L’exceptionnalisme de la démocratie des Philippines en Asie du Sud-Est

Par Paola Vegas

Les Philippines ont longtemps vécu sous la colonisation espagnole. L’épisode le plus marquant de l’histoire du pays est indéniablement la revente de la colonie en 1898 aux États-Unis. Ce pays de l’Asie du Sud-Est est l’un des premiers de la région à renverser un dirigeant autoritaire, et ce dès 1899. En outre, les Philippines se sont démarquées dans la région par la mise en place dès 1946 d’une constitution démocratique, avec notamment un président élu au suffrage universel pour un mandat de 4 ans. Nous devons donc nous demander de quelle manière la démocratie réussi-t-elle à perdurer dans un pays qui est dans une région où la norme des systèmes politiques est plutôt à l’autoritarisme, comme chez ses voisins Indonésien par exemple. Par la suite, nous tenterons de déceler quels sont les défis qui menacent encore la démocratie dans ce pays.

Comment la démocratie a-t-elle pu être maintenue au fil des ans dans le pays ?

Tout d’abord, il est important de mentionner « la remarquable persistance de l’impulsion démocratique populaire » (Dressel 2011, 541). En somme, cela signifie que depuis la mise en place d’un tel système dans le pays en 1899, les habitants des Philippines ont pris à cœur le principe de participer à celle-ci. L’apport citoyen est donc la clé de voute de la réussite de la démocratie aux Philippines. Cette participation citoyenne se traduit notamment par des « lois sur la gouvernance locale qui sont considérées comme à la pointe de la technologie par la communauté internationale » (Dressel 2011, 530). Il est également important de noter que durant l’occupation américaine du territoire, les mêmes valeurs de démocratie et liberté étaient transmises aux citoyens.

Le second aspect qui permet d’expliquer la durée dans le temps de la démocratie philippine est le fait que son économie était plus stable que celle de ces voisins, notamment durant la crise de 1997 qui a touché une large majorité des pays de l’Asie du Sud-Est. Selon D. Wurfel, cela s’explique par « une croissance plus lente aux Philippines (…), d’un attrait plus réduit pour le capital étranger et donc d’un niveau inférieur de prêts ou d’investissements étrangers » (2001, 502). L’économie du pays était donc plus stable. Cela signifie que l’économie n’était donc pas un facteur d’instabilité politique dans le pays, contrairement à d’autres pays de la région, où la crise économique de 1997 fut un facteur aggravant des tensions politiques déjà présentes. Il semble donc logique que « cet impact économique modeste en 1997 n’a pas eu d’effets politiques importants » (Wurfel 2001, 502).

 

Malgré tout, cette démocratie n’est pas sans défauts

La première et principale critique que nous pouvons formuler de la politique et des pouvoirs publiques aux Philippines est que le pouvoir reste concentré autour des mêmes personnages. Comme l’explique G .Ricordeau : « le pouvoir politique est, nationalement et localement, monopolisé par quelques dynasties familiales » (2011, 165). Cela signifie que la vie politique ne connait que très rarement de renouvèlement, on a plus tendance à souvent revoir les mêmes noms sur la scène politique.

La seconde critique que nous pouvons émettre du système politique aux Philippines est qu’il demeure excessivement personnalisé. En effet, durant les campagnes électorales, les électeurs se concentrent sur les candidats et leurs « taux de popularité ». En effet, si un candidat ou une candidate se présente, l’attention sera portée sur sa personnalité et le fait qu’il ou elle soit connue par la population, que ce soit en politique ou dans un autre domaine, comme le cinéma. Par exemple, le célèbre boxeur Manny Pacquiao est également un sénateur dans son pays[1]. Les partis politiques ne sont donc que des acteurs secondaires des campagnes électorales.

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Une dernière critique que nous pouvons formuler de la manière dont la démocratie est exercée dans le pays est le fait que les principales richesses du pays, qui proviennent de la forêt et des mines, sont distribuées entre les élites du pays. En effet, durant les années 80 et 90, les droits de coupe de bois étaient émis aux élites de la classe politique et non à des producteurs locaux plus petits.

En conclusion, même si la démocratie possède ses défauts aux Philippines, il est important de noter que c’est le pays de l’Asie du Sud-Est qui détient la démocratie la plus participative, notamment avec un nombre impressionnant d’organisations non gouvernementales présentes sur le territoire. Malgré tout, de nombreux progrès peuvent encore être réalisés. Par exemple, l’astuce selon lequel le ou la partenaire d’un élu (comme le président) peut se présenter à la place de l’élu sortant doit être supprimée. Ce besoin de renouveau explique pourquoi c’est Duterte, un candidat qui se présente sous une étiquette de « renouveau politique » (Heydarian 2016) qui a remporté les élections présidentielles de 2016. Ce personnage ne fait cependant pas l’unanimité, notamment dans son combat contre la corruption dans le pays[2].

 

[1] En savoir plus sur la relations entre la politique et les célébrités aux Philippines : http://theconversation.com/in-the-philippines-celebrity-melodrama-and-national-politics-are-deeply-entangled-69656

[2] En savoir plus sur le Duterte : http://www.cnn.com/2016/04/26/opinions/philippines-election-analysis/

Bibliographie

Dressel, B. (2011). « The Philippines: How much real democracy? » International Political Science Review / Revue Internationale De Science Politique, 32(5), 529-545.

Heydarian.R.J. 2016. « Philippines election: Why fatigued voters yearn for ‘strongman’ leader ». CNN. En ligne : http://www.cnn.com/2016/04/26/opinions/philippines-election-analysis/

Ricordeau Gwénola, « Les Philippines de Cory Aquino à Benigno Aquino. Vingt-cinq ans après la transition démocratique », Mouvements, 2011/3 (n° 67), p. 160-167. En ligne. http://www.cairn.info/revue-mouvements-2011-3-page-160.html.

Wurfel, D. 2001. « Les Philippines : une démocratie hésitante dans le contexte international ». Revue internationale de politique comparée, vol. 8,(3) : 501-517.

 

Iconographie

A :http://www.philnews.xyz/2016/04/us-envoy-meddling-ph-politics-draws-flak-experts.html

 

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