurs communautés, souvent dans des conditions de survie, mais qui sont absents de notre écran-radar politico-médiatique. Pensons chez nous aux peuples autochtones, aux travailleurs migrants, aux sans-abris et au nombre croissant de gens devant se tourner vers les banques alimentaires… Dans cette logique d’ailleurs, le FSM 2009 a voulu mettre les peuples originaires et autochtones  (à l&#8217;exemple des Indigènes, des Quilombolas, des peuples des rivières) au centre de l’événement.</p>
<p>Donner voix et reconnaissance aux sans-voix implique aussi d’écouter, de dialoguer et de travailler ensemble pour transformer nos sociétés. Cela suppose de revaloriser le pouvoir collectif, de prendre conscience qu’en qualité de citoyen, nous avons aussi une parcelle de pouvoir, mais surtout qu’en tant que membre d’une société, d’une communauté, d’un quartier, nous avons des responsabilités. Souvent, la solidarité se construit au quotidien.</p>
<h2><strong>Apprendre des autres</strong></h2>
<p>Autour de nous les choses bougent. Parallèlement à ce processus de redynamisation des forces sociales, plusieurs gouvernements, essentiellement en Amérique latine, ont récemment été élus pour jouer pleinement leur rôle d’acteur politique d’une transformation sociale au profit du plus grand nombre. Que l’on pense à Lula au Brésil, à la <em>révolution bolivarienne</em> d’Hugo Chavez au Venezuela, à la Bolivie de Morales, à l’Équateur de Correa….</p>
<p>Leur volonté affichée de réaffirmer leur souveraineté sur leurs richesses et sur leur développement représente une source d’espoir pour les peuples du Sud, qu’il faudrait bien convertir en source d’inspiration dans les pays du Nord. Les multiples crises qui nous affectent révèlent qu’un autre monde est non seulement possible et nécessaire, mais tout simplement inévitable. Le contenu des alternatives politiques qui seront adoptées au Nord dépendra de la capacité des luttes sociales à changer les gouvernements, tout en stimulant l’essor d’une nouvelle culture politique participative, promue par les forums sociaux.</p>
<p><strong> </strong></p>
<h2><strong>L’inclusion des mouvements et la convergence des mobilisations</strong></h2>
<p>Depuis ses débuts, le FSM a été construit comme un espace de rencontre entre des organisations relativement structurées : syndicats, ONG, mouvements et réseaux transnationaux d’acteurs comme ATTAC ou la Via Campesina, et des citoyens désireux de travailler à la construction de cet autre monde. Cette dimension du FSM demeure un élément fort. Cependant, sur le plan de l’ouverture et de la volonté d’inclure une plus grande diversité de mouvements sociaux, le FSM de Belém aura probablement fait beaucoup. À la différence des premières FSM, nous avons noté la forte présence des réseaux d’acteurs moins institutionnalisés, en particulier les réseaux de femmes, les afro-descendants et les peuples autochtones de l’Amazonie. Ces derniers ont d’ailleurs réclamé haut et fort l’appui de chacun des participants afin de faire pression sur le gouvernement brésilien pour arrêter la déforestation et les grands projets de barrages hydro-électriques qui contaminent leurs terres et leurs rivières, mettant en péril leur survie. Les jeunes, pour la plupart brésiliens, formaient aussi une bonne majorité des 100 000 participants.</p>
<p>Le FSM est aussi un espace de reconnaissance des luttes des autres, le moment où il est possible de faire converger les revendications des mouvements agissant dans des domaines distincts. Il ne s’agit pas simplement d’assister à une cérémonie d’ouverture où les peuples autochtones sont à l’honneur. Il s’agit aussi d’entrer en dialogue avec d’autres mouvements, de comprendre et reconnaître les problématiques et les revendications portées par chacun. Ici, le forum agit comme un facilitateur. Il permet de travailler en commun dans l’après-forum, tout en demeurant ancrés dans des réalités et des organisations distinctes. Lors d’ateliers autogérés, plusieurs grands réseaux mondiaux ont élaboré un agenda commun de mobilisations. Le 28 mars 2009, des mobilisations mondiales sont prévues contre le sommet du G20 sur la crise financière. Le 12 octobre 2009, une mobilisation transcontinentale soulignera l’impact des changements climatiques sur les conditions de vie des peuples autochtones.</p>
<p>Cela souligne combien le forum invite à la fois à une réflexion et à une prise en compte des redéfinitions de l’espace et des territoires du politique. Les décisions qui affectent les citoyens sont de plus en plus le fruit de politiques ou d’organisations dont les actions dépassent le strict cadre national et sur lesquelles les citoyens n’ont que peu d’emprise. Quant est-il aujourd’hui de l’imputabilité des dirigeants qui constitue pourtant un élément clé dans l’exercice de la démocratie ?</p>
<p><strong> </strong></p>
<h2><strong>La question de l’efficacité</strong></h2>
<p>L’évaluation des forums sociaux ne peut se faire selon une mesure simple de l’efficacité. On ne rend pas compte du succès où de l’échec des forums à l’aune du renversement du pouvoir politique ou des transformations des politiques publiques. Mais la force mobilisatrice et agrégative du Forum est aujourd’hui reconnue en Amérique latine. Cette année, cinq chefs d’État latino-américains (Brésil, Venezuela, Équateur, Paraguay et Bolivie) sont venus rencontrer les participants. Le président Evo Morales a même souligné qu’il était lui-même le produit du mouvement autochtone et de la mouvance des forums sociaux.</p>
<p>Il n’en demeure pas moins que la question des réalisations concrètes, au-delà de l’événement lui-même, demeure un élément fondamental dans l’évaluation d’un FSM. Aussi, parmi la multitude de propositions et d’actions qui ont émergées des 2400 activités du forum, nous en soulignerons deux.</p>
<p>1) Ce forum a mis l’accent sur une réalité qui demeurait marginale dans les revendications de la mouvance altermondialiste depuis son émergence : la problématique environnementale. La journée du 28 janvier fut exclusivement consacrée à cette question en donnant la parole aux peuples autochtones de la région pan-amazonienne. Ce fut l’occasion pour eux de mettre de l’avant des projets concrets axés sur l’économie solidaire et communautaire, la réciprocité des échanges, le respect de l’équilibre entre la nature et la société, l’autonomie gouvernementale et le respect de la diversité. Le message fut transmis avec force. Comment ne pas se sentir interpeler lorsque vous vous retrouvez en face de ces peuples millénaires qui vous invitent à écouter les plaintes des fleuves, les sanglots des arbres, les cris de la mère-terre ?</p>
<p>2) La crise financière et ses impacts furent aussi au cœur des préoccupations. Tous s’entendent sur le fait que la crise actuelle constitue une opportunité pour transformer notre modèle de société, notre conception du développement et notre idée du progrès. Les solutions sont multiples. Du socialisme du 21<sup>ème</sup> siècle à l’économie sociale, de la réforme de l’architecture financière mondiale à la profonde transformation de nos modes de vie. Cependant, tout le monde s’accorde sur le fait que les 6000 milliards de dollars de fonds publics injectés dans le système bancaire mondial auraient pu régler bien des problèmes de santé, de pauvreté, d’éducation… Ces plans de sauvetage ont révélé que les moyens économiques existent pour changer concrètement les choses. C’est la volonté politique qui manque.</p>
<p>La pertinence des forums sociaux se comprend mieux dans la durée : des mouvements et des alliances s’organisent et perdurent, de nouvelles pratiques naissent, différentes manières de penser le monde se construisent. Le monde devient tout à la fois pluriel, complexe, mais aussi plus proche. Une chose est certaine : chacun ramène une expérience nouvelle, un regard différent sur la société contemporaine et une vision élargie des luttes sociales à venir. Ainsi le processus du FSM dépasse largement ce moment de rassemblement : il transforme la vie quotidienne des participants et des organisations, les rapports sociaux dans les milieux de travail, l’espace domestique, la rue ainsi que le regard qu’on porte sur les autres, ailleurs ou chez nous.</p>
<p><strong>Raphaël Canet</strong> est professeur à la faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa, <strong>Dominique Caouette </strong>et <strong>Pascale Dufour </strong>sont tous les deux professeurs au département de science politique de l’Université de Montréal, <strong>Marie-Josée Massicotte</strong> est professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, <strong>Caterina Milani</strong> est coordonnatrice des Initiatives internationales aux Y du Québec et <strong>Caroline Patsias</strong> est professeur du département de science politique de l’Université de Sherbrooke. Tous faisaient partie de la délégation UNI-Alter au FSM 2009.</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> Ce texte est une version remaniée et actualisée de deux articles parus dans la page Idées du journal Le Devoir les 27 janvier et 3 février 2009.</p>
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		<title>Guantanamo &#8211; Par Christine Archambault</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 13:41:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>raphael canet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Poésie et fiction]]></category>
		<category><![CDATA[poésie]]></category>

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		<description><![CDATA[À l’école de la haine
J’ai appris le désespoir
Je suis très bon élève
Je sais tout maintenant

Dans l’île du soleil fou
Ils ont brûlé mon cerveau
Et vendu ma jeunesse
Contre une âme corbeau

L&#8217;eau cristalline danse
Mais dans les latrines
La vue donne sur le Nord
Les corps des Antilles

On l’annonce pour bientôt
Guantanamo, Guantanamo
Ne sera plus qu&#8217;un mot
Sur les cartes jaunies

J&#8217;ai perdu mémoire
Des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center">À l’école de la haine</p>
<p align="center">J’ai appris le désespoir</p>
<p align="center">Je suis très bon élève</p>
<p align="center">Je sais tout maintenant<span id="more-77"></span></p>
<p align="center">
<p align="center">Dans l’île du soleil fou</p>
<p align="center">Ils ont brûlé mon cerveau</p>
<p align="center">Et vendu ma jeunesse</p>
<p align="center">Contre une âme corbeau</p>
<p align="center">
<p align="center">L&#8217;eau cristalline danse</p>
<p align="center">Mais dans les latrines</p>
<p align="center">La vue donne sur le Nord</p>
<p align="center">Les corps des Antilles</p>
<p align="center">
<p align="center">On l’annonce pour bientôt</p>
<p align="center">Guantanamo, Guantanamo</p>
<p align="center">Ne sera plus qu&#8217;un mot</p>
<p align="center">Sur les cartes jaunies</p>
<p align="center">
<p align="center">J&#8217;ai perdu mémoire</p>
<p align="center">Des sourates et des dates</p>
<p align="center">Où est la Mecque dans l’isoloir</p>
<p align="center">Où est la Kaaba ici bas</p>
<p align="center">
<p align="center">Je savoure la pluie</p>
<p align="center">Le vomi m&#8217;accompagne</p>
<p align="center">L&#8217;image du sang séché</p>
<p align="center">Est ma seule compagne</p>
<p align="center">
<p align="center">Le sommeil est trop rare</p>
<p align="center">Assommez-moi</p>
<p align="center">Entre deux cauchemars</p>
<p align="center">Mes viscères n&#8217;ont pas d&#8217;avenir</p>
<p align="center">
<p align="center">Tous les jours sont pareils</p>
<p align="center">Ils coulent en vermeil</p>
<p align="center">J&#8217;apprends des gros mots</p>
<p align="center">Je compte mes cicatrices</p>
<p align="center">
<p align="center">Mon sort fascine autant</p>
<p align="center">Que l’agonie d’un moustique</p>
<p align="center">Quand je rêve que j’ai des ailes</p>
<p align="center">C’est pour m’écraser contre une vitre</p>
<p align="center">
<p align="center">Guantanamo sera mon tombeau</p>
<p align="center">Mon exil prend fin</p>
<p align="center">Ce soir mon asile</p>
<p align="center">Ce soir mon repos</p>
<p align="center">
<p align="center">L’eau turquoise de la baie</p>
<p align="center">Que je n’ai jamais vue</p>
<p align="center">M’accueillera les yeux fermés</p>
<p align="center">Le cou brisé et la tête nue</p>
<p align="center">
<p style="text-align: left">
<p style="text-align: center">
<p style="text-align: left"><strong>Christine Archambault</strong> est scénariste et traductrice spécialisée en adaptation cinématographique. Ses nouvelles sont parues dans le journal <em>Cité-Nouvelles</em> et la revue <em>Biscuit chinois</em>. Elle écrit aussi des chansons et de la poésie.</p>
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		<item>
		<title>UNIALTER : Le FSM, toile d’uniques et symphonie ad lib</title>
		<link>http://redtac.org/possibles/2009/09/29/unialter-le-fsm-toile-d%e2%80%99uniques-et-symphonie-ad-lib/</link>
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		<pubDate>Tue, 29 Sep 2009 13:40:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>raphael canet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Témoignages du FSM 2009]]></category>
		<category><![CDATA[altermondialisme]]></category>
		<category><![CDATA[forums sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[témoignage]]></category>

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		<description><![CDATA[Un des aspects les plus important du processus des Forums Sociaux, qu’ils soient locaux, régionaux ou mondiaux, est le rôle de témoins et passeurs que les participants ont à jouer. En effet, je pense que les critiques adressées aux Forums Sociaux à propos de leur absence de résultats concrets peuvent être battues en brèche lorsque [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Un des aspects les plus important du processus des Forums Sociaux, qu’ils soient locaux, régionaux ou mondiaux, est le rôle de témoins et passeurs que les participants ont à jouer. En effet, je pense que les critiques adressées aux Forums Sociaux à propos de leur absence de résultats concrets peuvent être battues en brèche lorsque chacun et chacune témoigne de son expérience. De plus, l’appropriation des moyens d’expression par les participants des Forums Sociaux favorise une diffusion plus large des actions et réflexions altermondialistes ainsi qu’une compréhension plus fine et approfondie du phénomène novateur des Forums Sociaux qui de par leur caractère non-hiérarchique et non-représentatif peuvent déstabiliser ceux qui l’appréhendent de façon brève et novice, faute de temps ou d’intérêt réel, comme c’est le cas d’un bon nombre de médias. Témoigner de son expérience une fois de retour dans sa communauté apparaît alors comme une attitude normale pour tout ceux qui participent à un Forum Social. Et ceci d’autant plus que ce dernier se déroule loin de leur contrée d’origine.</p>
<p>C’est dans cet esprit que les membres étudiants et professeurs de la délégation UNIALTER lancèrent un blog sur la toile afin de partager leurs expériences et analyses sur la mouvance altermondialiste autant sur le vif de l’action qu’une fois rentrés au bercail. J’ai eu la chance d’être un des membres de cette délégation et d’avoir pu partager des moments forts autant avec mes camarades qu’avec de parfaits inconnus. Un lecteur un tant soit peu attentif remarquera aussi que je mis en ligne quelques contributions personnelles à cet effort de témoignage. Et je me trouve six mois plus tard à faire une compilation de quelques textes parmi la cinquantaine de papiers virtuels afin de faire partager, par le biais de cette revue mise en ligne, l’expérience de quelques humains ayant vécu le FSM 2009. Du fait de mon appartenance à cette délégation, certains auraient pu supposer un conflit d’intérêt latent pouvant mener à un manque d’objectivité. Je penses au contraire que ma connaissance intime d’UNIALTER m’a permis de dresser un résumé assez fidèle de notre expérience à Belém.</p>
<p>Ces textes furent écrits avec une plume d’une très grande qualité et honnêteté. Il faut en remercier les auteurs qui ont réussi le tour de force d’être à la fois d’une grande sensibilité face aux histoires auxquelles ils furent confrontés en même temps qu’ils conservaient une justesse d’analyse remarquable. Mon travail de compilateur se résuma finalement à tenter de souligner bien modestement la dynamique de notre voyage et du FSM en organisant plus ou moins logiquement cette sélection de textes. J’ai ainsi trouvé qu’un thème musical correspondait bien à celle-ci. Nous évoluons ainsi crescendo des impressions pré-forum pour atteindre la paroxysmique semaine de FSM proprement dite avant de ralentir le rythme, mais non pas la vigueur de nos pensées et actions, une fois rentrés chez nous. La clé de sol s’imposait également comme fil directeur de cette compilation de par la nature du FSM lui même. Chaque acteur du forum est différent comme chaque instrument a sa personnalité au sein d&#8217;une partition. Mais au final, tous les participants du FSM, même en s&#8217;accordant sur certains points, sont toujours indépendants les uns des autres, regroupés dans ce que j&#8217;appelle une «toile d&#8217;uniques». C’est en regardant ces deux aspects complémentaires que je crois pouvoir dire que le FSM est une symphonie ad lib…</p>
<p><strong>Anthony Côte</strong></p>
<h1><strong>Préambule : Pianissimo</strong></h1>
<h2><strong><em>15 janvier 2008 : Le calme avant la tempête, Belém se prépare au FSM entre enthousiasme et scepticisme </em></strong></h2>
<p><strong>Par </strong><strong>Maude Derôme (Étudiante à l’Université d’Ottawa)</strong></p>
<p>Je vous envoie quelques premières nouvelles de Belém…</p>
<p>Porte de l’Amazonie, Belém est pourtant bien loin d’une ville de la jungle…Définitivement urbaine, populaire, l’infinie mouvance des rues du centre étourdit le nouvel arrivant, qui court se rafraîchir d’une agua de coco annoncée à coup de puissants poumons à chaque coin de rue. D’un quartier à l’autre, ces rues, traversées, ruelles et boulevards, changent de tête, d’ambiance…Depuis la rêverie du centre historique aux édifices délabrés d’allure de la Havane, c’est le mercantilisme détonnant du quartier Comercio qui étonne ! Du sous-vêtement frivole au Hamburger américain, en passant par les gadgets plastiques bien chinois et taiwanais, on trouve de tout dans les rues de Belém. En poursuivant la marche infatigablement vers l’ouest, on déboule alors en pleine névralgie belimoise: le marché Ver-O-Peso et son incontournable marché de poissons (surtout vers 3h du matin quand les pêcheurs étalent leurs milliers de prises odorantes aux regards négociateurs des restaurateurs et hôtelliers), et puis le port, avec ses énormes bateaux noyés sous toutes leurs marchandises.</p>
<p>Mais voilà qu’en janvier 2009, Belém se transforme et les Bélimois aussi. À l’approche du forum, on nettoie les rues, on réforme les écoles qui accueilleront les participants, on repeint les agences touristiques improvisées. Les hôtels affichent complet, les lignes téléphoniques surchauffent, les chapiteaux sont montés à grand fracas de métal. Et pour ceux qui voudraient oublier la venue du forum, il leur faudra éviter les grandes artères commerciales “nettoyées” des petits vendeurs relégués en périphérie, et ne pas prendre le taxi, avec leurs chauffeurs fraîchement sortis des cours intensifs de tourisme international, prêts à étaler tout leur savoir pour un bon pourboire…Il leur faudra aussi éviter de discuter avec ceux dans les rues et dans les petits bars, qui rappellent avec désillusion que le forum prévoit produire plus de 50 tonnes de déchets dans une ville qui dispose d’un système de collecte plus que déficient. Mais rassurons-nous, tout sera envoyé au dépotoir local sur lequel vivent déjà de trop nombreuses familles, qui se réjouiront certainement de telles offrandes, non ? Au fond, ce sera une oeuvre humanitaire de plus… même chose pour la garde militaire dépêchée sur les lieux pour assurer “la sécurité des étrangers” alors que la ville ne sait plus que faire de toutes les violences quotidiennes que renferment ses murs, mais celles-ci ne touchent que les locaux bien sûr…</p>
<p>Je suis ici terriblement cynique, mais je ne fais que rapporter le ton rapidement perceptible dans les petits quartiers. Rassurons-nous, le forum attire également son lot d’enthousiasme, particulièrement chez les étudiants, les églises, et les petits vendeurs d’artisanat !</p>
<p>Sur les sites du forum, les deux universités principales de la ville, l’organisation va bon train. Situés dans la verdure, les lieux sont agréables (notamment pour le campement de la jeunesse) et les installations en pleine élaboration. Les transports sont des plus faciles (peut-être deviendront-ils de véritables cauchemars avec l’affluence prévue mais enfin) entre l’aéroport et le centre, le centre et les lieux du forums, et entre les deux lieux du forum même. Je tente de m’informer concernant le mode de distribution d’eau etc, mais s’il y en a qui ont la fibre écologique, sachez que vous vous retrouverez ici en terre de plastique ! Les rivieres débordent de rebus de bouteilles, petits verres, sacs et emballages de toute sorte,  une gourde (ou la réutilisation de la même bouteille) est on ne peut plus appropriée !</p>
<p>Arrivons donc au forum pleins d’enthousiasme, gagnés de l’effervescence que l’on sent ici monter tranquillement, mais en gardant toujours en tête que nous sommes au Brésil, dans un État qui plus est fort inégal, dans une ville dont certains habitants ne perçoivent des sauveurs altermondialistes que la cause et non la solution à leurs maux (combien de fois par jour j’entends des “ça va être encore du blablabla et tout l’argent qui est mis pour parler, pourquoi ils le mettent pas pour que le pays soit vraiment changé”), ou encore un attrait mercantile bien apprécié…</p>
<h1><strong>Ouverture : Allegro Molto</strong><strong>, </strong><strong>Premier mouvement : Au coeur de l’OSNI<a href="#_ftn1"><sup>*</sup></a></strong></h1>
<h2><em>Marche d’ouverture du Forum Social Mondial 2009</em></h2>
<p><strong>Par Pascale Dufour (professeure à l’Université de Montréal)</strong></p>
<p>C’est sous une pluie battante &#8211; nous sommes sous les tropiques &#8211; que la marche d’ouverture du Forum Social Mondial de Belém a débuté. Il en fallait bien plus pour décourager les 80 000 personnes (voir plus) qui s’étaient rassemblées dans les rues du centre-ville. Parmi les participants, nous avons noté une forte présence des peuples autochtones, moins visibles lors des autres rassemblements mondiaux, une très forte présence des jeunes militants et une présence soutenue des environnementalistes. Par ailleurs, les “classiques” des marches d’ouverture des FSM ont été en tout point respecté: forte représentation syndicale, présence importante des réseaux de femmes, bonne humeur et ambiance festive étaient au rendez-vous. En revanche, les militants et groupes africains et asiatiques étaient très peu représentés au sein du cortège.</p>
<p>L’élément de nouveauté  (c’est la première fois que le FSM est organisé à Belém) a probablement joué dans l’accueil curieux et, en général, enthousiaste que les Bélimois ont réservé aux altermondialistes.</p>
<h2><em>30 janvier 2009 : L’energie positive d’un raz de marée humain</em></h2>
<p><strong>Par Germain Schmid (étudiant à l’Université de Montréal)</strong></p>
<p>Premier jour du FSM!</p>
<p>Une grande marche dans le centre-ville débute à 3 heures, comme la pluie. Une euphorie générale bercée de musique transporte un flot de millers de personnes sous les banderoles les plus diverses jusqu’au terminus ferroviaire de la ville.</p>
<p>On retrouve surtout des mouvements brésiliens. Sont aussi présents, parmi d’autres, un syndicat belge, ATTAC et la CGT (Confédération Générale du Travail) de France, un mouvement indépendantiste guyanais, 2 militants de Christiania de Copenhague au Danemark, un mouvement du Honduras, des féministes, Greenpeace, le drapeau gay et beaucoup de peuples indigènes… Au milieu du convoi, un bus et un syndicat sur des motos. L’environnement n’est pas une préoccupation de tous.</p>
<p>Pour moi, cette marche est un symbole de la réunion de mouvements divers, et pourtant allant dans une même direction. C’est une revendication du droit à ne pas être d’accord, et à l’accepter et une célébration de l’activisme.</p>
<h1><strong>Fortissimo : dialogues et improvisations alter-mondiales</strong></h1>
<h2><em>28 janvier : Journée Pan-Amazonienne</em></h2>
<p><strong>Par Marie-Josée Massicotte (professeure à l’Université d’Ottawa et Pascale Dufour.</strong></p>
<p>Voici quelques commentaires sur une partie des ateliers auxquels nous avons assisté aujourd’hui.</p>
<p>Ce matin, lors de la présentation culturelle des peuples autochtones, nous avons eu l’occasion d’observer les rituels des Premières Nations du Pará. Au delà de l’exotisme, nous retenons surtout l’émotion et l’importance de ce moment de recueillement entre les participants de divers pays et origines ethniques, rassemblés pour cette première journée pan-amazonienne.</p>
<p>Par ailleurs, à la suite de cette cérémonie, la thématique de la souveraineté et sécurité alimentaire étaient à l’honneur. Des groupes de femmes (de la Via Campesina et de la Marche mondiale des femmes) ont interpellé la foule nombreuse pour dénoncer les impacts des industries agroalimentaires, des agro-combustibles et des monocultures sur les communautés locales et les modes de vie des paysans. Leur prestation culturelle nous rappelait l’importance de la production et de la consommation de produits agricoles sains, qui servent d’abord à nourrir la population locale, tout en respectant la capacité à produire de la terre.</p>
<p>En après-midi, les femmes amazoniennes ont ouvert l’atelier d’orientation des actions de la Marche mondiale des femmes de 2010. Ce mouvement, qui regroupe des militantes de plus de 70 pays répartis sur quatre continents, est un exemple typique d’un mouvement transnational. Si au départ le mouvement a débuté autour d’une action conjoncturelle (actions mondiales de 2000 à l’ONU), toutes les intervenantes s’accordent aujourd’hui pour considérer le mouvement dans la durée. Leur slogan: “La Marche mondiale des femmes va durer jusqu’à ce que les femmes du monde entier soient libres.”</p>
<p>Les allers-et-retours entre les deux sites du FSM demeurent un grand défi au quotidien. Des embouteillages paralysent une section de la ville et des colonnes de marcheurs tentent, tant bien que mal, de se rendre aux lieux des activités. Les pluies torrentielles sont également quotidiennement au rendez-vous. Bienvenue en Amazonie!</p>
<h2><em>28 janvier 2009 : Quand le participatif devient réalité</em></h2>
<p><strong>Par Timothé Nothias (étudiant à l’Université de Montréal)</strong></p>
<p>Imaginez donc un peu mon excitation… mon premier atelier de mon premier forum social mondial… c’est en trépignant d’impatience que je finis par atteindre l’auditorium, après m’être perdu dans le dédale de l’Université UFPA (Universidade Federal do Para, un des deux campus accueillant le FSM).</p>
<p>Imaginez donc un peu ma déception…. Quand mes tant attendus conférenciers ne sont pas venus au rendez-vous!</p>
<p>Qu’à cela ne tienne! Un québécois hardi s’empare du micro et nous enjoint à rester en effectuant nous-mêmes l’atelier. S’ensuit alors une discussion sur l’égalité et le développement avec un focus sur l’égalité des races, le métissage et le village mondial. Par la suite, il lance l’initiative de nous passer mutuellement le micro afin de, somme toute, dire quelque chose, ce qu’on a sur le cœur.</p>
<p>Les thèmes abordés s’orientent vers la récente crise d’abord. Se dégage un consensus sur le fait qu’elle n’engendrera probablement pas le changement espéré et, pour ce dernier, son impulsion première doit venir de nous individus, êtres humains. Obama ensuite : les Québécois de la salle se positionnent très désillusionnés tandis que les Brésiliens apparaissent beaucoup plus emballés par l’espoir qu’il apporte. Enfin, sur le forum lui-même, et de l’importance de se rencontrer, de se parler, de s’échanger des idées… on a refait le monde gentiment.</p>
<p>Un modèle en matière d’expérience participative. Les gens sont venus au forum pour se rencontrer, se parler, s’écouter. Ce qu’ils ont fait, sans l’aide de personne. Comme quoi, nous en sommes encore capables.</p>
<h2><em>Le campement de la jeunesse : ambiance</em></h2>
<p><strong>Par Germain Schmid</strong></p>
<p>Le campement de la jeunesse est au coeur de l’UFRA. 20 000 personnes se sont installées en 3 jours dans une autogestion festive et relative. Les douches, les toilettes ont suivi peu après…les efforts d’organisation sont extraordinaires, on constate des améliorations tous les jours, comme l’apparition de filtres à eau. C’est un espace de fête permanente, qui alterne les marches revendicatives avec la capoeira et les musiques diverses. Des kiosques de restauration et de vente de produits locaux ont poussés un peu partout. Les banderoles sont variées et nombreuses.</p>
<p>L’autogestion consiste essentiellement dans le respect de quelques allées, et en l’obligation de sourire à son voisin. On y dort peu, on y fait beaucoup de rencontres. On y parle de tout, et aussi d’altermondialisme.</p>
<h2><em>«Building Global Democracy» : Réflexions sur un panel</em></h2>
<p><strong>Par François-Xavier Plasse Couture</strong></p>
<p>Ceci est un résumé du panel «Building Global Democracy» (BGD) élaboré par le BGD Convening Group pendant le Forum Social Mondial (FSM) 2009. <em>Building Global Democracy </em>est un projet de recherche participative qui débute tout juste et qui doit s&#8217;échelonner sur une période de cinq ans. Ce projet qui « vise à promouvoir la connaissance et l’action pour un plus grand engagement public et un plus grand contrôle populaire dans le gouvernance des affaires mondiales »<a href="#_ftn2"><sup><sup>[1]</sup></sup></a> implique des universitaires, des activistes et des décideurs politiques venant d’un peu partout autour du globe.</p>
<p>Ce panel accordait bon nombre de temps de parole aux participants qui désiraient poser des questions ou lancer de nouvelles pistes de réflexion. Ainsi, à l’égard du fonctionnement de la conférence, les panelistes du BGD faisaient chacun leurs courtes présentations, en parlant du sujet de leur recherche et ce sur quoi il était important de se pencher, puis par la suite le débat était ouvert à tous. Ce qui était particulièrement intéressant durant ce panel, c’est que loin d’adopter une attitude élitiste, les panelistes ont abordé les discussions avec un esprit d’ouverture et ne prétendaient pas avoir toutes les réponses à leurs questions. Ils voulaient entendre ce que les participants du FSM pensaient, quels étaient les points suscitant les débats et ceux faisant plus ou moins consensus. Ce papier est donc un bref résumé des idées présentées par les panelistes du groupe de recherche Building Global Democracy.</p>
<p>Les panelistes présents étaient Diana Brydon (University of Manitoba) représentant l’Amérique du Nord, Jessica Byron (University of West Indies) représentant les Caraïbes, Heba Raouf Ezzat (University of Cairo) représentant le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Alla Glinchikova (Russian State Humanitarian University) représentant l’Europe de l’Est et l’Asie Centrale, Anand Kumar (Jawaharlal Nehru University) représentant L’Asie du Sud, Alfred Nhema (Pan African Development Center) représentant l’Afrique Sub-Saharienne, Peng Zongchao (Tsinghua University School of Public Policy and Management) représentant l’Asie de l’Est et Jan Aart Scholte (University of Warwick) représentant l’Europe de l’Ouest. Il est à noter que l’auteur n’a pu assister aux deux premières présentations qui furent données par Heba Raouf Ezzat et Peng Zongchao. Aussi, deux membres du BGD n’ont pu être présents au panel au FSM à savoir Sitiveni Halapua (East-West Center, University of Hawaii) représentant la région du Pacifique et Moema de Miranda (University of Minas Gerais) représentant l’Amérique Latine.</p>
<p>Pour Alla Glinchikova, venant d’un pays où l’ouverture démocratique tarde à s’approfondir (la Russie), il faut se poser la question : Qu’est-ce qui est commun aux démocraties libérales de type occidental et aux « démocraties autoritaires » telle la Chine ou la Russie ? Selon elle, la démocratie dans les pays ayant une réalité postcoloniale ou postsoviétique ne peut être atteinte que par leur intégration à une démocratie à l’échelle globale. En effet, il serait erroné de chercher à créer une démocratie globale en commençant par l’échelle nationale.</p>
<p>C’est en instaurant une démocratie globale qu’on pourra instituer des régimes réellement démocratiques dans le monde postcolonial ou postsoviétique. Une démocratie globale impliquerait en effet que les élites nationales ne forment qu’une seule élite globale qui, inévitablement, chercherait à instaurer la démocratie. C’est cette élite qui détiendrait également les ressources pour atteindre le but mentionné. Le cas contraire, lorsque les démocraties nationales seraient instaurées avant d’atteindre la démocratie globale, constituerait un grand danger pour les démocraties occidentales. Les élites nationales des pays postcoloniaux et postsoviétiques n’ayant pas encore une culture démocratique bien établie chercheraient à conserver les avantages que la classe dirigeante d’une dictature obtient.</p>
<p>Enfin, Alla Glinchikova termine en expliquant que la démocratie peut se diviser en trois aspects, soit l’aspect politique (démocratie représentative, etc.), l’aspect social (l’éducation, les médias, etc.) et finalement les valeurs. Si ce dernier aspect n’est pas solidement instauré à tous les niveaux de la société, il y a peu de chance, selon le Dr. Glinchikova, qu’un régime politique puisse demeurer démocratique à long terme.</p>
<p>Jessica Byron, de University of West Indies, a fait une brève présentation des trois grandes questions qui allaient guider ses recherches. Premièrement, quels mécanismes pourront donner une voix aux petits (en termes de superficie et de population) pays dans une démocratie globale achevée ? Deuxièmement, est-ce que le régionalisme est inévitablement exclusif ou peut-il être inclusif ? Et Finalement, quelle place occuperont les jeunes dans la nouvelle démocratie globale ?</p>
<p>Pour Alfred Nhema, trois questions sont prépondérantes. Premièrement, qu’adviendrait-il des « failed states » dans l’optique où une démocratie globale serait atteinte ? Menaceraient-ils la stabilité de cette dernière, et comment est-ce que les habitants de ces « failed states » assureraient-ils leur représentation au niveau global ? Deuxièmement, quels seront les types d’institutions qui administreront cette démocratie globale ? Et troisièmement, quelles seront les fondations sociales, politiques et économiques d’une telle démocratie planétaire ? Le modèle occidental doit-il demeurer la seule référence ?</p>
<p>Le Pr. Anand Kumar de la Jawaharlal Nehru University y est allé d’une longue présentation, qui selon nous, fut la plus éloquente d’entre toutes. Tout d’abord, le Pr. Kumar tente de définir quelque peu la démocratie globale en posant les questions : « What ? Why ? How ? and Where ? » Ainsi, dans l’expression « Global Democracy » il y a le thème de la « Globalization » (ou Mondialisation) et « Democratization » (Démocratisation). La mondialisation peut être comprise en étudiant ses aspects économiques, politique (régional vs global), et de « culturalisation » (et les limites de ce phénomène). Pour ce qui est de la démocratisation, on peut questionner le phénomène quant à ses limites à travers le débat entre représentation et participation, ou encore via les problématiques autour des partis politiques (majoritarisme versus le fonctionnarisme).</p>
<p>Pour le Pr. Kumar, la mondialisation possède cinq facettes : soit l’aspect de la finance, l’aspect des commodités, le travail, la technologie et l’aspect du transfert d’information. La mondialisation est caractérisée par des dynamiques d’homogénéisation, d’ethnicisation, d’hybridation et de marchandisation. De plus, il soutient que la présente forme de mondialisation a lamentablement échoué quant à la réduction de la pauvreté, à la protection de l’environnement, à l’inclusion des minorités et des nations sans État et plus généralement dans le traitement des identités au sein d’un État unitaire. Le Pr. Kumar va même plus loin en affirmant que le modèle de mondialisation actuel doit être transcendé. Pour ce faire, il faut s’entendre sur un système de valeurs mondiales (« global values ») au-delà celles portées par le modèle de l’État-nation. Il soutient que l’on doit établir un système de valeurs globales qui est à la fois au-dessus (au niveau plus haut que national) et au-dessous (au niveau plus régional ou même local) de l’État westphalien.</p>
<p>Finalement Diana Brydon, a eu le mot de la fin avec une brève intervention sur son sujet de recherche qui porte sur la justice cognitive (« cognitive justice »). Dans une optique qui semble très influencée par Foucault, elle s’interroge sur les relations entre le savoir et le pouvoir politique, les formes d’organisations politiques que cela entraîne et sur les autres modes de connaissance qui peuvent être abordés.</p>
<p>Ce panel soulève en fait davantage de questions qu’il n’apporte de réponses, mais c’est peut-être cela les premiers pas d’une démocratie globale : se questionner ensemble comme citoyens du monde au sein d’un forum social mondial.</p>
<h2><em>Métropoles : enjeux de nouveaux droits à conquérir et à renforcer pour d’autres mondes possibles. Regards croisés des autorités locales et de mouvements sociaux</em></h2>
<p><strong>Par Caroline Patsias et David Custeau (professeure et étudiant à l’Université de Sherbrooke)</strong></p>
<p>Le titre même du panel peut sembler paradoxal. Pour les analystes, les Mouvements sociaux  (MS) privilégient la protestation plutôt que la collaboration face au pouvoir. Certains d’entre eux voient d’ailleurs dans l’émergence de nouvelles instances de consultation le danger d’une instrumentalisation des forces sociales. De telles craintes sont loin d’être le seul fait des universitaires ; les acteurs aussi ont longtemps appréhendé la collaboration avec les autorités comme une trahison à la cause. Plusieurs raisons ont contribué à un changement des opinions et des pratiques. Compte-rendu d’une rencontre.</p>
<p>Participants :</p>
<p><span style="text-decoration: underline">Ateliers 1</span> : Gerard Perreau Bezouille, cité de Nanterre (France, Paris métropole) FAL/FALP, Stéphane Troussel, vice-président du Conseil général de Seine-Saint-Denis (France, Paris métropole), Eduardo Tadeou, cité de Várzea Paulista (Brésil, métropole de Sao Paulo), Antonio José Araujo (Brésil, mouvement national de lutte pour le logement- MNLM, NO VOX, métropole de Sao Paulo), Gustave Massiah (France, ATTAC-AITEC), Jessica GROPP, (Sommet citoyen de Montréal).</p>
<p><span style="text-decoration: underline">Ateliers 2</span> : Patrick Braouzec (France, Plaine-Commune Saint-Denis, métropole parisienne), Réseau FAL/FALP, Christian Hervy, vice-président du Conseil général du Val-de-Marne (France, métropole parisienne- réseau FAL/FALP), Jorge Jairo, maire de Canoas (Brésil, métropole de Porto Alegre)- réseau FAL/FALP, maire de Getafe (Espagne, métropole de Madrid), Ana Teresa Vicente, maire de Palmera (Portugal, metropole de Lisbonne), représentant du réseau NO VOX.</p>
<p>D’abord la chute du mur de Berlin et le déclin d’un monde raconté à travers la confrontation de deux idéologies. Ensuite, la déliquescence du mouvement ouvrier dans les démocraties occidentales. Si ce contexte a ouvert une période difficile pour la gauche, il a aussi été marqué, au début des années 2000, par l’arrivée de celle-ci au palier local, notamment en France et au Brésil. Dans bien des cas, ce succès est dû aux mouvements sociaux, quand les partis au pouvoir ne sont pas une émanation directe de ces derniers. Pour Eduardo Tadeou, maire de Várzea Paulista, il y a un point de contradiction dans ce phénomène : les autorités publiques progressistes et les mouvements sociaux, luttant, à travers des moyens différents (les leviers du pouvoir pour les uns, la rue pour les autres) à la réalisation d’un même objectif, soit une ville plus juste et plus solidaire. Ces évolutions récentes ont érodé les visions par trop dichotomiques des relations entre mouvements sociaux et autorités locales. Non seulement l’opposition serait désormais caduque, mais d’aucun discerne dans l’action de certaines municipalités de nouvelles voies possibles aux transformations sociales (Taneau).</p>
<p>La collaboration entre les représentants institutionnels et les groupes de la société civile apparaît d’autant plus nécessaire aux panélistes que leurs villes, banlieues périphériques et populaires de grandes métropoles, sont, plus que d’autres, confrontées à d’épineuses problématiques sociales et urbaines que la crise ne peut qu’aggraver. Cette dernière réclame d’ailleurs la mise en œuvre d’innovations sociales, lesquelles font appel autant à la société civile qu’aux instances publiques. À cet égard, les représentants locaux insistent sur la nécessité d’une société civile structurée et soulignent que si les MS ont bien œuvré dans certains cas, à la victoire des forces de gauche (le Brésil et l’accession au pouvoir de Lula est ici un exemple significatif), ils ont aussi bénéficié de l’action des municipalités et de citer leur exemple respectif… Le premier élu de Várzea Paulista rappelle ainsi qu’à son arrivée au pouvoir, le travail de réforme a souffert d’une société civile faible et fragmentée (voire inexistante). Les pouvoirs publics ont alors incité à l’organisation des MS à travers de nouveaux organes institutionnels, lieux de rencontre des autorités locales et des MS, tels les budgets participatifs et autres formes de conseils à portée décisionnelle.</p>
<p>Le témoignage de Patrick Draouzec évoque la même réalité, à vingt ans d’intervalle cependant. Lorsque celui-ci a pris la tête de la commune de Saint-Denis dans les années 80, son ambition de rénovation urbaine s’est également heurtée à l’absence d’interlocuteurs. Avec son équipe, il a donc mis en place un conseil de quartier sous la responsabilité du maire adjoint de l’époque afin de travailler de concert avec les habitants. Comme le remarque l’ancien édile, le terme consacré était alors celui de « démocratie directe ». Ici une interrogation, que signifie l’évolution terminologique ? Engage-t-elle un changement de structure ? D’ambition ? Dans quel sens ? S’agit-il d’un approfondissement de la démocratie, et quid de l’intégration des MS dans cette transformation du processus décisionnel ?</p>
<p>Cette vision positive des relations entre MS et autorités locales ne fait toutefois pas l’unanimité parmi les participants. Ainsi, le leader du mouvement national pour le logement, dénonce-t-il l’absence d’une politique globale au niveau national, et des conseils qui, selon lui, tournent souvent au dialogue de sourd. Les deux critiques ne sont d’ailleurs pas sans lien. Jusqu’à récemment, l’absence d’une politique nationale en matière de logement a entraîné la fragmentation et la faiblesse des solutions proposées au palier local, comme celle de conseils où la voix des MS avait relativement peu de poids. C’est l’émergence d’un plan national établissant les priorités en termes de logement sur 11 ans et d’un conseil national de l’habitat lequel subordonne l’obtention de fonds à l’instauration de conseils réellement participatifs qui a permis une amélioration de la participation.</p>
<p>Là où les Brésiliens insistent sur le rôle du centre dans l’émergence d’un véritable dialogue entre MS et autorités locales, les élus français soulignent au contraire, le danger d’un centre qui, de plus en plus, ne laisse que la portion congrue des politiques publiques (à savoir leur gestion) aux représentants locaux, se réservant le droit d’en changer les fondements. Cette évolution a conduit à des politiques sociales de plus en plus restrictives notamment quant aux critères présidant l’obtention des revenus sociaux minima. Les deux points de vue ne sont pourtant pas si éloignés. Ils rappellent implicitement que le cantonnement de la participation au palier local n’est pas exempt de risque : comment par exemple intervenir sur les politiques publiques structurantes élaborées au palier national et qui dessinent les marges d’action des acteurs locaux ? Pour le dire autrement, l’approfondissement de la participation et la collaboration entre MS et autorités publiques peut souffrir d’une vision qui privilégierait uniquement le palier local.</p>
<p>Si l’on peut regretter que la multiplicité des intervenants ait empêché une description plus approfondie, le débat soulevé par les acteurs renvoie à une question essentielle qui taraude à la fois les théoriciens de la démocratie comme les spécialistes des politiques publiques : à quel niveau décentraliser et comment ? Ou encore, comment concevoir et mettre en place une gouvernance multi-niveaux et quelle serait la place des MS dans cette gouvernance ?</p>
<p>Récemment des auteurs comme Fung and Wright ou encore, dans le cas brésilien Baiocchi et Melo, ont souligné la nécessité d’une décentralisation intersectorielle réunissant l’ensemble des acteurs impliqués dans une politique publique. Cette décentralisation intersectorielle, outre la réunion de l’ensemble des points de vue et des perspectives, devrait aussi éviter, par la pluralité des intérêts en présence et l’arrivée de nouvelles équipes de gestionnaires, le maintien des logiques de clientèle et des anciens rapports de subordination. Car si la décentralisation autorise une meilleure prise en compte des logiques locales, elle ouvre aussi à la reproduction des systèmes de potenta locaux. De ce point de vue, les MS peuvent avoir un rôle de contrôle des autorités publiques. D’ailleurs, les témoignages des représentants des MS du panel montrent que ces derniers ne conçoivent pas leur volonté de coopération comme une entrave à leur capacité de résistance ou de protestation. Si les plaintes ont parfois évoqué la dimension « décorative » des nouvelles instances de consultation, les MS n’y voient pas le danger d’une instrumentalisation et demandent au contraire davantage de coopération et d’intégration (José Araujo). Là encore, on peut regretter que les acteurs, particulièrement les élus locaux, n’aient pas été plus éloquents quant aux conflits rencontrés avec les MS, particulièrement sur le long terme, lorsque surgissent les désaccords.</p>
<p>Si le faible nombre de panelistes empêche toute généralisation, il est toutefois suffisant pour affirmer que la décentralisation n’est pas le remède à tous les maux et qu’il reste primordial d’examiner le contexte dans lequel elle s’inscrit, comme les rapports de force en présence.</p>
<p>La décentralisation garantit une autonomie aux acteurs, mais cette autonomie doit elle-même disposer de garde-fous afin d’éviter les dérives. Le rôle des acteurs y est déterminant (partis politiques, MS). La réussite des nouvelles structures ne saurait, cependant, dépendre exclusivement de ces derniers, les instances étant alors à la merci d’un changement de pouvoir. L’enracinement dans des structures de nouveaux moyens de coopération est donc nécessaire. Comme l’illustrent les cas français et brésiliens, le défi réside dans la garantie d’une cohérence sans limiter pour autant les autorités locales à un rôle de simples gestionnaires qui colmateraient les dommages des politiques centrales, trop libérales. L’ouverture à une démocratie plus participative ne peut donc s’effectuer uniquement au palier local, même si celui-ci peut constituer un premier jalon voire un lieu de résistance, comme l’illustre le refus de certaines villes, aux côtés des MS, de signer les accords des de l’OMC sur les services (AGCS) ou de s’aligner sur la politique de G. W. Bush et le <em>Patriot Act</em>. De ce point de vue, le maire de Várzea Paulista a peut-être raison : à certains égards, des villes peuvent bien être considérées comme le prolongement des mouvements sociaux et de leurs luttes.</p>
<h2><em>Le jour où … j’ai vu une pléthore de présidents</em></h2>
<p><strong>Par Timothé Nothias</strong></p>
<p>Une fois de plus, je trépigne d´impatience. C’est presque une habitude maintenant…sauf que là, c’est justifié. Je fais la queue depuis des heures afin de pouvoir assister à un événement qui ne survient pas tous les quatre matins et qui est une grande première pour moi: je vais pouvoir de mes yeux vu contempler de visu non pas un mais bien 5 présidents en exercice !</p>
<p>L´entrée du “hangar” ou se tiendront les discours est loin, et ma pĺus grande peur est de ne pas réussir à rentrer et de devoir me contenter d’une retransmission vidéo sur des écrans à l’extérieur. Ma crainte ne m’est ôtée qu’une couple d’heures après, quand je peux enfin franchir à mon tour les portiques de sécurité et pénétrer dans le bâtiment. Étrangement, les parapluies ne sont pas autorisés à l´intérieur, et je dois le laisser. On m´assure que je pourrais venir le chercher au moment de sortir, mais je ne doute pas qu´un “bon samaritain” se chargera de le faire pour moi. Au fond, quelle importance, je suis sûr que beaucoup de personnes seraient prêtes à donner un parapluie, même en saison des pluies, pour avoir la chance d´assister à de tels discours…Je pénètre dans une salle gigantesque, dont l´animation est assurée par un groupe de musique sur le devant de la scène, ainsi qu´une foule en délire. Que l´arrivée des présidents du Paraguay, de la Bolivie, de l´Équateur, du Venezuela et du Brésil ne fait rien pour calmer. L´ambiance est digne de celle d´un concert.</p>
<p>Le gouverneur de Para (la province du Brésil dans laquelle se trouve Belém) ouvre le bal avant de passer le micro aux cinq présidents qui deux heures durant effectuent chacun leur tour un speech. Les discours sont énergiques, porteurs d´idées politiques novatrices, empreints de pan-amazonisme, et donnent l’impression d´être l´éditorial du forum en quelque sorte : “un autre monde est possible” empreint de légitimité politique. Les dirigeants rappellent entre les lignes toutes les avancées sociales qu´ils ont réalisés puis ce qui s´en vient dans notre monde post-crise.</p>
<p>Certains aiment a monopoliser le micro…l´heure tourne et nous sommes rendus plus ou moins tard dans la soirée…on ne se refait pas…je trépigne d´impatience a l´idée de rentrer m´allonger dans la tente.</p>
<h2><em>Le Forum Social Mondial 2009 : territoire de retrouvailles et d’alliances pour les Palestiniens</em></h2>
<p><strong>Par Andréanne Bourque (étudiante à l’Université de Sherbrooke)</strong></p>
<address>«J’exige le droit au retour à ma terre. Je le réclame pour tout le peuple palestinien» -Fatima, réfugiée palestinienne au Liban</address>
<p>Des altermondialistes venus des quatre coins du globe arborant fièrement le drapeau palestinien, des tentes thématiques présentant des images-chocs révélatrices de la situation actuelle en Palestine, des pétitions contre l’offensive israélienne… De toute évidence, l’importance accordée à la cause palestinienne lors du Forum Social Mondial (FSM) était manifeste. Grâce notamment au Réseau des Femmes arabes présent au FSM, qui s’est déroulé du 27 janvier au 1er février 2009 à Belém au Brésil, plusieurs participants ont pu en apprendre davantage et se positionner face à la cause palestinienne.</p>
<p>Des centaines de défenseurs des droits des réfugiés palestiniens, des groupes de pression arabes, des réseaux d’aide et de soutien pour les réfugiés, des mouvements féministes ainsi que des organisations non gouvernementales ont exploité l’espace d’expression que représente le Forum Social Mondial. Parmi cette myriade de participants, certains réclament la paix au Moyen-Orient, d’autres encouragent le boycottage des produits américains et israéliens ou demandent le retour sécuritaire des réfugiés palestiniens en Palestine. Ils ont tous affiché leurs couleurs dans la programmation du FSM afin de contracter des alliances entre les différents organismes présents, pour faire circuler des pétitions pour le retrait de Tsahal (l’armée israélienne) des territoires palestiniens et particulièrement pour porter à la connaissance des participants les réalités quotidiennes des Palestiniens. Des femmes ont d’ailleurs bravement dévoilé le récit de leur vie en tant que réfugiées palestiniennes.</p>
<p><strong><em>L’histoire d’une réfugiée palestinienne</em></strong></p>
<p>Après trois jours de vols et d’interminables escales au Proche-Orient et en Europe, Fatima Khadir Al-Khadir, une réfugiée palestinienne âgée de 79 ans, arrive enfin au Brésil. C’est par l’entremise du Réseau des Femmes arabes qu’elle y retrouve son fils, Hassan, de qui elle est séparée depuis 15 ans.</p>
<p>Depuis 1949, un an après la création d’Israël, Fatima Al-Khadir a pour office de résidence le camp de réfugiés de Burj Al-Shamali au Liban. Relatant les premières années tranquilles de sa vie de paysanne, Madame Al-Khadir soutient qu’à cette époque, personne de sa famille et du village n’aurait envisagé une telle guerre et toutes les déchirures qui l’accompagnent. « Toute la tristesse du peuple palestinien a commencé par l’attaque de la troupe Haganah<a href="#_ftn3">[2]</a> en 1948 », raconte Fatima. Selon ses dires, les avions sionistes laissaient tomber des lettres adressées aux populations palestiniennes. Le message: « on ne veut plus de votre peuple ici ». Toutefois, la majorité des paysans étaient analphabètes, alors ils demeuraient sur leurs terrains, ne comprenant pas la portée de ces avis. Pour Fatima, la guerre de 1948 n’a été que massacres. Les paysans de son village ont été éliminés les uns après les autres et plusieurs membres de sa famille se sont éteints sous ses yeux de jeune femme atterrée. « Nous devions alors choisir entre mourir ou sortir du pays ». C’est ainsi que depuis plus de soixante ans, Fatima vit dans un camp. Elle y a fondé sa famille et l’a aussi vu se dissoudre, au Liban.</p>
<p>À ses yeux, le FSM est un bon endroit pour faire connaître la cause des réfugiés palestiniens. Son fils Hassan a confié que tout ce qu’il désire, c’est de partager son histoire, qui reflète la réalité de millions de réfugiés palestiniens, en espérant toucher les participants du Forum. « Tout ce que je demande, c’est notre sécurité et notre liberté (des Palestiniens)».</p>
<p><strong><em>Le Réseau des Femmes arabes : promoteur de la participation au FSM</em></strong></p>
<p>Un ensemble d’organisations indépendantes arabes féministes forme le Réseau des Femmes arabes qui a pour mission de construire un discours arabe féministe démocratique basé sur les besoins des femmes arabes. Ce réseau lutte pour la participation du mouvement arabe féministe dans la société civile du Moyen-Orient et travaille à la défense de cette participation dans le monde. Sans l’appui de cet organisme, aucune des réfugiées n’aurait été en mesure de se rendre au Brésil afin d’offrir un témoignage au FSM.</p>
<p><strong><em>Des altermondialistes appellent à la solidarité pro-palestinienne</em></strong></p>
<p>Les témoignages émouvants entendus lors de la rencontre ont suscité de nombreuses réactions auprès des participants. Parmi eux, Jawad, d’origine marocaine et membre du Secrétariat national du Comité d’annulation de la dette du tiers monde(CADMT), s’est prononcé sur la nécessité du positionnement des altermondialistes en faveur de la Palestine. « Le mouvement altermondialiste doit être clair et direct sur le génocide qui est actuellement perpétré en Palestine. L’autre monde que nous voulons, c’est avec un peuple palestinien libre. » Jawad a d’ailleurs profité du moment pour féliciter la fraternité et la solidarité des Latino-Américains face à la cause palestinienne. Le Brésil est un des nombreux pays latino-américains qui accueillent chaque année des réfugiés palestiniens.</p>
<p><strong><em>Une petite initiative qui en dit long</em></strong></p>
<p>Yuri Haasz, Israélien d’origine, porte fièrement un chandail d’un rouge éclatant sur lequel est inscrit : «I am Palestinian ». Quelque temps avant son entrée prévue pour le service militaire obligatoire dans l’armée israélienne, sa famille a choisi de quitter la terre promise pour venir s’établir au Brésil. Ses parents n’adhéraient pas à l’idéologie de l’État exprimée dans l’armée et qui s’opérait selon eux par un « lavage de cerveau ». En janvier dernier, ce jeune homme a mis sur pied une campagne de solidarité à l’endroit du peuple palestinien qui sera véhiculée par le film <em>I am Palestinian</em>. L’idée de son projet est de rallier le plus grand nombre de citoyens, quel que soit leur pays d’origine, contre l’oppression des Palestiniens afin de souligner que la question palestinienne ne saurait se résumer au débat pro-juif ou pro-arabe mais engage une vision du juste qui concerne chaque citoyen. Tout participant volontaire venant de différentes régions du monde est appelé à se présenter et à dire, dans sa langue usuelle, « Je suis Palestinien »<a href="#_ftn4">[3]</a>. Selon Yuri, le travail du pro activisme palestinien est déjà fait par les organisations indépendantes, le Forum Social Mondial est un outil qui leur permet de dévoiler l’impact de leur accomplissement. Le FSM aura sans doute permis de sensibiliser les altermondialistes à la cause palestinienne voire de susciter leur soutien.</p>
<h1><strong>Piano ma non troppo : analyses post-FSM</strong></h1>
<h2><em>Voir les choses autrement</em></h2>
<p><strong>Par Germain Schmid (étudiant à l’Université de Montréal)</strong></p>
<p>15 jours d’absence, ça se voit. Ça se voit du point de vue du voyageur. Et cela permet de vivre une autre expérience: les questions que l’on nous pose au retour.</p>
<p>En tant qu’étudiant, je rencontre essentiellement d’autres étudiants. Après avoir expliqué les cernes que je me trimbale sous les yeux (le manque de sommeil), le bronzage approximatif et la fièvre attrapée dans un aéroport, surviennent les éléments intéressants.</p>
<p>Belém, c’est où? Il y fait beau? Première question rituelle. La couverture médiatique au Québec n’a donc pas permis de parler suffisamment du FSM pour le localiser au Brésil. L’aspect “camping de la jeunesse” est une découverte.</p>
<p>C’était comment? Une façon détournée d’exprimer le fait qu’on ne sait pas vraiment de quoi il s’agit. A partir de là, c’est le début d’un travail explicatif, qui fait entièrement parti du rôle du participant. En effet, se rendre au FSM, c’est aussi dès lors que l’on est concerné, endosser la responsabilité de transmettre sur l&#8217;événement et son contenu.</p>
<p>Tu as payé ton voyage? Une question très intéressante qui revient presque à tous les coups en 2ème ou 3ème position. Il semble un fait acquis que tout esprit raisonnable ne paierait pas son billet: on ne va dans une “conférence” aussi loin que si on est obligé d’y aller ou parce qu’elle est offerte. Dans l’imaginaire collectif, le Forum Social Mondial n’est ouvert qu’aux organisations. Le FSM est ainsi souvent vu comme un lieu de travail entre des mouvements sociaux. En effet, les délégations d’étudiants et d’individus présents à leurs frais sont rares si l’on exclu les brésiliens. Il s’agit dans quelques cas d’étudiants en doctorat ou effectuant des recherches précises sur les mouvements sociaux ou sur des problématiques particulières.</p>
<p>Qu’est ce que tu as appris? L’a-priori est que nous nous sommes déplacés pour écouter. Cela révèle peut être le peu de crédibilité que j’ai en tant qu’intervenant potentiel. Je crois surtout que cela fait ressortir que nous sommes des étudiants formatés: nous allons voir des conférences écouter des professeurs. Or, pour nous tous, il semble évident que nous avons participé au FSM,  chacun à notre manière.</p>
<p>Il y a des questions que l’on ne m’a pas posées, et que souvent j’aurais souhaité entendre. Il s’agit de l’expérience vécue, du contenu des ateliers, des combats sociaux, des conclusions du FSM….</p>
<p>Cela démontre une faiblesse de communication du FSM: la plupart des gens ne savent pas qu’il a eu lieu. Au-delà, la plupart des gens ignorent de quoi il s’agit. Il faut se sentir concerné, il faut obtenir que chacun sache qu’il a la possibilité de construire une alternative, il faut concerner le monde.</p>
<p>Il faut aussi sortir des cases. Notre monde est vu comme fini dans l’inconscient collectif: il est vu comme un choix entre des systèmes politiques existants, entre des événements existants, entre des métiers existants. Or le FSM le montre: il est en lui même un événement en invention, un OSNI (objet social non identifié) entre les colloques, les conférences, les rassemblements, les fêtes. Il est en soi une alternative. Nous devons réapprendre à créer des possibilités!</p>
<h2><em>Libre(s) Pensée(s) contre Pensée Unique</em></h2>
<p><strong> Par Anthony Côte (étudiant à l’Université de Montréal)</strong></p>
<p>Quand quelqu’un demande ce qu’est un Forum Social Mondial, on lui dit que c’est un événement regroupant de manière plus ou moins régulière les personnes qui sont en désaccord avec le système et le monde tel qu’il est, c’est à dire rempli d’injustices inutiles, etc… Mais il y a un aspect en particulier du FSM qui, à mon avis, n’est pas assez mis de l’avant, à savoir le rôle que ce dernier joue en tant que vecteur de la libre pensée face à la pensée unique. Je vais donc essayer ici de vous donner un aperçu de l’affrontement entre ces deux pensées puis du rôle joué par le FSM dans ce dernier.</p>
<p>Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, je vous annonce aujourd’hui que le monde est en guerre. En effet (et malgré ma légère tendance à l’exagération) je pense qu’un affrontement se déroule sous les yeux de ceux qui veulent bien le voir et qu’il tend à s’amplifier (pour le meilleur ou pour le pire je ne saurais vous dire). Cette bataille est celle de deux conceptions du monde : d’un côté la pensée unique et de l’autre la(les) libre(s) pensée(s).</p>
<p>La pensée unique est celle qui tend à régir notre système actuel. Appelons ce dernier le système capitaliste.</p>
<p>La libre pensée est par définition multiple car en prônant que chacun doit essayer de penser par lui-même, elle donne naissance à des idées différentes, alternatives. Et je pense que le FSM est un des espaces où cette libre pensée s’épanouit le plus.</p>
<p>Parlons plus concrètement maintenant et regardons de plus près les deux forces en présence.</p>
<p>Sans être caricatural, nous pouvons dire que le système capitaliste, en dehors du fait qu’il soit bon ou mauvais a souvent été présenté comme la seule solution viable. «There is no alternative». Il n’y a pas d’alternative…tels étaient les mots de Margaret Thatcher (Première Ministre du Royaume-Uni de 1979 à 1990) lorsqu’elle imposa un programme néo-libéral à son pays. Ronald Reagan fit de même aux États-Unis. Je ne cherche pas ici à savoir si que ce «traitement de choc» était nécessaire. Ce n’est en effet pas le but de ce texte.</p>
<p>Le but est de bien montrer cette tendance du capitalisme à vouloir «endoctriner» le plus de personnes possible en les incitant à ne pas remettre en cause les choses telles qu’elle sont étant donné qu’un autre monde est impossible.</p>
<p>Le Forum Social Mondial en naissant peu après le début de ce siècle a remis en cause, il me semble,  cette Pensée Unique.</p>
<p>Ainsi, le FSM ne se fixe pas uniquement comme objectif de faire passer la mouvance altermondialiste de l’opposition au système vers la proposition d’alternative. Cet espace vise en plus à être ouvert à TOUTES les propositions d’alternatives, en les encourageant à se traduire par des actions concrètes mais en ne favorisant pas, dans la mesure du possible, une solution par rapport à une autre. Le FSM fonctionne plutôt par consensus quand il doit absolument prendre une décision commune à tous.</p>
<p>Évidemment des problèmes subsistent comme la légitimité du Conseil International à gérer le processus du FSM, ce dernier n’ayant jamais fait l’objet d’une quelconque élection qui lui aurait donné mandat d’action. Il est aussi flagrant que le Forum est encore loin de son objectif qui est de faire émerger des propositions vraiment concrètes. Quelques-unes existent mais l’effort n’est pas encore toujours systématique ni coordonné. Mais prenons le problème de la sécurité internationale, exemple parmi tant d’autres : certains proposent une simple réforme du Conseil de Sécurité de l’ONU, d’autres la création de nouvelles institutions internationales. Au niveau économique, les partisans de la décroissance tiennent leurs discours à quelques encablures de ceux qui réfléchissent à une aide au développement plus juste et efficace. On voit donc que les solutions proposées sont multiples et toutes examinées avec la même honnêteté par les participants, bien qu’ils aient toujours une préférence personnelle pour l’une ou pour l’autre (ce qui est normal et souhaitable).</p>
<p>C’est pourquoi je soutiens ici que le FSM est un des espaces majeurs de(s) libre(s) pensée(s) au sein du système global dans lequel nous vivons et où malheureusement, la Pensée Unique prends bien trop de place… Et à ceux qui soutiendraient encore qu’il n’y a aucune alternative, bien que je respecte leur opinion, je leur conseillerai de réfléchir activement à cette magnifique pensée d’Edgar Morin :</p>
<p>«Vouloir un monde meilleur, ce qui est notre principale aspiration, ne signifie pas vouloir le meilleur des mondes. À l’inverse, renoncer au meilleur des mondes n’est pas renoncer à un monde meilleur. » (dans Éduquer pour l’ère planétaire)</p>
<h2><em>De retour du Forum Social Mondial (FSM), la tête pleine d’images, de rythmes et d’interrogations !</em></h2>
<p><strong> Par Marie-Josée Massicotte (professeure à l’université d’Ottawa)</strong></p>
<p>Après les péripéties des embouteillages locaux et quatre vols d’avion contribuant encore aux gaz à effet de serre, que rapporte-t-on de cette expérience du Forum social amazonien? Des étudiants exténués, des bagages ultra-humides, des nuits sans sommeil, mais surtout des rencontres comme nulle part ailleurs… et des têtes pleines de rythmes, d’idées, de projets et d’interrogations. Des ateliers spontanément organisés ou parfaitement planifiés qui se transforment sous nos yeux, par des participants peu ou pas du tout intéressés à suivre un ordre du jour établi par d’autres. Des gens qui participent pour une toute première fois à un forum social qui se lèvent pour prendre la parole et exprimer haut et fort leurs frustrations par rapport à un monde d’exclusion, où les intellectuels même au sein des forums sociaux, continuent trop souvent à discuter entre eux, sans écouter ce que les mouvements populaires ont à dire.</p>
<p>Et pourtant, qu’ils le veuillent ou non, à Belém, porte de l’Amazonie, tous ont été exposés aux aléas du quotidien des peuples amazoniens, cette minorité parmi les peuples autochtones, si peu nombreuse après des siècles de surexploitation et de marginalisation par les autorités brésiliennes et autres. Malgré leur nombre, comme l’affirmait si bien Boaventura de Sousa Santos, ces gens ont quitté la «sociologie des absents». Les peuples de l’Amazonie sont bel et bien présents et ils refusent de demeurer silencieux et invisibles! Ils émergent comme une force novatrice avec laquelle on doit compter. Novatrice entre autres parce que ces marginalisés de la dite modernité évoluent dans d’autres espaces et temporalités, et selon d’autres valeurs et d’autres façons d’interagir. En tant que Nord-Américains, fortement urbanisés pour la plupart d’entre nous, nous avons tout à apprendre de leurs savoirs et leurs visions du monde, ancrés dans cette relation symbiotique avec l’environnement, la terre nourricière, l’eau, source de vie et moyen de transport. Autochtones ou non, plusieurs des participants au FSM 2009 ont en effet navigué plusieurs jours car pour une fois, ils pouvaient se permettent de voir de leur propre yeux un Forum social mondial. On a ainsi côtoyé de nombreux jeunes brésiliens, et des moins jeunes, qui sont venus des diverses régions avoisinantes afin de rencontrer d’autres participant-e-s, et surtout, de partager leurs expériences et de faire connaître leur histoire.</p>
<p>Les multiples rencontres ont ainsi permis aux habitants de la ville de Belém et à plus de 100 000 participants inscrits et présents au FSM 2009 de constater comment, très souvent, les autochtones sont les premiers écologistes de cette planète. Imparfaits certes, mais ô combien plus conscients des richesses et des limites de notre monde! Ces peuples possèdent une connaissance directe de l’impact des changements climatiques, des grands projets hydro-électriques et de ceux des industries minières qui polluent et exploitent à outrance les ressources naturelles sur leurs terres ancestrales. Depuis des décennies, ces activités mettent en péril leur mode de vie et leur culture, tout comme c’est le cas pour les premières nations, ici même au Canada. Leur seul présence à Belém a transformé l’espace et a interpellé les participants de diverses façons. Ainsi, un étudiant de la délégation UNIALTER affirmait qu’il est urgent, chez nous au Canada de refaire les livres d’histoire afin que les jeunes cessent de méconnaître le savoir et l’expérience des premières nations. Une femme amazonienne s’est quant à elle indignée, lors d’un autre atelier, de voir que les participants du FSM ne sortent pas en masse afin d’appuyer les revendications autochtones auprès du gouvernement brésilien pour enfin mettre un terme aux grands projets de barrages qui mettent en péril l’avenir de plusieurs communautés. La justice sociale et environnementale, en bien des endroits, ce n’est ni un luxe, ni un discours à la mode, ni une conceptualisation théorique. C’est une urgence, ancrée dans l’immédiat, l’ici et le maintenant! Pour nous Nord-Américains qui entendons quotidiennement les appels à une consommation ‘solidaire’ face à la crise économique actuelle, et aux grands plans de sauvetage des banques irresponsables (pensez au Buy American/Canadian et aux campagnes de publicité des grands de l’automobile aux États-Unis), qu’est-ce que ça change? Que pouvons-nous rapporter de ces échanges lors du Forum social mondial? Va-t-on poursuivre nos activités comme avant, pris dans le rythme effréné de notre quotidien? J’ose croire que de telles expériences continueront à bousculer nos valeurs pour un bon moment, et peut-être, peut-être aussi à transformer petit à petit nos habitudes de vie! Aux quelques 75 participants de notre délégation, longue route et sachez garder les yeux et l’esprit ouvert. Et surtout, contaminez vos pairs de vos multiples réflexions!</p>
<h2><em>Un autre monde est-il possible ? Compte-rendu du Forum Social Mondial 2009</em></h2>
<p><strong> Par Miranda Cobb (traduit par Anthony Côte)</strong></p>
<p>Ayant été exposée à la rhétorique universitaire et les critiques de troisième main à propos de la quasi-mythique entité du Forum Social Mondial (FSM), je fuis la désolation hivernale d’Ottawa pour l’expérimenter moi-même au coeur de l’Amazonie brésilienne, troquant mes patins pour des sandales.</p>
<p>Du 27 janvier au 1er février, j’ai été l’une des quelques 100 000 personnes venues des quatre coins du monde participant au chaos semi-organisé des présentations, dialogues et performances artistiques qui en un seul évènement combinaient le 9ème FSM et le 5ème Forum Social Pan-Amazonien.</p>
<p>Le FSM, «contre-sommet» du Forum Économique Mondial, a attiré une foule « de gauche » très diverse : anarchistes, ONGs, syndicats, organisations religieuses, groupes de peuples indigènes, étudiants, professeurs, hommes et femmes «de terrain», partis politiques et ainsi de suite …</p>
<p>Il émergea alors une multitude de mondes différents : des gens faisant la fête au campement de la jeunesse, d’autres théorisant la signification de la mouvance FSMienne, quelques-uns expérimentant le campement écologique au « village de la paix », des personnes se faisant les porte-voix des luttes de leurs communautés, des mouvements cherchant à s’inter-connecter au sein de réseaux transnationaux et tous ceux faisant office de témoins de cet ensemble. Et ceci n’est qu’une citation non-exhaustive.</p>
<p>J’ai trouvé que la lettre de bienvenue présentée en première page du programme officiel &#8211; d’abord en portugais, ensuite en anglais, espagnol et français &#8211; m’a tout de suite mis dans le bain du discours implicite de ce forum : « Tenir le FSM en Amazonie témoigne de la reconnaissance de l’importance vitale des ressources naturelles qui existent encore dans cette partie du monde et qui sont extrêmement menacées par le modèle hégémonique. Cela valorise aussi l’incroyable capacité des peuples pan-amazoniens (peuples indigènes, habitants des berges fluviales, descendants d’esclaves, et travailleurs) de résister à la domination centenaire, l’exploitation et la destruction de leurs ressources naturelles, cultures et qualité de vie. »</p>
<p>Étant donné le contexte décrit ci-dessus, l’emphase était mise, lors du FSM, sur les peuples indigènes et leur environnement. Mais il se déroulait en tout temps une centaine d’ateliers, planifiés ou non, sur des sujets allant du changement climatique à la responsabilité corporative en passant par les modèles d’éducation alternatifs ou encore le futur du FSM et des mouvements altermondialistes.</p>
<p>Le FSM, comme toute bonne mouvance sociale, a aussi ses contradictions. Il se déroule dans les pays du Sud pour le rendre plus accessible aux pays et populations les plus pauvres. Les participants constituent une sorte de stimulation économique en envahissant les campings, auberges de jeunesse, hôtels et restaurants. Toutefois, à Belém, beaucoup des petits vendeurs de rue et des enfants des rues du centre-ville en furent chassés ou furent arrêtés tandis que la présence policière était doublée.</p>
<p>Le campement de la jeunesse, comprenant des centaines de tentes, était situé sur le campus de l’Université Fédérale Rurale d’Amazonie et à détruit les terrains où l’on étudiait les hévéas. L’afflux d’une centaine de milliers de personnes engendra une congestion critique des infrastructures de transport, bloquant totalement certaines parties de la ville.</p>
<p>Selon moi, la réelle force du Forum dont j’ai fait l’expérience (étant donné le gigantisme du FSM, il y avait maintes et maintes manières de le vivre) fut dans un premier temps de permettre une appropriation de l’espace par les opprimés et les sans-voix de ce monde. Ensuite cela permit de voir la vérité en face, racontée par ces personnes et de rééduquer la population globale aveuglés par la réalité factice des médias-jouets des corporations. Enfin, une connexion se fit entre tous les individus, groupes et mouvements sociaux luttant ensemble pour avoir accès à une plus grande place dans les sphères politiques, économiques et sociales autour du globe.</p>
<p>Pour ceux qui croient qu’un autre monde est possible, c’est un bon pas vers ce dernier.</p>
<h2><em>Pistes d’amélioration pour le Forum Social Mondial</em></h2>
<p><strong> Par Anthony Côte</strong></p>
<p>Quand on s’intéresse au Forum Social Mondial un tant soit peu sérieusement et honnêtement, on ne peut que constater l’espoir que ce dernier suscite en ce sens qu’il constitue vraiment une phénomène novateur. Ainsi, le Forum Social Mondial est un espace de réflexion et de construction d’alternatives viables au système actuel, trop injuste pour être acceptable. S’y retrouvent donc tout les individus, ONG, mouvements sociaux et autres, qui pensent qu’un autre monde est possible. En tant qu’espace, le FSM ne prend pas de décisions au nom de tout ses membres et n’agit pas de lui-même en leur nom. Toutefois, on note que vu l’extrême diversité des points de vue, les alternatives concrètes peinent à émerger ou tout du moins à être largement connues et adoptées. Certains disent que le FSM devrait abandonner un de ses principes de base qui est de ne pas parler au nom des participants et réformer sa structure, passant d’un espace ouvert et non-représentatif à un acteur politique unitaire, se rapprochant du même coup de ce qu’on pourrait appeler un lobby altermondialiste.</p>
<p>Je ne partage pas cet avis et pense que faire du FSM un groupe de pression altermondialiste global serait le priver de ce qui fait sa spécificité, ce que je nomme le « réseau d’unicités ». En ce sens que chaque individu ou mouvement a des différences de points de vue mais que tous peuvent trouver leur place au sein d’un réseau ouvert et porteur de quelques positions communes très larges mais très fortes comme l’opposition au néolibéralisme et la promotion du respect des droits humains par exemple.</p>
<p>S’inscrivant en droite ligne de la volonté de ne pas faire du FSM un acteur politique unitaire, le but de ce texte est donc de trouver un moyen d’avoir plus d’impact en termes de visibilité et d’action, autant au niveau global que local sans altérer la philosophie d’ouverture qui caractérise le FSM.</p>
<p>Pendant le Forum, étant témoin du processus des conférences, ateliers et de tout ce qui fait un Forum, je remarquais de concert avec un certain nombre de participants la disproportion de l’information et des tentatives de «conscientisation» par rapport à la recherche de pistes d’actions (et de solutions) réelles et concrètes aux problèmes dénoncés par tous les participants.</p>
<p>Par exemple, j’ai assisté à un atelier sur les exactions de compagnies minières britanniques en Amérique du Sud perpétrées envers les populations locales qui osaient contester le pillage de leurs ressources naturelles et la destruction de leur environnement. Les organisateurs de cet atelier ont passé les trois heures qui leur étaient octroyées à nous exposer la situation concrète. Cela fut fort intéressant mais il aurait été encore plus enrichissant de réserver un certain temps (une heure par exemple) à chercher tous ensemble une réponse à la question essentielle selon moi : que pouvons-nous faire pour stopper ces injustices, destructions et exactions ?</p>
<p>Car comme disait un de mes compagnons de voyage, il est dommage d’aller au FSM pour connaître encore plus de problème mais aucune nouvelle piste de solution…</p>
<p>Peut-être cette vision des choses est-elle partielle et partiale mais je ne peux parler que de ce que je sais (i.e pas grand chose) et expérimente (même remarque que précédemment). Après tout, je ne suis qu’un étudiant de première année universitaire !</p>
<p>Mais revenons au coeur du sujet. Suite à mon expérience de Belém, il m’est venu une idée que je pensais intéressante (j’ai entendu plus tard qu’une assemblée sectorielle en avait eu une semblable donc je suis pas un génie…une autre fois peut-être !). L’idée serait d’organiser quelques mécanismes incitatifs non-obligatoires pour rendre les ateliers plus créatifs (je n’aimes pas beaucoup le mot «productif» pour des raisons qui me semblent évidentes) et orientés vers l’action tout en gardant la partie plus informative et réflexive.</p>
<p>Ces incitatifs sont basés en grande partie sur deux choses :</p>
<p>- Premièrement, une assemblée des mouvements sociaux spécifique à chaque objectif/axe thématique (une pour les menaces environnementales, une autre sur les sujets économiques, une troisième sur la sécurité globale et ainsi de suite, suivant de ce fait les principaux sujets débattus au sein de la mouvance altermondialiste). Ces assemblées sectorielles tiendraient réunion à la fin de chaque journée afin d’effectuer une synthèse de ce qui a été évoqué dans les ateliers pertinents durant les 24 dernières heures. Par ce mécanisme, nous pourrions avoir plus d’idées et un matériau brut substantif sur lequel travailler à la fin du Forum.</p>
<p>- Deuxièmement, une invitation faite à chaque «équipe d’atelier» (la combinaison des participants et des organisateurs d’un atelier) de fournir un document écrit à la fin de leur atelier (une simple feuille manuscrite serait parfaite) à un «bureau de collecte/agglutination». Ce document présenterait plusieurs «pistes d’actions» concrètes (qui sont dans mon esprit différentes des plans d’action, ces derniers étant plus rigides et définitifs) que chaque  équipe d’atelier propose pour aider à régler les problèmes soulevés durant leur présentation ou leur atelier.</p>
<p>Chacune de ces pistes d’action spécifiquement proposées par chaque atelier serait par la suite archivée dans un programme des pistes d’action. Ce sont exactement les mêmes structure et procédure organisationnelle que pour le processus d’auto-programmation se déroulant avant l’ouverture du Forum. La seule différence serait le basculement d’une procédure d’entrée vers une procédure de sortie (en langue de Shakespeare de l’<em>input</em> à l’<em>output</em>).</p>
<p>L’intérêt d’une telle procédure est qu’elle propose des solutions uniquement au nom des participants spécifiques de chaque atelier et non au nom du Forum dans son ensemble. Il y a donc des sorties, des «résultats» du Forum mais ce dernier garde ce caractère d’espace ouvert, cosmopolite, non-unitaire et non-représentatif qui fait toute son unicité.</p>
<p>En fin de compte, grâce à ce mécanisme de «compilation des propositions de pistes d’action», je penses que nous aurons une trace durable dans un seul document (il est très clair, je l’espère, que ceci n’est pas le moins du monde une déclaration finale ou un programme commun unitaire) de la plupart des fantastiques solutions émergeant du FSM durant une semaine mais qui s’évanouissent trop souvent dans les airs alors que les participants embarquent dans l’avion du retour…</p>
<p>En adoptant un tel incitatif, nous contribuerions à faire avancer le forum vers son objectif  de constituer un espace d’émergence de solutions alternatives sans pour autant altérer sa philosophie d’ouverture envers toutes les idées alternatives et de refus du rôle d’acteur politique unitaire.</p>
<p>De surcroît (et finalement !), ce système permettrait, il me semble, de faire taire la majorité des critiques partiellement fondées qui soutiennent que le Forum est plus un espace de «pensée magique» (dans l’idiome de William le «wishful-thinking») que le bouillonnant chaudron d’idées et actions alternatives qu’il était censé être (ou appelé à le devenir) lors de ses débuts il y a presque dix ans.</p>
<p>Voici ma très mince et humble contribution personnelle à la discussion et réflexion sur le futur du FSM. Je serais très heureux et honoré d’avoir quelques réactions de votre part à propos de ce petit mécanisme de «collecte des pistes de solution». C’est, il me semble, un incitatif non-obligatoire assez intéressant pour faire bouger encore plus les gens vers un (des) autre(s) monde(s) que nous souhaitons tous vraiment et profondément, j’en suis sûr, même si parfois le désespoir nous fait percevoir ce(s) projet(s) comme une utopie plutôt que comme une réalité en devenir…</p>
<p>Et comme il était écrit (en anglais) sur un mur lors du FSM de Mumbai : « Il n’y a pas de garantie que nous ferons mieux, mais il n’y a aucune raison de ne pas essayer ».</p>
<p>L’ensemble des contributeurs étaient membres de la délégation <strong>UNIALTER</strong>, qui s’est rendue au FSM 2009, au Brésil.</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1"><sup>**</sup></a> Objet Social Non Identifié, appellation dont la paternité est attribuable à notre cher collègue Germain Schmid.</p>
<p><a href="#_ftnref2"><sup><sup>[1]</sup></sup></a> Building Global Democracy. [En ligne] <a href="http://www.buildingglobaldemocracy.org/">http://www.buildingglobaldemocracy.org</a>/ (page consulté le 9 février 2009)</p>
<p><a href="#_ftnref3">[2]</a> Haganah était une force armée sioniste pour la défense des Juifs émigrés en Palestine.</p>
<p><a href="#_ftnref4">[3]</a> Pour plus d’informations à propos de ce projet, visiter le site <a href="http://www.iampalestinian.info/">http://www.iampalestinian.info</a></p>
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