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	<title>Possibles &#187; Rôle du politique</title>
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		<title>Une Patria Grande pour le continent sud-américain &#8211; Par Pierre Beaudet</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Aug 2009 03:34:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Altermondialisme (vol.32, no.3-4, Aut.2008)]]></category>
		<category><![CDATA[Rôle du politique]]></category>
		<category><![CDATA[Amérique Latine]]></category>
		<category><![CDATA[institutions internationales]]></category>
		<category><![CDATA[Intégration]]></category>

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		<description><![CDATA[En Amérique du Sud, berceau des forums sociaux et de l’altermondialisme, se produit aujourd’hui sous nos yeux un intéressant processus de mobilisation sociale et d’innovation politique qui secoue la chape de plomb qui sévit sur ce continent depuis 500 ans sous la domination européenne et plus récemment sous la pesante influence des États-Unis. Parmi les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">En Amérique du Sud, berceau des forums sociaux et de l’altermondialisme, se produit aujourd’hui sous nos yeux un intéressant processus de mobilisation sociale et d’innovation politique qui secoue la chape de plomb qui sévit sur ce continent depuis 500 ans sous la domination européenne et plus récemment sous la pesante influence des États-Unis. Parmi les chantiers en effervescence se trouve celui de l’intégration sud-américaine. En effet, le vieux rêve de Simon Bolívar de créer «une» Amérique du Sud unie et capable de prendre sa place dans le monde connaît une nouvelle vie. Les enjeux, les contradictions, les défis, sont multiples.</p>
<p style="text-align: justify">
<h2>L’histoire bascule</h2>
<p style="text-align: justify">Tout au long du vingtième siècle, le paysage politique, social, économique, culturel de l’Amérique latine, a été dominé par l’influence des États-Unis. Et pour cause, depuis la fameuse déclaration du Président James Monroe en 1823, Washington s’est arrogé le droit d’intervenir dans «son» continent. Ainsi jusque dans les années 1990, de terribles dictatures sont maintenues à bout de bras par les États-Unis au Chili, au Guatemala, en Argentine et plusieurs autres pays où des rébellions populaires sont mâtées par la violence extrême. Entre-temps, l’économie de ces pays est «adaptée» sur mesure pour fournir aux États-Unis des produits miniers et agricoles appropriés par de grandes entreprises multinationales états-uniennes. Plus tard dans le tournant de la mondialisation néolibérale, Washington entreprend d’institutionnaliser cette intégration/subordination dans le cadre de la <em>Zone de libre-échange pour les Amériques</em> (ZLÉA), un projet mis sur la table par le Président Clinton en 1994.</p>
<p style="text-align: justify">Mais en quelques années, le paysage est chambardé. À partir du nouveau millénaire, de nouvelles générations de mouvements sociaux et politiques apparaissent du Rio Grande à la Terre de feu. En Argentine, en Bolivie et ailleurs, ils réussissent à enrayer, voire à bloquer le projet néolibéral. Plus tard profitant de la réouverture démocratique, les populations votent massivement pour des partis de gauche (Brésil, Uruguay, Bolivie, Équateur, etc.), espérant des transformations fondamentales.</p>
<p style="text-align: justify">Le continent est en effervescence et dans cette foulée, le projet de la ZLÉA est contesté un peu partout. Une coordination hémisphérique des mouvements sociaux, l’<em>Alliance sociale continentale</em>, est mise en place, regroupant des mouvements et des coalitions (notamment le <em>Réseau québécois pour l’intégration continentale</em> qui organise en avril 2001 un historique <em>Sommet des peuples des Amériques</em> à Québec). Finalement en novembre 2005, le projet de la ZLÉA est effectivement enterré par les gouvernements sud-américains, au grand dam du Président Bush et de son principal allié dans le dossier, le gouvernement canadien. C’est de ce grand basculement qu’émergent de nouveaux projets d’intégration animés à partir de l’Amérique du Sud et qui s’inscrivent dans la recherche d’alternatives au modèle libre-échangiste et néolibéral dominant.</p>
<p style="text-align: justify">
<h2>Le rêve de l’intégration</h2>
<p style="text-align: justify">Bien qu’héritière d’une histoire commune, l’Amérique du Sud reste un continent diversifié à tous les niveaux, y compris sur le plan économique. Des pays «riches» (relativement au continent) comme le Chili, l’Uruguay, l’Argentine, coexistent avec des zones de grande misère, dans les pays andins, en Amérique centrale. Entre tout cela s’interpose un géant économique et démographique, le Brésil. Certes, l’intégration continentale harmonieuse apparaît aujourd’hui comme une nécessité, tant pour renforcer les États spécifiques que pour permettre au continent de jouer dans la «cours des grands» dans un univers mondialisé et structuré autour de grands ensembles comme l’Amérique du Nord, l’Union européenne, la Chine.</p>
<p style="text-align: justify">Mais le projet reste plus facile à dire qu’à faire, compte tenu non seulement des disparités mais aussi des rivalités, voire des conflits qui existent un peu partout. Jusqu’à récemment, ces obstacles ont empêché en pratique plusieurs projets d’intégration de prendre leur essor (comme le <em>Marché Commun du Sud</em> (Mercosur), la <em>Communauté andine de Nations,</em> le <em>Caricom</em>, etc.). Le <em>Mercosur</em>, mis en place en 1991 par le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay a peut être été le plus loin dans la tentative d’élaborer un cadre de coopération fonctionnel. Mais pendant longtemps, les gouvernements néolibéraux qui dominaient dans ces pays étaient bien plus intéressés à développer leurs relations bilatérales, avec les États-Unis ou l’Europe, qu’à renforcer les liens intra continentaux.</p>
<p style="text-align: justify">C’est donc ce qui a changé à partir de 2002 avec l’élection du président Lula au Brésil, dans la foulée de la tenue du premier Forum social mondial à Porto Alegre en janvier 2001. Depuis, les avancées ont été importantes, tant sur le plan de l’élargissement du Mercosur (qui compte maintenant un nouvel État-membre le Venezuela, ainsi que cinq États associés, la Colombie, le Pérou, la Bolivie et l’Équateur et le Chili) que sur le plan des projets d’intégration que le Brésil voudrait renforcer dans le cadre de la <em>Communauté sud-américaine des Nations</em>, lancée symboliquement à Cuzco en 2004. Pour le moment cependant, le Mercosur, qui représente une véritable force économique (250 millions d’habitants et un PNB consolidé de 2500 milliards de dollars, soit 75% du PNB de l’Amérique du Sud), n’avance pas aussi rapidement que certains le voudraient.</p>
<p style="text-align: justify">Certains États accusent le Brésil d’utiliser son poids pour imposer ses priorités. Les grandes entreprises brésiliennes, dont la société publique Pétrobras, n’ont pas des pratiques très différentes des autres multinationales, comme on l’a vu dans les difficultés de la Bolivie et de l’Équateur de reprendre le contrôle de leurs ressources. Par ailleurs, divers conflits opposent l’Argentine et l’Uruguay.</p>
<p style="text-align: justify">Les États-Unis entre-temps ne restent pas inactifs en tentant de signer des accords de libre-échange avec des États à qui on promet d’ouvrir le marché états-unien, ce qui est certes tentant pour des pays encore pauvres et qui sont jusqu’à un certain point en compétition les uns avec les autres. Malgré ces obstacles, l’intégration économique avance via de grands projets d’infrastructure dans le domaine des transports, de l’énergie et de l’agriculture.</p>
<p style="text-align: justify">
<h2>Patria Grande</h2>
<p style="text-align: justify">En décembre 2004, Fidel Castro et Hugo Chavez mettent sur la table un nouveau projet, l’<em>Alternative Bolivarienne pour les Amériques</em> (ALBA) qui veut réaliser le projet de Bolívar de constituer en Amérique du Sud une Patria Grande. Peu à peu se joignent à l’ALBA la Bolivie d’Évo Morales (en 2006), le Nicaragua après le retour au pouvoir des Sandinistes (2007) et plus récemment, le Honduras (2008). Plusieurs autres États dits «associés» sont également partie prenante du processus, notamment l’Équateur, l’Uruguay, la République dominicaine et les îles de la Dominique et de Saint-Kitts. Pour le moment, l’ALBA se présente comme un projet encore vague. On y entend beaucoup de déclarations quelque peu ambitieuses, mais on y voit aussi des actions concrètes qui jusqu’à un certain point concrétisent l’utopie de l’intégration.</p>
<p style="text-align: justify">Contrairement au Mercosur qui s’affiche comme un processus d’intégration économique, l’ALBA se présente comme un projet «contre hégémonique» où l’Amérique du sud, selon le sociologue Emir Sader, est «devenue le maillon le plus faible de la chaîne impérialiste» :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify">En réunissant ces pays et les mouvements sociaux, l’ALBA s’est transformé en un nouvel horizon historique de l’Amérique latine et des Caraïbes, à partir duquel toutes les forces progressistes devront penser leur identité, leurs objectifs et leurs formes d’action. Elle devient un exemple modèle de l’application d’un commerce équitable, de solidarité, de coopération. Un espace alternatif au libre-échange, à la domination du marché, en révélant concrètement comment c’est par un échange entre besoins et possibilités que l’on vient à bout de l’analphabétisme, que l’on renforce l’agriculture familiale et la sécurité alimentaire, que l’on redonne la vue à des millions de personnes, en bref, où l’on met les besoins de la population au-dessus des mécanismes du marché et de l’accumulation du capital. [1]</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify">Au-delà des déclarations, l’ALBA s’est structurée autour de grands projets. Dans un premier plan, le Venezuela, gros producteur de pétrole, fournit d’importantes quantités de combustible à des prix largement inférieurs à ceux du marché international [2]. En fait cet accord pétrolier inclut beaucoup plus de pays que les seuls États-membres de l’ALBA puisque 14 États sont maintenant membres de Petro Caribe, que Chavez voudrait bien élargir à l’échelle du continent (le projet de Petro SUR). En attendant, dans le cas d’un pays pauvre comme le Nicaragua, les avantages sont indéniables puisque la formule représente des économies d’environ $430 millions de dollars pour la seule année 2008. PDVSA, l’entreprise vénézuélienne de pétrole, investit de vastes sommes dans le secteur énergétique à Cuba, en Bolivie et ailleurs. [3]</p>
<p style="text-align: justify">Parallèlement à l’énergie, l’ALBA promeut les échanges dans toutes sortes de domaines. Avec l’appui financier du gouvernement Chavez, plus de 30 000 coopérants cubains sont ainsi actifs au niveau de la santé et de l’éducation, non seulement au Venezuela, [4] mais aussi dans les pays les plus pauvres de la région comme Haïti par exemple. Le projet de TELESUR est un autre développement qui attire l’attention. Cet «anti-CNN» veut non seulement produire des images pour l’Amérique du Sud, mais surtout offrir une autre perspective sur les évènements et les personnalités qui font l’histoire. Récemment, l’idée a été lancée par Hugo Chavez de créer une «Banque du Sud» qui remplacerait éventuellement le FMI et la Banque mondiale comme soutien «en dernier recours» au niveau financier pour les pays d’Amérique du Sud. Le projet est encore à l’état d’embauche, mais le Président vénézuélien a annoncé une capitalisation initiale de sept milliards de dollars.</p>
<p style="text-align: justify">Enfin, fait singulier à remarquer, l’ALBA veut laisser une place, à côté des États, aux mouvements sociaux, via un Conseil des mouvements sociaux. Lors de leur dernière rencontre à Tintoréro (Venezuela), une centaine d’organisations syndicales et populaires se sont dites en accord pour concrétiser cette présence de la société civile populaire au sein de l’ALBA en faisant la promotion du «commerce équitable» plutôt que du «libre-échange [5]». Notons par ailleurs, dans cette même perspective d’interaction avec les mouvements sociaux, que Caracas fut l’hôte d’un volet du Forum social mondial polycentrique de 2006 (avec Bamako au Mali et Karachi au Pakistan) et que le gouvernement bolivarien a fortement appuyé son organisation.</p>
<p style="text-align: justify">
<h2>Les défis</h2>
<p style="text-align: justify">Comme on peut l’imaginer, le projet de l’ALBA excite les imaginations et les espoirs d’un bout à l’autre du continent. Toutefois, le rêve est tempéré quand on considère les obstacles internes et externes qui confrontent le projet. Le gouvernement d’Hugo Chavez, qui est la véritable dynamo de l’ALBA, est dans une passe difficile depuis l’échec du référendum constitutionnel de l’an dernier. Bien que l’État dispose d’énormes surplus financiers liés aux fluctuations à la hausse des prix de l’énergie, l’économie ne va pas très bien, en témoignent les taux de chômage et la déliquescence des infrastructures. Et sur le plan politique, Chavez reste de plus en plus contesté par l’opposition de droite, mais aussi par une partie de la gauche qui craint une certaine dérive populiste et autoritaire. Néanmoins, Chavez n’a pas dit son dernier mot. Le projet de transformation qui reste à venir s’appuie sur le désir d’émancipation de millions de personnes qui voient dans la «révolution Bolivarienne» le seul espoir de s’en sortir.</p>
<p style="text-align: justify">Ailleurs sur le continent, les gouvernements de gauche peinent à répondre aux attentes de la population. La réélection des gouvernements de gauche dans plusieurs pays (Brésil, Chili, Uruguay) est loin d’être garantie dans un contexte où des turbulences sociales s’aggravent. Tout cela se conjugue pour fragiliser les projets d’intégration et de création de la Patria Grande.</p>
<p style="text-align: justify">
<h2>À quand le retour des Yankees ?</h2>
<p style="text-align: justify">Mais sans doute les adversaires les plus redoutables de l’ALBA se retrouvent au nord du Rio Grande. Certes, dans le sillon des débâcles de l’Irak et de l’Afghanistan, les États-Unis ont été discrets en Amérique du Sud ces dernières années, ce qui a profité non seulement au Venezuela et à l’ALBA, mais aussi au Brésil qui cherche à s’afficher comme puissance régionale, voire mondiale [6].</p>
<p style="text-align: justify">Dans le contexte de la crise énergétique mondiale cependant, il serait surprenant que Washington «oublie» sa sphère d’intérêts rapprochée. Actuellement, les États-Unis importent près de cinq millions de barils de pétrole par jour d’Amérique du sud, principalement du Venezuela ! Les réserves en hydrocarbures abondent dans les pays andins, sur la côte est (au large du Brésil) et bien sûr dans le bassin caribéen. Et ces chiffres étourdissants ne tiennent même pas compte du gaz naturel dont on connaît les réserves faramineuses en Bolivie et en Équateur.</p>
<p style="text-align: justify">Qu’attendre donc des États-Unis sinon un retour en force, à un moment ou l’autre ? Ce qui explique les investissements considérables qui sont actuellement consentis du côté de la Colombie, où l’aide et la présence militaires américaines ont considérablement augmenté. C’est tout un développement pour un pays qui a la plus longue frontière avec le Venezuela et qui a avec Hugo Chavez une longue série de contentieux. Autre signe avant-coureur, l’administration Bush vient de remettre en place la lVe flotte (démembrée en 1950) et dont le mandat est de «sécuriser» la Caraïbe et les océans entourant l’Amérique du Sud. [7]</p>
<table border="1" align="center">
<tbody>
<tr>
<td>
<h2 style="text-align: center">Les objectifs officiels de l’ALBA (2004)</h2>
<ul>
<li>Promouvoir le commerce et l’investissement entre les États-membres sur la base de la coopération, dans le but d’améliorer la vie des peuples et non de faire des profits ;</li>
<li>Renforcer la coopération entre les États-membres pour rendre disponible la santé et l’éducation gratuitement aux peuples ;</li>
<li>Favoriser l’intégration des secteurs de l’énergie pour répondre aux besoins des peuples ;</li>
<li>Faciliter la création de médias alternatifs pour contrebalancer les médias états-uniens et pour promouvoir l’identité latino-américaine ;</li>
<li>Promouvoir la redistribution des terres et la sécurité alimentaire ;</li>
<li>Développer les entreprises publiques ;</li>
<li>Développer le secteur industriel de façon à ce que les États-membres deviennent économiquement indépendants ;</li>
<li>Promouvoir les mouvements de travailleurs, d’étudiants et les mouvements sociaux en général ;</li>
<li>S’assurer que les projets de l’ALBA soient bénéfiques pour l’environnement.</li>
</ul>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p style="text-align: justify">
<p><strong>Pierre Beaudet</strong> est professeur à l’École de développement international et mondialisation de l’Université d’Ottawa.</p>
<p style="text-align: justify">&#8212;</p>
<p style="text-align: justify">[1] Emir Sader, « América Latina en Movimiento », 7 mai 2007, en ligne : http://alainet.org/. Texte traduit par RISAL, Réseau d&#8217;information et de solidarité avec l&#8217;Amérique latine (http://risal.collectifs.net/).</p>
<p style="text-align: justify">[2] Le pays acheteur paie immédiatement 40% de la valeur du pétrole. L’autre 60% est reconduit dans une dette à long terme à 1% de taux d’intérêt.</p>
<p style="text-align: justify">[3] Selon l’Economist Intelligence Unit, la générosité du Venezuela lui coûte cher. La dette de PDVSA est très élevée (64 milliards), ce qui lui interdit d’investir dans la croissance de la production locale qui a décru de 3,2 millions de barils par jour (2002) à moins de 2,5 millions aujourd’hui. « Venezuela: political reform or regime demise? », Latin America Report, n°27, 23 juillet 2008.</p>
<p style="text-align: justify">[4] Les coopérants cubains rendent possible le travail des «Misiones» (Robinson, Ribas, Sucre et Vuelvan Caras), ces projets spéciaux conçus par le gouvernement de Chavez pour fournir les services de bases dans les bidonvilles de Caracas et les villes de l’intérieur.</p>
<p style="text-align: justify">[5] Encuentro de los Movimientos Sociales en el Marco de la  V Cumbre de la Alternativa Bolivariana para los Pueblos de Nuestra América Tratado de Comercio de los Pueblos, Tintorero (Venezuela), 28 et 29 avril 2007.</p>
<p style="text-align: justify">[6] Les économistes ont inventé un nouvel acronyme pour désigner les pays qui «émergent» et qui contestent l’hégémonie de la «triade» (Amérique du Nord, Union Européenne, Japon). Il s’agit des «BRICS» pour Brésil – Russie – Inde – Chine – South Africa. Il ne fait pas de doute en tout cas que ce sont ces «BRICS» qui ont fait dérailler les négociations entreprises sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Doha à l’été 2008.</p>
<p style="text-align: justify">[7] Jules Dufour, « Le retour de la IVe Flotte », Alternatives, volume 15, no 1, septembre 2008.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>En attendant le grand soir &#8211; Par Francis Dupuis-Déri</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Aug 2009 03:18:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Rôle du politique]]></category>
		<category><![CDATA[anarchisme]]></category>
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		<description><![CDATA[L’anarchisme a effectué un retour sur la scène politique à l’occasion des manifestations de Seattle en 1999 et de Québec en avril 2001. Ce renouveau de la sensibilité anarchiste est une illusion; le phénomène prend racine dans la contestation radicale et le mouvement contre-culturel des années 1960, principalement au sein du mouvement féministe et pacifiste. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">L’anarchisme a effectué un retour sur la scène politique à l’occasion des manifestations de Seattle en 1999 et de Québec en avril 2001. Ce renouveau de la sensibilité anarchiste est une illusion; le phénomène prend racine dans la contestation radicale et le mouvement contre-culturel des années 1960, principalement au sein du mouvement féministe et pacifiste. Aujourd’hui, les anarchistes ne font pas que manifester bruyamment; on les retrouve au Québec au Centre des médias alternatifs et dans les journaux  <em>Le Couac</em> et <em>À Babord!</em>, au Salon du livre anarchiste de Montréal, au sein du réseau des féministes radicales, dans des groupes écologistes qui pratiquent la récupération et la production de nourriture distribuée gratuitement, dans des ateliers et des conférences de la Nuit de la philosophie à l’UQAM, ou dans des appartements collectifs qui servent d’espaces d’élaboration de réflexions et de pratiques politiques, comme le Rhizome à Montréal [1]. Au-delà de l’anarchiste qui se réclame ouvertement de la tradition révolutionnaire du XIXe siècle incarnée par des auteurs comme Bakounine et Kropotkine, plusieurs activistes du mouvement altermondialiste reprennent consciemment ou non des principes anarchistes dans leur mode d’organisation et leurs pratiques : processus de prise de décision en assemblée délibérante, si possible au consensus, refus de la délégation représentative, action directe, rotation des taches, etc. Par soucis de respectabilité ou par ignorance, on préfère parler de «démocratie directe», même si cela à toutes les apparences de l’anarchie!</p>
<p style="text-align: justify">Plusieurs des activistes altermondialistes sympathiques à l’anarchisme entretiennent un rapport ambivalent à l’égard des partis politiques de gauche et des élections. J’en suis. Revenant chez-moi en fin d’après midi, le jour même des élections provinciales de mars 2007, j’y trouve mon amoureuse qui enfile son manteau et s’apprête à sortir. Me voyant arriver, elle affiche un sourire figé, comme gênée d’être prise en faute&#8230; Intrigué, je lui demande où va-t-elle. «Bon, bon, je vais voter&#8230;», laisse-t-elle tomber, en murmurant. Il faut dire que nous habitons dans la circonscription où Françoise David, co-présidente du parti Québec solidaire, s’est portée candidate. J’accompagne mon amoureuse au bureau de scrutin, mais sans voter moi-même. Débattant sur la route de l’importance de poser le geste ou de s’en abstenir, je déclare, mi-sérieux, mi-rieur : «Si David perd d’une voix, se serra de ma faute et tu pourras m’engueuler!» Malgré mon cynisme face au cirque électoral, je suis resté collé au téléviseur toute la soirée, horrifié de constater la «victoire» de Mario Dumont et du parti de l’Action démocratique du Québec, qui a doublé le Parti québécois et s’est retrouvé au poste de l’opposition officielle face à un gouvernement libéral minoritaire de Jean Charest.</p>
<p style="text-align: justify">Au Québec, où les relations sociales semblent parfois plus pacifiées qu’ailleurs, la mise en débat de la question de l’option électorale pour la gauche et l’extrême gauche a souvent été décevante. Les personnes ayant organisé des discussions publiques sur ce thème espéraient le plus souvent un choc des idées entre activistes proches de l’anarchisme et partisans de Québec solidaire, mais n’ont en général eu droit qu’à des échanges polis et tolérants entre les deux camps&#8230; Il y a bien eu, à l’occasion des élections provinciales de mars 2007, l’apparition de la coalition Nous on vote pas! (http://www.nousonvotepas.org/), que le Directeur général des élections a menacé d’une injonction. En effet, la loi électorale exige que les campagnes abstentionnistes s’enregistrent officiellement! Mais l’attaque des abstentionnistes était menée contre le système électoral en général plutôt que contre Québec solidaire spécifiquement.<br />
Et puis, il y a des liens organiques réels entre des membres d’influence de Québec solidaire et des mouvements sociaux parfois radicaux. Françoise David, on le sait, a été présidente de la Fédération des femmes du Québec et porte-parole du Sommet des peuples, en marge du Sommet des Amériques en avril 2001. Amir Khadir, l’autre co-président du parti, a été infirmier volontaire lors de manifestations contre la réunion mini-ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) organisées par la Convergence des luttes anti-capitalistes (CLAC) à l’été 2003, à Montréal. À cette occasion, il a été piégé avec plus de 200 autres activistes dans une arrestation de masse menée par les policiers de la ville de Montréal.</p>
<p style="text-align: justify">Si la solidarité et la collaboration restent possibles entre «électoralistes» et «mouvementistes», il ne faut pas pour autant nier les tensions, voire les critiques qui fusent de part et d’autre. Du côté des adeptes de la formation d’un parti politique, que ce soit au Forum social ou sur la scène politique québécoise, on entend souvent dire qu’il est très naïf, voire puéril et dangereux, que les mouvements sociaux radicaux se rangent derrière le slogan «changer le monde sans prendre le pouvoir» [2]. Il y aurait là comme un abandon de toute prise sur le réel, et conséquemment un repli dans les communautés activistes où l’on se réjouit d’expérimenter la démocratie directe, abandonnant à leur sort les classes défavorisées, exploitées ou exclues. C’est, en substance, ce que tentent de démontrer de jeunes universitaires comme Christine Couvrat qui déclare avec assurance que «la réflexion alter à propos de l’action politique et des façons envisageables d’en orienter la pratique» oublie «le canal par lequel il paraît encore pensable aujourd’hui d’imprimer à l’organisation de nos sociétés complexes une certaine dose d’orientation rationnelle (le “canal législatif” de la démocratie représentative classique)» qui «n’intéresse pas les partisans de la démocratie alter.» Elle insiste : «la philosophie démocrate-radicale contemporaine ne vise pas la constitution et l’exercice rationnel du pouvoir politique». Dans le même esprit, Frantz Gheller déplore que «la lutte altermondialiste est fragmentée. Tant qu’elle se cantonnera à la promotion d’un amalgame de revendications particularistes, sa capacité à bâtir un projet émancipateur sera compromise [3].» Et dans <em>Le Devoir</em>, le chroniqueur qui recense les essais québécois, Louis Cornellier, accorde une véritable attention aux publications de l’extrême gauche mais conclue systématiquement ses papiers à leur sujet en rappelant que les radicaux, incarnant un certain archaïsme politique, font fausse route et devraient se «convertir» au réformisme.</p>
<p style="text-align: justify">Or il peut sembler plus raisonnable de rappeler que les deux tendances — «électoralistes» et «mouvementistes» — se nourrissent l’une l’autre en attendant le grand soir, que ce soit la victoire électorale de Québec solidaire ou la révolution anarchiste, toutes deux aussi improbables pour l’instant. Dans l’histoire de la social-démocratie occidentale qui prend racine au XIXe siècle, il semble bien que ce soit la menace inspirée par le dynamisme de mouvements radicaux et révolutionnaires qui ait poussé des gouvernements — souvent conservateurs — à accorder des droits et des programmes sociaux à la classe ouvrière. L’État Providence tel qu’on le conçoit aujourd’hui est né dans une Allemagne alors sous le règne d’un Keiser — encouragé par Bismarck — qui a accordé certains gains aux ouvriers et ouvrières pour calmer le jeu et miner leur élan révolutionnaire4. S’il n’y a pas de radicaux, le spectre politique se tasse à droite, et l’horizon des possibles se rétrécit, ce qui réduit d’autant la marge de manoeuvre des «réformistes». Or qui porte cette flamme radicale aujourd’hui, sinon les groupes et collectifs de sensibilité anarchiste?</p>
<p style="text-align: justify">Même leur turbulence peut en bout de piste servir les électoralistes. Qui peut nier aujourd’hui que le renversement d’un segment de la clôture de sécurité entourant le périmètre interdit a été le geste — tout «violent» soit-il — qui a le plus marqué les esprits au moment du Sommet des Amériques à Québec en avril 2001? Cet affront à l’égard de l’arrogance des grands a participé de l’imaginaire de la résistance et du dynamisme engagé par les mobilisations. Cette action d’éclat aura fait autant, sinon plus, pour ramener vers le politique des jeunes et des moins jeunes qui ne s’y intéressaient pas ou plus, que tous les points de presse des porte-parole du Sommet des peuples (tout à fait légitime, cela dit)&#8230;</p>
<p style="text-align: justify">La légitimité relative des radicaux et de leur turbulence semble d’ailleurs être aujourd’hui mieux reconnue, alors qu’en plusieurs occasions des convergences hier encore improbables s’incarnent dans la rue, comme à l’occasion des manifestations contre le Sommet de Montebello en 2007 ou lors des manifestations contre les défilés militaires à Québec en juin 2007 et juillet 2008. Des activistes formés en Black Blocs ou ayant annoncé des actions de «perturbation» s’y retrouvent dans la rue aux côtés de leaders du mouvement syndical, du mouvement féministe, voire de Québec solidaire (comme à Montebello).</p>
<p style="text-align: justify">Faut-il alors s’attendre à un retour de politesse, et que demain les activistes de sensibilité anarchiste se rendent aux bureaux de scrutin déposer dans l’urne leur bulletin de vote? L’élection est un processus à la signification complexe et un certain nombre de tensions restent inhérentes au geste même de voter, si l’on se targue d’adopter une éthique anarchiste. Quoiqu’on entende sur le «pouvoir du peuple», la «souveraineté de la nation» ou le «premier devoir citoyen», voter non pas au sujet d’une décision collective, mais pour nommer de dirigeantes ou dirigeants qui (nous) gouverneront en notre nom évoque l’image paradoxal de l’esclave qui se choisit un maître. Pour l’anarchisme qui est la seule philosophie politique opposée à toute forme de chefferie, l’idée de choisir le maître par élection apparaît absurde, voire répugnante.</p>
<p style="text-align: justify">Des anarchistes répliquent ensuite à l’argument du moindre mal, selon lequel un parti de gauche est toujours mieux qu’un parti de droite, en rappelant qu’un gouvernement de gauche est néfaste pour plusieurs raisons. Premièrement, quelques anarchistes adeptes de la politique du pire prétendent que les gouvernements de droite vont, par leur arrogance et leur choix politiques, aggraver les conflits sociaux et pousser les masses à la révolte. Deuxièmement, des anarchistes insistent pour rappeler qu’un parti de gauche une fois au pouvoir peut très bien mener des politiques de droite. L’histoire est riche d’exemples de gouvernements de gauche ayant écrasé dans le sang des révoltes, ayant déclenché et mené des guerres injustes, ayant refusé le droit de vote aux femmes (accordé par le gouvernement conservateur de Borden au Canada et par Charles de Gaulle en France), ayant mené des politiques d’austérité et des coupes dans les services sociaux et ayant participé à l’orchestration de la mondialisation du capitalisme tant décriée par le mouvement altermondialiste. Dans tous les cas, la participation d’un parti de gauche au jeu électoral laisse entendre qu’il s’agit là d’une arène politique légitime et qu’il convient de respecter un certain décorum dans la lutte qui doit restée feutrée, quitte à oeuvrer de concert avec des salauds (les politiciens de droite). Enfin, les anarchistes s’entendent pour dire que voter n’offre que l’illusion d’exercer un choix, et que ce processus vient conforter dans sa légitimité un système politique injuste et accroître l’écart entre une chefferie (ici, de gauche) et «la base» qui se retrouve en posture malsaine de déférence — ou d’idolâterie — à l’égard de la direction. Le processus électoral, de plus, encourage de fait la déresponsabilisation et le désengagement politique de par le processus de délégation qu’implique nécessairement l’élection, et de la mise en spectacle de l’élite — les candidates et les candidats — face à un public plutôt passif et admiratif, l’électorat. S’engager dans Québec solidaire, s’est donc consacrer beaucoup d’énergie et de temps dans un cadre nécessairement hiérarchique, même si la chefferie du parti est sincèrement préoccupée de participation et d’égalité de principe. Et plus un parti se approche du pouvoir officiel, plus le cadre hiérarchique devient rigide, et l’influence des instances participatives plutôt marginale.</p>
<p style="text-align: justify">Certes, un parti comme Québec solidaire agit à sa manière comme un catalyseur d’un certain discours critique, qui trouve à l’occasion écho dans les médias de masse5. Québec solidaire n’est alors qu’une forme de manifestation politique; mais l’organisation reste un parti, avec une chefferie et un objectif précis, rafler des sièges à l’Assemblée nationale, la chambre de l’élite politique.</p>
<p style="text-align: justify">Alors, Québec solidaire peut-il espérer les suffrages anarchistes aux prochaines élections? Si l’anarchisme classique a, en principe, une position stricte à l’égard de l’abstention électorale, l’histoire compte nombre d’exceptions : à l’époque de la guerre civile espagnole (1936-1939), des anarchistes ont même été ministres du gouvernement républicain, au nom du front uni antifasciste; des anarchistes ont appelé à voter au second tour des élections présidentielles françaises de 2002 pour bloquer — disait-on — la menace de Jean-Marie Le Pen, chef du Front national; sans doute des anarchistes voteraient demain si un troisième référendum se tenait pour statuer de l’avenir du Québec; et quelques anarchistes ont certainement voté pour Québec solidaire, ou à tout le moins pour le Bloc pot&#8230; Mais pour beaucoup d’autres anarchistes, les divers problèmes discutés ici, qu’ils soient d’ordre moral ou politique, viennent miner tout désir de participer au cirque électoral. Déposer un bulletin de vote dans l’urne électorale, et donc accepter officiellement de remettre son pouvoir politique à quelqu’un d’autre, est un geste en contradiction complète avec la forme d’engagement que pratiquent tant d’anarchistes dans leurs groupes politiques et sur leurs fronts de lutte. Voter signifie donc en quelque sorte trahir l’esprit animant ces groupes et justifiant cet engagement, dans lequel tant d’énergie, de temps et d’espoir sont consacrés précisément à faire la politique autrement, de manière directe, (réellement) égalitaire, consensuelle. S’abstenir de participer aux élections relève donc d’une question de cohérence éthique, voire psychologique. L’abstention revêt une signification similaire au boycott d’une institution injuste et illégitime. Enfin, il reste ce dernier problème associé au côté spectaculaire de l’élection qui accorde une importance au décompte des voix, qui sacralise le vote individuel. Cette mythologie de l’élection est portée par une campagne d’endoctrinement menée par nul autre que le Directeur général des élections du Québec, et qui vise — avec du matériel didactique — les jeunes des écoles secondaires, lors des élections du Conseil d’élèves. L’objectif explicite du Directeur général des élections est de convaincre les citoyennes et citoyens de demain qu’il est important de voter, que c’est dans le geste du vote que réside leur (seul) pouvoir [6]. L’élection fonctionne alors dans l’imaginaire collectif comme un jeu de loterie : on entre dans l’isoloir tout gonflé d’un sentiment de fierté, croyant qu’en ce moment solennel, c’est <em>ma</em> voix qui fait la différence&#8230;</p>
<p style="text-align: justify">Si Françoise David perd par une voix à la prochaine élection, elle pourra me le reprocher.</p>
<p><strong>Francis Dupuis-Déri</strong> est professeur en science politique à l’UQAM, militant (contre la guerre, contre la brutalité policière, etc.) et auteur d’ouvrages sur les mouvements sociaux (dont <em>Les Black Blocs</em>, 2007 et <em>Québec en mouvements</em>, 2008).</p>
<p style="text-align: justify">&#8212;</p>
<p style="text-align: justify">[1] Pour en savoir plus sur l’anarchisme au Québec aujourd’hui, voir : Louis-Frédéric Gaudet, Rachel Sarrasin, «Fragments d’anarchisme au Québec (2000-2006)», F. Dupuis-Déri (dir.), Québec en mouvements : Idées et pratiques militantes contemporaines, Montréal, Lux, 2008; F. Dupuis-Déri, «Contestation altermondialiste au Québec et renouveau de l’anarchisme», Anne Morelli, José Gotovitch (dir.), Contester en pays prospère : L’extrême gauche en Belgique et au Canada, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 2007.</p>
<p style="text-align: justify">[2] John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir : Le sens de la révolution aujourd’hui, Montréal/Paris, Lux/Syllepse, 2007.</p>
<p style="text-align: justify">[3] Christine Couvrat, L’essor de l’altermondialisme : expression de la montée en occident d’une culture démocrate-radicale, Paris, l’Harmattan, 2007, p. 293; F. Gheller, «L’éthique de la société des identités et l’altermondialisme : une illustration», Jacques Beauchemin, Mathieu Bock-Côté (dir.), La cité identitaire, Outremont, Athéna, 2007, p. 129.</p>
<p style="text-align: justify">[4] Pour une réflexion plus développée à ce sujet, on lira avec intérêt la section «Résistances» dans Carol Levasseur, Incertitude, pouvoir et résistances : Les enjeux du politique dans la modernité, Ste-Foy, Presses de l’Université Laval, 2006.</p>
<p style="text-align: justify">[5] Où il reste souvent associé par les commentateurs et les journalistes à une idéologie archaïque, datée au mieux des années 1960, une critique qui n’est jamais adressée aux discours [néo]libéraux s’inspirant de principes élaborés pourtant au XVIIIe siècle&#8230;</p>
<p style="text-align: justify">[6] À ce sujet, voir F. Dupuis-Déri, « Les élections de Conseils d’élèves : méthode d’endoctrinement au libéralisme politique », Revue des sciences de l’éducation, 32 (3), 2006.</p>
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		<title>Pas à pas, ensemble et différents, nous changeons le monde! &#8211; Entrevue avec Françoise David</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Aug 2009 03:04:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Altermondialisme (vol.32, no.3-4, Aut.2008)]]></category>
		<category><![CDATA[Rôle du politique]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[forums sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[personnalité politique]]></category>
		<category><![CDATA[politique québécoise]]></category>

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		<description><![CDATA[(Entrevue réalisée par Raphaël Canet à Montréal le 19 juillet 2008)

Raphaël Canet : Depuis 2001, avec la tenue du premier Forum social mondial à Porto Alegre (Brésil), la mouvance altermondialiste ne cesse de se propager aux quatre coins du globe. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
Françoise David : Ce phénomène a été rendu possible par l’action [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>(Entrevue réalisée par Raphaël Canet à Montréal le 19 juillet 2008)<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Raphaël Canet :</strong><em> Depuis 2001, avec la tenue du premier Forum social mondial à Porto Alegre (Brésil), la mouvance altermondialiste ne cesse de se propager aux quatre coins du globe. Comment expliquez-vous ce phénomène ?</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Françoise David :</strong> Ce phénomène a été rendu possible par l’action de groupes altermondialistes et de mouvements sociaux qui ont mis en évidence dès les années 90 le fait que nos gouvernements étaient en train de négocier, par-dessus nos têtes et en notre nom, des accords quasi-secrets qui pouvaient avoir des conséquences assez dramatiques sur nos vies quotidiennes.</p>
<p style="text-align: justify">Cette prise de conscience s’est véritablement propagée à partir des événements de Seattle, contre l’Organisation mondiale du commerce en 19992. Des groupes de jeunes ont ouvert les yeux à beaucoup d’organisations (populaires, syndicales et autres) sur ce qui se passait avec la conclusion d’accords commerciaux qui impliquaient une redéfinition du rôle des États. À l’époque j’étais à la Fédération des Femmes du Québec (FFQ), nous préparions la Marche mondiale des femmes, et nous considérions ces événements avec beaucoup d’intérêt. Nous étions en contact avec des femmes d’une centaine de pays et le partage d’expériences concrètes nous a amenées à comprendre que le néolibéralisme et le patriarcat se nourrissaient mutuellement. J’ai beaucoup appris à ce moment-là et beaucoup de femmes québécoises ont appris aussi. Au fond, ça a pris un certain temps, 15 à 20 ans après le début des premières politiques néolibérales, pour que les gens sur le terrain réalisent vraiment ce qui se passait. Ensuite, les choses ont évolué assez rapidement. Au Québec, depuis une dizaine d’années, il y a une effervescence militante en rapport avec tout ce qui touche à la mondialisation, aux accords de libre-échange, particulièrement dans les Amériques. On assiste à une prise de conscience de la nécessaire solidarité entre les peuples du monde.</p>
<p style="text-align: justify">Ce n’est pas étonnant que les mouvements sociaux en soient venus à se dire qu’on ne peut plus lutter seul, dans son pays, dans son quartier, qu’il faut désormais se parler à des échelles plus larges. C’est la réponse la plus efficace à un courant mondial qui est bien organisé. Les gouvernements de la planète ont leurs fronts communs, les grands de ce monde, au plan économique, ont leur Davos et toutes sortes d’autres lieux de rencontre. Il était temps que les mouvements sociaux en fassent autant. Les forums sociaux constituent donc une réplique adéquate, et c’est normal que la formule se soit ensuite disséminée partout à travers le monde. C’est la suite logique d’une prise de conscience qui  a commencé il y a à peine 10 ans. Au fond cela va assez vite, c’est réjouissant!</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>RC : </strong><em>L’attention particulière accordée à la nécessité de rassembler la plus grande diversité des mouvements, des formes de lutte et des aspirations au sein de cette mouvance altermondialiste, est-elle, selon vous, une opportunité ou un handicap dans cette entreprise de transformation sociale ?</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>FD :</strong> Pour moi, c’est surtout une opportunité. C’est même peut-être l’un des aspects les plus intéressants des forums. Je trouve que cette diversité a quelque chose de nourrissant. Cela permet à toutes sortes de monde, des militants « professionnels » aux simples curieux, de se rencontrer. Cela permet de sortir de son secteur, et au Québec comme ailleurs, c’est important. Une féministe ira écouter ce qu’à à dire un écologiste, et vice-versa. Chacun et chacune, dans son mouvement, n’a pas vraiment l’occasion de discuter avec l’autre et de comprendre que les analyses et les luttes des uns-es et des autres sont tout aussi  pertinentes. Cette diversité doit rester.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>RC : </strong><em>Un débat de fond anime la mouvance altermondialiste au sujet des Forums sociaux mondiaux. Certains considèrent qu’ils doivent demeurer un espace de rassemblement de la diversité des groupes en luttes afin qu’ils se rencontrent, échangent et poursuivent leur travail spécifique de transformation sociale. D’autres souhaitent qu’ils deviennent un acteur qui puisse définir un programme clair qui serve ainsi de socle commun de revendications pour l’ensemble des composantes de la mouvance altermondialiste.  Que pensez-vous de ce débat?</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>FD :</strong> J’ai participé à deux forums sociaux mondiaux (Mumbai &#8211; Inde en 2004 et Caracas-Venezuela en 2006) ainsi qu’au Forum social québécois (FSQ) de l’an passé. Les échanges et les discussions sont passionnants. Mais il est vrai que si nous n’arrivons pas à faire déboucher les forums sur un minimum d’actions concrètes et concertées, le danger c’est que les échanges deviennent un peu répétitifs, à la longue.</p>
<p style="text-align: justify">Prenons le cas du FSQ : il est dommage d’avoir eu 5000 personnes rassemblées en août, qui ont échangé, qui ont découvert d’autres perspectives, qui se sont aussi rendu compte qu’elles n’étaient pas toutes seules à se battre, etc… et que si peu de personnes se soient retrouvées le 26 janvier lors de la journée d’action mondiale. On a peut-être manqué là une occasion de mener une vaste action concertée entre les mouvements. Donc, au terme d’un Forum, pourquoi ne pas choisir un thème rassembleur, qui soit marquant dans une conjoncture particulière et qui parle à la population, pour agir ensemble?<br />
Cela dit, évoquer l’importance pour les forums de mener à des actions concrètes concertées, cela ne veut pas dire que ces lieux de parole doivent déboucher sur un seul programme et une seule vision. Si nous faisions cela, nous risquerions d’assister à la mise en place d’une mégastructure internationale où le pouvoir serait concentré entre les mains de quelques- uns. Je pense que l’on  perdrait beaucoup de monde. Ce ne serait plus un forum social, ce serait autre chose.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>RC</strong><em><strong> </strong></em><strong>:</strong><em> Vous êtes l’une des deux porte-parole d’un parti politique provincial, Québec Solidaire. Quel est, selon vous, la place et le rôle d’un parti politique dans la mouvance altermondialiste ?</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>FD :</strong> Je vais renverser la question : quel pourrait être le rôle de militants et militantes altermondialistes dans un parti politique? Les militants-es altermondialistes savent où ils s’en vont, ils publient des analyses, leurs stratégies  sont multiples. Un parti politique écologiste et de gauche n’a peut-être pas grand chose à apprendre aux militants altermondialistes, il doit surtout apprendre d’eux.</p>
<p style="text-align: justify">Si Québec Solidaire est aujourd’hui capable de faire le lien entre patriarcat et néolibéralisme, c’est parce que la Fédération des femmes du Québec avait  élaboré  cette analyse auparavant. Québec Solidaire est le produit des  luttes de femmes, de syndicalistes, d’écologistes, de gens pauvres…  La plupart de nos  militantes et militants les plus actifs viennent de tous ces milieux et apportent analyses et stratégies. Québec Solidaire n’est pas une avant-garde éclairée pour le mouvement altermondialiste, au contraire le parti se nourrit de cette mouvance, la plupart de ses membres en étant issus.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>RC :</strong> <em>En prônant plus de participation citoyenne et moins de représentation, la mouvance altermondialiste tente de pratiquer une nouvelle culture politique centrée sur le citoyen en propageant l’idée que tout le monde peut-être un acteur du changement social. En jouant le jeu électoral traditionnel du système représentatif, QS n’est-il pas en décalage par rapport à cette nouvelle culture politique ?</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>FD :</strong> Il est évident qu’en faisant le pari de changer les choses avec des outils politiques issus en partie d’une action électorale traditionnelle, Québec solidaire s’est lancé à lui-même tout un défi.</p>
<p style="text-align: justify">Le monde de la politique partisane est par définition un monde centré sur la compétition. C’est un monde qui a ses règles, médiatiques par exemple. La joute politique est aussi éminemment stratégique. Le risque de se couper de la base, de négliger la participation citoyenne, est bien réel.  Mais est-ce que c’est inévitable ? Voilà la vraie question.</p>
<p style="text-align: justify">Je pense que non. Ce n’est pas inévitable si on a un parti profondément démocratique et enraciné dans les communautés et les luttes des mouvements sociaux. Mais cela demande une vigilance de tous les instants. Je vais prendre un seul exemple. On entre actuellement, à Québec Solidaire, dans la phase d’élaboration de notre programme politique. Le défi c’est de ne pas se retrouver à 200 militantes et militants qui vont tout définir, parce qu’on sera les 200 les plus impliqués, ceux et celles qui auront le plus de vocabulaire, qui seront sortis des universités… alors qu’on a 5000 membres. Nous avons le devoir de nous assurer que la base du parti se sente vraiment interpellée à participer. Plus encore, nous avons décidé de faire appel aux forces vives des mouvements sociaux pour nous inspirer dans l’élaboration de ce programme politique. Nous sommes bien loin de nous refermer sur nous-mêmes. Mais pour arriver à cet objectif, il  faut  créer des conditions de participation populaire accessibles à toutes et à tous. Nous y travaillons! Là encore, nous pouvons nous inspirer des démarches de participation citoyenne au Québec et, pourquoi pas, en Amérique latine!<strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>RC :</strong> <em>Est-il possible de faire de la politique autrement ?</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong><strong>FD :</strong> Oui, mais au prix de grands efforts et en observant une vigilance de tous les instants. Le jeu politique actuel ne conduit pas à ça, mais il laisse suffisamment d’espace pour que des gens très décidés transforment progressivement les règles communément admises.  Nous y arriverons si nous sommes convaincus que nous devons consacrer du temps aux processus, et pas seulement aux résultats, comme le veut la règle politique traditionnelle. À mon avis, les féministes apportent beaucoup à Québec Solidaire lorsqu’il s’agit de réfléchir aux processus.</p>
<p><strong>RC :</strong> <em>Avant de faire le saut en politique, vous avez fait partie et même dirigé un mouvement social, la Fédération des Femmes du Québec, qui a connu de belles réalisations au Québec  ainsi qu’au niveau international avec la Marche mondiale des Femmes. Sur la base de votre expérience, quelle doit-être selon vous l’articulation entre les mouvements sociaux et les partis politiques ?</em></p>
<p style="text-align: justify"><em><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>FD :</strong> Au Québec, pour diverses raisons, les mouvements sociaux ressentent le besoin d’être non partisans. Aussi, je ne m’attends pas à ce que les directions nationales des grands mouvements sociaux québécois appuient ouvertement notre parti. Je considère parfaitement légitime que les mouvements sociaux soient désireux de conserver leur entière autonomie vis à vis quelque formation politique que ce soit.  Je souhaite cependant qu’ils nous voient comme des alliés.</p>
<p style="text-align: justify">Je remarque que les écologistes ou le mouvement anti-guerre ont moins de réticences que d’autres mouvements à inviter les représentants-es des partis politiques, à se joindre aux actions qu’ils organisent. Comme ils invitent tout le monde, ils ne peuvent pas être accusés d’être partisans. J’aimerais dire aux représentants-es des mouvements sociaux que nous pourrions nous asseoir à la même table de temps à temps, sans que quiconque tente de noyauter qui que ce soit,  et  débattre ensemble de l’organisation d’actions qui peuvent être importantes dans certaines conjonctures. C’est d’ailleurs arrivé dans les cas de la lutte contre la privatisation du mont Orford ou des protestations contre l’agression  israélienne au Liban. Nous pouvons ainsi dialoguer et travailler ensemble dans le respect de l’autonomie de chacun.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>RC :</strong> <em>Il y a quelques années, à partir de l’exemple du mouvement zapatiste au Mexique, John Holloway publiait un livre au titre provocateur : Changer le monde sans prendre le pouvoir. Pensez-vous que ce soit possible ?</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>FD :</strong> Changer le monde est un vaste programme! Comment y arriver ? Je  crois qu’il n’existe pas une seule et unique réponse. Pourquoi ne pas accepter que puissent coexister une diversité de stratégies possibles? C’est pas à pas, ensemble et différents que nous changerons le monde. Lutte par lutte, gain par gain, en faisant parfois des bonds de géants mais le plus souvent en avançant lentement.</p>
<p style="text-align: justify">Nous aurons besoin de mouvements sociaux forts, dynamiques, revendicateurs, démocratiques, où la participation citoyenne est à l’ordre du jour, qui peuvent s’unir autour de sujets communs dans des conjonctures particulières, qui se rassemblent au niveau international ; mais nous aurons aussi des partis politiques menant le même combat avec des moyens différents, en ouvrant des espaces publics de discussion, en faisant avancer des idées. Il arrivera que ces partis forment des gouvernements, comme c’est le cas dans certains pays d’Amérique latine. Ça ne change pas le monde au complet…mais pour les populations concernées, l’élection d’un gouvernement de gauche peut signifier une amélioration notable des conditions de vie de la majorité. Ce n’est pas rien!</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>RC :</strong><em> Le mouvement féministe n’est-il pas justement l’exemple de ce genre de mouvement qui a changé le monde sans prendre le pouvoir ?</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>FD</strong> : C’est vrai que les féministes ont réussi  dans certains pays à gagner des avancées extraordinaires. On s’entend, ce n’est vraiment pas le cas dans tous les pays du monde! Mais prenons le Québec. Au cours des vingt dernières années, les luttes féministes ont débouché sur des victoires intéressantes. Il a fallu pour cela, que des alliances se forgent entre le mouvement des femmes et certaines politiciennes à Québec et à Ottawa. Aujourd’hui, les féministes sont confrontées à des blocages économiques, par exemple, dans le cas de l’équité salariale. Celle-ci est accessible aux employées du secteur public ou des grandes entreprises syndiquées, soit une minorité de travailleuses. Toutes les autres attendent. Pourquoi ? Parce que leur rapport de force n’est pas suffisant, parce que les patrons ne veulent rien  savoir et que l’État ne les obligera à rien. Pour aller plus loin, il faudra une loi plus coercitive et pour cela, il faudra élire à Québec des féministes de gauche, décidées à remettre en question l’ordre économique défendu par le gouvernement et les dirigeants d’entreprise.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>RC : </strong><em>Quel est, selon vous, l’avenir de la mouvance altermondialiste ?</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>FD :</strong> Il me semble que l’un des défis de la mouvance altermondialiste est le pari de l’information et de l’éducation. Les gens ne peuvent pas se mobiliser s’ils n’ont pas une conscience claire de ce qui se passe. Ce n’est pas en écoutant seulement le Téléjournal qu’on va comprendre les effets des accords de libre-échange sur notre vie quotidienne! Un autre défi consiste à combattre le sentiment d’impuissance au sein de la population. Beaucoup de gens se sentent désarmés face au néolibéralisme et à ses effets. Pourtant la contrepartie aux effets du néolibéralisme existe, elle est dans les forums sociaux, dans les alliances entre les mouvements sociaux, dans les mobilisations, dans des partis de gauche et écologistes qui naissent et se développent.  Peut-être nous faudrait-il mieux nous concerter, mieux travailler ensemble loin des chicanes sectaires?</p>
<p><strong>Françoise David </strong>est porte-parole de Québec Solidaire.  <strong> </strong></p>
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