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LE BOUDDHISME D’ÉTAT ET LE CONFLIT DANS LE SUD DE LA THAÏLANDE

Par Catherine Desjardins

La religion a été un instrument privilégié à l’établissement de plusieurs États et la Thaïlande n’y fait pas exception. Par la suite, en 1932, l’État thaïlandais s’est sécularisé. Par contre, plusieurs chercheurs signalent que les croyances bouddhistes possèdent toujours une influence déterminante dans l’appareil étatique. C’est ainsi que les revendications sécessionnistes au sud du pays posent la question de l’implication de la religion sur l’État thaïlandais. En effet, y a-t-il un lien entre cette religion et le conflit qui a lieu au sud du pays?

D’abord, revenons un peu dans le temps pour voir quelles sont les racines de la tradition politique de ce pays. Le Bouddhisme est au cœur de la tradition politique siamoise depuis le 19e siècle. À cette époque, le Bouddhisme theravada fut désigné religion d’État au Siam (ancien nom de la Thaïlande) et le « Sangha Administration Act » de 1902, désigna trois principes importants : (1) l’implication des moines dans la structure nationale (2) l’établissement du principe d’autorité hiérarchique et (3) l’établissement d’un système d’éducation clérical[i]. Ce système continua jusqu’à la révolution de 1932. Cette révolution, qui avait pour but de démocratiser la Sangha (nom de l’ordre hiérarchique bouddhique) et de séculariser le système, fit de la Thaïlande une monarchie constitutionnelle dépourvue de religion d’État[ii].

Subséquemment, le pays passa à travers plusieurs transitions; soit entre des pouvoirs militaires et des gouvernements civils. C’est finalement le coup d’État de 2007 qui ramena le Bouddhisme au goût du jour. En effet, plusieurs bouddhistes demandèrent alors que la nouvelle constitution thaïlandaise proclame à nouveau le Bouddhisme comme étant la religion nationale[iii].

Ces velléités de dé-sécularisation proviennent de l’intensification du conflit au sud du pays qui a mené à l’instauration de la loi martiale en 2004. Effectivement, les régions de Pattani ainsi que celles de Yala et de Narathiwat sont l’hôte de revendications séparatistes depuis plusieurs décennies, mais celles-ci ont atteint un sommet en janvier 2004. L’identité religieuse de ces groupes sécessionnistes fit l’objet de plusieurs débats. Le Premier ministre Thaksin énonça même qu’il ne pensait pas que « … religion was the cause of the problems down there…»[iv]. Par contre, selon plusieurs auteurs, l’association entre musulmans et séparatistes est difficile à ignorer. En outre, selon le National Statistical Office, 80 % de la population de ces trois provinces du sud est musulmane alors que 90% de la population  thaïlandaise est bouddhiste[v]. De plus, les Wat (monastères bouddhistes), qui ont longtemps été un lieu de recueillement pour toute la communauté autant musulmane que bouddhiste, sont maintenant hors d’atteinte pour toute personne de confession musulmane. L’instrumentalisation de ces lieux comme repère de l’armée thaïlandaise est indéniable, l’armée les protégeant contre des attaques ennemis puisqu’ils sont occupés par les soldats et la police[vi].

Est-ce que les séparatistes veulent délibérément entreprendre la séparation de leur région parce qu’ils sont de religion musulmane? Rien ne peut nous l’assurer puisque ces groupes n’ont toujours pas fait de déclaration officielle d’aucune sorte[vii]. Est-ce que la religion est une partie intégrante de ce conflit? Certainement, et ce malgré le fait que rien nous assure qu’elle en soit la source. Les motivations sécessionnistes sont rarement assises sur une seule motivation et dans ce cas on pourrait largement élaborer sur des considérations économiques et historiques mais là n’est pas notre objectif. Le conflit qui n’a pas débuté comme une opposition religieuse en est certainement devenu une justement parce que les Wat bouddhistes sont utilisés comme forteresse par l’armée thaïe et parce que la différence religieuse entre nord et sud est de plus en plus flagrante.

En fin de compte, l’influence actuelle de la religion sur l’État passe surtout à travers le conflit qui fait rage dans le sud du pays. Le besoin que plusieurs citoyens ont ressentit de rendre le Bouddhisme la religion d’État en Thaïlande vient surtout de la situation qui y est vécue. Malgré le fait que cette demande n’ait pas abouti, la constitution de 2007 ne l’ayant pas inclus[viii], le Bouddhisme reste important dans la culture thaïe. La conclusion de cet article de Jerryson étant la meilleure façon de l’expliquer :

« And, in the end, we find that State actions assist in converting the southern conflict into a religious conflict: a transformation from a civil war between militants fighting for an independent region and the central government into a Malay Muslim insurrection against a Buddhist State. »[ix]

Finalement, le fait que l’État thaïlandais n’ait pas constitutionalisé la religion bouddhiste ne modifie pas l’impact que celle-ci a sur ses choix politiques.

 


[i] F. Keyes, Charles.  1971. “Buddhism and National Integration in Thailand “. The Journal of Asian Studies 30 (no 3): 551-567

[ii] F. Keyes, Charles. 1989. “Buddhist Politics and Their Revolutionary Origins in Thailand”. International Political Science Review / Revue internationale de science politique 10 (no 2):121-142

[iii] McCargo, Duncan. 2009. « The Politics of Buddhist identity in Thailand’s deep south: The Demise of civil religion? ». Journal of Southeast Asian Studies 40 (no 1): 11-32

[iv] http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/4402748.stm

[v] Jerryson, Michael. 2009. “Appropriating a space for violence: State Buddhism in southern Thailand”. Journal of Southeast Asian Studies 40(no 1): 33–

[vi] Ibid., 57.

[vii] McCargo, Duncan. 2009. « Thai Buddhism, Thai Buddhists and the

Southern conflict».  Journal of Southeast Asian Studies 40 (no 1): 1-10

[viii] http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article7179

[ix] Jerryson, Michael. 2009. “Appropriating a space for violence: State Buddhism in southern Thailand”. Journal of Southeast Asian Studies 40(no 1): 33–57

 

Bibliographie

F.Keyes, Charles. 1989. “Buddhist Politics and Their Revolutionary Origins in Thailand”. Revue internationale de science politique 10 (no 2):121-142

F. Keyes, Charles.  1971. “Buddhism and National Integration in Thailand “. The Journal of Asian Studies 30 (no 3): 551-567

Jerryson, Michael. 2009. “Appropriating a space for violence: State Buddhism in southern Thailand”. Journal of Southeast Asian Studies 40(no 1): 33–57

McCargo, Duncan. 2009. « The Politics of Buddhist identity in Thailand’s deep south: The Demise of civil religion? ». Journal of Southeast Asian Studies 40 (no 1): 11-32

McCargo, Duncan. 2009. « Thai Buddhism, Thai Buddhists and the

Southern conflict».  Journal of Southeast Asian Studies 40 (no 1): 1-10


2 Comments Add Yours ↓

  1. 1

    Très bon site et très bon article.

    J’ajouterais que certains sociologues parlent de “purification ethnique” dans ces région ; d’où les attentats individuelles (y compris les décapitations) sur les bouddhistes et les enseignants issus des autres régions de la Thaïlande. Il est en effet coutume d’envoyer les jeunes professeurs dans les 3 régions du sud car ce ne sont pas des régions très demandées.
    Conséquence: déjà 25% des bouddhistes installés dans ces régions ont préféré se déplacer.

    Mais je crois qu’il y a un lien important entre cette montée de l’intégrisme au sud et les défis du bouddhisme face à la “modernité”. Entre les scandales hyper-médiatisés d’ordre financier ou sexuelles impliquant des moines, la mondialisation et la remise en cause des valeurs, le refus de la thaïfication et un meilleur accès à l’information, tout cela a permis le développement des sectes et la montée d’un islam plus strict (il y a de plus en plus de femmes voilées à Bangkok par exemple).

    Certains pensent que la solution serait plus d’indépendance (ces 3 régions ont été rattachées à la Thaïlande vers le début du siècle). Le premier ministre malais et Abhisit Vejjajiva ont d’ailleurs abordé le sujet au cours du dernier sommet de l’ASEAN. Mais est-ce vraiment une question d’autonomie? (alors même que les groupes terroristes ne revendiquent pas clairement l’indépendance).

  2. ahmed #
    2

    slt desoler de vous dire que les musulman du sud, de pattani yala naratiwat songlah et hat hai et satun et a moindre mesure krabi sont mojoritairemant musulman et le plans des indepandantiste c est de prandre toute sait province car sont sont des malais soit thailliser ou jawi le projet final c est de ratacher tout le sud de la thailand a la malaisie en 2000 deja 30pourcent de la population du sud est musulmane et en 2010 ils sont 40 pourcent !car il on une nataliter 2fois plus elever que les thai et sino thai se qui fait au plus tard en 2040 il seront majoritaire le sud et se ratacher sans probleme a la malaisie ily a deja de nombreux mariage tranfontalier un exemple historique les malais etait 45 pourcent de la population en malaisie en 1960 et il y avait des province majoritairemant chinoise exemple : penang ,selangkor,kuala lumpur,ipo,mallaka aujoud hui les malais sont 65 pourcent et les chinois 22 donc en conclusion avec 20 million de musulmans dans le sud sa sera pas possible pour le gouvernement thai d au temp plus qui il y aura 4 million de musulans dans le reste du pays voila pourqoi leur revendiquation sont vague



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