LE TOURISME EN BIRMANIE : UN SUJET POLÉMIQUE

Par Kathryn Blanchette

En raison de la mauvaise réputation que possède la junte militaire au pouvoir, certains prétendent que cet isolement forcé tend à renforcer l’idéologie en place, ne voulant pas s’ouvrir aux Occidentaux alors que d’autres soutenaient que visiter la Birmanie en reviendrait à cautionner le régime[1]. Les associations militantes pour les droits de l’Homme ainsi que d’Aung San Suu Kyi, icône de la démocratie[2], et son parti d’opposition qu’est la Ligue Nationale pour la Démocratie (NLD) tendaient à encourager le boycottage du tourisme en Birmanie[3]. Néanmoins, depuis qu’elle a été élue, Aung San Suu Kyi et la LND lèvent officiellement leur boycotte contre le tourisme, prônant plutôt un « nouveau tourisme, raisonné et solidaire […] [respecte] l’environnement du pays et [favorise] l’économie locale et solidaire[4] ».

Tout d’abord, l’histoire du tourisme en Birmanie se divise en trois phases : celle de la démocratie parlementaire (1948-1962), de la période socialiste (1962-1988) et de la période d’ouverture au tourisme depuis les années 90[5].  Dans la période de la démocratie parlementaire, même si l’idéologie du capitalisme était présente, un faible nombre de touristes a visité la Birmanie, rebaptisée Myanmar par la junte en 1989. Néanmoins, un visa avait une durée de maximum un mois. Durant la seconde phase qu’est la période socialiste, Ne Win, président du Conseil révolutionnaire, renverse U Nu, le Premier ministre en place, pour prendre le pouvoir par un coup d’État. Le tourisme a nettement diminué, priorisant les valeurs traditionnelles birmanes et éviter toute forme d’influence étrangère. Par conséquent, la durée du visa fut diminuée à vingt-quatre heures et la plupart des hôtels furent nationalisés[6]. Finalement, au cours de la troisième phase historique du tourisme birman, le régime militaire s’est emparé du pouvoir via un coup d’État. Dans le but de redorer l’image et pour une nécessité économique, le régime ouvre ses marchés aux investissements étrangers. Il entreprend également de grands travaux de rénovation d’infrastructures et lance en 1996, sa campagne « Visit Myanmar Year 1996 » pour s’ouvrir progressivement au tourisme. Depuis 2004, il instaure la technologie du visa électronique et en 2010, celui-ci peut se procurer dans l’aéroport même. Néanmoins, cet aspect moderne du visa fut rapidement suspendu compte tenu avant les élections de novembre 2010 pour éviter que des reporters et journalistes étrangers pénètrent dans le pays[7].

Même si la Birmanie est classée au troisième rang des destinations tendance de 2012 par le New York Times[8], cette ouverture du tourisme ne fait pas l’unanimité. En effet, les militants pour les droits de l’Homme dénoncent l’expropriation de plusieurs familles birmanes et leur déplacement forcé. Par ailleurs, plusieurs quartiers jugés trop pauvres sont détruits; contrant les familles à être relocalisées, devant se réinstaller et repartir à zéro[9]. En fait, aucun choix ne leur était offert, sous peine d’emprisonnement d’une durée moyenne de quatre mois. De plus, les militants des droits de l’Homme crient à l’injustice quant au travail forcé dont souffrent bon nombre de Birmans. Statistiquement, près de vingt mille citoyens furent déplacés en 1994 pour effectuer la restauration des infrastructures. Également, en 1995, environ cent vingt mille Birmans travaillaient contre leur gré à la construction d’un grand chemin de fer[10].

Dans une perspective territoriale, les zones touristiques sont divisées en trois catégories, celles ouvertures, celles fermées et celles nécessitant un permis; il faut savoir que près de la moitié du territoire est dite non-accessible aux touristes. En outre, les touristes doivent se garder d’être naïfs. Par exemple, le tourisme ne permet pas nécessairement d’accroître les conditions de vie et de développement de la population. En effet, depuis 1996, cesdites conditions ne se sont pas vraiment améliorées[11]. Une des raisons est que le gouvernement détourne les devises étrangères via un système de deux taux d’échange, qui n’affecte aucunement les recettes fiscales du pays[12]. De plus, comme mentionné antérieurement, le travail forcé très fréquent pour la modernisation des infrastructures et des moyens de transport n’entraîne aucune création d’emplois. Par ailleurs, la majorité de ces moyens de transport dits « publics » appartiennent à la junte militaire.

Bref, voyager ne veut pas nécessairement dire amener la société civile et la junte militaire vers des aspirations démocratiques. De plus, les touristes sont encouragés à se mêler à la population qui, quelques années auparavant, ne pouvait adresser la parole à un étranger[13]. Également, les membres du gouvernement ne sont pas tous en uniforme; parfois des agents provocateurs se mêlent à des habitants, donc les touristes doivent autant que possible éviter de poser des questions par rapport au régime pouvant être dangereuses pour leur sécurité[14].


[1] Simon Hudson, « To go or not to go? Ethical perspectives on tourism in an “outpost of tyranny ». Journal of Business Ethics 76.4 (2007): 385.

[2] AFP, « Afflux de tourists en Birmanie », (2012) En ligne. http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2012/06/10/97002-20120610FILWWW00014-afflux-de-touristes-en-birmanie.php (page consultée le 7 novembre 2012).

[3] Info Birmanie, « Rapport sur le tourisme en Birmanie », (2011) En ligne. http://www.info-birmanie.org/web/images/stories/Rapport_Tourisme_25.10.11WEB2.pdf (page consultée le 6 novembre 2012), p.1.

[4] Pierre Martial, « Aung San Suu Kyi dit oui à un tourisme respectueux et solidaire en Birmanie », (2011) En ligne. http://www.aungsansuukyi.fr/Aung-San-Suu-Kyi-dit-oui-a-un-tourisme-respectueux-et-solidaire-en-Birmanie_a55.html (page consultée le 12 novembre 2012).

[5] Info Birmanie, « Rapport sur le tourisme en Birmanie », (2011) En ligne. http://www.info-birmanie.org/web/images/stories/Rapport_Tourisme_25.10.11WEB2.pdf (page consultée le 6 novembre 2012), p. 2.

[6] Info Birmanie, « Rapport sur le tourisme en Birmanie », (2011) En ligne. http://www.info-birmanie.org/web/images/stories/Rapport_Tourisme_25.10.11WEB2.pdf (page consultée le 6 novembre 2012), p.2.

[7] Soe Zeya Tun, « La Birmanie suspend la délivrance de visas avant les élections », (2010) En ligne. http://www.lexpress.fr/actualites/2/la-birmanie-suspend-la-delivrance-de-visas-avant-les-elections_914254.html (page consultée le 12 novembre 2012).

[8]Justin Mott, « The 45 places to go in 2012 », (2012) En ligne. http://travel.nytimes.com/2012/01/08/travel/45-places-to-go-in-2012.html?pagewanted=all (page consultée le 4 novembre 2012).

[9] Info Birmanie, « Rapport sur le tourisme en Birmanie », (2011) En ligne. http://www.info-birmanie.org/web/images/stories/Rapport_Tourisme_25.10.11WEB2.pdf (page consultée le 6 novembre 2012), p.3.

[10] Info Birmanie, « Rapport sur le tourisme en Birmanie », (2011) En ligne. http://www.info-birmanie.org/web/images/stories/Rapport_Tourisme_25.10.11WEB2.pdf (page consultée le 6 novembre 2012), p.4.

[11] Ibid., 5.

[12] Ibid., 6.

[13] Michael Christopher, « Reflections on a visit to Burma ». Asian Survey 37.6 (1997): 540.

[14] Info Birmanie, « Rapport sur le tourisme en Birmanie », (2011) En ligne. http://www.info-birmanie.org/web/images/stories/Rapport_Tourisme_25.10.11WEB2.pdf (page consultée le 6 novembre 2012), p.30.

PARTAI KEADILAN SEJAHTERA, ENTRE ISLAM RADICAL ET MODÉRATION

Par Victor Klein

Quel est le plus grand pays musulman au monde ? L’Egypte ? L’Iran ? L’Arabie Saoudite ? Non. C’est l’Indonésie. Avec plus de 200 millions de croyants musulmans, l’Indonésie est le pays où l’Islam est le plus pratiqué[1]. Comment alors, cette ferveur religieuse se traduit-elle sur la scène politique publique du pays ?

Au contraire de ce que l’on pourrait croire, les principaux partis politiques ne s’affichent pas comme religieux, et proposent des plateformes électorales séculières. Le Partai Keadilan Sejahtera, (The Prosperous Justice Party), est le parti islamiste le plus important du pays. Cependant, il est seulement arrivé en 4ème position lors des élections législatives de 2009, récoltant 7,9% des voix exprimées[2].

Le Partai Keadilan Sejahtera prend sa source sous le régime dictatorial de Suharto (1968-1998). Sous un gouvernement répressif, une opposition islamique commence à s’organiser au sein des universités dans les années 80. Elle prend modèle sur le mouvement des Frères Musulmans égyptien, qui notons le, a en 2011, réussi à porter au pouvoir Mohammed Morsi à travers une procédure démocratique. Le mouvement indonésien pris le nom de Jemaah Tarbiyah (Mouvement de l’Éducation), et lors de la démocratisation du pays en 1998 se transforma en parti politique : le Partai Keadilan[3]. Le Partai Keadilan promouvait l’application de la sharia, c’est à dire l’application de la loi islamique à la vie politique, culturelle, sociale, économique, judiciaire, etc. en Indonésie[4].

Ils souhaitaient ainsi remplacer la philosophie d’État, la Pancasila (les Cinq Piliers) par la sharia.

Le premier pilier de la Pancasila, théorisé par Sukarno, le premier président indonésien (1945-1967), ne faisait état que de l’obligation de croire en un seul dieu pour ses concitoyens, mais ne mentionnait pas lequel. La Pancasila permettait donc, jusqu’à un certain point, le pluralisme religieux ce qui dérangeait le Partai Keadilan, qui aurait voulu que ne soit fait mention que de l’Islam dans ce premier principe[5].

Les élections de 1999 sont une grosse déception pour le Partai Keadilan, qui n’arrive qu’à récolter 1,4% des voix dans le pays. Il n’atteint pas le seuil minimum de votes pour pouvoir se représenter à l’élection de 2004 et se voit contrait d’effectuer une première mutation. En 2003, il change son nom en Partai Keadilan Sejahtera afin de se présenter aux prochaines élections et repense profondément sa plateforme électorale. Il met moins en avant l’application de la sharia et  celle du dawa, la forme de prosélytisme religieux prôné dans l’Islam. Le parti fait de ses thèmes centraux le combat contre la pauvreté, contre la corruption, etc.[6]

Cette nouvelle stratégie fonctionne et en 2004, le Partai Keadilan Sejahtera remporte 7,3 % du vote, ce qui lui permet d’obtenir quarante-cinq députés[7]. Cette victoire fut possible notamment grâce à l’implication soucieuse de ses membres et à la structure interne du parti, qui était réputé à l’époque d’être le mieux organisé, le moins corrompu et le plus transparent en Indonésie[8].

C’est à partir de ce moment que la ligne du parti va profondément changer. Le Parti Keadilan Sejahtera à l’origine extrêmement radical, (refus de la participation des femmes à des positions de pouvoir, des non-musulmans à son organisation …)[9], se modère en vue d’atteindre un plus grand nombre d’électeurs. Cette démarche, si elle est totalement opportuniste dans un premier temps, semble avoir eu un effet réel de modération sur les mentalités au sein du parti. Au fur et à mesure de son inclusion dans le système politique indonésien, le parti a intégré et promu des politiques modérés. Par exemple, il n’est plus contre la participation des femmes à la vie politique, et a même adhéré à la Pancasila[10].

Aujourd’hui, il semble que le but du parti reste de rendre l’Indonésie plus islamique, mais ses premières volontés d’appliquer la sharia de manière stricte semblent avoir été abandonnées. L’effet interne de ce revirement a été la division du parti entre les radicaux, ceux souhaitant préserver l’intégrité originelle du parti et continuer à promouvoir ouvertement l’application de la sharia, et les pragmatiques conservateurs. Ces derniers ayant mené le parti à la réussite en 2004, c’est eux qui ont aujourd’hui le plus d’influence au sein du mouvement. Ils ont promu la coopération avec les autres partis politiques et cela leur a permis d’obtenir trois ministères durant le premier mandat de l’actuel président Yudhoyono, et quatre à sa réélection en 2009[11].

En conclusion nous pouvons affirmer qu’aujourd’hui, en vue de mieux comprendre l’Islam politique, il nous faut passer outre la peur de l’Islam en tant que force de la scène politique publique, et celle du spectre d’une théocratisation de l’État. Car si l’islamisation de l’État est encore prônée par certains radicaux du Partai Keadilan Sejahtera, elle n’est plus le but primaire de l’organisation, et les pragmatiques du parti préfèrent maintenant axer leurs politiques sur les prestations sociales et le développement d’infrastructures. Il nous faut toutefois garder un oeil attentif, car il n’est pas dit que cette nouvelle ligne de parti, ne serve pas seulement des buts populistes, et fasse effet de fard pour dissimuler ses intentions. Dans un effort de comparaison, en ce lendemain d’élections américaines, il est important de réexaminer nos sociétés occidentales, et réaliser que la religion prend aussi une assise importante dans nos partis politiques. L’exemple flagrant est la montée du Tea Party au sein du Grand Old Party, soutenu par une base populaire extrêmement religieuse.

Bibliographie :

–  Aspinall, Edward ( 2010 ) « Indonesia in 2009: Democratic Triumphs and Trials », Southeast Asian Affairs, 2010, Vol.2010(1), pp.102-125

–  Central Intelligence Agency, The World Factbook, https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/id.html, page consulté le 7 novembre 2012

–  Hamayotsu, Kikue (2011) «The Political Rise of the Prosperous Justice Party in Post-Authoritarian Indonesia», Asian Survey, Vol. 51, No. 5 , pp. 971-992

–  Tomsa, Dirk ( 2012 ) «Moderating Islamism in Indonesia», Political Research Quarterly, 2012, Vol.65(3), pp.486-498

–  Partai Keadilan Sejahtera, http://www.pks.or.id/, page consultée le 17 novembre 2012


[1] Central Intelligence Agency, en ligne.

[2] Edward Aspinall, p.106.

[3] Dirk Tomsa, p.489.

[4] Kikue Hamayotsu, p.975.

[5] Dirk Tomsa, p.490.

[6] Dirk Tomsa, p.490.

[7] Kikue Hamayotsu, p.975

[8] Kikue Hamayotsu, p.976

[9] Dirk Tomsa, p.491

[10] Dirk Tomsa, p.491

[11] Edward Aspinall, p.110

LE BRUNEI DARUSSALAM : UN ÉTAT RICHE, MAIS POUR COMBIEN DE TEMPS ?

Par Shiran Sivarajah

Imaginez un état de la taille de la Corse qui dégage depuis 1980 un surplus budgétaire et commercial tel qu’il dispose aujourd’hui d’un confortable fond souverain de 120 milliards de dollars et n’a aucune dette[1]. De plus, ce pays dispose d’un état providence à faire jalouser les pays scandinaves : les étudiants sont payés pour étudier à l’université, les prêts immobiliers sont à 0%…le tout sous une économie avec 4% de chômage[2] et aucune taxe sur le revenu.[3]

Pendant ce temps en Europe et aux USA, les politiques d’austérité rognent les services sociaux et le pouvoir d’achat de la classe de la classe moyenne. Par comparaison, le Canada c’est 7 % de taux de chômage et un endettement de 85% du PIB.[4]

Cet état existe réellement, c’est le Brunei Darussalam, avec ses 0.4 million d’habitants, encastré dans l’état Malaysien de Sarawak (MARIE CNRS)[5]. L’état discret est dirigé par un généreux et riche Sultan, Hassanal Bolkiah, qui offre une excellente qualité de vie à ses citoyens grâce aux ressources en hydrocarbures du pays ce qui permet de préserver une paix sociale rare en Asie du Sud-Est.[6]

Seulement un rapide coup d’œil sur son économie montre la domination de l’industrie du gaz et du pétrole dans l’économie et un secteur privé quasi inexistant. Ainsi la majorité des Brunein sont des fonctionnaires. L’industrie des hydrocarbures est gourmande en capitaux financiers, mais pas tant en capitaux humains,si jamais la croissance démographique dépasse le croissance des revenus des hydrocarbures l’économie tomberait en ruine à cause du chomâge. Le surplus du pays est suffisant pour financer certains projet immobiler mais pas le chômage de toute une population..[7] Le manque de diversification de l’économie est tel que la majeure partie de la viande du pays provient d’un ranch australien privé qui appartient au Sultan et dont la superficie est plus grande que le Brunei Darussalam.[8]

Pourquoi faut-il absolument [fp1] diversifier son économie si l’argent coule à flot aujourd’hui?

Les revenus du gouvernement dépendent entièrement des hydrocarbures. Si le gouvernement ne dispose pas de ces revenus, c’est la fin de l’état providence et donc de la paix sociale..Les ressources naturelles ne sont jamais illimitées et selon le Oil & Gas Journal, les réserves de pétroles de Brunei sont en déclins à 1.1 milliard de barils prouvés en réserves. La ville de Dubaï par exemple dispose de 4 milliards de barils, mais l’UAE a réussi de faire de cette ville un “Las Vegas” du monde arabe et la majeure partie des revenus de la ville provient aujourd’hui de l’immobilier et du tourisme.[9]

À la dépendance au hydrocarbure se combine l’absence de secteur privée. Les ressources naturelles voient leur valeur évoluer constamment sous l’influence des marchés internationaux. Le Brunei vendait ses barils à 100$ en 2008 puis à 75$ en 2010, sachant que ces revenus permettent de financer les salaires des fonctionnaires du pays[fp2] , si le gouvernement doit licencier ses fonctionnaires par manque de revenu, le chômage exploserait car il n’y a pas de secteur privée pour employer les non fonctionnaires.

Kotler et Al (1997) recommandent de se concentrer sur le développement de plusieurs industries qui présentent déjà un avantage comparatif, le Brunei dispose de trois axes à fort potentiel: la finance, l’éducation et le tourisme.

La concurrence est déjà rude avec Singapour dans la région, mais Brunei est un état islamique et au potentiel de devenir un leader en finance islamique en Asie avec comme client la Malaisie, mais aussi son voisin, l’Indonésie, le plus grand pays musulman du monde. Brunei dispose des capitaux et d’un cadre politique stable contrairement à ses voisins ce qui est un avantage indéniable.[10]

Les universités du Brunei n’ont pas leurs places dans les classements internationaux à cause du manque de professeurs de rang international ce qui pénalise la recherche[fp3] [11]. Singapour a pu pallier à ce problème en misant sur l’immigration rapide et simple pour les travailleurs et étudiant hautement qualifiés tout en proposant un cadre vie stable, mais dynamique à la porte des pays asiatiques dynamique, mais encore en retard comme la Chine et l’Inde. Ces politiques ont fonctionné, car des universités prestigieuses comme Duke University sont venues implanter des campus satellites.[12]

Le Brunei ne dispose pas d’une main-d’œuvre bon marché comme ses voisins, mais le pays dispose d’infrastructure de qualité et l’imposition de règles environnementales strictes par le Sultan et l’absence d’industrie lourde présente un pays [fp4] avec de magnifiques espaces verts et un écosystème préservée. La niche de l’écotourisme de luxe est donc ouverte, reste à donner au pays une image sur la scène internationale.. Pour cela le Brunei dispose de ses ambassades et la Brunei Royal Airlines devrait s’étendre et faire des partenariats pour étendre sa gamme de vols internationaux.[13]

Le Brunei Darussalam est aujourd’hui riche, autant économiquement que socialement grâce à son généreux Sultan. Néanmoins ses ressources en hydrocarbures ne sont pas illimitées et avec le développement des énergies vertes, rien n’assure son avenir à long terme. C’est pour cela que l’éducation universitaire, la finance islamique et l’écotourisme sont des niches à investir, car encore peu développé dans la région Asie du Sud-Est.


[1] Marie-Sybille de Vienne

[2] IMF Country report. (2008). Http://www.imf.org/external/pubs/ft/scr/2008/cr08165.pdf

[3] Manu Bhaskaran

[4] CIA World Facts

[5] Marie-Sybille de Vienne

[6] Alaa Aldin Abdul Rahim Al Athmay et Al

[7] Alaa Aldin Abdul Rahim Al Athmay et Al

[8] Manu Bhaskaran

[9] Abdul Amin Haji Hashim

[10] Roger Neil Lawrey

[11] Roger Neil Lawrey

[12] Roger Neil Lawrey

[13] Roger Neil Lawrey

Bibliographie

Abdul Amin Haji Hashim. 2010. « Challenges in achieving Wawasan 2035 goals: Economic Diversification in Perspective ». CSPS Strategy and Policy Journal, Volume 1, July 2010, Pages 29-54.

Alaa Aldin Abdul Rahim Al Athmay, Shamim Ahmad Siddiqui, Hamdan Bin Mohammed. 2012. « Development and Growth through Economic Diversification: Are there Solutions for Continued Challenges Faced by Brunei Darussalam? ». Journal of Economics and Behavioral Studies Vol. 4, No. 7, pp. 397-413, July 2012 (ISSN: 2220-6140)

CIA Fact Report: Brunei Darussalam https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/bx.html

IMF Country report. (2008). Http://www.imf.org/external/pubs/ft/scr/2008/cr08165.pdf

Manu Bhaskaran. 2010. « Economic Diversification in Brunei Darussalam ». CSPS Strategy and Policy Journal, Volume 1, July 2010, Pages 1-12.

Marie-Sybille de Vienne. 2012. Brunei : de la thalassocratie à la rente. Paris: CNRS Editions.

Roger Neil Lawrey. 2010. « An economist’s Perspective on Economic Diversification in Brunei Darussalam ». CSPS Strategy and Policy Journal, Volume 1, July 2010, Pages 13-28.

IMAGE 1 SOURCE : Ministry of Tourism Brunei

IMAGE 2 : VOIR IMAGE

IMAGE 3 : Ministry of Tourism Brunei


[fp1]Ah, génial. La réponse

[fp2]comme dans tous les pays

[fp3]source

[fp4]le Brunei n’est pas une ile

CRISE DU RIZ AUX PHILIPPINES?

Par Audrey-Maud Tardif

Les Philippins consomment  en moyenne 140 kg chacun de riz par année[1], ou un total de 12 950 000 tonnes en 2012[2]. Or, diverses crises d’approvisionnement en riz, dont celle de 2008, menacent sporadiquement l’accès à leur denrée alimentaire de base. D’exportateurs nets et auto-suffisants à partir des années 80[3], les Philippines en devinrent plutôt des importateurs nets à partir de 1993[4]. Depuis 2005, ils se retrouvent au sommet mondial des importateurs de riz[5]. Mais comment en sont-ils arrivés à un tel revirement de situation?

Si l’adhésion à l’Accord sur l’agriculture (AOA) de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995 obligeait les Philippines à abolir les mesures protectionnistes dans le secteur agricole, ils ont toutefois pu conserver un quota sur le riz[6]. Néanmoins, suite à une crise d’approvisionnement au début des années 90, le gouvernement philippin a graduellement augmenté ses importations de riz jusqu’à dépasser la limite établie par ce quota : de 263 000 tonnes métriques en 1995[7], ils en importaient déjà 1 500 000 en 2005[8].  Cela a eu pour conséquence de maintenir les prix bas, lesquels ont eu pour effet de décourager la production domestique[9] ce qui, à son tour, a augmenté l’incertitude liée à l’approvisionnement de la denrée de base d’une population croissante.

C’est dans ce contexte qu’a éclaté la crise du riz de 2008. Alors que le prix du riz plafonnait suite à une impression généralisée de pénurie (de 380$ à plus de 1000$ au cours des premiers mois de 2008 seulement)[10], les Philippines ont révisé leurs importations à 2,3 millions de tonnes (au lieu du 1,5 million prévu)[11] afin de pallier à une supposée crise d’approvisionnement anticipée. Toutefois, le syndicat des employés de la NFA soutient catégoriquement l’inexistence d’une pénurie de riz domestique cette année-là[12]. La production domestique de riz cette année (16 820 000 tonnes), qui classait les Philippines au 8e rang mondial des producteurs de riz (5e parmi les pays de l’ASEAN)[13], aurait effectivement été plus que suffisante pour combler les 13 100 000 tonnes de riz consommées cette année-là[14]. Néanmoins, les importations de riz se sont poursuivies sur la même tendance. En 2009, c’est 2,5 millions de tonnes qui furent importées. Pourquoi cette pratique perdure-t-elle si la production domestique pouvait, bien souvent, être suffisante pour répondre à la demande?

Certains trouvent en la corruption un facteur explicatif important[15]. Contrairement aux achats de riz domestique, l’achat de riz à l’étranger permettrait aux acheteurs de toucher des commissions importantes, lesquelles seraient proportionnelles au prix payé[16]. Un tel argument permettrait à tout le moins d’expliquer pourquoi les Philippines ont acheté une si grande quantité de riz à un prix si élevé en 2008, alors que l’urgence de satisfaire la demande domestique n’apparait pas évidente. Des scandales comme celui de la participation de l’ancien ministre de l’Agriculture Arthur Yap à une importation de 600 000 tonnes de riz indien corrompu en 2002[17] contribuent sans aucun doute à établir des liens entre corruption et importation massive de riz.

Toutefois, malgré le rôle probablement important que joue la corruption dans la problématique du riz aux Philippines, se limiter à une telle explication est quelque peu simpliste. L’IRRI (Institut international de recherche sur le riz) soutient que le manque d’infrastructures et de terres disponibles joue également un rôle de premier plan[18]. L’augmentation de la productivité est notamment limitée par la diminution des terres cultivées. En effet, de nombreux hectares qui étaient dédiés à la culture du riz hébergent maintenant des centres commerciaux, des industries ou encore des terrains de golf[19]. En 20 ans, le pays aurait perdu presque la moitié de ses terres irriguées due à l’expansion du développement urbain[20]. Ensuite, il semble que le faible développement des infrastructures rurales contribue également aux difficultés d’approvisionnement en riz aux Philippines. Au tournant du siècle,  à peine 17% du réseau routier était pavé (comparativement à 82% en Thaïlande et 75% en Malaisie)[21] et seulement 1.34 million d’hectares avait été irrigué (sur les 4.68 millions irrigables)[22]. En outre, la baisse des prix suite aux importations massives joue probablement aussi un rôle en créant un obstacle à l’augmentation de la production locale, plusieurs paysans préférant se tourner vers d’autres cultures mieux rémunérées.

Ainsi, malgré la possibilité que le gouvernement philippin avait de protéger la culture domestique du riz, il a plutôt choisi d’en importer de plus en plus, et ce même si la production domestique aurait pu, dans la plupart des cas, satisfaire la demande interne. Cette stratégie, qu’elle soit motivée par la corruption, le manque de terres cultivables ou encore la déficience en infrastructures, demeure lourde de conséquences pour les quelques 2 millions de fermiers philippins cultivant le riz  (environ 20% de la main d’œuvre totale du pays)[23]. Au lieu d’investir dans des projets de développement rural à long terme, le gouvernement philippin semble préférer assurer l’approvisionnement en riz de la capitale via des solutions faciles à court terme.

Quelques liens vidéos :

Bulletin de nouvelles d’Al Jazeera sur la crise du riz en 2008 et l’augmentation du prix : http://www.youtube.com/watch?v=U5VNmhlqG30&playnext=1&list=PL76F316D1DD9AFB99&feature=results_video

Bulletin de nouvelles (CCTV News) de 2011 sur la problématique d’approvisionnement en riz aux Philippines : http://www.youtube.com/watch?v=M7NgjUBNOpE

Publicité d’Arte sur le documentaire « Main basse sur le riz » : http://www.youtube.com/watch?v=wyhMSqtczb0

Références :

Bello, Walden. 2005. The Anti-Development State : The Political Economy of Permanent Crisis in the Philippines. Londres: Zed Books Ltd.

Bello, Walden. 2009. The Food Wars. Verso : Londres.

Boris, Jean-Pierre. 2010. « Main basse sur le riz ». ARTE Éditions/Fayard : France.

Dawe C., David, Piedad F. Moya et Cheryll B. Casiwan. 2005. Why does the Philippines import rice? International Rice Research Institute (IRRI). En ligne. http://www.irri.org/index.php?option=com_k2&view=itemlist&task=category&id=843:why-does-the-philippines-import-rice?&lang=en (Page consultée le 11 décembre 2012).

Index Mundi. 2012. Philippines Milled Rice Consumption by Year. En ligne. http://www.indexmundi.com/agriculture/?country=ph&commodity=milled-rice&graph=domestic-consumption (Page consultée le 12 décembre 2012).

Tibao, Normalyn Yap. 2009.  « Why Does the Pilippines Import Rice : A Solution to the Rice Shortage ».  9th International Students Summit (ISS) on Food : Agriculture and Environment in the New Century.

Virola A., Romulo. 2011. Rice Self-Sufficiency or Rice Security? Some Statistics on Rice and Exports. National statistical Coordination Board (NSCB). En ligne. http://www.nscb.gov.ph/headlines/StatsSpeak/2011/080811_rav.asp (Page consultée le 12 décembre 2012).


Notes

[1] (12 950 000 tonnes (Index Mundi) divisées par 93 261 000 personnes (État du monde) X 1000 (1000 Kg dans 1 tonne) = 139 kg de riz / personne / an)

[2] Index Mundi. 2012. Philippines Milled Rice Consumption by Year. En ligne. http://www.indexmundi.com/agriculture/?country=ph&commodity=milled-rice&graph=domestic-consumption (Page consultée le 12 décembre 2012).

[3] Bello, Walden. 2009. The Food Wars. Verso : Londres : 54.

[4] Virola A., Romulo. 2011. Rice Self-Sufficiency or Rice Security? Some Statistics on Rice and Exports. National statistical Coordination Board (NSCB). En ligne. http://www.nscb.gov.ph/headlines/StatsSpeak/2011/080811_rav.asp (Page consultée le 12 décembre 2012).

[5] Boris, Jean-Pierre. 2010. « Main basse sur le riz ». ARTE Éditions/Fayard : France : 30.

[6] Philippines, Republic Act No. 8178,  28 mars 1996. En ligne. http://www.gov.ph/1996/03/28/republic-act-no-8178-s-1996/ (Page consultée le 7 septembre 2012).

[7] Bello, Walden. 2005. The Anti-Development State : The Political Economy of Permanent Crisis in the Philippines. Londres: Zed Books Ltd : 142.

[8] Boris, Jean-Pierre. 2010. « Main basse sur le riz ». ARTE Éditions/Fayard : France : 30.

[9] Bello, Walden. 2005. The Anti-Development State : The Political Economy of Permanent Crisis in the Philippines. Londres: Zed Books Ltd : 105, 142.

[10] Boris, Jean-Pierre. 2010. « Main basse sur le riz ». ARTE Éditions/Fayard : France : 69, 76.

[11] Boris, Jean-Pierre. 2010. « Main basse sur le riz ». ARTE Éditions/Fayard : France : 72.

[12] Boris, Jean-Pierre. 2010. « Main basse sur le riz ». ARTE Éditions/Fayard : France : 76.

[13] Virola A., Romulo. 2011. Rice Self-Sufficiency or Rice Security? Some Statistics on Rice and Exports. National statistical Coordination Board (NSCB). En ligne. http://www.nscb.gov.ph/headlines/StatsSpeak/2011/080811_rav.asp (Page consultée le 12 décembre 2012).

[14] Index Mundi. 2012. Philippines Milled Rice Consumption by Year. En ligne. http://www.indexmundi.com/agriculture/?country=ph&commodity=milled-rice&graph=domestic-consumption (Page consultée le 12 décembre 2012).

[15] Par exemple : Boris, Jean-Pierre. 2010. « Main basse sur le riz ». ARTE Éditions/Fayard : France.

[16] Boris, Jean-Pierre. 2010. « Main basse sur le riz ». ARTE Éditions/Fayard : France : 70-71.

[17] Boris, Jean-Pierre. 2010. « Main basse sur le riz ». ARTE Éditions/Fayard : France : 74.

[18] Dawe C., David, Piedad F. Moya et Cheryll B. Casiwan. 2005. Why does the Philippines import rice? International Rice Research Institute (IRRI). En ligne. http://www.irri.org/index.php?option=com_k2&view=itemlist&task=category&id=843:why-does-the-philippines-import-rice?&lang=en (Page consultée le 11 décembre 2012).

[19] Virola A., Romulo. 2011. Rice Self-Sufficiency or Rice Security? Some Statistics on Rice and Exports. National statistical Coordination Board (NSCB). En ligne. http://www.nscb.gov.ph/headlines/StatsSpeak/2011/080811_rav.asp (Page consultée le 12 décembre 2012).

[20] Tibao, Normalyn Yap. 2009.  « Why Does the Pilippines Import Rice : A Solution to the Rice Shortage ».  9th International Students Summit (ISS) on Food : Agriculture and Environment in the New Century : 2.

[21] Bello, Walden. 2009. The Food Wars. Verso : Londres : 60.

[22] Bello, Walden. 2005. The Anti-Development State : The Political Economy of Permanent Crisis in the Philippines. Londres: Zed Books Ltd : 151.

[23] Bello, Walden. 2005. The Anti-Development State : The Political Economy of Permanent Crisis in the Philippines. Londres: Zed Books Ltd : 143.

LA CORRUPTION EN THAILANDE: UN PHÉNOMÈNE AUX MULTIPLES TENTACULES

Par Antoine de Blauwe

Le nouvel aéroport de Bangkok se voulait être le symbole d’une Thaïlande moderne et développée. Inauguré en grandes pompes en septembre 2006, ce dernier devait être à la pointe de la technologie, et même le concurrent de ceux de Singapour et de Hong Kong. D’un coût de trois milliards de dollars, la nouvelle plateforme avait été voulue par l’ancien premier ministre thaïlandais et homme d’affaires Thaksin Shinawatra. Mais l’aéroport de Suvarnabhumi accumule aujourd’hui les avaries. Il souffre de tous les maux possibles : fissures sur ses pistes, toilettes en nombre insuffisant, et surtout des accusations de corruption dans sa gestion… La situation est si grave que le département thaïlandais de l’aviation civile n’a pas renouvelé un certificat attestant de sa conformité aux normes internationales [5].

L’exemple de cet aéroport démontre bien l’étendue de la corruption dans la gestion des infrastructures publiques en Thaïlande. La corruption ronge le pays depuis bien longtemps et semble  profondément ancrée dans toutes les composantes de la société et la culture du Royaume.

La Thaïlande occupait ainsi en 2011 selon le Corruption Perception Index qui évalue sur une échelle de 1 à 10, la perception de la corruption dans un pays par différents acteurs  (entrepreneurs, intellectuels et divers types d’analystes), la 80ème place mondiale. Le pays a même régressé dans ce domaine depuis l’année 2003 puisqu’il a chuté de 10 places dans le classement mondial [1].

La corruption en Thaïlande est un phénomène généralisé, à l’œuvre dans tous les domaines de la société et notamment dans la sphère politique. Elle représente ainsi un sérieux frein à la démocratie. En mars 2000, lors du scrutin des premières élections sénatoriales, la nouvelle Commission électorale a renvoyé les électeurs cinq fois aux urnes après plusieurs constats d’irrégularités et d’achats de votes, une pratique courante dans le pays en période électorale [2]. Puis en avril de cette même année, Sanan Kachornprasart, ministre de l’Intérieur et secrétaire général du parti démocrate, a dû démissionner suite aux accusations de la Commission Nationale de Lutte contre la Corruption (NCCC). Cependant, en mai 2005, c’est neuf membres de cette même Commission qui durent aussi démissionner après que l’on ait découvert qu’ils s’étaient octroyé des augmentations de salaire conséquentes [3]. La lassitude de la population envers l’accumulation des actes de corruption du gouvernement contribua probablement à l’affaiblissement et à la chute du régime de Shinawatra par un coup d’état militaire le 19 septembre 2006 [3].

C’est également des faits de corruption (chantages et pots de vin) répétés au sein de la police qui provoquèrent les émeutes de Nakhon Si Thammarat (une province du Sud de la Thaïlande) en septembre 2006 [3].

Plus récemment, l’épouse de l’ancien Premier Ministre thaïlandais, Thaksin Shinawatra  renversé par l’armée, a été inculpée pour fraude fiscale dans le cadre de la première grande affaire visant la famille depuis le coup d’Etat. L’ex premier ministre Shinawatra s’est quant à lui réfugié à l’étranger pour échapper à la justice thaïlandaise.

Suite au coup d’état de 2006, la junte militaire, autoproclamée « gardienne de l’État thaïlandais » [5], avait rapidement désigné une commission de neuf experts chargée d’enquêter sur des malversations attribuées à l’ancien pouvoir, accusé de corruption généralisée.

En plus de nuire au système démocratique du pays, la corruption représente un frein au développement économique de la Thaïlande. Ce phénomène, présent à grande échelle dans le « Pays du Sourire », a en effet un impact non négligeable sur la croissance économique de l’État. Elle permet à quelques dirigeants et hauts fonctionnaires de capter les ressources nationales du pays et contribue donc à entretenir le cercle vicieux de la pauvreté. On constate ainsi en Thaïlande la présence de « parrains » (les « Jao Pho ») très influents et au-dessus des lois, qui supervisent plusieurs domaines de la société (notamment la sphère des affaires) et encaissent des sommes d’argent conséquentes en vertu de leur statut. De manière plus concrète, la corruption implique une augmentation artificielle des prix des biens et des services pour une qualité souvent moindre [4]. Ce sont par conséquent les classes les plus pauvres de la société thaïlandaise qui paient le prix de ce phénomène puisqu’elles voient leur pouvoir d’achat stagner voir diminuer et cela sans en être directement responsables.

La corruption décourage également certains investisseurs nationaux ou étrangers à investir dans le royaume car elle fausse les règles de la concurrence et entraine la mise en place de « lourdeurs administratives » qui la favorisent. Elle représente également un surcoût pour les entreprises thaïlandaises et une menace pour la productivité économique du pays ; les sommes d’argent que réclament les fonctionnaires corrompus aux entreprises représentent effectivement un poids pour les petits entrepreneurs. Les appels d’offre se négocient par exemple en Thaïlande à coup de pots-de-vin qui peuvent représenter jusqu’à 40% de la valeur du contrat concerné [5].

Malgré tous ces effets pervers, la corruption continue d’être tolérée par une majeure partie de la population thaïlandaise ;  Selon un récent sondage publié dans le quotidien Bangkok Post, 84% des Thaïlandais acceptent la corruption dans les affaires et 51% en politique. Ce phénomène semble donc solidement ancré dans les mœurs de la société. Cela peut en partie être expliqué par le fait que la culture thaïlandaise fait découler le mérite du pouvoir ; La réussite sociale et matérielle d’un homme serait due au « mérite » acquis lors de sa vie antérieure [6]. Il est par conséquent convenable et même souhaitable dans la tradition thaïlandaise, d’offrir des cadeaux aux personnes disposant d’un statut social plus élevé que le sien pour s’attirer leurs faveurs (particulièrement s’il s’agit de représentants officiels). Ce sont ces traditions qui semblent ainsi expliquer pourquoi les Thaïlandais d’aujourd’hui acceptent en si grand nombre la corruption et continuent à payer , sans exercer d’opposition importante, des dirigeants et des fonctionnaires en vertu du principe de « sin naam jai » (cadeau de bonté de cœur).  Un nombre conséquent de thaïlandais ne semble pas concevoir que, si ces procédés étaient peut-être cohérents dans le cadre d’une société plus traditionnelle, ils peuvent se révéler inappropriés dans une société et une économie plus moderne.

Divers campagnes publicitaires (dont ce spot télévisé ) sont ainsi, dans le cadre de la lutte anti-corruption, régulièrement diffusées par les médias sur la télévision thaïlandaise pour informer la population sur le phénomène et ses nombreux effets néfastes sur le pays.

Bibliographie

[1] Transparency International. 2011.  Rapport annuel sur la corruption. 2011. En ligne.   http://www.transparency-france.org/ewb_pages/div/GCR_2011.php (page consultée le 16     novembre)

[2] Sreshthaputra, Laurence W .2000. « Thaïlande : le grand déballage ». Le Courrier de     l’Unesco numéro 12, p38.

[3]  Dubus Arnaud. 2011. « Thaïlande : Histoire, société, culture. » Paris, Editons : La      Découverte, p91.

[4] Dovert, Stéphane. 2002. « Thaïlande contemporaine ». Paris : Éditions : L’Harmattan, p69.

[5] Courrier International. 2011. Thaïlande : Corruption à tous les étages ! En ligne.             http://www.courrierinternational.com/article/2011/12/01/corruption-a-tous-les-etages (page consultée le 15 novembre)

[6] Klen, Michel. 2001. « Les contradictions thaïlandaises [The Thai contradictions] ».  Tome       394, numéro 6, p 726.

Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique. 2006. La lutte                    anti-corruption : l’expérience des pays d’Asie du Sud-Est. En ligne.        http://www.ajol.info/index.php/ad/article/viewFile/22253/19412 (page consultée le 16                    novembre)

Courrier International. 2011. Thaïlande : Corruption à tous les étages ! En ligne.    http://www.courrierinternational.com/article/2011/12/01/corruption-a-tous-les-etages (page consultée le 15 novembre)

Dovert, Stéphane. 2002. « Thaïlande contemporaine ». Paris : Éditions : L’Harmattan

Dubus Arnaud. 2011. « Thaïlande : Histoire, société, culture. » Paris, Editons : La Découverte

Klen, Michel. 2001. « Les contradictions thaïlandaises [The Thai contradictions] ».  Tome 394,

numéro 6.

Sreshthaputra, Laurence W .2000. « Thaïlande : le grand déballage ». Le Courrier de l’Unesco       numéro 12

Transparency International. 2011.  Rapport annuel sur la corruption. 2011. En ligne.          http://www.transparency-france.org/ewb_pages/div/GCR_2011.php (page consultée le 16     novembre)

YouTube. 2011. Spot Anti-corruption des médias thaïlandais. http://www.youtube.com/watch?v=bTXcK90HC_s&feature=related . En ligne (page             consultée le 16 novembre)

Dakar – le Caire – Tunis : même combat ? Le Forum social mondial et les processus de mobilisation politique

Pascale Dufour (professeure, Université de Montréal) et Raphaël Canet (professeur au CEGEP du Vieux Montréal)

70 000 personnes ont défilé le 6 février dernier dans les rues de Dakar pour la marche d’ouverture du Forum social mondial (FSM). Par la suite, et jusqu’au 11 février, plusieurs dizaines de milliers de participants ont circulé sur le campus de l’Université Cheikh Anta Diop à la recherche d’un atelier, d’une conférence ou d’une manifestation afin de penser et construire un monde différent, plus juste, solidaire et démocratique.

Parallèlement, les soulèvements populaires en Égypte ont mobilisé l’attention médiatique. Ces mobilisations faisaient suite à la « révolution de Jasmin » en Tunisie, et suscitent de nombreuses aspirations au changement dans d’autres pays de la région. Les peuples descendent dans la rue pour braver le pouvoir autoritaire des gouvernements en place depuis des décennies. Doit-on voir dans ces deux séries d’événements plus qu’un parallèle ?

Haro sur les forums sociaux

Plusieurs voix se sont élevées cette semaine au sein du FSM pour déplorer le manque de liens concrets entre les mouvements récents de contestation en Égypte et en Tunisie, ou même encore en Grèce et en France ces derniers mois, et les rencontres des acteurs sociaux du type du FSM à Dakar. La critique est telle qu’elle a pu remettre en question la pertinence de tenir des événements comme celui-ci. Si le FSM n’est pas capable d’être à l’avant-garde de la protestation mondiale des peuples, mieux vaudrait diriger les énergies ailleurs ou, au moins, travailler à le transformer.

Ce discours est récurrent au sein des processus des forums sociaux mondiaux, depuis le premier tenu en 2001 à Porto Alegre (Brésil), jusqu’à aujourd’hui. C’est le discours de ceux qui pensent que l’horizontalité, la diversité et l’ouverture c’est bien, mais pas trop longtemps parce que ce n’est pas efficace ; ceux qui rêvent de l’alignement des multiples composantes de la mouvance altermondialiste derrière un programme unique et claire ; ceux qui voudraient que le FSM laisse la place à une Cinquième internationale avec ses leaders charismatiques et sa nouvelle doxa. Nous aimerions ici questionner cette perspective, minoritaire et européenne d’ailleurs.

Il est vrai qu’il n’y a pas de lien direct et clairement établi entre le FSM et l’embrasement des peuples d’Afrique du Nord et du Moyen Orient. Les soulèvements tunisien et égyptien sont avant tout une affaire interne, qui répond à des dynamiques politiques propres aux pays concernés. Ce ne sont pas des révolutions altermondialistes. Ceci dit, il ne faut pas non plus croire que ces mobilisations résultent d’une éruption spontanée détachée du contexte global de la mondialisation et de sa contestation. En fait, il nous apparaît un peu abrupte de dire qu’il n’y a pas de lien entre ces deux formes de mobilisation politique.

C’est une question qu’il faudrait vérifier auprès des acteurs égyptiens et tunisiens. Qui nous dit que ces mouvements ne sont pas liés à des organisations elles-mêmes impliquées dans la mouvance altermondialistes ? De plus, suite à notre expérience durant ce FSM 2011 et ses éditions précédentes, il nous apparaît assez évident que cet espace n’a pas de frontières et qu’il génère des idées, des analyses, des discours qui continuent d’exister après le forum et qui sont à la disposition de tous, créant ainsi climat général où exercer son esprit critique et oser penser le changement redeviennent légitimes. Revenons sur ces deux aspects.

Un espace sans frontières

Le forum n’appartient à personne et, à la condition d’accepter les principes de base énoncés dans sa Charte, tout le monde y est bienvenue, sans restriction aucune. À Dakar, le forum fut très largement ouvert, il n’y avait pas de contrôle à l’entrée et finalement tout le monde pouvait assister aux conférences, ateliers et évènements gratuitement. Bien sûr, encore fallait-il avoir les moyens de se rendre dans la capitale sénégalaise. De ce point de vue, il est évident que la participation des populations africaines, présentent d’ailleurs en très grand nombre à Dakar, était plus facile, tout comme celle des Européens géographiquement plus proches.

Afin de stimuler encore plus l’accessibilité du forum par-delà les frontières, l’initiative «Dakar étendu» a été mise en place, qui rendait le FSM accessible à tous, via le web, en temps réel, durant les conférences. Certes des questions techniques liées à la connectivité ont parfois limité les activités, mais plusieurs ateliers d’importance se sont tenues via Internet et ont permis de rejoindre du monde partout sur la planète. À titre d’exemple, pour le seul cas de la France, plus de 70 événements locaux se sont tenus durant le FSM de Dakar et en lien avec lui.

Par ailleurs, à côté du FSM, nous assistons à une multiplication des forums sociaux à toutes les échelles d’action (régionales, continentales, nationales, locales, par quartier). Depuis le début des années 2000, des forums sociaux se sont tenus partout dans la région, en Afrique, dans les pays du Maghreb, au Moyen Orient. Il n’y a pas de propriété intellectuelle sur les forums sociaux, nous pouvons les considérer comme des biens publics et chacun peut en reprendre la formule pour le répliquer dans son environnement afin de stimuler la participation et le dynamisme des mouvements sociaux.

Un générateur d’analyse et de discours alternatifs

Le FSM a permis de développer une compréhension très approfondie du contexte de mondialisation dans lequel évoluent les sociétés depuis près de 30 ans, de prendre conscience des crises qui se manifestent aujourd’hui et d’élaborer des stratégies de changement social afin d’y faire face. À titre d’exemple, les mécanismes pervers qui ont conduit à la crise financière de 2008 ont été mis à nu depuis plusieurs années au sein des forums sociaux, avant même que la crise ne survienne au cœur du capitalisme mondial. Cela rend les propositions de stratégie de sortie de crise d’autant plus pertinentes que cela fait longtemps que certaines organisations de la société civile travaillent sur des pistes de solution (Taxe Tobin sur les transactions financière, abolition des paradis fiscaux…).

Par ailleurs, à Dakar, toute une réflexion sur la question des liens intrinsèques entre la modernité à l’européenne (ou à l’américaine) et le colonialisme, et la nécessité de sortir de cette dualité pour pouvoir développer de réelles alternatives fut largement discutée. L’analyse des crises actuelles conduit à les interpréter plus globalement comme une «crise de civilisation». Cette analyse, qui est née dans les Amériques portée par les mouvements autochtones et qui s’appuie sur les notions du bien-vivre (et non du bien-être), des biens communs, de la justice climatique, du respect de la diversité, et qui prolonge la réflexion sur les articulations multiples et possibles entre mouvements sociaux et partis politiques, a trouvé un écho à Dakar.

Bien sûr si on mettait bout à bout toutes les propositions mises de l’avant dans chacun des 1000 ateliers qui se sont tenus au FSM 2011, on verrait qu’il n’y a pas de cohérence entre les diverses propositions. Il n’y a pas d’unité programmatique ou d’idéologie partagée comme dirait les tenants d’un FSM qui serait le fer de lance du mouvement révolutionnaire mondial. Certaines de ces propositions sont même fortement contradictoires. Un exemple parmi des centaines, un atelier sur l’éducation au Sénégal où se sont opposées, d’une part, la vision des femmes en «lutte contre les abus sexuel faites aux filles» et, d’autre part, la perception de certains des participants qui retournent la question : la violence que les filles «mal vêtues» (lire pas assez) exercent sur les pauvres jeunes hommes aux hormones incontrôlables… Les mots n’ont pas le même sens pour tous….

Un incubateur du changement social

Le FSM nous apparaît comme un espace de prise de parole et d’expression pluriel et interculturel qui ne remplace pas les autres stratégies de contestation (et ne devrait pas en avoir la prétention non plus) mais qui participe d’une dynamique commune de changement social. Depuis 10 ans, les FSM, avec leur slogan «un autre monde est possible !», sont porteurs d’espoir. L’esprit et l’objectif des forums sociaux est de favoriser une réappropriation du politique. Comme le souligne Chico Whitaker, fondateur des forums sociaux mondiaux, l’esprit du FSM est de renverser la structure pyramidale des sociétés où chacun doit se conformer à des directives imposées, pour lui substituer une organisation en réseaux où chacun peut contribuer selon ses habilités, savoirs et énergies au projet collectif.

Les FSM et les révolutions tunisienne et égyptienne partagent une même conception du monde qui inspire le changement, fondé sur la réappropriation du politique par les populations qui choisissent désormais de prendre leur destin collectif en main, en prônant la libre expression des idées, et la participation.

Il est possible, dans cette perspective, de considérer que l’esprit du FSM anime en partie les manifestants au Caire et à Tunis, et qu’il en motivera d’autres ailleurs, ne serait-ce qu’en matraquant son slogan, très simple, mais porteur d’espoir : d’autres mondes sont possibles !