Les enfants soldats en Birmanie

Par Marc-André Bilodeau
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Saviez-vous qu’aujourd’hui, il y a encore une vingtaine de pays où il y a des enfants soldats [1]? La Birmanie est l’un de ces pays, alors que des enfants sont recrutés par l’armée, parfois à un âge aussi jeune que 11 ou 12 ans [2]. Les prochains paragraphes vont donc tenter d’établir les raisons qui expliquent cet enrôlement des enfants, qu’elles sont leurs conditions et que tente de faire le gouvernement pour remédier à la situation.

Le recrutement d’enfants a commencé de façon importante en 1988, alors qu’avant l’armée était majoritairement constituée de volontaires, toutefois, les violentes répressions contre des mouvements pro-démocratie ont fait chuter le taux d’enrôlement [3]. Pour pouvoir assurer la consolidation du gouvernement dans l’ensemble du pays, la conscription a été mise en place, mais il y avait tout de même de nombreuses restrictions et les militaires avaient besoin d’un grand nombre de soldats [4]. Ils ont donc commencé à intimider les gens pour les forcer à se porter volontaires, puisqu’il y avait moins de restrictions à ce niveau. Comme les enfants sont beaucoup plus faciles à intimider que les adultes, c’est ainsi que le nombre d’enfants soldats à augmenter depuis cette époque, formant en 2003 entre 35% et 45% des recrues de l’armée, soit environ 70 000 enfants soldats [5].
La majorité des enfants qui sont recrutés par l’armée le sont de force, alors qu’ils se font intimidés par les soldats, ceux-ci leur faisant des fausses menaces, par exemple de les jeter en prison s’ils ne s’enrôlaient pas [6]. Les enfants qui ne répondent pas à ces menaces sont tout simplement pris de force. Il y a aussi une minorité d’enfants qui joignent l’armée volontairement, puisqu’ils ont entendu dire qu’ils auraient un salaire qui pourrait aider leur famille à subvenir à leurs besoins [7].
Les enfants se font souvent approcher ou littéralement kidnapper lorsqu’ils reviennent de l’école ou sinon dans les environs des ports, des stations de trains et d’autobus [8]. Ceux qui se font kidnapper sont menacés de se faire tirer dessus s’ils tentent de s’enfuir, alors que ceux qui essaient se font battre par la suite par les soldats [9].
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Les enfants recrutés ont rarement l’occasion de pouvoir contacter leur famille, celle-ci ne sachant même pas parfois que leur enfant fait maintenant partie de l’armée [10]. De plus, selon des rencontres effectuées par Human Rights Watch avec d’anciens enfants soldats, la plupart d’entre eux rapportent avoir été battus de façon régulière et d’avoir subi des châtiments corporels, surtout s’ils avaient tenté de s’échapper [11].
Le travail qu’effectuent les enfants dans l’armée est plutôt varié, allant de tâches plus légères, comme la préparation de repas pour les autres soldats, mais aussi d’aller combattre sur la ligne de front [12]. Aussi, il y a eux de nombreux témoignages de violations de droits humains qui ont été commises par les enfants, par exemple certains ont dû brûler des villages entiers ou soumettre des civiles aux travaux forcés [13].
Depuis 2011, le gouvernement a pris plusieurs mesures qui visent à diminuer le problème des enfants soldats [14]. Ainsi, la Birmanie a signé la plupart des accords internationaux quant à l’esclavage et le trafic humain [15]. En 2012, une loi a été instaurée pour criminaliser l’utilisation et le recrutement d’enfants soldats. Toutefois, il n’y a eu pour l’instant aucune arrestation de militaires ou de hauts gradés dans l’armée, principalement à cause de la corruption encore importante et de l’absence de reddition de compte [16]. Le rôle et la présence encore importante de l’armée dans les institutions empêchent donc une mise en place effective de cette loi.
Aussi, en 2012, après plus de cinq ans de négociation, le gouvernement a signé un plan d’action de l’ONU qui vise à retirer les enfants de l’armée, à leur donner un toit et à les nourrir [17]. De plus, le plan vise aussi à faire une plus grande prévention du trafic humain et de la situation des enfants soldats, ainsi qu’en exerçant un plus grand contrôle pour empêcher le recrutement.
Toutefois, il est difficile d’évaluer la réussite de ce plan des Nations Unies, alors que le gouvernement birman donne peu d’indications quant au nombre d’enfants faisant encore partie de l’armée et qu’il est difficile pour les envoyés de l’ONU d’aller visiter les installations militaires [18]. Ainsi, on sait seulement que depuis 2012 il y a une plus grande coopération avec les organismes non gouvernementaux et qu’une campagne de sensibilisation sur les enfants soldats a été mise en place avec l’Organisation mondiale du Travail [19]. Pour ces différentes raisons, le gouvernement américain, dans sa liste de surveillance du trafic humain, classe la Birmanie dans le deuxième tiers et comme État à observer (le troisième tiers étant la note la plus négative) [20].
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Bref, à cause de la résistance du gouvernement à permettre l’accès aux installations militaires aux envoyés de l’ONU, il est difficile d’établir si le plan a bel et bien été mis en œuvre et par le fait même d’évaluer son impact.

[1] Child Soldiers International. 2012. Louder than words : An agenda for action to end state use of child soldiers. Londres : Child Soldiers International.
[2] Organisation des Nations Unies. 2004. Coalition to Stop the Use of Child Soldiers. Londres : Organisation des Nations Unies.
[3] Human Rights Watch. 2004. Child Soldier Use 2003. Londres : Human Rights Watch.
[4] Ibid.
[5] Organisation des Nations Unies. 2004. Coalition to Stop the Use of Child Soldiers. Londres : Organisation des Nations Unies.
[6] Human Rights Watch. 2004. Child Soldier Use 2003. Londres : Human Rights Watch.
[7] Ibid.
[8] Organisation des Nations Unies. 2004. Coalition to Stop the Use of Child Soldiers. Londres : Organisation des Nations Unies.
[9] Ibid.
[10] Human Rights Watch. 2004. Child Soldier Use 2003. Londres : Human Rights Watch.
[11] Ibid.
[12] Organisation des Nations Unies. 2004. Coalition to Stop the Use of Child Soldiers. Londres : Organisation des Nations Unies.
[13] Human Rights Watch. 2004. Child Soldier Use 2003. Londres : Human Rights Watch.
[14] Walk Free Foundation. 2013. Global Slavery Index: Myanmar. En ligne. http://www.globalslaveryindex.org/country/myanmar (page consultée le 4 novembre 2014).
[15] Ibid.
[16] États-Unis. Department of State. 2014. Trafficking in Persons Report 2014. Washington : Department of State.
[17] Ibid.
[18] Ibid.
[19] Ibid.
[20] Ibid.

Bibliographie :

Child Soldiers International. 2012. Louder than words : An agenda for action to end state use of child soldiers. Londres : Child Soldiers International.

États-Unis. Department of State. 2014. Trafficking in Persons Report 2014. Washington : Department of State.

Human Rights Watch. 2004. Child Soldier Use 2003. Londres : Human Rights Watch.

Organisation des Nations Unies. 2004. Coalition to Stop the Use of Child Soldiers. Londres : Organisation des Nations Unies.

Walk Free Foundation. 2013. Global Slavery Index : Myanmar. En ligne. http://www.globalslaveryindex.org/country/myanmar/ (page consultée le 4 novembre 2014).

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